En complément de notre éditorial, le populisme n’est pas mort

“Un schéma de crise majeure, politique et institutionnelle”

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Jérome Sainte Marie pollingvox.

Par  Auteur

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Macron est plus impopulaire que Sarkozy et Hollande après la même durée de mandat. Y avait-il dans son élection des éléments de fragilité qui pouvaient le laisser prédire ?

L’évolution de la popularité présidentielle renvoie d’abord à l’étroitesse de sa base électorale. Par le jeu des ricochets électoraux, les 24 % de suffrages exprimés au premier tour se sont transformés en une victoire écrasante à la présidentielle, puis en une majorité absolue à l’ Assemblée. Pourtant, seuls 32 % des électeurs originels d’Emmanuel Macron déclaraient en avril dernier le choisir pour son programme, contre 50 % pour la moyenne des votants. Compte tenu de l’abstention historique aux législatives les candidats de La République en marche! et du MoDem n’ont en outre convaincu que 15,4 % des inscrits au premier tour. Cela n’affecte pas sa légitimité, mais indique les limites de son assise démocratique.

L’impopularité record si rapide de Macron témoigne-t-elle d’un rejet plus profond que celui qu’ont eu à connaître plus tardivement ses prédécesseurs ?

Plus que des questions de personnes, deux éléments ont contribué à cette érosion rapide. Tout d’abord, l’annonce du “coup de rabot” budgétaire qui a inquiété des Français de toutes catégories sociales, ou presque — la hausse de la CSG ayant particulièrement déçu les retraités qui rassemblent le tiers des inscrits sur les listes électorales. À cela s’est ajouté le comportement du chef de l’État. Fort de l’idée que les Français voudraient un roi — il a eu des déclarations curieuses à ce sujet avant son élection —, il a personnalisé à outrance la communication présidentielle, confondant l’exaltation de son individualité avec l’incarnation de la fonction. Ce qui a éveillé dans l’opinion une perplexité profonde.

D’ordinaire, le Premier ministre sert de “bouclier” au président, surtout au début. Ce n’est pas le cas avec Édouard Philippe qui, pourtant, chute aussi lourdement dans les sondages…

Le fait qu’Édouard Philippe n’ait pas suffisamment imprimé sa marque n’explique pas tout : aucune instance politique ne parvient, pour l’heure, à exister entre Emmanuel Macron et l’opinion ! Ce qui pourrait être une stratégie de sublimation des clivages existants, sur le modèle gaullien, revient, pour le président, à devoir assumer seul le risque considérable de concentrer les attentes, les critiques et les inévitables déceptions. Résultat : nous sommes devant un schéma de crise majeure, politique et institutionnelle.

Lorsqu’on les interroge, les Français plébiscitent la fin du clivage droite-gauche et l’idée d’un gouvernement d’union, ce qui est le “modèle” suivi par Macron. Sa chute dans l’opinion témoigne-t-elle, pour l’avenir, d’un retour de ces clivages dont il serait la première victime ?

Je ne crois pas que l’on assiste à la résurgence du clivage gauche-droite : les difficultés du PS comme du parti Les Républicains en témoignent. Une bonne partie de cette gauche et de cette droite de gouvernement hésite à s’opposer à un pouvoir dont elle partage des options fondamentales, notamment la mise en conformité de la France avec les exigences européennes. La polarisation politique actuelle se fait davantage entre un bloc élitaire et un bloc populaire — ce dernier étant partagé entre le FN et La France insoumise.

Est-ce à dire que l’on assiste à l’émergence d’une “opposition sociale” contre le chef de l’État ?

Oui. De la décomposition partisane émerge désormais une opposition radicale entre des intérêts concrets, liés aux situations sociales. Plus encore qu’à une “opposition sociale”, la geste macronienne révèle même une nouvelle lutte des classes.

Quels sont les principales raisons, et événements, de la chute de popularité de Macron dans son électorat venu de gauche ?

Le manque de perspective salariale pour les fonctionnaires est déjà un handicap. S’ajoute l’objectif affiché de réduction de la dépense publique, qui continue de heurter une partie de la conscience de gauche. Si les cadres supérieurs de gauche n’en sont guère affectés, les autres catégories s’en inquiètent.

Et chez les électeurs de droite ?

À droite aussi les aspects matériels, c’est-à-dire essentiellement fiscaux, me paraissent prédominants. Une fois passé l’effet positif de la formation du gouvernement d’Édouard Philippe et des prestations d’Emmanuel Macron sur la scène internationale, s’est ajouté un trouble, un doute sur l’identitaire et le régalien. L’électeur de droite ne veut pas d’un Justin Trudeau hexagonal. Le traitement réservé à l’ancien chef d’état-major des armées a aussi, bien entendu, suscité une inquiétude profonde. Et durable.

La rentrée politique et sociale s’annonce particulièrement ardue pour le président. Dispose-t-il encore des cartes nécessaires pour éviter que la rue ne s’embrase ?

La perspective d’un “troisième tour” social me paraît réduite. Le chômage de masse, les difficultés financières de nombreux salariés et la perte d’influence des syndicats ne plaident pas pour d’importantes mobilisations, encore moins pour des grèves massives. Reste que l’on ressent un immense malaise entre un exécutif omnipotent et une masse rétive ; le fait qu’il n’y ait pas, à court terme, de débouchés électoraux pour ces frustrations peut générer des violences. Pour autant, osons le dire : cela, paradoxalement, peut servir le pouvoir. L’instrumentalisation des peurs que susciteraient ces violences constitue une carte dans le jeu des gouvernants.

Existe-t-il, comme avec Hollande, un risque de véritable fracture avec les Français ?

Si Emmanuel Macron n’arrive pas à retrouver une audience significative parmi les catégories populaires, il sera en grande fragilité, car le bloc élitaire qu’il a incarné au second tour de la présidentielle est en fait minoritaire dans le pays. Or l’image du chef de l’État ne suggère guère l’empathie pour ces Français de condition modeste. Après l’incapacité successive de la gauche et de la droite à faire réélire leur président, un échec de la formule de synthèse qu’est le macronisme ouvrirait la voie à une des deux forces qui se disputent le bloc populaire — le FN ou La France insoumise.

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