Monter les taux d’intérêt serait une erreur

Il nous faut rappeler que nous sommes contre la politique monétaire non conventionnelle qui est menée depuis 2008. Nous ne cessons de l’écrire mais de temps à autre il faut insister et le rappeler. Ici cependant dans cet article ,  nous prenons un angle différent.

En effet nous sommes bien dans le monde que les autorités ont construit, monde Potemkine certes, mais c’est celui qui apparaît pour la gestion.  Et il faut bien faire avec. Le mot est lâché: gestion.

On peut écrire dans le cadre de la gestion, c’est à dire dans le cadre existant; mais on peut également écrire comme je le fais souvent en critiquant la gestion. Et les deux points de vue, tout en se rejoignant, donnent des textes différents.

Exemple je critique radicalement le capitalisme financier, mais je m’inscris dans ce capitalisme quand je vous parle de Bourse. Comme disait Trotski : si tu veux tuer les enfants du tigre il faut aller dans la tanière du tigre! C’était un enseignement que me rappelait souvent Michel Baroin, l’ancien Grand Maître.

Ainsi tout en étant contre, radicalement contre la politique monétaire de la Fed, je rentre dedans et je la critique de l’intérieur.

Ici, je soutiens que la tentative de normalisation de Yellen est une idiotie, c’est de la politique, c’est de l’amour propre pour ne pas se déjuger etc… ce n’est pas de la gestion compétente, c’est de l’entêtement.

Yellen veut prouver que les banquiers centraux ne se sont pas trompés et la preuve, nous dit-elle implicitement , c’est qu’ils  peuvent sortir des politiques non conventionnelles. En essayant de normaliser, Yellen, veut faire croire que sa politique et celle Bernanke , cela marche.

Notre Yellen oublie qu’elle s’est déjà ridiculisée et que sa crédibilité est bidon, hypocrite, on la suit, on l’écoute parce qu’elle gouverne et permet aux prédateurs de gagner de l’argent, pas parce qu’elle pense juste.

Si les autorités avaient pensé juste, elles auraient normalisé depuis longtemps, depuis 2011 comme elles l’avaient prévu, puis depuis 2013 ou elles ont à nouveau essayé mais ou elles ont été contrées par le Taper Tantrum, puis en 2015 ou elles ont été paralysées par la destabilisation chinoise contagieuse etc etc.

Les autorités ont échoué, leur action n’a jamais permis de retrouver les tendances économiques réelles antérieures, le gachis est considérable:

On n’a jamais rattrapé le potentiel:

La vraie profitabilité des entreprises ne s’est jamais redressée vers les tendances longues, ce qui en passant montre bien que les valorisations des entreprises sur les marchés devraient mériter des multiples inférieurs et non des multiples supérieurs si les cours de Bourse reflétaient le réel et non pas l’imaginaire de la chose monétaire: 

L’examen de tous les graphiques ci dessus souligne une chose: si on compare les évolutions à une situation normale, comme celle qui aurait dû prévaloir, alors on constate l’échec, il n’y a pas de retour à la normale. On est très de ce que l’on aurait dû connaître sous tous les aspects, GDP, cash flows, emploi, consommation.

Conclusion si il n’y a pas de retour à la normale , alors il  ne faut surtout pas normaliser et si on le fait on prend un risque colossal. Normaliser alors que l’on n’est pas revenu à la normale est une faute intellectuelle, un crime contre la pensée.

La bonne attitude, celle qui est cohérente consiste à reconnaître que l’on échoué et dans ce cas il faut remettre le chantier en route, reprendre le travail là ou on l’a laissé.

Alors deux solutions se présentent:

-soit on se dit qu’il faut rester dans le cadre actuel, rester dans cette situation de recherche d’optimums de court terme successifs (à long terme nous serons tous morts!) et dans ce cas il faut voir comment on peut perenniser l’anormalité, s’installer dedans sans chercher à en sortir . Bref la réflexion doit porter sur les moyens de rester dans le nouveau cadre monétaire créé en réponse à la crise, ce qui débouche sur les taux d’intérêt négatifs.

-soit accepter une crise, celle que l’on a refusé en 2008, et remettre les compteurs à zéro,aussi bien les compteurs économiques et financiers avec une bonne destruction, que les compteurs du savoir avec de bonnes sanctions contre les incompétents.

Pour le moment on est entre les deux.

On sait que l’on a échoué:

-pas de reprise de la croissance longue

-pas de retour à l’inflation à 2%

-pas d ‘investissements productifs

-pas de remontée de la productivité

-épée de Damocles colossale du risque et de la fragilité financière au dessus des marchés et des banques.

On utilise une petite embellie conjoncturelle provoquée par le Credit Impulse chinois de 2016 pour tenter un coup, un coup de crédibilité. Le coup de crédibilité consiste à essayer de tenir parole et de monter une fois encore les taux malgré les nuages qui sont à l’horizon. Mais le temps presse, car l’embellie peut ne pas durer, le Credit Impulse chinois ne survivra peut être pas aux réunions du Parti Communiste , réunions qui ont justifié que l’on imprime une conjoncture favorable mais au prix d’un accroissement des déséquilibres fondamentaux.

Ci dessous on voit que le Credit Impulse chinois faiblit et c’est menaçant! Nous serions dans une sorte de répit; on joue les prolongations.

Tout ceci explique les dissensions, les débats au sein de la communauté des banquiers centraux; certains veulent sauver la face et faire semblant d’avoir réussi et donc monter les taux et d’autres plus conscients sinon plus rigoureux disent non, les conditions d ‘une hausse des taux ne sont pas réunies.

Et nous pensons comme ces derniers sur la base d’une observation de bon sens, nous sommes loin d’une surchauffe et même loin d’une marche normale des économies.  

Ceux qui sont partisans de la hausse invoquent la Taylor Rule. une règle qui relie différentes variables de l’économie et qui permet de fixer un objectif pour les taux courts administrés par la Banque Centrale. Cette règle triture différentes grandeurs, taux des fed funds nominal, taux des fed funds réel, taux d’inflation réel comparé au taux objectif, et le niveau de production.

Pour faire simple disons que cette Taylor Rule donne des résultats qui dépendent beaucoup de l’idée que l’on se fait de l’importance des capacités disponibles, le slack. Si on croit que les capacités disponibles sont élevées ont doit baisser les taux, si on croit que les capacités disponibles sont faibles et qu’on se rapproche du potentiel maximum, on doit les monter.

Selon la Taylor Rule, la Fed est en retard, elle aurait du monter les taux bien avant.Yellen fait preuve de beaucoup trop de patience, elle prend des risques.

Tout ceci se donne pour objectif alors que nous sommes dans la subjectivité totale. Il suffit de considérer le potentiel de l’économie d’une autre façon, une façon non malthusienne pour aboutir à la conclusion inverse, le « slack » est très important et il ne faut donc pas monter les taux.

C’est parce que l’on choisit des hypothèses pessimistes de potentiel de l’économie qu’il faut (disent ils) monter les taux. Nous sommes dans l’idéologie, pas dans la science comme on veut nous le faire croire.

De toutes façons tout cela est très imparfait car la notion de potentiel de l’économie n’est pas absolue, il y a différents potentiels d’une économie selon le taux de profitabilité exigé soit par le capital soit par le marché international si on est en situation de concurrence. Une économie qui n’arrive pas à réaliser le taux de profit moyen exigé , comme c’est le cas pour  l’économie française, a un potentiel bien moins élevé que l’économie qui réussit à le réaliser.

On retrouve notre liaison habituelle entre la profitabilité et la création de richesse, la croissance. 

Les graphiques ci dessous, pour les professionnels sont fournis par Jeffrey Snider.

 

 

 

 

 

Mais on peut estimer le GDP potentiel autrement et dans ce cas le slack devient nettement plus significatif . c’est à dire que le ressource Gap s’accroit fortement. 

 

 

 

 

 

 

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2 réflexions sur “Monter les taux d’intérêt serait une erreur

  1. Hier, Stanley Fischer, vice-président de la Fed a annoncé son départ « surprise » en octobre prochain pour raisons personnelles. Est-ce à cause de la présidence de Trump ou est-ce par désaccord avec Yellen ?

    En lisant l’article repris par la MSM, j’ai été sidéré de lire que ce personnage avait été pendant plusieurs années gouverneur de la banque centrale d’Israël…juste avant de devenir un des gouverneurs de la Fed des US et même son vice-président.

    Manifestement aux US, cela n’est pas vu comme un conflit d’intérêt.

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    1. Stanley Fischer a été le professeur de tous les banquiers centraux en exercice, c’est lui qui a modelé leur pensée et guidé leur action. C’est ce que j’appelle un inflationniste c’est à dire quelqu’un qui croit que presque tous les problèmes peuvent se traiter (pas résoudre) par la création monétaire. C’est à titre d’autorité morale qu’il était Vice Président. Non il n’ y avait pas de conflit d’intérêt.

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