Billet Le grand mythe de la « Normalisation », David Copperfield fait un tour à Potemkine!

Rappel:

En 2011 ce devait être l’Exit, la sortie des politiques monétaires non conventionnelles, bref ce devait être la normalisation. Depuis 2011, les politiques non conventionnelles ont été doublées, completées , mutipliées. Les bilans des banques centrales ont explosé, celui de la Fed a plus que doublé.

Les observateurs, les médias, les économistes et même les gourous des banques TBTF font assaut  de commentaires sur le FOMC d’hier aux USA. La tendance qui se dégage est … la médiocrité.

Médiocrité des commentaires, poncifs, lieux communs, on enfile de pseudo évidences comme celles qui consiste à dire que c’est la fin d’une époque, une page qui se tourne.

Non ce n’est pas la fin d’une époque, c’est la seconde partie de la même époque.

De la même façon que quand on monte les escaliers, il faut les descendre ou tenter de le faire. La politique monétaire non conventionnelle est un double mouvement d’aller/retour: on desserre et quand on se contente des résultats que l’on croit pouvoir s’attribuer eh bien on resserre. Ce qui se passe depuis 2008 doit être considéré comme un tout, un tout doit être pris  dans son unité. Unité de mesures prises, unité de temps.

Ainsi personne ne rappelle que la tentative de défaire a été prise déjà en 2010/2011, que Le Taper a été évoqué dès 2013 et que le bilan de la Fed se contracte en regard du GDP depuis 2014! Ce que l’on appelle la normalisation est balbutiant , avec des pas de bébés et des essais et erreurs multiples même si ils n’ont pas été reconnus comme tels. La réalité est que cette fois encore on tente un coup minuscule après avoir averti, préparé et pris toutes les précautions pour qu’il n’y ait pas de choc. Bref on fait quelque chose tout en faisant en sorte que cela ne produise aucun effet réel, un peu comme si on  voulait habituer les marchés et le public à la simple idée elle même de normalisation, montrer que c’est possible. Car tout est fait pour désamorcer les effets concrets d’une éventuelle normalisation. La preuve est que les banques TBTF qui ont des indicateurs des conditions financières globales affirment que depuis la normalisation formelle, les conditions financières mondiales se sont desserrées, desserrées et non pas resserrées.

C’est le nouveau conundrum. Qui n’est qu’un faux conundrum bien sur car d’une part le pseudo resserrement US est largement contrebalancé par les 180 à 200 milliards de dollars qui sont injectés ailleurs et surtout, psychologiquement comme on s’aperçoit que les choses se passent bien, l’appétit pour le jeu/risque remonte et les marchés jouent, en jouant, ils créent de la liquidité! A notre époque la liquidité réelle, celle qui est effective c’est celle qui est créée par les marchés quand ils sont haussiers et par les banques TBTF quand leur bilan le leur permet. Et puis finalement, mais c’est un peu complexe à expliquer, la liquidité monétaire, l’aisance mondiale ne se joue pas là ou on le croit, aux USA, elle se joue sur le marché dit de l’eurodollar ou asiadollar.

En résumé, on vous joue l’illusion de la normalisation, une fausse normalisation afin de vous faire croire que la normalisation se passe bien On vous fait boire du Canada Dry en vous disant que c’est de l’alcool et en tirant avantage pour vous dire: vous voyez, cela ne saoule pas! Ah les braves gens!

C’est le mythe, le jeu sur les perceptions: en vous faisant croire qu’il se passe quelque chose alors qu’il ne se passe rien , vous finissez par croire que vous êtes vacciné, qu’il n’y a rien à craindre.

Nous vous le répétons, ils vous font vivre un monde faux, bidon, Potemkine mais avec un enjeu réel ; cet enjeu c’est leur Pouvoir. Un pouvoir qui ne découle que de vos illusions. ce sont des David Copperfield; pas des magiciens.

Ici la pièce se joue de la façon suivante;

-on dramatise, on attire l’attention on met en scène

-on fait un tour de passe-passe qui fait croire qu’il va y avoir resserrement, on boni-mente

-les comparses comme la BCE, la BOJ et la PBOC eux continuent d’injecter des liquidités et de créer du crédit gratuit

–roulement de tambour, attention il y a un risque, c’est une manoeuvre délicate,

-on dresse le podium des médias, on retransmet la messe

et puis plouf, il ne se passe rien!

Conclusion, les braves gens et leurs médias peuvent dire: c’est un succès, opération réussie.

Les Maîtres, les gérants des mystères ont gagné!

On peut recommencer le coup plusieurs fois et même le faire en décembre si  l’appétit pour le risque est encore là; on dira attention, on va monter les taux cette fois, attention serrez vos ceintures, voici le triple saut périlleux  et puis… rien !

Ce que vous devez comprendre c’est qu’il y a une plage à l’intérieur de  laquelle ils peuvent faire semblant de normaliser, et ce sans risque. Il y a une plage de temps et une plage de volume et une plage de d’intervalle de taux. Les taux peuvent monter sans risque … jusqu’à un certain seuil.  Voila le grand secret et on peut éponger des liquidités sur-excédentaires jusqu’à un certain seuil également. Mais chut, il ne faut pas que ce soit dit.

Ce que vous devez comprendre c’est leur capacité à tricher , à séparer le spectacle du réel, à truquer.

Ils ont de nombreux secrets:

-le secret du temps, ils ont l’éternité devant eux

-ils  peuvent  introduire le continu, le dérivable, dans un monde qui lui est fractal, c’est leur plus grand secret

-ils ont le secret du mensonge et de la dissociation entre le  corpus théorique et le réel qu’il est censé exprimer, c’est un monde faux complètement faux, idéologique, névrotique, absurde mais il fonctionne grâce à l’argument d’autorité.

On joue nous le grand air de la normalisation.

Les paroles, mais sans la musique, l’orchestre continue de jouer, ce fameux orchestre dont nous a parlé en son temps Chuck Prince, vous savez celui qui disait que tant que la musique jouait, il fallait danser! On le fait après avoir fait croire que l’on a réussi car il faut maintenir sa crédibilité, la croyance en le pouvoir infini des banquiers centraux.

Or c’est un échec:

-la croissance n’a pas rejoint son potentiel

-il n’y a pas eu de désendettement, le leverage a sévi de plus belle

-le taux de profitabilité du capital total n’a pas été restauré car on a refusé les destructions

-il n’y a pas de reprise de l’investissement productif

-la productivite persiste à s’étioler

-la démogrqphie reste ce qu’elle est: déflationniste

-l’inflation fait toujours défaut

-les revenus gagnés ne performent pas, seule la création de dettes maintient un  semblant de croissance

-les lois et corrélations ne fonctionnent pas, comme en témoigne l’échec des prévisions fondées sur la Loi de Phillips

-les déséquilibres financiers globaux ne sont pas résorbés,

-la capacité bilantielle des banques mondiales n’a pas été restaurée, l’eurodollar est toujours aussi fragile sinon rare

-le monde n’a pas retrouvé sa capacité de croissance autonome, auto-entretenue et même si on le voit pas , l’embellie conjoncturelle en cours repose sur le  » credit impulse » de 2016 donné en Chine

-Les marchés n’ont pas retrouvé leur capacité à fonctionner sans béquilles

Donc nous sommes dans une seconde phase; une page ne se tourne pas;

Plus précisément nous ne sommes pas dans un évènement, avec un avant et un après,  nous sommes dans un processus.

 

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3 réflexions sur “Billet Le grand mythe de la « Normalisation », David Copperfield fait un tour à Potemkine!

  1. Merci M Bertez pour cette interprétation complète et décryptée.
    J’ai une question indiscrète : quand j’écoute ce midi la platitude des commentaires sur la FED des économistes pourtant pas idiots, invités aux experts de BFM business, je n’ai qu’un désir : vous entendre prendre la parole et élever le débat, changer le paradigme de leurs schémas. Exprimer autre chose car les auditeurs méritent mieux, ce ne sont pas de sombres cretins et ils sont en mesure de vous suivre dans votre vision.
    Ces gens-là ( les économistes et journalistes politiques) doivent vous lire que diable ! Pourquoi ne vous invitent-ils pas ? Ou au moins, pourquoi aucun d’entre eux ne reprend pas à son compte votre vision globale de la crise et la défend ? Refusez-vous peut-être ces plateaux ?
    Je suis un scientifique, je me suis battu publication à l’appui contre la doxa dominante de l’institut Pasteur dans les années 2000, au sujet de la vaccination pour le BCG. Une voie de travail iconoclaste et hérétique alors, reprise depuis et validée à présent.
    Doit-on attendre la catastrophe pour que votre point de vue soit pris en compte ?
    Le sera-t-il d’ailleurs alors ?
    Je crois que j’ai fini par en douter…

    Aimé par 1 personne

  2. Merci pour votre article
    je vais oser reprendre ce que vous dites si bien, pour savoir si j’ai bien compris et j’attends aussi avec impatience votre nouvel article et les reponses.

    La FED a dit réduire sa Balance sheet de 45 trillions au rythme de 10 milliard/mois et ensuite augmenter la cadence.
    Mis en perspective, pour revenir avant la crise elle était de 600 milliard (augmentation de 500% !)
    à ce rythme, il faudrait plus de 32 ans ou à peu près comme la maturité des bonds à 30 ans et ce sont eux qui sont visés pour la réduction de la Balance sheet de la FED
    Ce qui ferait monter les yields a 30 ans et donc repentifierait la courbe des taux longs, qui serait toujours en théorie, bien pour Eviter que la courbe des taux s’aplatisse,
    bénéfique pour les banques donc le marché des actions qui serait encore tire à la hausse puisqu’il y aurait un nouveau leader…et voilà en théorie ce serait bien géré.

    Mais dans la réalité et pas en théorie, qu’elle sera L’effet sur les prix de l’immobilier, des Mortage back securities, les junk bonds et les conséquences d’un dollar fort si il devait se renforcer avec la hausse des taux ?

    De toute façons, ce programme sera arrête pour une ou des raison(s) plus ou moins crédibles.
    Arrêté si, par exemple, (la vitrine) le marché des actions commence à vraiment baisser (ainsi que l’immobilier) et qu’il n’y a plus le fameux « buy the dip » et que le risk off se généralise.
    Ce sont les derniers collatéraux parce qu’il représente l‘effet/l’illusion de richesse qui permet de faire croire à la solvabilité des énormes dettes crées depuis la « crise de la dette » en 2008 !
    Les états, les privés et les compagnies se sont tous hyper-endettés
    Pour les compagnies, un grand nombre, ont le statut de « junk »
    Les banques continuent à les soutenir pour ne pas avoir de mauvais prêts sur leur balance sheet /ou bien encore certaines banques centrales qui les rachètent pour éviter les faillites en cascade.
    Beaucoup de ces junks bonds qui représentent plus du trillion, vont arriver à échéance d’ici les 2-3 prochaines années
    Ajouter à tout le reste,
    les intérêts de la dette doivent rester bas = en dessous de taux historiques normaux puisque l’économie est toujours et durablement bien en dessous de son potentiel de croissance à cause précisément du fardeau de ces dettes et des mauvaises allocations de crédits.
    et la balance sheet des banques centrales ne pas se contracter fortement car c’est aussi une sorte de resserement des taux/de la liquidite indispensable au fonctionement de ce systeme financier.

    Donc comme vous le dites si bien la normalisation est une théorie, une farce qui serait catastrophique si elle devait être vraiment appliquée.

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