Billet. Social démocratie allemande, du plomb dans l’aile. A lire pour comprendre la suite, y compris en France

 L’Allemagne est le modèle de nos élites. Elles aiment l’ordre allemand même si il n’est pas nouveau. L’Allemagne est le leader de l’Europe; c’est elle qui impose l’ordo-libéralisme. C’est l’Allemagne qui essaie d’imposer à ses partenaires ses principes et en particulier son principe sacré du respect des règles. C’est l’Allemagne qui dicte la politique néo mercantiliste avec sa défense des excédents. c’est elle qui a imposé l’ouverture des frontières tous azimuts aux migrants. L’Allemagne, face à Trump essaie de renforcer son rôle dans la diplomatie globale. L’Allemagne reste l’un des rares pays à conserver sa préférence à l’orthodoxie monétaire, à refuser les délices du déficit spending et à  nier l’efficacité du Keynesianisme. L’Allemagne sous une certaine forme est le dernier ancrage global, l’opposant systémique aux dérives anglo-saxonnes.

Une partie d’un éventuel succés ou échec de Macron dépend de l’Allemagne.

Pour toutes ces raisons ce qui se passe en Allemagne est important pour le monde, l’Europe et les différents pays qui la composent.

Les élections générales qui viennent de se tenir ont produit un glissement très net à ce que l’on peut appeler  Droite. Nous utliserons donc cette étiquette.

Les deux partis de centre droit et de centre gauche, la CDU-CSU et le SPD ont enregistré des pertes très importantes.

Le parti de Merkel a perdu 8,5 points par rapport aux élections de 2013 pour finir à moins de 33%; le SPD chute de plus de 5 points pour finir à 20,5%. C’est leur plus faible score depuis 1945. La Grande Coalition est désavouée , les électeurs ont voté à hauteur de 75% ce qui est très élevé, puisqu’en 2013 la participation n’était que de 71%.

 

 


Le gagnant désigné de cette élection est le parti AfD, Alernativ fur Deutschland qui réalise un score de 12,6% contre 4,7% en 2013. Il fera donc son entrée au Bundestag.

Note : bien peu savent que la co-leader du parti AfD, Alice Weidel,  n’est pas populiste de souche, c’est une économiste  qui vient de chez Goldman Sachs, , elle a été consultante financière proche de Nigel Farage.

L’autre gagnant est le parti FDP, les néo libéraux: ils font 10,7% contre 4,8%. Ils reviennent au Bundestag après l’avoir quitté.

Die Linke (La Gauche) fait 9,2%, quasi stable;  tout comme les Verts avec  8.9%.

Globalement la gauche si on inclut les Verts ne fait donc que 40%., ce qui est moins qu’en 2013 bien sur.

Tirant les leçons de sa déconvenue, le SPD a tout de suite déclaré qu’il abandonnait la Grande Coalition avec la CDU. Le SPD a perdu ses électeurs partout là ou il y a les salariés les moins favorisés, les plus pauvres. Ils ont compris que le SPD ne les représentait pas, un peu à l’image de ce qui s’est produit en France. La classe des travailleurs quitte la gauche.

 

Ce qui s’est passé en Allemagne ce week-end est semblable à ce qui s’est passé en Europe (Front National, Ukip, La Liga).

Le consensus social se brise, le bipartisme éclate et la fragmentation rend tout ingérable. Il y a une sorte de refus de la globalisation, de l’ouverture , du remplacisme et une remontée des préoccupations nationalistes et identitaires.

En Allemagne les enquêtes montrent que les électeurs mécontents se plaignent des immigrants, des cadeaux à l’Europe, et des Très Grandes Entreprises Mondialisées.

Contrairement à ce que l’on pense la condition des travailleurs en Allemagne est loin d’être favorable: les salaires sont bas, les emplois à plein temps rares et le salarié allemand tout comme le britannique est moins bien loti, et de très loin que le Français.

La politique de Merkel a été une erreur considérable. L’Allemagne est une nation d’immigration traditionnelle, c’est la seconde destination mondiale après les USA. Un Allemand sur 5 est d’origine étrangère mais le désastre du Moyen Orient et l’idéologie de Merkel ont déstabilisé le corps social et provoqué des rejets. L’Allemagne ne peut intégrer 2 millions de migrants, c’est le message des élections. Il ne faut pas oublier qu’une politique imbécile a placé la plupart des migrants dans les régions pauvres , pauvres en écoles, services publics, sécurité!

Je soutiens que cette élection met en péril le modèle allemand sous de nombreux aspects et en partie sous l’aspect qui intéresse Macron: le statut des travailleurs.

Les fameuses  réformes de Schroeder  font saliver le très Grand Patronat. Ces réformes ont précarisé, institué tout un sous-emploi avec des temps partiel  et des salaires bas. Elles ont permis une baisse des coûts salariaux pour l’industrie et constitué la base du redressement de la profitabilité du système allemand et de sa compétitivité.

Un allemand sur 4 est prolétarisé, c’est à dire qu’il est payé moins des deux tiers du salaire médian en Europe! Le nombre de travailleurs à temps partiel a triplé en 10 ans. Les salaires réels allemands sont en dessous de ce qu’ils étaient en 1999. Rendez vous compte si cela fait envie au Medef! Pendant ce temps le produit national brut par habitant a progressé de 30%!

Ce qui vient de se passer montre que laminage des salariés et en même temps politique migratoire ouverte voire accélérée ne faisaient pas bon ménage. On ne peut à la fois laminer les salariés et en même temps accueilir des millions de migrants.  Cela fait clash.

salaires réels bloqués et GDP en hausse =confiscation

Une croissance satisfaisante mais modérée

Des salaires réels stagnants voire en baisse 

Une profitabilité qui remonte grâce à Schroder et aux réformes  Hartz , confiscation des gains de productivité.

Mais le processus touche à sa fin , le taux de profit allemand stagne maintenant, la politique de Draghi qui favorise l’inflation en Allemagne est un contresens. Draghi signe la mort du miracle allemand et les élections le traduisent; on le verra bientôt. 

 

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