Ediorial Le secret qui ne doit pas transpirer, sinon vous comprendriez!

Regardez bien le tableau ci dessus. il  s ‘arrête à 2014, mais depuis la  situation s’est aggravée, la progression de la masse de capital a encore  accéléré. Les estimations provisoires donnent une masse de 355 trillions à fin 2016 contre 294 à fin 2014 et 178 en 2005, peu avant la crise. La production elle, a stagné et la masse de profits a du être répartie entre des ayants-droit de plus en plus nombreux et exigeants. La masse de capital est en concurrence pour obtenir sa part de gâteau. Et attention tout n’est pas comptabilisé, il faut tenir compte de la masse de capital que représentent les systèmes de retraite, les promesses de santé, …

Toutes les mesures de réformes dont on parle internationalement ont le même but: réduire la part qui revient au travail vivant dans la valeur ajoutée, dans les GDP. C’est le credo international, aussi bien celui du FMI que celui de l’OCDE ou celui des banquiers centraux: ils ne jurent que par les réformes. Les baisses de charge, les allongements de la durée du travail, la réduction des retraites, l’érosion des salaires indirects, la flexibilité, les réformes des codes du travail pour assouplir les échines,  se résument à ceci: il faut baisser les charges salariales. La productivité c’est  l’intensification du travail, la compétitivité c’est l’intensification du travail.  Encore récemment si vous lisez la critique du MEDEF adressée au projet de budget de Macron vous verrez que l’argument essentiel résume a ceci: ce budget ne remonte pas assez les profits.

Une part plus grande doit revenir au capital et une part plus petite doit être laissé aux salaires. Pourquoi? Tout simplement parce que les profits sont insuffisants: le  système n’arrive plus à fonctionner parce que les profits du capital sont trop faibles. Mais direz vous jamais les marges bénéficiaires n’ont été aussi élevées, la part du travail dans la valeur ajoutée est déjà historiquement basse voire historiquement à des niveaux records de faiblesse dans certains pays.

Comment concilier tout cela? Les profits sont trop faibles et cela empêche le système capitaliste de tourner et en même temps les profits sont à des niveaux records par rapport à la production, comment est-ce possible? ?

La réponse est simple c’est parce que la production, pour continuer, réclame toujours plus de capital; la masse de capital qu’il faut mettre en oeuvre dans le système croît beaucoup plus vite que la production. La production marche au pas, à un tout petit rythme, tandis que l’accumulation de capital galope. La production monte les escaliers, l’accumulation du capital prend l’ascenseur.

Les deux sont vrais et sont compatibles.

Mais pour cela il faut bien entendu penser juste, ne pas se laisser influencer par l’idéologie.

La part qui revient aux salaires est historiquement très basse, le capital confisque tous les gains de productivité,  mais cela ne suffit pas parce que la masse de capital qu’il faut rentabiliser est elle aussi a des niveaux records, elle est  à des sommets, à  des records! La production marche , l’accumulation du capital court, que dis-je elle vole!

On peut avoir à la fois une part de  profit élevée  dans les chiffres d’affaires et en même temps une part des profits très faible, trop faible en regard  de la masse de capital qui est  accumulée. Le dénominateur n’est pas le même. Le dénominateur de la part des salaires dans le chiffre d’affaires est faible, le dénominateur de la part des salaires dans le ratio de profitabilité est colossale. Parce que le capital, la masse de capital a considérablement progressé ces dernières années.

Nous sommes dans une phase d’intensification du capital d’une part et dans une phase d’accumulation de capital fictif d’autre  part. Sans compter qu’il y a accaparement du profit global par une poignée de leaders technologiques.

Il n’y a pas eu d’inflation du prix des biens et des services, mais il y a eu une inflation considérable de la masse et du prix du capital. On a beau exploiter la main d’oeuvre des émergents, intensifier le travail dans les pays développés, moderniser pour peser sur le coût du travail , rien n’y fait il n’y a pas assez de profit pour honorer tout le capital qui réclame son dû. . Et celui ci ne cesse de progresser puisque les marchés financiers battent de nouveaux records chaque jour et que chaque jour on fait de nouvelles introductions Bourse et de nouvelles émissions de dettes.

Les élites n’ont toujours pas compris que leur remède à la crise s’analysait comme une inflation de la masse de capital qui existe dans le système et que cette inflation , puisque la production stagne, cette inflation dilue les profits existants et fait baisser inexorablement le taux de profitabilité moyen … ce qui renforce les tendances à la crise. Et plus les élites chercheront à surexploiter  le travail, à réduire la part du travail vivant, plus celui ci aura des problèmes de pouvoir d’achat et moins il pourra acheter.

La politique qui consiste à augmenter la masse de capital et à faire pression sur les salaires produit …de la surproduction, on ne sait plus à qui vendre! Il faudra sans cesse augmenter le recours au crédit pour compenser l’insuffisance de pouvoir d’achat, donner du crédit gratuit à zéro pourcent, nous serons toujours en déflation et il ne pourra jamais y avoir de remontée de l’inflation sauf si on détruit la monnaie.

Nous sommes dans un système absurde, mais cohérent: 

-excés de capital

-insuffisance de profitabilité

-on pèse sur les revenus salariaux

-la demande adressée à l’économie n’est pas assez élevée

-pour éviter les faillites et la destruction on brade le crédit

-le crédit bradé inflate la valeur du capital et gonfle la masse de dettes donc le stock de capital

-la masse de capital qui cherche sa rentabilité augmente encore

-le capital est de plus en plus excessif

-le profit de plus en plus insuffisant

Pour que les détenteurs de capital le gardent, il faut leur offrir un complément de performance:   la rentabilité interne des placements et investissements est beaucoup trop faible pour être intéressante donc il faut la compléter par une rentabilité externe, c’est la hausse des cours sur les marchés. Il faut fabriquer de la Plus Value boursière. Le papier représentatif du capital n’est conservé que parce que la rentabilité interne des placements est complétée par une plus value qui est produite par la hausse des Bourses, c’est à dire par le Ponzi . On ne peut  arrêter le manège infernal du Ponzi car si on arrête, la rentabilité interne des  placements, leur attrait fondamental apparaîtront  insuffisants et donc les détenteurs vendront. Seule la hausse permet de stabiliser, il faut que la bicyclette roule pour ne pas tomber.

La hausse des Bourses exprime et reflète l’impasse dans  laquelle se trouve le système.

Caressez un cercle et il devient vicieux, ici c’est le cas.

Pour éviter l’effondrement, il faut continuer, c’est marche ou crève.

 

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6 réflexions sur “Ediorial Le secret qui ne doit pas transpirer, sinon vous comprendriez!

  1. Bonjour Mr Bertez,
    Encore un merci pour cet article: à présent, je comprends la « logique » du système… sa cohérence (perverse), le pourquoi et le comment il tient debout (sur la tête). Je comprends la cause des effets que nous constatons aujourd’hui partout dans le monde réel (destruction des emplois, baisse des salaires, démantèlement des services publics, naufrage des classes moyennes, exigence de compétitivité, hausse des bourses (surtout de certaines entreprises Fang, de la performance des Tesla vs les General Motors…).

    Incroyable mais on marche bel et bien sur la tête. Le système peut tenir encore longtemps tant que l’on ne le remet pas sur le pied (donc en le retournant complètement, en faisant l’inverse de ce que l’on fait actuellement).

    Mais quid de la prochaine étape ? Qui va acheter les produits ? Les Iphone 8, 9 et 10 ? Les Tesla, les produits d’Amazon, les version 25 de Windows / Office ? Qui pour acheter dans les supermarchés vides de salariés et automatisés ? La classe moyenne sombre, son pouvoir d’achat diminue (pas seulement le salaire mais aussi la pression fiscale, les dépenses automatiques qui plombent notre ancienne liberté de pouvoir d’achat…). Elle n’a pas spécialement les moyens d’accéder au crédit ou est déjà proche de son max… Je ne vois pas trop comment le système va gérer cela (il a déjà en France fait le max au niveau des transferts de la classe moyenne salariée vers la classe pauvre / inactive … et cela ne passera pas vu l’arrivée de la génération des baby boomer à la retraite). Il ne restera plus qu’à resolvabiliser les gens normaux via Helicopter money ?

    De mon point de vue, j’ai énormément de chance d’avoir découvert votre blog (via leblogalupus) et de m’être « accroché » au début car sa lecture n’était pas évidente pour le citoyen non-économiste lambda que je suis….
    Merci !
    Jean-François.

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    1. Bonjour,

      Il arrivera un moment où le système va casser.

      Déjà dans le secteur industriel dans lequel je travaille (aéronautique), les projets prennent de plus en plus de retard car :
      – on a vendu la peau de l’ours,… c’est-à-dire que l’on a promis au client une livraison à une échéance irréaliste, pour gagner le marché et satisfaire le seuil de rentabilité.
      – les équipes d’ingénieurs / techniciens sont réduites au minimum, d’où des problèmes techniques qui s’accumulent et ne peuvent résolus dans les temps,
      – un avion à plusieurs centaines de millions de $ peut être immobilisé, en attente de livraison à cause d’un « manquant », d’une pièce à 1000 $ qu’un fournisseur n’a pu livré car « en faillite » ou en rupture de matière première, etc…

      Est-ce que l’explosion d’une usine style « BOPAL » ou d’une centrale nucléaire ne mettra pas le feu aux poudres, par le biais des assurances, ou de la prise de conscience de la population que l’on ne peut continuer dans cette voie de toujours moins de moyens, pour toujours plus de profit !

      Tchernobyl fut bien, l’un des déclencheurs de l’effondrement de l’URSS.

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  2. Merci pour ce billet d’une grande limpidité qui mérite d’être reconnu d’utilité publique…ce qui ne peut malheureusement arriver car il ne faut surtout pas que le peuple comprenne.

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  3. Une bonne synthèse de vos articles précédents, pédagogique, un grand merci.

    Vous optez à court et moyen termes pour la fuite en avant des banques centrales et du système en général. Vous ne cessez d’alerter (comme d’autres, Rickards par exemple) sur les modèles dépassés sur lesquels le système appuie son pilotage d’ensemble. La chute du vélo est donc possible à chaque coup de pédales.

    Je trouverais de ce fait intéressant que vous utilisiez votre cadre d’analyse pour explorer les scénarios possibles de « reset » du système.

    En vous lisant, je comprends que le système n’est pas près de se nettoyer par l'(hyper) inflation :
    – la hausse des salaires n’est pas à l’ordre du jour, car elle compromettrait la rentabilité du capital,
    – la distribution par l’helicopter money semble abandonnée (le projet de réforme fiscale de Trump est une farce).

    La destruction du capital excédentaire ne se fera que pour les classes moyennes :
    – bulle immobilière à contenir ou faire éclater pour les pays où les classes moyennes sont propriétaires (ce qui semble être la visée de la politique de M. Macron),
    – leur épargne est sous répression financière,
    – les engagements sur les retraites ne seront pas tenus etc…

    Au final, je vois un système qui fuit en avant, se pilote au jugé, ne peut (veut) pas mettre en place les soupapes nécessaires pour se stabiliser. Bref, il est fort possible que le « reset » advienne par surprise et soit violent et non maîtrisé.

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    1. L’enjeu ce n’est pas la finance ou l’économie mais l’ordre social. Bernanke a découvert le pot aux roses quand au moment de son départ il a avoué: « j’ai sauvé l’ordre social des pays developpés ».

      L’ordre s’incarne dans des structures, des superstructures, des théories, des lieux de reproduction comme les médias, les écoles, la culture etc.

      Il ne faut pas se tromper et confondre la proie et les ombres, les signes et le réel.
      Le but du combat social c’est … le Pouvoir.

      La crise marque les limites de l’ordre social antérieur et constitue une opportunité-reversible- de favoriser la venue d’un autre ordre social. je ne crois pas à la Révolution conduite par les hommes mais à l’opportunité à certains moments privilégiés de l’histoire de pouvoir modestement jouer un rôle. Faire pencher la balance si vous préférez.

      2008 constituait pareille opportunité, mais les formations et organisations qui étaient censées refuser que le poids de la crise ne soit assumé par les classes moyennes et les salariés, ces organisations ont trahi; au lieu d’exiger la destruction du capital fictif et du capital dépassé, non efficace, elles se sont couchées. Je parle des formations politiques, des partis politiques, des médias, des corps constitués, intermédaires de la démocratie.

      Il y aura une autre opportunité car les dominants n’ont pas résolu les problèmes ils ont « kick the can », tapé dans la boite de conserve pour descendre la pente de l’histoire; la situation est beaucoup plus fragile qu’avant .

      Elle va s’aggraver considérablement car a moyen terme ce n’est plus seulement le capital des assets financiers qui va excercer son poids et sa dictature tyranniquue, mais l’ensemble du capital enraciné dans les promesses de retraites. On évalue ce capital promis à horizon 2050 à 400 trillions! N’oubliez jamais, un capital ce n’est pas un actif, mais un passif, c’est un droit a prélever sur le travail vivant soit en vertu d ‘un contrat soit en vertu d’une promesse. Le système du capital c’est un ordre social, un ensemble de relations sociales.

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  4. Bonsoir
    400trillions de dollars, c’est d’après John Mauldin ce qui manquerait pour assurer les retraites de quelque uns des principaux pays développés à l’horizon 2050. Ce chiffre ne prend pas en compte l’ensemble des pays européens.
    Vous l’avez dit: l’essentiel est de maintenir l’ordre social, non pas par souçi de pouvoir mais tout simplement pour éviter l’effondrement et le chaos violent que déclencherait la fin du Ponzi des retraites. Les courbes démographiques pour les pays occidentaux sont annonciatrices de catastrophes.
    Les gouvernements et banquiers centraux tordront le cou à toutes les règles pour assurer la continuité du système. Les anti-capitalistes et certains autres oublient que les fonds d’investissements qui cherchent implacablement du rendement sont en grande partie gestionnaires des placements retraites des pays dont le système se fait uniquement par capitalisation.
    Les ouvriers européens paient pour les retraités étatsuniens car si les US s’effondrent, c’est tout le système économique mondial qui capote. Une telle catastrophe vaudrait largement n’importe quel hiver nucléaire comme destructeur de la civilisation; les récents ouragans ont montré combien nos sociétés sont physiquement fragiles devant les coupures d’électricité et d’eau…
    Cordialement

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