Billet. La doctrine du Pouvoir permet le viol, elle débouche sur la violence

De temps à autre il faut arrêter de se plaindre, il faut prendre le temps de  réflêchir et ensuite agir. Les Pouvoirs ont une nouvelle doctrine, face à cette doctrine il faut élaborer d’autres façons de faire de la politique. La pensée politique ancienne est inadaptée.

Il y a quelques jours Merkel a pris une raclée électorale. Au lendemain de cette raclée elle a affirmé, « il ne s’est rien passé, aucun changement important ». Rajoy hier a subi un camouflet, les Catalans ont tenu leur référendum, Rajoy a affirmé: « il n’y a pas eu de referendum » devant le monde entier.

La doctrine a pris forme dans les années 80, au tout début. C’est alors que les gouvernements, les Etats, les élites ont adopté une doctrine nouvelle fondée sur la dénégation.  La Verneinung. « Circulez il n’y a rien à voir ». « Ils ne sont pas contents? Oui et après? » « La  Tyrannie c’est ferme ta gueule, la démocratie c’est cause toujours ». Nous pourrions multiplier les formulations, mais elles reviennent toujours à l’essentiel: la parole populaire est nulle et non avenue et il suffit de la nier, de l’écarter pour pouvoir continuer à agir contre sa volonté .

Les dernières élections européennes ont exprimé le souhait de moins d’Europe , moins de Bruxelles, plus de parlements nationaux, qu’à cela ne tienne Macron veut imposer plus d’Europe, un ministre des finances à Bruxelles, un budget commun, bref l’Europe puissance 2! Juncker applaudit. Les Français voudraient un débat sur la réforme du code du travail et des contreparties, Macron répond: « je continue, j’irai jusqu’au bout.. les Français n’aiment pas les réformes ».

C’est la doctrine de la Construction Européenne, parfaitement exposée au plus haut niveau: « on ne débat pas, on fait, en cachette sans tambours ni trompettes et si cela passe on va plus loin, sinon on attend et on refait la même chose sous une autre forme.

La doctrine des Pouvoirs s’articule non pas autour du respect des volontés et des souverainetés populaires mais autour des moyens, des techniques pour la violer.

Le dialogue, la concertation, les consultations sont des valeurs d’ambiance, elles sont considérées comme valant en elles mêmes, comme en forme de rituels. Le dialogue est un rituel qui n’est pas censé produire effet sur la réalité et produire des  concessions optimums, non le dialogue est le sacrifie de forme, l’hommage du vice du Pouvoir à la vertu démocratique. C’est exactement selon ce schéma que s’est déroulé la réforme du code du travail en France. Nous sommes dans des régimes de viol, de violence et de fait accompli.

Cette doctrine du pouvoir est mondiale, globale , sauf dans les pays de dictature ou elle est inutile, superflue. A mon sens la violence cynique de l’élite chinoise est préférable, à l’échelle de l’histoire,  à la situation de nos démocraties bidons, car par ses excès elle va provoquer la révolte, le changement, tandis que nous nous , c’est l’endormissement qui nous guette.

Elle, cette doctrine ,  a à voir avec beaucoup de choses :

-l’enrichissement colossal des ploutocrates qui peuvent se payer ce qu’ils veulent et qui ils veulent à partir du surproduit  qu’ils écrèment sur le dos des peuples

-la disparition de la notion de Valeur remplacée par celle de prix avec sa conséquence la chute post-moderne des référents. Tout s’achète.

-la disparition des consciences de classe

-l’affaissement culturel, la dissonance cognitive

-le vieillissement des populations, elles deviennent craintives

-la veulerie généralisée qui, détruisant les moeurs détruit le besoin de sublimer, d’apprendre, de faire le détour de l’effort

-le brassage et la diversité qui brisent les identités et les solidarités

-la complexité du monde et les techniques d’enfumage et de parcellisation des connaissances

-l’émiettement politique et la disparition des solidarités

-la force de persuasion et de manipulation des médias

-la capture de la « vérité » par des organes d’autorité comme les institutions internationales lointaines et intouchables , elles gèrent le « il faut » global

-l’institution pervertie des sondages qui créent des boucles d’acquiescement

-la professionnalisation de la politique , c’est un métier, pas une vocation ou un sacerdoce , la conviction a laissé la place au pragmatisme carriériste

-la montée des pseudo sciences qui dictent par la bouche des pseudo experts ce qu’il faut faire et penser

-la collusion des intellectuels auto-proclamés avec le Pouvoir

Nous sommes dans un monde à plusieurs vitesses, ou les élites ont fait alliance avec les ploutocrates et ou les ploutocrates ont acheté les gouvernements et ou les gouvernements ont acheté, avec l’argent des classes moyennes, les marginaux pour construire de fausses majorités politiques. L’assistanat tue la responsabilité et le souvenir même de la dignité; ainsi, on glorifie ceux qui fuient leur pays au lieu de combattre pour le rendre meilleur.

Nous sommes dans un monde dans lequel une élite s’est arrogé le droit de dire ce qui est « bien » et « mal », ce qui est « bon » et « mauvais »; elle s’est arrogé le droit de bannir et d’exclure également.

Le développement des véhicules de défoulement que sont les Facebook, Twitter et autres médias sociaux : au lieu de s’opposer on glose sur l’opposition, on joue la comédie de la révolte et de la rebellion, il y a même des professionnels pour cela.

Nous arrêtons l’énumération car l’avènement de cette doctrine et son adoption sont surdéterminés; les causes sont multiples, elles senchevètrent à un point qui les rend inextricables. C’est le fait accompli historique.

Dans violence il y a viol.  Le viol est une violence et il conduit à la violence. L’avenir de nos sociétés c’est le terrorisme, avec sa conséquence: la militarisation de la police, comme on vient de le voir en Catalogne. Je le maintiens.

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 réflexions sur “Billet. La doctrine du Pouvoir permet le viol, elle débouche sur la violence

  1. Billet passionnant, notamment au regard de l’énumération des caractéristiques de la nouvelle doctrine globale des Pouvoirs. Deux réactions cependant :

    La première : vous dites que, de temps à autre, il faut arrêter de se plaindre, il faut prendre le temps de réfléchir et ensuite AGIR. La pensée politique ancienne étant inadaptée, il faut élaborer d’autres façons de faire de la politique. Mais vous rajoutez que les causes de l’avènement de cette doctrine sont multiples, elles s’enchevêtrent à un point qui les rend inextricables.
    Dans ces conditions, croyez-vous vraiment qu’il soit encore possible d’AGIR, ou bien qu’il faudra, en attendant peut-être des jours meilleurs (?), se contenter de comprendre, car ce que vous décryptez est de nature à nous laisser penser que l’agir relève d’un temps révolu (peut-être celui des grands récits idéologiques de la modernité). L’agir ne va-t-il pas se restreindre tout simplement à des réagirs sporadiques, pas forcément précédés d’un réfléchir élaboré ? La force de persuasion et de manipulation des médias, la disparition des consciences de classe, l’affaissement culturel, la dissonance cognitive, le viol, que vous avez relevés, sont tels que seule une toute petite minorité de citoyens semble en mesure de comprendre. Quant à faire de la politique autrement, comment le faire alors que vous dénoncez la professionnalisation de la politique (la cooptation des expertocrates) et la collusion des intellectuels auto-proclamés avec le Pouvoir ? Dans ces conditions, y a-t-il un véritable avenir pour l’AGIR ? N’est-ce pas l’objectif d’une dictature soft que de couper l’herbe sous les pieds de l’agir ?

    La seconde réaction : vous affirmez que Rajoy hier a subi un camouflet, les Catalans ont tenu leur référendum, Rajoy a affirmé: « il n’y a pas eu de referendum » devant le monde entier. L’avenir de nos sociétés, c’est le terrorisme, avec sa conséquence : la militarisation de la police, comme on vient de le voir en Catalogne.
    Je ne suis pas persuadé que le référendum catalan soit un excellent exemple pour illustrer la nouvelle doctrine. Étant catalan -administrativement français- et vivant en zone frontalière, je sais combien le sentiment identitaire est fort en Catalogne du sud. Mais n’oublions pas l’article que vous avez consacré, il n’y a pas très longtemps, aux manifestations des indépendantistes de début 2017 (« Tourists go home, refugees welcome. ») ; cet article me semblait révéler que la frange active des séparatistes est idéologiquement bourgeoise, progressiste, européiste, cosmopolite, et caresse l’Europe actuelle dans le sens du poil ; en tout cas, on ne trouve pas chez eux de critique de fond du fonctionnement et de l’idéologie de l’Union européenne. Une expression identitaire n’est aujourd’hui affichable que si elle émane de l’extrême-gauche libérale, moderne et cosmopolite.
    Le mouvement indépendantiste catalan me semble mû par deux forces qui ne me semblent pas partager exactement le même objectif final : d’une part, la riche bourgeoisie barcelonaise qui veut accéder intégralement au pouvoir (rien entre elle et Bruxelles), et, d’autre part, une partie de la population qui est animée, de très longue date, d’une conscience identitaire très forte ; étant précisé, toutefois, que la Catalogne bénéficie déjà d’une très grande autonomie. Deux slogans électoraux me sont apparus intéressants au cours des dernières semaines : « Nous voulons vivre libres » et « Bonjour l’Europe ». Que veut dire vivre libre, particulièrement dans l’Europe et le monde d’aujourd’hui ?
    Un référendum unilatéral prend forcément un chemin qui est de nature à rendre le résultat difficilement exploitable -en tout cas difficilement incontestable-, sans évoquer le contexte qu’il crée et qui ne me semble pas de nature à véritablement respecter les convictions d’une partie non négligeable des électeurs potentiels (le parti du NON ne s’est pas exprimé, par construction, et sous l’effet d’une pression constante tous azimuts).

    Dernière remarque pour répondre à l’évocation de la militarisation de la police : les forces de police sont dirigées par le gouvernement autonome catalan ; dans ces conditions, l’Espagne ne pourra compter que sur l’armée pour contrecarrer les effets d’un rapport de forces créé à dessein par un référendum déclaré non constitutionnel. Que devrait faire la France si la Corse décidait, demain, unilatéralement, de lancer un référendum ? Serait-il légitime que Paris utilise la force pour faire respecter ce qu’il considérerait être l’application du droit ? Vieux débat entre la légalisté et la légitimité. En tout cas, la Catalogne pourrait bien ouvrir des vannes en Europe, ce qui ne devrait pas déplaire, au fond, à l’Union européenne.

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    1. je ne vous répondrai que sur le premier point, c’est a dire: agir

      Avant de déclarer forfait, et de me réfugier comme Julius Evola dans la solitude distante sinon méprisante je préfère continuer de travailler et approfondir. Je reste fidèle à mon choix; le projet d’une vie c’est la liberté, non pas comme état mais comme mouvement vers. Vous connaissez mon idéologie: le sens d’une vie c’est d’échapper aux déterminations et de s’autoriser de soi même, même si on naît dans les chaines de la société; même si on est un être social on peut s’élever vers l’individualité, ou mieux on peut devenir une personne. L’homme est social et individu , mon projet est de déplacer le curseur vers l’individu, vers la personne, mais ceci comme le dit Raymond Aron implique que l’on soit non pas spectateur, mais homme engagé.
      Si vous me demandez si je suis optimiste sur « l’agir », je vous répondrai « non », mais …

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