Billet: les mystifications de « la justice sociale »

Un ministre américain en affaires avec des proches du président russe, les investissements aux Bermudes de la reine d’Angleterre: une enquête journalistique internationale a levé le voile dimanche sur des circuits planétaires d’optimisation fiscale, s’appuyant sur une fuite massive de documents.

On aurait tort de considérer cette nouvelle comme anecdotique , du style de celles publiées par les journaux à scandale. Elle n’est pas anecdotique parce qu’elle s’inscrit dans une logique historique, elle procède d’une stratégie.

Attention je n’emploie pas stratégie pour signifier qu’il y a une conscience qui dirige tout mais pour exprimer l’inverse:  il y a une inconscience qui anime tout.

Le « grand divide », révolutionnaire de la lutte des classes est mort de sa belle mort, c’est à dire par la ruine de l’empire communiste. Ce « grand divide » mettait en forme et en scène l’affrontement entre les forces sociales de continuité, et les forces sociales de rupture; les forces sociales de positivité et celle de négativité; les forces sociales de vie et celles de mort, presque suicidaires.

Ne me faites pas dire ce que je ne dis pas: je ne colle pas d’étiquette et ainsi je m’abstiens de préciser ce qu’il y a derrière les mots parce que je suis incapable de désigner les forces positives et les forces négatives, je sais qu’elles s’affrontent mais je suis incapable de les classer et de les désigner car dans le monde, le positif et le négatif sont enchevêtrés,  tout est d’une part complexe et d’autre part mystificateur.

Les évènements comme les idées prennent des masques, se travestissent  pour mieux nous tromper et fourvoyer.

Mais ce qui est évident c’est que les forces de contestation sociales qui étaient à l’oeuvre dans le « grand divide »entre le monde du Marché et le Monde du Communisme, ce « grand divide » n’as pas sombré, non les gens se haïssent toujours autant les uns les autres, se méprisent, s’envient , les uns dominent, les autres sont dominés, les uns jouissent les autres triment, etc… Les antagonismes sont là. Et il faut bien que tout cela trouve un moyen de s’extérioriser, un moyen de se concrétiser, un moyen de s’incarner : les forces négatives de destruction ne peuvent rester virtuelles il faut qu’elles s’incarnent dans de nouvelles pratiques. Donc elles ont pris de nouveaux habits. Des habits qui ne recouvrent pas les divisions anciennes;  attention, nous sommes dans le transversal de la recomposition de nos sociétés.

Le post marxisme radical a abandonné l’idée de la révolution telle que l’avait enfantée Marx et dont il a engrossé Lénine. Cela c’est fini. Cela n’a pas résisté à l’épreuve de l’Histoire, d’autant que cette révolution concrète était menée sur un contresens de la pensée et des écrits de Marx:  il n’y avait pas de prolétaires en Russie pour faire la révolution donc c’est une révolution rigoureusement à côté de la plaque. Une révolution marxiste sans prolétaire, cela fait désordre! Nos penseurs post marxistes se sont repliés sur le modèles Chinois. Hélas avec les 50 millions de morts   du grand timonier, ils ont eu le coup de grâce . Mais cela ne les a pas dissuadé de continuer l’exégèse de Marx, et de tenter non pas de le réhabiliter, il n’en avait pas besoin,  mais de l’approfondir, de le radicaliser très profondément. De le rendre beaucoup plus abstrait . Les Althusser, Derrida, le groupe Tel Quel , ceux que l’on a appelé les Chinois, les Jean Joseph Goux,  se sont livré à une critique bien plus profonde de nos sociétés avec l’aide de  la méthode marxiste, de la linguistique et de sémiologie, avec leurs  concepts mais en allant à la racine aux fondements des pierres angulaires de nos systèmes. Pour faire vite et simplifier, tout cela a débouché sur une nouvelle forme de contestation éclatée, fragmentée, diversifiée qui montrait la relativité de notre ordre social, qui donnait à voir l’exploitation, l’aliénation,  qui mettait le doigt sur ses points d’ancrage: le langage, l’ordre du Père, l’ordre du maître, la domination masculine, le phallocentrisme. Et nous avons eu toute une flopée de révolutionnaires à la petite semaine qui ont voulu jouer leur Karl Marx et engrosser les mouvements sociaux de leur désir de contestation, de leur Oedipe,  dans des domaines  bien précis comme le statut de la femme , la justice sociale, le suprémacisme blanc, l’égalité de tout ce qui inégal, le genre,  les orientations sexuelles. Je n’insiste pas, vous avez compris cette mutation de la négativité en une multitude de formes de contestation radicale certes mais superficielles car mal assimilées. Cette contestaion multiforme est une caricature, elle reproduit celle de Marx mais en dérisoire, en caricature car elle est fondée non sur une logique interne mais sur une analogie superficielle. C’est parce qu’elle est superficielle, qu’elle est en surface des choses  donc simpliste qu’elle devient mode et qu’elle est traitée par vos médias MSM;  ils seraient bien incapables d’analyser les textes de Derrida ou de Goux.

Tout le courant de pensée issu du marxisme fourvoyé a été recyclé dans ces combats. De proche en proche ou de similitude en similitude ou d’analogie en  analogie, c’est tout notre ordre symbolique qui peut être contesté! La liste n’est donc pas  limitative , car l’intelligence non pas de l’homme mais l’intelligence de la négativité est sans limite. Avec un dictionnaire on peut faire une infinité de textes, eh bien avec les bases de la négativité on peut tout contester.

Il y a des combats qui méritent d’être menés, il y a des aliénations qu’il faut dépasser, il y a des inégalités qui sont fondées sur le vol, l’extorsion, la tromperie , mais sachez que ce sont   les élites sociales démocrates qui tiennent le haut du pavé et qu’elles agitent les ficelles des marionnettes, journalistiques ou politiques  dans le but non pas que les choses changent, mais dans le but de détourner les attentions, de mystifier et… de durer.

 

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4 réflexions sur “Billet: les mystifications de « la justice sociale »

  1. J’admire votre patience.

    Combien sommes nous à vraiment à chercher à comprendre la matrice ?

    J’ai visionné HyperNormalisation, combien auront la volonté de regarder jusqu’au bout ? Nous revoilà à jouer au bon vieux mythe de la caverne de Platon : ils s’en fichent bien des taux à zéro qui les spolient, ils ne veulent pas sortir de la caverne, ils sont même prêts à tuer celui qui voudrait en sortir.

    Dans les frères Karamazov, au sein du mythe du grand inquisiteur c’est le même jeu qui se déroule… Jacques Pirenne en son temps a tenté une réponse dans Le progrès collectif de la conscience individuelle …

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  2. « Tout changer pour que rien ne change », programme obsessionnel du spectacle,
    y compris dans les diversions intellectuelles comme la « déconstruction » de
    Derrida et d’autres, (qui se sont trouvés bien coincés lors de « l’affaire Heidegger »
    relancée par Farias, les obligeant à des contorsions mentales particulièrement
    tortueuses et risibles pour défendre leur fond de commerce…).

    Il s’agit toujours d’élever un barrage contre la pensée vivante, de nature souvent
    dérangeante, on le sait depuis Socrate.

    Soit par la promotion majoritaire de l’insignifiant,

    soit par l’évacuation respectueuse , cas d’Emmanuel Levinas dont
    la théorie du rapport à autrui interpelle l’individualisme organisé,

    soit par le silence délibéré, cas de Michel Henry qui précisément propose une lecture de
    Marx très différente des marxismes ordinaires ayant produit tout ce qu’on sait.
    Il disait justement: « le marxisme est l’ensemble des contresens faits sur Marx ».

    Ce bombardement incessant de l’inessentiel finit par brouiller toute lisibilité
    du réel gagné par une obsolescence généralisée, y compris du vocabulaire
    comme des réalités qu’il désigne. Il est donc naturel que les générations élevées
    dans le confusionnisme désertent tout simplement l’humanité. Le « positif »
    et le « négatif » n’ont plus de sens dans une société disparaissante. Comme
    disait la dame: « la société n’existe pas ».

    Ce qui existe c’est le mouvement inconscient de l’abstraction. Le contenu des
    dictionnaires désigne tout ce qui n’a plus d’existence vivante. En route vers
    le transhumanisme et la réalité augmentée, ce sera sans « nous » puisque c’est la
    part morte de nous-mêmes que réquisitionne ce mouvement autonome.

    Panama et Paradise Papers signalent la séparation de la société vivante et de
    son ultime production dématérialisée parasitaire. Il « nous » revient d’élucider
    cette alchimie inversée, parce que savoir que les asticots disparaîtront après
    les charognes n’a rien de bien ragoûtant.

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    1. Ils font tout pour que les peuples réclament leurs cordes sous prétexte de prendre ou de pendre les riches exilées. C’est le cash qui est visé. En Suisse la chasse aux sorcières a commencé avec l’excuse du blanchiment, et je me souviens trop bien d’un commentaire d’investissement dont le titre était Adieu l’Amérique. Aujourd’hui je mesure avec le recul à quel galop remonte la marée pour encercler ce qui nous reste de liberté…

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