Editorial. Analyse politique, systémique du Bitcoin. Son caractère subversif.

Je remercie le lecteur AV. Cet article fait partie d’un échange avec ce lecteur. 

Préface:

Plus j’approfondis ma réflexion et plus je pense que l’émergence au statut public du Bitcoin est l’évènement de l’année. Ce sera peut être l’évènement de la décennie marquée par la crise. Il est une bifurcation dans l’ordre économique et monétaire.

Les élites ont lutté contre la crise qui allait les déposséder et renverser leur ordre/désordre en émettant de la monnaie à partir de rien , « out of thin air », de la monnaie « digit ». De la monnaie qui n’en était pas, mais qui était simple écriture.  Elles ont triché, elles ont inflaté, truqué la monnaie qui est un bien commun à leur profit.

On est toujours puni par ou l’on pêche et c’est donc par un juste retour des choses que le Bitcoin, monnaie pure inscription, vient comme un boomerang les gifler et crier publiquement que cette monnaie, eh bien, on peut faire mieux! On peut la rendre totalement abstraite mais en limiter la production, la discipliner, entretenir sa rareté. Bref on peut la prolonger, l’améliorer et la corriger dans son fondement c’est à dire l’inverser, la remettre sur ses pieds.

Cette monnaie confisquée par les élites on peut la leur prendre, on peut en réguler la production par le bas ou bien par un processus indépendant de leur volonté. Les théoriciens comme Taylor se battent pour que la monnaie échappe à l’arbitraire des Yellen, des Draghi, ils demandent que l’on instaure ou restaure des règles; bien entendu les élites ne veulent pas  de règles, elles veulent que la gestion de la monnaie reste discrétionnaire. discrétionnaire, c’est à dire à leur seule discrétion.

Le Bitcoin introduit une concurrence, victorieuse pour l’instant, grâce  à l’existence d’une règle de création, qui garantit  en fait qu’il n’y aura pas  de fausse monnaie émise au profit des maîtres seuls. Le Bitcoin entre en existence autrement que par la création de dettes au profit des kleptocrates et ploutocrates. Il n’est pas créé du seul pouvoir des banquiers et de leurs complices des gouvernements, il entre en existence objectivement en fonction d’un processus, d’une Loi. Et cette Loi ce n’est pas celle qui convient aux détenteurs du pouvoir en place. C’est une logique, logique connue d’avance. Et c’est cela qui produit l’essentiel: la confiance; car l’essentiel en pareil domaine c’est cela, la confiance.

On rejoint les origines des premières monnaies; le sacré. Depuis le début des temps de la monnaie, le problème c’est de savoir comment éviter les tricheries. Les hommes, surtout les puissants ont une fâcheuse tendance à tricher. Souvenez vous des rois. Pour ne pas parler de la République. Savez vous que les gardiens  de la monnaie donc les garants de la confiance lors des origines étaient les temples? L’informatique décentralisée, c’est le nouveau temple. Le programme, l’inviolabilité, la loi de production, sont les composantes de la confiance et on comprend qu’à choisir entre  faire confiance aux fondés de pouvoirs des ultra riches et faire confiance à un système de règles et de Lois, il n’ y a aucune hésitation possible.

Certes la valeur d’échange des Bitcoins créés est variable, fluctuante, mais elle est d’une autre nature que celle que nous imposent les grands prêtres de la religion du Fiat Money,  elle ne tombe pas d’en haut, elle ne s’adapte pas à leurs besoins, ces besoins de classe particulière qu’ils nous font passer pour l’intérêt général. Si le Bitcoin accède au statut de monnaie ce ne sera pas une monnaie serve. Par construction.

Les élites elles même ont détruit la fixité de la valeur des monnaies, elles veulent une monnaie fondante et même une monnaie auto-dévalorisante par l’inflation, biodégradable par les taux négatifs; une monnaie confiscable à merci par le biais des prédations sur les comptes bancaires et les ponctions fiscales. Yellen elle même nous a dit il y deux ans : « dans le monde moderne la monnaie est un bien piètre réservoir de valeur ».

Ce sont, les apprentis sorciers qui ont dénaturé notre monnaie, qui l’ont amputée de ses fonctions et de ses attributs pour en faire leur chose, leur levier. Pour eux la monnaie ce n’est plus rien d ‘autre qu’un instrument de politique économique qu’ils manipulent pour faire durer le système dans son iniquité et ses inefficacités. Ce sont eux qui ont supprimé le droit de propriété attaché à la monnaie, avec eux la propriété n’est plus absolue, elle est relative à leurs interêts. Le Bitcoin restaure le droit de propriété sur la forme la plus concentrée,  la plus cristallisée de la propriété. C’est un médium de liberté.

Ce que je veux faire comprendre c’est que le  Bitcoin est le produit, le point d’aboutissement d’une évolution de la monnaie, il est ce qui devait arriver du fait de sa dénaturation.  Si la monnaie devient un jeton, un simple médium des échanges économiques, alors autant créer un jeton pur, mais au moins un jeton pour nous!

Les menteurs vous diront mais derrière les monnaies il y a un gage, c’est le pouvoir de taxation des gouvernements. Mensonge. Le pouvoir de taxation il y a longtemps qu’il est fictif, les dettes des gouvernements ont cessé d’être remboursables, leur valeur est fictive. La confiance dans la Fiat monnaie est en fait conventionnellle, on fait semblant de croire à la solvabilité et à la remboursabilité des dettes. Si « ILS » devaient taxer à hauteur suffisante pour maintenir  la valeur du gage, alors ils précipiteraient le monde dans la déflation la plus noire. La fiction de la valeur  de leur monnaie repose non sur la capacité à rembourser/taxer mais sur la capacité à continuer d’empiler les dettes !

Mais il y a pire. L’avenir, c’est la transformation des monnaies « backées » par les gouvernements par les monnaies « backées » uniquement sur le bilan des banques commerciales . C’est la mutation de la nature de la monnaie, elle cesse d’être garantie par le gouvernement et sa capacité de taxation pour n’être plus qu’une créance sur une banque privée, mal gérée, insuffisamment capitalisée et dont les comptes sont faux.  C’est le sens des mutations subreptices intervenues depuis la crise. C’est le sens des dispositions prises pour résoudre les crises bancaires au niveau mondial. Un dépot bancaire, une monnaie scripturale ne sont plus des dépôts, ce sont des créances sur le système bancaire. La prochaine étape de dénaturation des Fiat monnaies ce sera la suppression du  cash avec la possibilité de généaliser les taux négatifs et les prédations.

L’émergence du Bitcoin au statut grand public correspond à des grands mouvements:

-mouvement de méfiance à l »égard des monnaies gérées par les élites

-mouvement vers l’abstraction qui remplace le matériel, le réel,  par ses signes

-mouvement vers la relativité généralisée, le marginalisme de la valeur,

-mouvement vers la deterritorialisation et la disparition des frontières, fin des Etats-Nations inadaptés face au monstre qu’ils ont créé: le monde globalisé

-mouvement d’affaissement du pouvoir des  Etats face aux entités économiques modernes

-mouvement de montée de l’individualisme, du doute sur le collectif, ses valeurs , fragmentation de nos sociétés

-mouvement d’envahissement par la technologie, par la communication , remplacement de l’humain par la machine, ce que j’appelle l’obésité digitale.

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Votre analyse est intéressante. Le Bitcoin peut, comme internet devenir ou bien un instrument de liberté ou bien un instrument de servitude. De la même façon que la parole peut être l’outil de la vérité ou l’outil du mensonge. La langue est la pire et la meilleure des choses disait déjà Esope!

A ce stade je pense la même chose du Bitcoin. Tout est possible, le meilleur comme le pire. Il va connaître des bifurcations; lesquelles choisira-t-il?

Rien n’est joué.

Vous avez remarqué ma grande prudence, j’ai été échaudé dans mon optimisme s’agissant de l’internet comme instrument de désaliénation et de libération.  Je ne veux pas me faire piéger. La capacité de récupération du système pour se reproduire est quasi infinie.

La financiarisation, qui est une récupération mortifère, va déja commencer par la cotation de dérivés et de futurs du Bitcoin! On va émasculer le Bitcoin, lui ôter son pouvoir révolutionnaire. on va le banaliser. On va rendre infinie la finitude du Bitcoin, brancher sur lui une loterie dérivée et ainsi échapper à la rareté qui est l’arme secrète du Bitcoin pour saper les bases du consensus sur les Fiat monnaies.

Comme pour internet je pense que la généralisation/progression produit un renversement, ce qui libère finit, en grandissant, par asservir.

Il y a cependant un aspect positif et vous abordez cette question: dans son succès et sa publicité, le Bitcoin sape en profondeur le statut des Fiat Monnaies. Il introduit une concurrence et donc une comparaison. Il agit comme la vieille taupe, en profondeur. Il fait progresser la conscience de la masse sur la réalité cachée de la monnaie. Il la désacralise, il en montre le caractère artifact. Le fétiche peut en prendre un coup puisque les illusionnistes banquiers centraux perdent un monopole. Et c’est un progrès.

Le Bitcoin fait partie d’une tendance à la contestation du pouvoir des maîtres, puisqu’il leur vole la flamme, le feu , il est prométhéen. Mais souvenez vous: Trump aussi voulait contester le pouvoir des maîtres, des élites et il est maté, mis au pas, et ne tient que par ce qui le condamne à terme, la hausse de la Bourse. Car il prépare sa chute, la sienne et celle de la Bourse!

A terme l’alternative que constitue le Bitcoin peut très bien être favorable à un regain d’intérêt pour l’or. On voit déjà des réflexions sur les avantages comparatifs de l’un par rapport à l’autre; le comble serait que l’or monte parce qu’en regard du Bitcoin il devient bon marché. Il faut, je pense populariser la liaison Bitcoin/or afin de tracer une corrélation inconsciente d’abord, puis explicite, c’est ainsi que l’on conservera le potentiel révolutionnaire, Hayekien du Bitcoin.

Il faut aussi savoir utiliser les forces négatives, vous savez que j’ai soutenu Trump non positivement car c’est un baltringue, mais comme force négative, force de destruction du système et cela c’est beaucoup plus efficace: Trump est un grand destructeur. Il brise.

Plus rien ne sera comme avant.

De la même façon que chaque initiative de Trump produit des réactions destructrices en chaîne, en boomerang, le succès du Bitcoin son caractère scandaleux produisent et vont produire des réactions en chaîne.

Le Bitcoin est une innovation scandaleuse qui donne à voir l’absurdité du concept de Fiat monnaie , pure rencontre de l’offre et de la demande, c’est à dire pur produit de consensus manipulé et entretenu par une clique de Maîtres et leurs rideaux de fumée.

Le Bitcoin est un produit de la crise, de cette crise qui a obligé les élites à créer des monnaies pures digits, pures jetons, pures écritures dans les livres de compte.

Il y a quelque chose comme une sorte de défi aux dieux, aux faux dieux et à leurs grands prêtres dans le Bitcoin. Les faux dieux ont abusé de la création de monnaie à partir de rien, ils ont montré, révélé le secret de la monnaie et ce faisant ils ont été pris au mot: si ils peuvent créer de la monnaie qui ne repose que sur du vent, qui n’a aucun ancrage et qui ne tire sa valeur que de son acceptation, c’est à dire de la confiance, c’est à dire la rareté, alors faisons la même chose; tel est le sens caché du discours du Bitcoin.

Ce n’est pas le secret du feu qui a été volé, c’est le secret de la Valeur, on s’est attaqué au fétiche ou du moins à ce qu’il en restait après que les grands prêtres tricheurs l’aient déjà bien détruit.

La fonction du Bitcoin pour moi est la même que celle de Trump: une fonction de destruction, une fonction de dislocation. Une fonction de révélation de la pourriture.

En ce sens la mission du Bitcoin, mission inconsciente , est populiste. Le Bitcoin est une force de vie qui s’érige contre les forces de mort, contre les tendances suicidaires de nos sociétés. Il s’agit bien d’une révolte, ceci se donne à voir par la levée de boucliers de l’establishment contre lui. C’est la parade des élites qui révèle le caractère subversif du Bitcoin, son pouvoir révolutionnaire: ils ont peur, ils ont compris.

Maintenant il faut le laisser faire son travail, suivre son chemin. Il faut le laisser dérouler sa logique. Le Bitcoin est un grain de blé, il a chez lui, en germe d’incroyables de potentialités; il n’ en est même pas au stade de jeunes pousses, de green shoots mais quand il y arrivera, c’est là ou il sera le plus fragile, le plus vulnérable.

Avez vous remarqué que personellement je ne recherche absolument pas la diffusion je ne cherche pas à grandir ou grossir. Il y a une raison et cette raison réside dans un prolongement de l’ analyse que je développe ci dessus . Les changements d’échelle sont souvent des changements de nature . Ils peuvent être fatals.

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