Synthèse: le meilleur moment c’est quand on monte l’escalier. Vous vous étonnez encore quand je vous dis que le système est condamné?

En 2019 ce sera vraiment différent! L’équilibre du système sera atteint puisque les flux de stimulation déclineront puis s’inverseront. L’énergie/catalyseur  injectés par la monnaie deviendra nulle et on pourra considérer le système comme fermé. Il tendra à un équilbre interne d’abord, puis ensuite , sauf nouvelles injections, ce sera la ruée vers la sortie, la débandade. La Falaise de Sénèque.

Dans le passé nous avions pronostiqué la Falaise vers la fin 2017 à partir des  simulations sur l’évolution des  liquidités faites par la Fed de New York et le Peterson Institute (PIIE) . Nous avons ensuite, courant 2013, retardé puisque la Fed elle même a retardé son action de normalisation.

Depuis mars 2009 nous sommes haussiers sur les marchés. Nous avons renouvelé notre opinion fondamentale en décembre de cette année là , puis la suivante. Bien entendu nous avons expliqué tout cela à longueur de colonnes, avec en particulier l’affirmation que dans la voie qui a été suivie en 2008, celle de la fuite en avant, il n’y avait pas de retour en arrière possible: on avait brûlé les vaisseaux. Toujours il faudra maintenir la sur-pression monétaire.

Il n’y a pas de contradiction entre être haussier depuis mars 2009 et dire qu’il n’y a aucun intérêt à investir car nous avons la conviction qu’un jour ou l’autre tous les  actifs papiers seront détruits. Déjà la rentabilité réelle, dividendes réinvestis, d’un placement à 12 ans est négative. Les marchés financiers ont pour fonction systémique de ruiner le maximum de gens , pour que le système puisse continuer à se consumer. Vous comprendrez plus tard.

A partir du moment ou on a refusé l’assainissement de la pourriture, la destruction du capital excédentaire et celle du capital fictif, il n’y a qu’une chose à faire: bétonner pour empêcher que l’édifice ne s’écroule. A chaque fissure c’est ce que l’on a fait, on a bétonné.  Et encore en aout 2015 et février 2016 ( crise chinoise)  de façon globalement concertée ce qui a produit la reprise  économique actuelle. Et les bilans hyperinflatés des banques centrales.

Graphique du total de bilan des BC

Les green shoots, les jeunes pousses qui n’ont pas pris racine au cours des années précédentes ont survécu cette fois, ce qui veut dire qu’il y a une reprise économique globale synchronisée, supérieure à celle des années précédentes et que certains croient que l’on est sorti du pataugeage, du Muddle Through. On sortirait de la stagnation séculaire.

Nous ne le croyons pas, mais  ce n’est pas important, ce qui est important c’est que le consensus pour le croire se généralise. Le consensus n’est pas fixé, mais il est en mouvement; retenez cela car c’est ce qui permet et fait la hausse boursière. Si le consensus était uniformément haussier, il n’y aurait plus de mouvement de hausse! Il n’y aurait plus de réserve d’acheteurs. Nous discuterons un jour de notre doute sur la sortie de la stagnation, mais c’est sans intérêt pour le moment. Ce qui compte c’est le court et moyen terme, c’est à dire le mouvement de progression du consensus optimiste que nous décrivons.

Les surprises économiques sont positives

La conviction que l’on sort de la stagnation semble habiter les marchés financiers, ils poussent les actions à des niveaux historiquement très élevés, les primes de risque sont laminées, le risque financier est négligé voir méprisé. On le voit dans le niveau des rendements des emprunts pourris, high yield, ils sont encore au plus bas alors que les rating des agences de notation se dégradent fortement. Les ratios d’EBITDA sur dettes et les covenants (garanties) sont au plus bas.

Les données économiques réelles sont, quand on y regarde de plus près contrastées: il y a des signes d’expansion et même d’accélération de l’activité qui sont indéniables, tels que l’emploi, mais les taux longs restent bizarrement très bas, l’inflation est sous les objectifs de 2% des banques centrales, beaucoup d’indicateurs divergent d’avec le scénario de la reprise.

Les observateurs s’étonnent , ils ne comprennent pas que nous sommes dans un période historique spéciale, et que nous sommes en transition c’est à dire que la réalité, le réel comportent à la fois des éléments qui traduisent l’ancien et des éléments qui traduisent le nouveau. C’est une transition, une lutte dont le sens profond est celui ci; nous avons survécu avec des béquilles, il semble que les  béquilles sont moins utiles et dans ces conditions on va essayer de voir si on peut tenir debout sans, si on peut se permettre  d’ôter ces béquilles. On est à la fois encore handicapés mais un peu plus solides sur nos jambes. D’où la tentation de normaliser. Bien entendu cette normalisation doit se faire sous forme d ‘un nouvel apprentissage, c’est à dire graduellement, doucement pour ne pas faire chuter l’échafaudage. N’oubliez jamais ce que nous avons dit: le coût des politiques monétaire anormales, ne se manifeste pas à la montée des remèdes, mais à la descente; c’est dans les phases de normalisation, de sevrage  que l’on voit apparaître les coûts de l’addiction à la drogue monétaire.

La transition est par définition Goldidlock ce qui signifie qu’elle donne l’impression de créer le meilleur des mondes. Ni trop chaud ni trop froid. C’est quasi par construction puisque l’on bénéficie encore des béquilles mais en même temps on a déjà la manifestation de la reprise. On est à la fois encore soutenu, chouchouté mais vaillant. En terme économique cela veut dire que l’on est soutenu, dopé, euphorisé  par les taux zéro et les liquidités, l’argent facile, mais que l’on est vaillant, les activités économiques sont bien meilleures. L’emploi est meilleur, le chômage recule, le sentiment politique et social plus serein etc. Vous avez compris.

Surtout assimilez cela: la transition est par nature dialectique de type Goldilock. C’est ce qu’espérait déjà en 2010 et 2011 les responsables américains de la conduite des affaires; ils espéraient que les green shoots allaient s’enraciner et que la croissance se déployant on allait pouvoir retirer les béquilles sans choc pour le marché financier. La croissance réelle relayant en quelque sorte le dopage artificiel. Cela ne s’est pas produit, les green shoots de cette époque ont pourri et au lieu de  pouvoir retirer les béquilles on a du en mettre plus et de plus solides, de plus anormales. Ce qui a poussé le marché financier à des niveaux que l’on n’avait ni prévu ni souhaité.

Donc retenez bien  ceci il n’y a aucune anomalie, aucun « conundrum » tout ce qui se passe est logique, normal et c’est parce que les élites mentent et dissimulent que ce qui se passe semble bizarre. Plus la transition sera lente et plus la situation sera de type Goldilock parce que comme le disait Clemenceau, « le meilleur moment c’est quand on monte l’escalier. »

Nous sommes dans le sweet pot, on baigne dans le miel, et le public ne s’y trompe pas, lui qui vient mettre son argent sur les marchés et ainsi construire la formation du top historique qui ne manquera pas un jour ou l’autre de se former.  Je ne poursuis pas l’analogie que j’ai tracée en évoquant Clemenceau mais vous avez compris ce qu’est le sweet pot. Gardez la présente à l’esprit car il y a plus qu’une analogie superficielle, il y a presque isomorphisme.

Si vous vous reportez au graphique ci dessous qui visionne l’évolution prévisible des bilans des banques centrales alors vous comprenez que nous sommes dans l’escalier, en 2017 la pente de l’évolution du bilan des banques centrales  est encore montante. La croissance de la taille des bilans est encore forte, elle va se réduire pour finalement au cours de 2018 se rapprocher de zéro et c’est en 2019 que la croissance du bilan va laisser la place à l’inverse: la décroissance.

Le sweet pot, selon notre image aura duré de la mi 2016 à la fin 2018. C’est ce que l’on peut prévoir avec les modèles et le bon sens. Ce n’est pas forcément ce qui va   se passer car les parcours ne sont pas toujours linéaires, il y a des cahots et des déviations. Mais pour raisonner il faut prendre une hypothèse de base et c’est celle la qui est la bonne, quitte à en changer si le cheminement semble ne pas devoir être celui là. On prend un scénario et on l’ajuste au fil du temps et du chemin parcouru.

On monte encore l’escalier en 2018, mais après…

Quelle est la clef de la cohérence de notre analyse? C’est la conception que nous avons développée de la nature et de la valeur des actifs financiers.

Ceux qui nous suivent depuis longtemps savent que nous récusons fondamentalement la notion de bulle pour les actifs financiers. Nous avons souvent expliqué que c’est pour des raisons de commodité que nous utilisons ce terme, mais qu’il est inexact.

Les actifs financiers ne font pas bulle parce qu’ils sont désancrés. C’est la conséquence, que bien peu perçoivent,  de la modernité concrétisée par la  décision de désancrer les monnaies en 1971 puis plus tard à la Jamaique. Les monnaies flottent!  Eh bien les actifs financiers qui sont de la monnaie différée, flottent également. L’univers des papiers est homogène, c’est un en-soi,  il est un tout qui s’ordonne logiquement en fonction de la quantité de monnaie , des taux d’intérêt et du risque perçu et des modes/cultures. Il s’ordonne en fonction de ce qui existe, en fonction de ce qui est dit et en fonction de ce qui est prévu/anticipé.

Le champ des actifs  financiers  a été unifié par la décision de 1971 de couper le lien entre  le monde  réel et le dollar, on a désarrimé, on a séparé l’ombre des corps donc on a procédé à ce que j’appelle une disjonction.

C’est un procédé Faustien. Il consiste à vendre son âme.  Pour empêcher la réconciliation qui menace toujours entre le monde des signes et le monde réel, Greenspan a créé, instauré le « Put », c’est à dire la pratique de la fourniture de liquidités en toutes quantités à chaque fois qu’une crise menace de réunifier le monde des signes financiers avec le monde de la Sphère réelle. On a réussi à transformer tout ce qui était du ressort de la solvabilité et de la Valeur en une question de liquidités. On noie sous les liquidités et ainsi les contraintes, les limites  et les contradictions disparaissent. C’est la racine de la toute puissance des banquiers centraux.

Le « Put » de Greenspan est partie intégrante du nouveau régime monétaire, cela aussi vous devez le comprendre car les TBTF,  les Goldman Sachs et autres l’ont compris. C’est ce qui explique que l’on ne baisse plus: c’est le « buy the dip » généralisé.   Et quand en 2008 et 2009 nous avons dit que dans la voie que l’on avait choisie il n’y avait pas de possibilité de retour en arrière, c’est cela que nous voulions dire; on ne peut plus sortir de ce système dans lequel à chaque cahot les banques centrales sont obligées de créer des liquidités et de les donner gratuitement. Ce qu’elles ont fait encore en 2016 pour éviter l’éclatement de la « bulle » chinoise.  On ne peut plus sortir du « Put » dont l’autre nom dans nos articles est l’Inflationnisme, conçu comme procédé qui consiste à régler tous les problèmes par la création de monnaie.

Si vous nous avez suivi, il vous apparaît clairement que les actifs financiers ne font pas bulle… sauf un actif , l’actif de base, j’ai nommé la monnaie. A force de voir créer de la monnaie pour tout et pour rien il finit par y en avoir trop et c’est elle qui fait bulle. Suivez nous bien.

La monnaie excédentaire ce n’est pas grave, cela c’est la découverte du père Keynes. Ce n’est pas grave car les gens ont une préférence pour la liquidité: au lieu d’échanger leur monnaie contre des biens réels ils stockent la monnaie, surtout quand ils ont peur et vous savez que nos concitoyens vivent avec la peur au ventre. On entretient la peur, elle est viscérale. Donc la préférence pour la liquidité est forte et tant que vous empêchez que cette préférence bascule et que l’on aille vers les biens réels, alors les gens stockent le papier.  Ils stockent le papier, ils ne l’arbitrent pas contre des biens et des services réels.  Et que se passe-t-il? Soit eux même directement, soit leur banque indirectement   font glisser ce papier vers les usages qui leur semblent les plus intéressants, ils montent dans l’échelle des rémunérations et des risques. Ils emploient la monnaie qui est un papier à maturité zéro qui ne rapporte rien, ils achètent des actifs financiers dont la maturité (et le risque) est plus grand.  C’est ainsi que se constitue ce que j’ai appelé le champ unifié des actifs financiers: par l’arbitrage de la monnaie vers des utilisations plus rémunératrices en apparence mais à l’intérieur  du même champ, celui du papier.

Résumons: les agents  économiques reçoivent de la monnaie; pour une raison liée à la peur ils le la dépensent pas; ils ont une préférence pour la liquidité; les emprunts d’état sont de la monnaie cristallisée, leur signature est aussi bonne que celle de la monnaie puisque c’est la même,  ils rapportent un peu, le risque est nul; ils sont liquides à 100%. C’est l’explication du fameux risk-on/ risk-off: chaque fois que la peur revient les emprunts d’état montent, leur rendement baisse.

Peu de gens le comprennent car ils n’ont pas assimilé le fait que financièrement l’emprunt d’état à 10 ans c’est de la monnaie, c’est un équivalent du cash. Il n’est pas réellement à maturité de 10 ans puisqu’on peut le vendre chaque jour sans rien perdre! Le vrai véhicule qui stocke la  monnaie excédentaire du système mondial c’est la masse des emprunts à long terme des gouvernements. La mère pourrait-on dire de toutes les bulles c’est la masse des emprunts des gouvernements.

Tout ceci pour vous dire la bulle majeure pour parler vulgairement c’est le cash, la monnaie  et que la monnaie prend la forme des emprunts à long terme des gouvernements et que tant que les gens n’auront pas compris que c’est là que se situe la bulle et qu’en réalité les gouvernements sont insolvables et que les banques centrales sont en réalité insolvables également eh bien le système tiendra.

Le système ne s’écroulera pas parce que les valeurs sont fausses, faussés, bidons et bidonnées, ou surévaluées, non puisqu’il est conçu pour supporter tout cela. il inclut la possibilité que tout soit faux et il est organisé pour continuer comme cela.

Le système sera en difficulté  si par exemple un banquier central est plus stupide  que les autres et prend une décision qui donne un coup de pied dans  la fourmilière ou plutôt dans la pyramide.

Il sera en difficulté si la préférence relative entre le papier, les monnaies, les actifs papiers et les biens et services réels se modifient. Ce qui veut dire  qu’il sera en  difficulté quand les gens se départiront de leur prudence, de leur peur et acquerront des biens réels ce qui fera monter leur prix et produira l’inflation soi disant tant désirée.

Car le vrai paradoxe, la vraie contradiction mortelle du système  sont  là: le système ne peut  supporter une véritable hausse des prix  des biens,  des services et des salaires qui  déclencherait la hausse des taux ,  mais en même temps il est obligé de produire de  l’inflation des prix pour rendre le fardeau des dettes supportables!

Vous vous étonnez encore quand je vous dis que le système est condamné?

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2 réflexions sur “Synthèse: le meilleur moment c’est quand on monte l’escalier. Vous vous étonnez encore quand je vous dis que le système est condamné?

  1. Excellent. Mais finalement quels sont les actifs dont la valeur ne sera pas détruite ? Les actifs réels, tangibles ? Avec un arbitrage au sein de ces derniers je suppose, car certains de ces actifs réels peuvent être facilement confiscable / taxable par les apprentis sorciers…

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  2. Soyez remercié pour cette belle synthèse.

    Si je vous suis, le jour où le vélo commencera à perdre l’équilibre, les BC passeront de la « normalisation » à de nouvelles injections massives de liquidités pour ne pas tomber.

    La perte de confiance dans la fiat-monnaie est la seule manière d’arrêter de ce jeu d’où l’appétit des élites pour les biens tangibles (comme parade à la dévalorisation des monnaies) et la nécessité de réprimer les alternatives (or, crypto…).

    Ne pensez-vous pas que les élites tenteront de résoudre la quadrature du cercle – recherche d’inflation vs nécessité de maintenir les salaires bas pour garantir les taux de profitabilité – par de la distribution massive de pouvoir d’achats par des mécanismes d’helicopter money (déficits budgétaires massifs, revenus universels etc.)?

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