Editorial: 2018 année de transition… vers une rupture

Le présent article doit être lu avec l’idée qu’il trace à larges traits le cadre de nos développements futurs. C’est une sorte de sous bassement, de fondation à assimiler et garder présent à l’esprit.

Deviner le futur est impossible.

A partir d’un scénario testé, fondé sur l’analyse des forces qui sont à l’oeuvre dans une situation donnée, il est cependant possible de tracer des esquisses des évolutions probables. Et ce, bien entendu à condition d’être vigilant et de bonne foi: chaque fois que l’on s’écarte du scénario, il convient de le remettre en chantier, de le corriger et de l’adapter. C’est ainsi que nous procédons.

En 2009 et les années suivantes nous avons tracé notre scénario:

-enfoncement dans la crise

-remèdes artificiels non conventionnels multipliés

-fuite en avant, coûte que coûte

-dénaturation du système capitaliste en profondeur

-usage de la force pour faire faire aux gens ce qu’ils ne voulaient pas faire

-lutte clivante pour savoir qui allait payer le prix de la crise

-dislocation de la coopération globale et des consensus nationaux

-multiplication des tensions géopolitiques et marche vers la guerre

Nous avons dès 2010 diagnostiqué « l’impossible exit », par un article titré: « 2010 l’année du no exit ». Notre idée était que la normalisation des politiques monétaires ne pouvait être envisagée sérieusement pour des raisons de symétrie; si on fait monter le prix des actifs financiers en noyant sous les liquidités gratuites, la réduction des liquidités devait en sens inverse provoquer une chute du prix des actifs et mettre en difficulté toutes les comptabilités, tous les bilans du système financier. Une déflation du prix des actifs ne peut être que la conséquence de la normalisation: supprimez les cause de l’inflation des bourses et vous supprimez les effets correspondant.

Notre certitude du no exit, notre conviction de l’impossibilité de la sortie des politiques non conventionnelles s’alimente d’un constat très simple; pendant toutes ces années de largesses de crédit, le stock de dettes ne pouvait que s’accumuler, aucun désendettement n’était envisageable et donc la cause seconde de la crise, le surendettement allait devenir encore plus grave. La cause première, la tendance à l’insuffisance du taux de profitabilité globale du système en regard de la masse de capitaux productifs, improductifs, fictifs et parasitaires ne pouvait que se renforcer. Bref le choix de la fuite en avant allait aggraver les déséquilibres qu’il prétendait traiter.

Notre conviction de l’inéluctabilité de la Crise, la vraie n’a jamais faibli pour la seule raisos que nous renforcions les contradictions du système au lieu de les résorber et de les dépasser. Les bilans sont la mémoire du système et déjà 2007/2008 était une crise bilantielle. La crise a été masquée par transfert sur le Centre, c’est à dire sur les états et les banques centrales, mais son empreinte est là! De 2008 à 2017, les bilans agrégés des trois grandes banques centrales ont progressé de $8.3 trillions, c’est la mémoire du système! Les GDP de ces même économies n’ont augmenté que de $2.1 trillions. Les liquidités excédentaires soit 6,2 trillions ont fait le tour du monde, se sont multipliées et ont inflaté tous les prix des actifs et des Bourses.

Nous sommes au point critique l’évolution et, cela n’a rien d ‘étonnant, nous sommes au moment critique de notre scénario: après neuf années et de multiples péripéties et rebondissements une amélioration de la situation économique globale se dessine. L’année 2018 se présente comme une année de sortie de crise. On prévoit une croissance un peu plus forte, sans inflation inquiétante, les marchés financiers disent que c’est Goldilock à nouveau, c’est à dire le meilleur des mondes. L’humeur, le « mood » global s’améliore, la croyance en des jours meilleurs progresse, même si c’est lentement et encore localisé.

Le public, les médias et même les responsables ne voient que ce qui est apparent, ce qui se donne à voir, l’actif du système; ils ignorent totalement ce qui est sa contrepartie, son passif: d’ou vient l’argent, ou se trouvent les promesses. Un marché financier, contrairement à ce que l’on croit, n’est pas une richesse, non, c’est un lieu ou on s’échange des promesses. Des ombres de richesse. La richesse réelle elle se trouve en hors des marchés.

Une digression s’impose. j’avais prévu en complément de mes analyses sur le déroulement et l’extension de la crise de 2008, une remise en cause des théories de l’establishment, une remise en cause des thèses soutenues par les PHD et leurs sponsors, les kleptocrates; en apparence j’ai eu tort puisque Yellen, qui n’a fait que prolonger le pape Bernanke vient de sortir la tête haute sans rien renier des idées de son mentor. Ce n’est qu’une apparence car certes les PHD tiennent toujours le haut du pavé, mais les théories économiques alternatives gagnent du terrain. Des institutions comme la BRI émettent des opinions divergentes sur l’état du monde et l’efficacité des remèdes qui ont été administrés. Encore récemment s’est tenu en Grande Bretagne une réunion d’économistes qui contestent les idées dominantes et en particulier les théories fondées sur l’équilibre, les anticipations rationnelles, la neutralité du crédit et la monnaie exogène.

Nous avons dès 2009 et 2010 considéré que l’année charnière devait être 2017. Ce n’est pas de la science infuse, il s’agissait simplement de l’application des modèles et simulations produits par la Fed de New York elle même sous la direction Brian Sack et des travaux de la Brookings sur l’évolution prévisible de l’économie d’une part et de la liquidité d’autre part. L’essentiel de mon analyse reposait sur l’estimation de l’évolution de la liquidité: elle devait commencer à s’inflêchir, puis à se resserrer. Le calendrier n’a pas été tenu à la fois parce qu’il a fallu injecter plus et plus longtemps que prévu et parce que les autres grandes banques centrales se sont mises elles aussi de la partie comme la Fed.

Selon notre scénario renouvelé et corrigé, on joue ce que nous appelons les prolongations. On étire le temps. Ce qui est conforme à notre théorie de base; les soit disant responsables de la conduite des affaires n’ont pas le pouvoir de traiter/résoudre les problèmes, mais ils ont le pouvoir quasi infini de retarder leur échéance. Ce ne sont pas des magiciens mais des illusionnistes ne l’oubliez jamais.

Ici en cette fin 2017, on peut sans risque de se tromper diagnostiquer une tentative, par les autorités mondiales de changer le régime monétaire; elles veulent essayer de fermer un peu les robinets, de réduire les excès de liquidités, de renchérir le coût du crédit et surtout réinjecter un peu de risque sur les marchés d’actifs, car ils sont imprudents. Le risque pour la stabilité financière comme ils disent est en train de galoper. On reparle beaucoup des bulles.

L’euphorie ambiante est générale. Certes beaucoup de gourous tiennent des propos alarmistes sur les surévaluations et sur les dangers, mais ce n’est qu’une posture publique, en fait ils participent à la fête, ils sont acheteurs sur les marchés, ils « jouent » l’année 2018. Pèle mêle ils nous parlent de la Corée du Nord, de la guerre commerciale entre les USA et la Chine, du Bitcoin etc, que sais-je encore, mais à la quasi unanimité 2018 va être une année de prospérité. L’idée forte c’est que cette année qui s’annonce va se situer sur la lancée de la précédente avec amplification des bonnes choses.

je n’ai pas d’idée particulière sur ce point strictement cyclique, le plus probable est en effet que l’on va continuer sur la bonne lancée avec peut être des inflêchissements et des sinusoides d’optimisme et de pessimisme. Globalement pour l’année à venir le vin est presque tiré. La question n’est pas là, elle n’est pas à ce niveau, elle au niveau systémique, pas au niveau cyclique.

La tentative de normaliser les politiques monétaires est l’élément le plus important, mais elle est complexe à analyser, elle ressort de la dialectique et de la théorie des jeux. Nous sommes au pied du mur. En fait nous y sommes depuis 2013, date des premières rumeurs de Taper, rumeurs qui ont failli, à cette époque déstabiliser les marchés, en particulier les marchés de taux et les émergents.

L’expérience de ce qui s’est passé ou a failli se passer en 2013 est centrale pour comprendre la période actuelle: on a craint une rupture, une évolution désordonnée comme l’on dit et on en a tiré les conséquences. En bonne logique, passer d’une régime monétaire stimulant à un régime restrictif est une discontinuité, un choc. Un choc entraine des réactions qui vont au delà des adaptations, il entraine des anticipations et donc des phénomènes de boule de neige. En clair quand l’orchestre cesse de jouer, les danseurs se précipitent pour trouver une chaise et il ne peut y avoir de chaise pour tout le monde, par définition de la normalisation qui est l’instauration d’une rareté.

En 2013, constatant ce danger les autorités ont d’une part reporté le Taper, ensuite elles l’ont mieux guidé et enfin elles l’ont minimisé. En clair elles ont essayé de mettre du continu, du dérivable sur du discontinu. Cela ne réduit pas l’impact réel qui se fera sentir le jour ou les taux auront retrouvé un niveau normal, non mais cela facilite la transition. Nous sommes non dans le résultat mais dans les modalités, dans le cheminement. In fine nous seront tous morts, mais cela peut prendre plus ou moins de temps et être plus ou moins douloureux. Le pari reste le même a savoir est-ce que l’édifice résistera à des taux d’intérêts plus élevés et à une liquidité moindre; mais en attendant, le fine tuning, cela module les perceptions et les réactions.

Ceci explique que nous ne changions pas notre prévision finale mais que nous acceptions l’étirement du calendrier.

La tentative de normalisation se fait sous contrainte de forces antagoniques et en même temps de réaction des opérateurs de marché. Les autorités n’ont pris le risque de tenter la normalisation que parce qu’elles constatent une embellie économique, donc il ne faut pas s’étonner de la concomitance des deux: il n’y a tentative de retirer le bol de punch que parce que les fêtards sont déjà un peu ivres. Mais en même temps aucun problème n’est résolu, les fragilités restent les mêmes avec en plus l’épée de Damoclès des marchés surévalués d’ou le choix d’une démarche ultra prudente: on normalise, comme le dit un observateur, de « façon glaciaire », on normalise plus qu’à petits pas de bébés, on normalise en fait tout en ne normalisant pas! On refait exactement la même erreur, en plus grave, qu’en 2003/2007. La preuve en est que les conditions financières au lieu de se faire plus dures, se font encore plus laxistes qu’avant! Il y a de l’argent pour tout le monde et pour faire n’importe quoi, les primes de risque sont inexistantes. On joue, on danse comme si l’orchestre n’allait jamais cesser de jouer.

Chacun comprendra que ce ne peut être qu’une situation temporaire. Ou bien on arrête de resserrer tellement on a peur, ou bien on resserre et cela fait mal. Il y a discontinuité incontournable , il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée. Ou bien on retire les béquilles, ou bien on les laisse; un jour ou l’autre il faudra trancher et si on ne tranche pas alors, ce seront les marchés eux même ou les événements qui trancheront à la place des responsables qui n’ont pas eu le courage de le faire.

Le régime économique lui même va changer:

-l’abondance monétaire va finir par se réduire, les primes de risques vont se dilater, les actifs les plus fragiles vont se déprécier, il y aura quelques sinistres

-le crédit ne sera plus disponible pour tout le monde, en particulier pour les mauvais débiteurs internationaux, les émergents; le dollar funding va peut être devenir plus tendu mais cela est moins assuré

-la stimulation par l’effet de richesse va disparaitre, le rôle du vrai pouvoir d’achat gagné va redevenir prédominant

-la tension sur les ressources va réapparaître en particulier le problème de l’insuffisance chronique de véritable épargne aux USA, aggravée par l’imbécile réforme fiscale de Trump.

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