La crise, ses coûts, la relativisation

Les élites, répétons nous souvent, ne résolvent aucun problème, elles n’en ont pas les moyens; ce qui gouverne c’est le Système et sa logique de reproduction/extension.
Les élites  ne gèrent pas le monde réel, elles n’ont dans la plupart des cas pas prise sur lui. Non, elles vous gèrent vous, et vos perceptions. Et comme vous êtes récalcitrants et que nous sommes dans période de crise, elles ont besoin de vous changer c’est à dire de vous reprogrammer.
Les élites sont les grands prêtres, les apparents gestionnaires d’un système qui les dépasse mais qu’elles  connaissent mieux que les  autres, et c’est en tant que grands prêtres qu’elles s’enrichissent, attirent les honneurs, les femmes et maintenant, il ne faut pas oublier, les hommes, post modernité sociétale oblige.
Les élites  règnent et dominent  parce qu’elles entretiennent, elles et leurs complices des mythes, des illusions selon lesquelles elles peuvent tout.  Elles sont toutes puissantes .
Regardez Macron, il n’a rien fait , rien accompli, mais il n’arrête pas, il passe du dossier de la réforme du Code du Travail au dossier Européen,  en passant il donne des leçons à Trump, puis il s’attaque au dossier du Moyen Orient, puis au dossier de l’égalité homme-femme, puis au dossier du harcèlement , puis au dossier Libyen, puis au dossier Russe,  puis au dossier Iranien, puis au dossier Chinois avec la Silk Road; ces derniers jours il a restructuré le monde   avec une grande alliance millénariste  entre la Chine, l’Europe et l’Afrique et j’en oublie … au passage il engrange quelques lauriers sur la reprise économique et il annonce qu’il va vaincre le populisme, le conspirationnisme, le nationalisme… Il veut à lui tout seul contrer Trump et réveiller le multilatéralisme moribond qui n’a jamais existé. Sa popularité monte. C’est un vrai magicien. Il va à la faveur de ces constructions parallèles pouvoir faire passer des lois scélérates.
Les commentateurs les plus avisés ceux qui ont étudié un peu de philosophie et les écrits sur la société du spectacle nous disent: mais ce n’est qu’un spectacle, de la Com, de la mise en scène, il brasse du vent, sur le fond rien ne change ou si cela change, c’est en pire.
Ils ont raison mais c’est insuffisant. c’est insuffisant parce que tout en étant vrai, c’est abstrait, cela ne parle pas aux gens. Cela leur passe au dessus de la tête. Peu de gens comprennent, peu de gens  acceptent de rentrer dans une problématique et il y a une sorte de rejet de tout ce qui, de près ou de loin apparaît comme intellectuel.
L’addiction au numérique et au téléphone portable n’arrangent pas les choses, les enquêtes montrent que les facultés d’attention et de concentration sont en chute libre. On n’arrive plus à dépasser les neuf minutes. Tout comme il y a rejet de ce qui n’est pas l’évidence, c’est ce qui explique que l’on a beaucoup de difficultés à faire entrer le facteur « temps », l’épaisseur du temps  dans les débats.
Je prends « critique » non dans le sens négatif, comme opposition systématique mais comme processus de décorticage et d’examen en profondeur. Les critiques dis je , pour avoir une portée doivent parler aux gens  elles doivent leur faire toucher du doigt les faits, les situations. Il faut partir du concret, de ce que l’on voit. Et pour cela il faut d’abord le connaître ce concret, puis être capable de le réduire à sa substantifique moelle et enfin il faut pouvoir et savoir l’exposer. D’où l’enjeu de la liberté de parole. Les contre pouvoirs doivent pouvoir s’exprimer librement. Les pouvoirs eux, veulent bâillonner.
Il faut pouvoir montrer aux citoyens, il faut pouvoir leur faire toucher du doigt les trucages, les omissions, les fausses vérités, les mystifications qui permettent aux pouvoirs en place de dominer malgré leurs insuffisances. La référence à l’histoire est essentielle, d’ou l’enjeu des trucages.
Je soutiens très souvent que les élites ne mentent pas ou très peu mais qu’elles trompent toujours; elles jouent sur la multiplicité des points de vue, les différentes facettes d’un fait ou d’une situation, bref la tromperie des élites est contenue dans le mode de présentation, dans la répétition, dans la hiérarchisation des présentations et dans l’escamotage des vraies relations de causes à effets. Les élites ont choisi comme mode de Com, la juxtaposition, elles ont rejeté bien sur la dialectique, mais aussi de plus en plus la logique positiviste. Cela leur permet de frapper les esprits , de manipuler les perceptions, tout en neutralisant les critiques: elles ne mentent pas, leur discours est par dela le mensonge et la vérité, il n’offre pas de prise tout comme le fameux modèle de la pensée politique, le fameux argument De Gaulle pour refuser l’entrée de la Grande Bretagne dans la construction européenne; « l’Angleterre est une île »! Les élites ne mentent pas parce qu’…elles mentent toujours! Elles font vivre dans un monde faux qu’elles ont le pouvoir d’imposer.
Une sorte de principe implicite  guide nos analyses et vous le retrouvez au fil des textes et dans des circonstances diverses, c’est une sorte de principe de conservation. Le positif est indissolublement lié au négatif, le bien est inséparable du mal, rien ne se perd, rien ne se crée disait Lavoisier, parlant de la matière. Les principes de la conservation de la matière et ceux de la thermodynamique restent toujours présents à notre esprit.
Nous expliquons souvent que le monde en général et économique en particulier comporte toujours deux faces une face active/visible, que l’on voit et une face passive/cachée que l’on ne voit pas.
C’est un peu comme le bilan d’une entreprise il y a un actif, des richesses apparentes, mais il y a  toujours un passif, une origine des ressources, des dettes, des promesses qu’il faut assumer. Celui qui passe devant les bâtiments luxueux de l’entreprise  ne sait pas  que celle ci est couverte de dettes. Il sait encore moins que ces dettes sont scandaleuses car la BCE ou la Fed font en sorte, par le coût du crédit nul et la recherche de l’inflation , elles font en sorte que ces dettes ne coûtent rien à ceux qui en profitent .. elles ne coûtent  qu’à vous par spoliation quasi systématique des détenteurs de monnaie . Spoliation que vous ne percevez pas car elle est différée dans le temps. Ah le temps! 
Présenté autrement cela correspond à l’idée que tout a un coût, qu’il n’y a pas  de free lunch, on ne rase jamais gratis. En philosophie hindoue on dit qu’un arbre a toujours deux branches. la philosophie hindoue est une philosophie de la résignation, elle reconnaît cette vérité, mais nous, nous sommes conditionnés par l’espoir donc nous devons l’ignorer.
La démocratie, comme système de tiers payant généralisé
Et si on rase gratis bien souvent c’est parce que celui qui reçoit dans nos systèmes de redistribution et de tiers payant, celui qui reçoit n’est pas celui qui paie. La démocratie est un colossal système de tiers payant ou les uns vivent aux dépens  des autres par le miracle de la prédation majoritaire. La plupart des sondages qui prétendent présenter ce que le peuple pense ou veut, la plupart des sondages sont des escroqueries intellectuelles, ils demandent aux peuples ce qu’ils veulent mais escamotent le fait que cela a un coût, un prix. D’où la mentalité du « Toujours Plus ». Toujours plus, parce que cela tombe du ciel.
Les miracles accomplis par les élites et les classes dominantes  se résument bien souvent à une illusion provoquée par l’escamotage des coûts.
C’est le cas par exemple des succès en matière de lutte contre le chômage: ceux qui ont réussi comme l’Allemagne ne l’ont fait que parce qu’ils ont paupérisé une fraction énorme de la population, les réformes de Schroeder constituaient une gigantesque augmentation du taux d’exploitation de la main d’oeuvre; c’est ce qu’essaie de réaliser Macron.
La générosité sans limite des partisans des frontières ouvertes n’est possible que parce que l’on partage la pauvreté en un plus grand nombre d’ayants droits si on ose dire. Ou encore que parce ce que l’on détruit la culture, l’environnement, la qualité de la vie de ceux qui sont les moins favorisés puisque ce ne sont pas  les riches qui  accueillent les migrants et les fréquentent. On abaisse le niveau de culture et de conscience politique du peuple. on pille ses solidarités spontanées. Bref on détruit la qualité de vie chèrement payée par les générations qui nous ont précédé.
La crise, des pseudo solutions ou plutot des échecs  qui escamotent leurs coûts
L’apparent succès de la lutte contre la crise de 2008 ressort de la même analyse. La première étape a consisté à en nier les causes et à la mal nommer. On a nié qu’il s’agissait d’une crise de surendettement généralisé. Puis pour tenir malgré l’insolvabilité et malgré la dislocation, on a créé de la monnaie à partir de rien. Monnaie  qui dilue le pouvoir d’achat futur de tous les détenteurs de monnaie, on a augmenté les dettes, on a fait en sorte qu’elles ne coûtent plus rien , on a  supprimé la rémunération des épargnants , surtout les plus modestes, on  a pillé leurs retraites, on a fait s’endetter les plus fragiles,  etc. On a changé les règles du jeu bancaire, on a augmenté la prédation et les contrôles/:surveillances fiscales, on a  considérablement réduit les libertés de paiement et de circulation, il n’ y a plus que les gros capitaux  qui circulent librement. Ceux des kleptocrates et ploutoucrates.
La solution a consisté à augmenter  la masse de signes monétaires et quasi monétaires, afin de  créer une disproportion entre ce qui existe et ce qui le représente.  On a trafiqué le prix des choses. En augmentant le prix, la valeur monétaire de l’ensemble du système économique, on devait réduire le poids relatif des dettes, faire en sorte qu’elles puissent être  honorées. Au moins nominalement. Il s’agissait en fait d’inflater tous les prix, à la main,  de rajouter des zéros dans les livres de comptes pour compenser l’absence d’inflation des décennies précédentes,-la fameuse Grande Modération-,  il s’agissait de détruire le poids du passé, ce qui est la fonction positive, dynamique de l’inflation dans nos systèmes. Bref il s’agissait  de réparer l’erreur qui avait conduit à se gargariser  de bonne gestion et de maîtrise   de l’inflation, erreur qui est à la base de la crise de 2008. En passant vous remarquerez la force de notre principe, tout a un coût: l’absence d’inflation dont on s’est vanté a eu un coût colossal, non appréhendé: l’escalade du poids des dettes! Le mieux est l’ennemi du bien;  qui veut faire l’ange fait la bête!
On vous a fait croire que tout cela constituait un stimulus, un stimulus dont vous alliez bénéficier! Le stimulus était un espoir, un voeu pieux, la réalité était qu’il s’agissait d’un soutien puis d’une inflation bullaire du prix des actifs. Les masses monétaires ont été doublées en moins de 1O ans de façon coordonnnée, les bilans des banques centrales ont explosé à près de 20 trillions,  les dettes des gouvernement se  sont envolées, la masse de dettes mondiales non financières , y compris celles qui ne sont pas cotées sur les marché s’est projetée dans  la stratosphère, elle frôle les 300 trillions! Les marchés d’actions approchent les 100 trillions, leur ratio en regard de la production de richesse mondiale a pulverisé tous les records. La bulle a été, est  colossale et elle ne cesse d’enfler car c’est devenu un jeu, une loterie globale.
Cette politique a été un échec lamentable, lamentable et criminel: la monnaie n’est pas allée là ou les élites nous disaient qu’elle allait aller, elle n’est  pas allée dans l’économie réelle. La vitesse de circulation de la monnaie, a chuté ce qui signifie, derrière cette expression diafoirique que la monnaie n’a pas tourné dans l’économie réelle, elle n’a pas servi à payer des transactions, elle est restée dans la sphère financière! Et dans la sphère financière, elle a provoqué une hernie, une hernie qui gonfle, qui gonfle!
Il était évident que toute cette monnaie allait rester stockée dans le système bancaire et financier, c’est le bon sens même; ce n’est nullement un paradoxe. A partir du moment ou les liquidités étaient injectées par le biais du système bancaire, les banquiers ont agi en toute bonne conscience au mieux de leurs intérêts et ce d’autant plus qu’ils étaient en faillite réelle, « il fallait se refaire » comme on dit dans les casinos. La part du lion, c’est le cas de le dire est restée collée dans les banques, et dans les marchés financiers et leurs avatars/diversifications , les marchés immobiliers, les oeuvres d’art etc. Pas besoin d’avoir lu l’ouvrage du Dr Thaler » Behavioral  Economics » pour comprendre que cet argent n’allait pas arriver jusqu’aux individus, booster leur consommation, stimuler l’embauche; dans un système dont la logique cachée est la profitabilité maximum, il ne pouvait pas en être autrement. L’argent comme le dit Marc Faber  dévale la plus grande pente du profit.
Les élites et leurs banquiers ont beau mener grand train, leurs dépenses somptuaires ne suffisent pas à relancer la machine, leur propension à consommer est trop faible. La Fable des Abeilles de Mandevile n’a pas marché.  Il n’y a pas eu de ce que l’on appelle de  « trickle down », de ruissellement pour les classes moyennes; au contraire privées de rémunération de leur épargne, précarisées,  elles se sont serré la  ceinture pour conserver une prévoyance, elles ont augmenté leur économies au fur et à mesure que l’on les laminait. Elles ont sauvé à reculons, leur dignité.
Les banquiers centraux , les banques TBTF, le système financier et les gouvernements ont agi de concert, ils ont augmenté l’offre de monnaie, financé, garanti, donné toutes les assurances possibles, recapitalisé sans souci de qualité et de viabilité, et surtout de moralité  , tout cela pour empêcher la baisse de valeur de la fortune de la planète. En revanche la production de richesses réelles a quasi stagné et certainement regressé en réel, et les prix des choses, leur valeur nominale a refusé de s’inflater.
C’est l’échec, le colossal échec comme nous le disons, le criminel échec comme nous le répétons. Pourquoi? Parce que la disproportion qui est à l’origine de la crise de 2008 est non seulement toujours là, mais elle s’est aggravée quantitaivement et qualitativement. Le poids des promesses, des dettes, du crédit est encore plus lourd et leur masse est de qualité plus mauvaise encore. L’aggravation des déséquilibres et leur incapacité à se résorber ne laissent comme solution logique que la poursuite de l’inflation de la quantité de monnaie et de crédit dans le monde. Jusqu’à ce que tout, absolument tout décroche. Qu’est ce que cela veut dire que tout doit décrocher? Cela veut dire que tous les ancrages, toutes les valeurs absolues, doivent céder. Tout doit être relativisé afin de fluidifier, d’assouplir, de casser les  rigidités, tout ce qui est « sticky » comme les prix doit devenir élastique si vous preferez. Il faut aller jusqu’au point ou la relativisation, la relativité gagnent,   ce qu’elles ont  echoué à faire jusqu’à présent.  Il faut que la tendance à la relativisation gagne l’économie réelle.
Ainsi se retrouve le sens réel de ce que les  banquiers ont appelé « le coûte que coûte »; le coûte que coûte n’est rien d ‘autre que l’affirmation qu’il n’y a pas de plafond aux dettes  des couples  maudits que constituent les gouvernements et leurs banques centrales.
Il n’y pas de limite à l’extension de leur pouvoir sur vous, car dans le monde post-moderne, c’est vous aussi qu’il faut relativiser. Vous n’êtes plus un absolu.
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3 réflexions sur “La crise, ses coûts, la relativisation

  1. Il y a plus de dettes et en même temps moins de recettes, c’est cela la contre partie de cette cuisine d’empoisonneurs. Je suis folle d’être impuissante devant autant de dégâts qui ne sont pourtant qu’un début….

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  2. Merci monsieur Bertez pour vos articles si précieux.

    C’est un coup d’état financier , une privatisation par les multinationnales , les banques et leurs actionnaires de la richesse globale via l’accumulation des actions sur les marchés, de l’immobilier via les prêts qui créent la richesse des banques sans monnaie et sans risques car les risques ont été distribués aux petits investisseurs-retail, retraités, caisse de pensions..
    et également des outils de productions nationnaux que làon a vendu sur le marché global, aéroports port, rails ect.. ,
    Tout cela en dessous des prix réels et quasi gratuitement grâce aux buy backs, Merger / aquisition (on avale les plus petits on ne laisse rien : Amazon,et les autres ) , avec crédit gratuit et leverage .

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