Quelques idées en vrac sur la reprise économique pour exprimer nos doutes. Aveu d’ignorance.

Nous nous sommes posé la question il y a quelques jours de la réalité de la reprise économique globale en cours. Nous n’ y avons pas répondu mais la question elle même suffit à montrer nos doutes.
La publication récente d’un chiffre chinois que les commentateurs ont considéré comme encourageants mais que nous, nous avons considéré comme médiocre nous inspire ces lignes.
Dans le narrative de la grande reprise synchronisée, il a de nombreux trous. Le trou chinois est l’un des plus gros. La Chine devrait être booming en ce moment si ce que l’on dit est vrai. Or ce n’est pas le cas, au contraire, elle végète. Les médias se gargarisent d’un chiffre supérieur de deux à trois dixièmes de pourcent pour la croissance publiée, comme si cela signifiait quelque chose. Mais ni les importations chinoises, ni les dépenses d’investissement fixe, ni les ventes au détail ni la production industrielle ne montrent la moindre trace d‘accélération au dela des aléas et des trucages. Le plus étonnant est l’atonie des ventes au détail, elle est tout à fait choquante dans un système qui est censé rebalancer sa croissance vers la consommation.
Les chiffres chinois constituent une anomalie dans le narrative/le roman global de la reprise synchronisée.
Prévoir l’avenir est impossible, mais nous devrions au moins être capable de comprendre le présent. Or ce n’est pas le cas; ce que nous voyons, n’est pas clair, est erratique et dans certains cas  contradictoire.

Il y a des observateurs qui passent au dessus des anomalies, qui n’y prêtent guère attention ou même, ils disent qu’elles sont temporaires. C’est le fameux: « tout cela est passager » de Yellen et de Draghi.
Nous, nous pensons qu’au contraire ce sont les bizarreries qui doivent être creusées, ce sont elles qui expriment une sorte de vérité qui autrement reste enfouie. Les anomalies de la situation économique présente, sont les failles, les incohérences par ou on peut essayer de comprendre ou l’on en est et par conséquent ou l’on va ; ce sont des sortes de lapsus révèlateurs.
Nous ne connaissons pas l’économie, car cela n’existe pas! L’économie c’est un chaos sur lequel on met un discours. Discours des Experts, discours des Pouvoirs, discours de s Médias. Ce discours ne vient pas du bas, il est produit par le haut. Et tout ce beau monde est solidaire, et toute monde a un biais de confirmation. Donc pour accéder à la vérité il faut être attentif. Etre attentif aux failles du discours, à ses ratés, à ses bévues.d’ou notre comparaison avec les lapsus.
Le discours économique vient d’en haut, les émetteurs sont les banquiers centraux, les gouvernements, les banques TBTF. Tous les autres, ce sont des relais ou des amplificateurs, pas des sources indépendantes. Ce qui domine, c’est la loi du moindre effort, ce qui signifie qu’il y a peu de travail original, il y a beaucoup de flagornerie, de copie, de mimétisme et de phénomènes de foule. Ce qui donne, soit dit en passant, à certains l’idée qu’il y a des conspirations. Non il n’y a pas conspiration, il a des sources communes, des théories, des intérêts objectifs communs et puis …la fainéantise. Si vous ajoutez à tout cela la tendance au monopole, la volonté forcenée de ne pas se laisser mettre en concurrence, le désir fou d’asséner ce que l’on appelle des paroles d’autorité, alors vous avez une bonne idée de ce à quoi se réduit l’économie; un discours émis par un quarteron monopolistique qui échappe à la sanction du réel et de la démocratie.

Les choses économiques ne sont pas ce que les experts disent, elles sont confuses.
Nous avons quelques idées sur les raisons de cette confusion et de l’incertitude qui en découle. Un observateur honnête ne peut à ce stade décréter la reprise globale auto-entretenue, durable, sauf si il est de mauvaise foi. Rien n’est clair et c’est en extrapolant, en passant à la limite, que l’on déclare que l’on est en situation de reprise synchronisée mondiale.
L’une de nos idées est que les outils intellectuels qui sont à la disposition des économistes et des observateurs en général sont hérités du passé, issus d’une période d’avant non seulement la crise de 2007 mais aussi d’avant la financialisation.

Les outils n’incluent pas les changements de comportement des agents économiques, des citoyens, des masses, qui sont intervenus. Ils n’incluent pas non plus l’incroyable mutation qui est intervenue dans le mode d’action des autorités. Elles ont détraqué les mécanismes et processus anciens. il suffit d’observer l’incroyable échec de la baisse des taux keynésienne, au lieu de  favorise les investissements elle n’a sucité que  des rachats d’actions et une débauche de l’ingenierie financière.

Ces autorités  n’ont aucune idée claire et cohérente de ce qu’elles font, aucune idée des relations organiques entre ce qu’elles font et les résultats ou non-résultats qui sont observés. Le plus évident c’est bien sûr s’agissant de l’inflation. Les QE devaient produire de l’inflation du prix des biens et des services et ils n’ont produit que l’inverse, de la déflation avec une hernie financière. A un point tel que certains parmi les élites disent que si les QE ont été déflationnistes, alors leur inverse, les QT seront inflationnistes.

Voila ce qui arrive quand on ne sait pas exactement ce que l’on fait et que l‘on ignore les canaux transmissions, et les jeux de cause à effets. Naviguer à l’aveugle a des conséquences.
Par ailleurs, les marchés ont pris une importance considérable et l’opinion sur les marchés, le sentiment encore plus. Nous sommes dans un monde confus de perceptions,et de dérivées de perceptions. Les marchés interagissent avec la réalité, ils la biaisent. En quelque sorte “ce que l’on pense” finit/finirait par se substituer à “ce qui est”.

De ceci témoigne le fait que les enquêtes d’opinion et de sentiment, en ce moment sont systématiquement plus optimistes que les données, les statistiques “hard”, dures.
L’idée que l’on se fait des productions de richesse est supérieure aux productions de richesses. Et comme le montrent les enquêtes le sentiment des consommateurs est étroitement corrélé aux tendances et mouvement de la Bourse. La Bourse est un indicateur, mais aussi un producteur d’euphorie ou de morosité. Les Bourses produisent des ambiances.
On en arrive au stade ou pour que la conjoncture se retourne il faut non seulement que les indicateurs avancés traditionnels se détériorent, mais également que la Bourse se mette à baisser. La seule détérioration des indicateurs avancés ne suffit plus, il faut que la Bourse, s’en mêle, il faut qu’elle joue dans le même sens.

Beaucoup d’observateurs qui avaient prédit la fin de la période d’expansion médiocre qui a commencé après la crise de 2007 et le retour de la récession se sont fait piéger ces dernières années car l”avance continue des Bourses a évité cette récession. La Bourse a une sorte de rôle inversé: au lieu de traduire l’économie, elle la produit ou tout au moins elle est le complément des forces réelles qui sont à l’oeuvre. Ou peut être est-elle une sorte de catalyseur, qui favorise les réactions/transactions économiques, qui sait?
Les indicateurs d’activité sont certes meilleurs qu’ils ne l’étaient mais il y a des divergences, des anomalies troublantes et même plus que troublantes, contradictoires. Il y a des parties de l’économie qui sont plus lourdes, plus soumises à la gravité que d’autres. Nous sommes dans le développement inégal, dans les mouvements relatifs.

Nous vivons, si c’est bien une reprise, une sorte de reprise sans prospérité! On parle d’un boom, on écrit sur le boom, le plus gros depuis 2007, mais le vécu populaire n’est pas celui d’un boom si on excepte ce qui se passe sur les marchés financiers et une partie du secteur technologique.
L’écart entre ce qui se passe sur les Bourses et dans la population est et reste considérable. Et cela va au delà de la perception du creusement des inégalités. Le thème du creusement des inégalités est une escroquerie politique qui permettra aux prochains gouvernements de faire semblant de lutter contre, par la fiscalité tout en ne s’attaquant pas au vraies questions à savoir l’origine de la production d’inégalités. La mystification est en marche sous la conduite des organisations internationales, des leaders de Davos et autres.
L’un des signes de cet écart, est constitué par les revenus salariaux: le marché du travail dit-on s’améliore mais les salaires ne montent pas. Bien sur on nous parle de la magie de la courbe de Phillips, ce qui est un moyen de noyer le poisson car la courbe de Phillips, c’est une abstraction, pas une réalité gravée dans le marbre, il faut voir ce qu’il y a derrière. . La courbe de Phillips ne dit rien d‘autre que ceci en dernière analyse: quand le marché du travail devient plus serré, le rapport de forces en faveur des salariés s’améliore et les salaires augmentent. .
La réalité consiste en ceci que le rapport de forces sociales malgré la reprise n’est pas en faveur du facteur travail et des salariés. À la fois parce que la concurrence globale est vive, parce que la concurrence des machines/robots est lancinante, parce que les organisations qui représentent le travail ont subi une défaite historique, parce que le capital a pris le contrôle des pouvoirs politiques, parce que les classes moyennes ont subi une défaite culturelle inimaginable, etc etc.
Les salaires moyens directs continuent d’être sous pression. Et les salaires indirects sont laminés au nom de la dette et de la pyramide des âges.

Si les revenus gagnés ne progressent pas, voire continuent, en réel, à reculer alors, plus que jamais, le recours au crédit est nécessaire. Et si le recours au crédit est nécessaire, indispensable à la poursuite de la reprise alors, il convient de s’interroger sur l’opportunité pour les banques centrales de tenter de normaliser leur politique, c’est à dire tenter de resserrer le crédit.
A la fois par la nécessité centrale du crédit pour soutenir la demande, par l’influence du crédit et des taux sur la Bourse, par le poids de la bourse sur la valeur des patrimoines des agents économiques, et par la magie des animal spirits, tout est lié. Tout est lié et repose sur la poursuite des politiques monétaires non conventionnelles.
C’est ce cheminement de pensée qui est au coeur de nos interrogations sur la réalité de la reprise économique: est ce qu’elle est dépendante du maintien de la stimulation par le crédit, par le credit impulse? Si c’est le cas, alors comme le credit impulse est encours de réduction, de contraction, et même plus d’inversion, alors il y a lieu d’être inquiet.
Les anomalies comme l’aplatissement de la courbe des taux, l’absence d’inflation, la modération des anticipations inflationnistes, la faiblesse des taux longs, la baisse du dollar , la médiocrité des recettes fiscales, etc etc alors ces anomalies n’en seraient pas, elles ne seraient que le reflet d’un réel authentiquement médiocre et des anticipations efficaces des grands acteurs sophistiqués de l’économie mondiale. Certains auraient en quelque sorte une meilleure capacité de prévision que la masse et ils prendraient des positions “contrarians”, opposées au consensus apparent en conséquence.

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Une réflexion sur “Quelques idées en vrac sur la reprise économique pour exprimer nos doutes. Aveu d’ignorance.

  1. Bonsoir Mr Bertez,
    Encore un billet éclairant de façon magistrale notre situation. Les incohérences trouvent des explications par votre grilles de lecture, elles ne sont pas mises sous le tapis (exemple: les médias parlent de la reprise économique sans parler du laminage constant de la classe moyenne etc …).
    Bravo … encore une fois …

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