Editorial : Les taux montent, les actions hésitent! Texte important qui balise la piste d’atterrissage des marchés

Editorial : texte important qui balise la piste d’atterrissage des marchés

Par Bruno Bertez

Mercredi 24 janvier 2018

Ajout du 30 janvier: Le taux du 10 ans US a touché 2,73% en ce début de semaine. Comme part hasard la hausse des taux crédibilise les nouvelles anticipations inflationnistes: si les taux montent c’est parce que l’inflation accélère n’est ce pas?

Jusqu’à présent les commentateurs pensaient que la hausse des taux allait rester cantonnée et que les actions allaient être épargnée. C’est sans compter avec la magie boursière car maintenant que les actions sont devenues hésitantes les mêmes commentateurs qui disaient que la hausse des taux n’avait pas d’importance disent maintenant que c’est à cause des taux que les  actions baissent.

Ce n’est pas ce que pensent les gens qui fait la Bourse, c’est la Bourse qui produit ce que pensent les gens.

Lisez le texte ci dessous, il remet la situation à l’endroit ou il faut dans le processus d’atterrissage qui est en cours.

Nous vous avons présenté, il y a peu de temps, deux textes qui traitaient de ce que nous avons appelé l’atterrissage. Nous avons comparé les banquiers centraux au pilote d’un avion qui, après avoir volé à haute altitude, se mettait en manœuvre d’approche pour préparer l’atterrissage de son appareil. La comparaison était assez intéressante car, d’une part, elle faisait bien ressortir l’aspect hauteur, c’est-à-dire l’altitude des marchés et, en même temps, la délicatesse de la manœuvre puisqu’il fallait réaliser tout cela en douceur, sans grabuge, sans casse, avons-nous expliqué.

Nous n’avons pas dit que nous étions en train d’atterrir. Nous avons dit que nous étions dans les manœuvres d’approche pour préparer, dans les meilleures conditions possibles, cet atterrissage. Ce n’est pas la même chose car, tant que l’on est dans les manœuvres d’approche, tout est réversible, discrètement. En revanche, quand on est dans la phase d’atterrissage, tout le monde peut s’apercevoir que l’on descend et donc les réactions de la foule ou des passagers sont à prendre en considération.

Les manœuvres préparatoires sont réversibles. Vous pouvez lire ces textes dans notre service.

Cette manœuvre préparatoire, c’est l’éléphant dans la pièce, avons-nous affirmé ; ceci pour signifier qu’elle est évidente et qu’elle peut faire du grabuge, mais elle est tellement évidente que personne ne la voit.

La manœuvre d’atterrissage doit passer obligatoirement par la hausse des taux longs, c’est-à-dire par la hausse des taux de marché, ce qui est différent de la hausse des taux courts. Les uns sont fixés par le marché, les autres sont fixés, administrés, par les Banques Centrales. La hausse des taux courts ne fait pas partie des manœuvre. C’est la hausse de taux longs qui en constitue la pièce majeure. Pourquoi ? Tout simplement parce que c’est la logique, ensuite parce que c’est mathématique, et enfin, parce que Yellen nous a prévenu.

La phrase clé de Yellen est celle de son dernier discours avant son départ. En effet, elle a prononcé une phrase que bien peu ont commentée. Cette phrase, nous la citons de tête, seul son sens est important : les valorisations sont élevées, mais elles sont justifiées par le niveau des taux d’intérêt. Les commentateurs se sont attardés sur la première partie de la phrase : les valorisations sont élevées ; ils ont laissé tomber la seconde partie : elles sont justifiées par le niveau des taux d’intérêt. Si l’on prend la phrase en entier, et qu’on la traduit, on obtient l’affirmation suivante : le niveau des taux d’intérêt est le paramètre majeur qui justifie les valorisations. Traduit encore autrement et plus clairement : tant que les taux d’intérêt sont bas, les valorisations sont soutenables. Si les taux d’intérêt montent, alors il faudra considérer qu’elles sont injustifiées.

Peu de temps après, alors que tout le monde se lamentait sur le conundrum des taux du 10 ans qui n’arrivait pas à franchir la barre de 2,5%, il y a eu une rumeur. Cette rumeur, que nous avons bien entendu commentée, disait que les Chinois allaient ralentir leurs achats de Treasuries US. Traduisons une fois de plus, la rumeur disait que le retrait des Chinois allait faire monter les taux du 10 ans. Sur la rumeur, les taux du 10 ans ont réussi à franchir la barre des 2,5%. Ils ont galopé pour passer au-dessus des 2,6% et ensuite franchir des seuils considérés comme fatidiques techniquement. D’abord celui des 2,62% et ensuite celui des 2,66%. Comme par hasard, ces seuils étaient ceux qui avaient été fixés par les très grands investisseurs obligataires. Souvenez-vous, il y a quelques mois, les Gross, les Gundlach, les Dalio avaient fixé les seuils techniques de retournement du marché obligataire dans cette fourchette… comme par hasard. Cela permet de décréter que techniquement le grand marché haussier des bonds et des fonds d’Etat est terminé. C’est une sorte de déclaration quasi officielle d’entrée dans le marché baissier.

La rumeur chinoise a bien évidemment été démentie, mais nous avons tout de suite expliqué qu’il ne fallait pas tenir compte du démenti car les rumeurs ne sont jamais innocentes et ceux qui les lancent ont bien entendu une idée en tête. Ici, il s’agissait, avons-nous expliqué, d’une vraie fake news et nous l’avons comparée aux vrais-faux passeports de Charles Pasqua. C’est-à-dire que la rumeur était à la fois vraie et fausse en même temps. Son objectif a été rempli. Il s’agissait de franchir la barre des 2,5% et de créer un nouvel intervalle de variation.

Plus tard, l’un de ces gourous a précisé sa pensée en disant que le prochain seuil fatidique était le seuil des 3%. Nous en tirons la conclusion que l’intervalle de variation qui est fixé pour le rendement du 10 ans US est maintenant de 2,5/3%.

Il est extrêmement important, lorsqu’on pilote des marchés, de fixer des bornes. Les bornes déterminent les anticipations, les consensus, et par conséquent, elles évitent de partir à l’aventure. En fixant l’intervalle de variation de 2,5/3%, les banquiers centraux et leurs complices grands opérateurs, mais aussi transmetteurs, réalisent une opération de pilotage que l’on peut considérer comme relativement habile.

La hausse des taux n’est pas une catastrophe pour les très grands investisseurs dès lors qu’ils ont la possibilité et le temps de se couvrir par des hedges. Il est évident que c’est ce qu’ils ont fait et ce qu’ils sont en train de faire. Leurs portefeuilles ne subiront aucun dégât puisqu’ils auront anticipé et pris les bonnes décisions en conséquence.

Ce qu’il s‘agit d’éviter, c’est ce que l’on appelle le « gap up » des taux. Le gap up des taux, c’est un bond, un trou brutal, une discontinuité. Il faut que le marché reste ordonné et c’est le sens ultime du pilotage. Le marché doit rester ordonné et il ne peut le faire que si les très, très gros investisseurs comme Dalio, Gundlach ou Gross, ont coopéré à la manœuvre, d’une part, et préparé leurs portefeuilles en conséquence, d’autre part. Il est évident que ceci a été fait.

Ce jour, notre Dalio, qui gère le plus grand hedge fund du monde, qui entretient des relations très étroites avec les officiels, ce Dalio qui est consulté pour les banquiers centraux, saisit l’occasion de la tribune de Davos pour nous dire que le marché obligataire est maintenant dans une phase baissière. Il avertit et cet avertissement n’est peut-être pas lancé en coopération avec les banquiers centraux, il avertit que, compte tenu du très bas niveau des taux, et de ce que l’on appelle la duration, un gap up peut constituer l’étincelle qui déclenchera « the biggest crisis for fixed income investors in almost 40 years ». Prenez cela à la fois comme du pilotage, mais en même temps comme une mise en garde. Dalio est coutumier du fait. Il joue son rôle de gros partenaire de la place, mais en même temps il lance un avertissement qui a d’autant plus de chance d’être entendu qu’il est considéré comme un professionnel exceptionnel.

« Une hausse de 1% du rendement des bonds va produire le marché baissier des bonds le plus meurtrier depuis celui de 1980/1981 ». Ce sont ses propos sur Bloomberg TV à Davos. La duration est évidemment une affaire de spécialistes, mais c’est le paramètre le plus important pour calculer les pertes que subiront les portefeuilles lors des prochaines hausses des taux.

Un autre complice, j’ai nommé Goldman Sachs, a calculé il y a quelques mois, comme par hasard, que sur l’univers des bonds, qu’il évalue à 40 trillions, la duration est telle qu’une hausse des taux de 1% devrait produire 2,4 trillions de perte. Nous sommes dans des gros, des très gros chiffres.

Mais il y a plus. Et nous nous reportons à une autre déclaration de l’ami Dalio, faite il y a quelques mois. Il nous a expliqué qu’une hausse de 1% des taux du 10 ans déclencherait donc une sorte de crash sur le marché obligataire, sur les fonds d’Etat et, bien entendu, sur le High Yield. Il a ajouté et c’est là où nous en revenons à nos propos liminaires sur l’atterrissage ; il a ajouté « et comme les taux d’intérêt constituent la base de la valorisation de tous les actifs financiers, cette hausse des taux précipitera les prix de tous les actifs beaucoup plus bas ».

Si vous nous avez suivi et nous avons essayé d’être très didactiques :

  • Nous sommes dans les manœuvres qui préparent l’atterrissage
  • Ces manœuvres sont concertées, c’est obligatoire, sinon il y aura des chocs
  • Le lien entre la valorisation des actifs financiers et les taux d’intérêt est parfaitement tracé
  • On pilote une hausse des taux sur le phare mondial que constitue le 10 ans US
  • On pilote mais on met des garde-fous, c’est-à-dire des bornes entre 2,5 et 3%
  • Les gourous jouent leur rôle, à la fois de transmetteur, et d’indicateur.

Si après cela, vous doutez encore de notre démonstration, nous baissons les bras, car il est difficile d’être plus explicite.

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2 réflexions sur “Editorial : Les taux montent, les actions hésitent! Texte important qui balise la piste d’atterrissage des marchés

  1. Bonjour, cher Monsieur. Une question: Pourquoi ont-ils besoin de faire juste maintenant cette manoeuvre de hausse de taux, manoeuvre que jusqu’ici ils ont stoppée?
    Gianni (un de vos fervents lecteurs italiens)
    Merci

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    1. Parce que le cycle économique de reprise dure depuis plus de 8 ans et que c’est une longévité rare.

      La probabilité pour que le cycle se retourne devient de plus en plus grande avec le temps qui passe. Et les autorités ont peur d’étre démunies, de ne pas avoir assez de munitions contra-cycliques, pour s’oppsoer à un éventuel ralentissement voire à une récession.

      Par ailleurs un ralentissement économique pourrait être catastrophique dans la mesure ou le risque d’insolvabilité réappararaitrait alors que le crédit est de mauvaiqe qualité en cette fin de cycle et que les primes de risque sont beaucoup trop faibles.

      Les autorités sont condamnées au Goldie-lock mais pour maintenir le Goldie-lock il faut des marges de manoeurves monétaires.

      Donc la première raison est reconstituer des amortisseurs économiques.

      La seconde raison est freiner la valorisation bullaire des prix des actifs financiers. Les prix sont excessifs, intenables sur le long terme et plus le temps passe plus les prises de risque spéculatives sont excessives. D’ou la necessité de casser les prises de risque et de modérer la spéculation. C’est donc une necessité afin de réduire le risque d’instabilité financière.

      Enfin dernière raison , c’est la situation des banques et des organismes de retraites: leurs business models sont détruits par les taux d’intérêt trop bas.

      Vous pouvez ajouter une raison sociale et politique, la politique actuelle accroit les inégalités et provoque une montée du populisme.

      J'aime

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