Y a-t-il une “fatalité de l’imaginaire”?

Pour réflechir et approfondir.

https://jeanpaulgalibert.wordpress.com/2018/02/03/y-a-t-il-une-fatalite-de-limaginaire/

Nous allons, dit-on, vers une société de récit. Pouvoir est un récit. Vendre est un récit, la guerre est un récit, tout comme le capital. Et toujours, partout, nous imaginons, puisque nous croyons, obéissons, votons, payons. On pourrait s’y résoudre, puisqu’on n’a guère d’autre choix que de chercher un nouveau récit pour s’opposer à tout cela. Mais en fait, il faudrait être certain que cet ordre imaginaire, que j’ai décrit comme hypercapitalisme et comme chronophagie, nous laisse encore une place. Pourrons-nous conserver les objets, les personnes, en un mot les existences qui ne rentreraient pas dans les récits dominants?

L’imaginaire est-il fatal, au double sens d’irrésistible et de mortel ?

Voici une pièce à verser au dossier : la librairie toulousaine « Ombres Blanches » a mis en ligne une très fine analyse de mon livre sur les Chronophages :

« Dans une veine théorique instruite des analyses de Marx et inspirée du Discours de la servitude volontaire de La Boétie, Jean-Paul Galibert poursuit la critique de ce qu’il a proposé de nommer « l’hypercapitalisme » (analyse initiée dans Suicide & Sacrifice, paru en 2012 chez le même éditeur). Ce dernier, dont les différences avec le capitalisme « traditionnel » sont ici détaillées d’une façon précise, et illustrées de nombreux exemples éloquents, constitue en effet une véritable « évolution ontologique » – au sens où l’exploitation qu’il opère réclame à présent la participation hyperactive de ses agents.
Le motif du « chronophage » désigne ici aussi bien les objets de la chronophagie (appareils électroniques divers à écrans plats, publicité télévisuelle et sur Internet, économie dématérialisée), que ceux à qui leur commerce profite (notamment les grandes firmes de l’économie dite virtuelle). Au travers du prisme marxien classique du temps de travail considéré comme mesure de la valeur, Jean-Paul Galibert introduit la notion de « double travail », qui consiste à faire payer le consommateur deux fois : une fois pour acquérir l’instrument (le chronophage), une seconde fois pour imaginer et produire lui-même le contenu correspondant à sa forme vide.
Le mode d’exploitation hypercapitalistique opère en effet dans un rapport renouvelé à l’usage du temps des individus, le travail imaginaire de ces derniers venant s’ajouter à leur travail réel, sous l’espèce d’un temps de « loisir » revendiqué par eux (… là réside leur servitude volontaire) et générateur de profits faramineux pour les chronophages.
L’hyperrentabilité de ce capitalisme nouveau genre s’établit dans une sphère presque entièrement dévolue à l’imaginaire, ou même à « l’imaginaire de l’imaginaire » ; il s’inscrit en outre sur le mode d’un échange fondamentalement irréciproque.
Ainsi décrit, l’hypercapitalisme dévoile sa vacuité, le « rien » qui lui sert de fondement, et dont la présente crise mondiale fournit l’illustration exemplaire. On comprend dès lors que la valorisation du capital, devenue purement imaginaire, indexée sur la seule anticipation de sa valeur à venir, n’a cure de produire réellement quoi que ce soit. Quand l’imaginaire de l’imaginaire (et l’anticipation de sa valorisation future) conditionne la valeur boursière d’une société commerciale, il devient évident que les biens produits ne sont plus qu’un prétexte à toute valorisation, voire son simple déchet, de la même façon les emplois industriels qui en dépendent.
Que la valeur d’une capitalisation boursière n’entretienne plus de rapport avec la qualité ni avec la quantité des biens produits se vérifie aujourd’hui aisément. Le capitalisme étant devenu purement « spéculaire », c’est même par la preuve donnée de sa capacité à détruire (des emplois, des biens. et même de l’argent) qu’une société commerciale génère de l’hyperprofit. »

Un grand merci à toute l’équipe de cette librairie!

Pour voir mes autres livres sur le site : Ombres blanches

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