Crise: nous explorons des territoires neufs sans carte bien sur et sans boussole. Le crime de l’incitation au jeu.

Il y a quelques jour à Davos l’homme qui pilote le plus grand fonds , le plus grand et gros Hedge Fund du Monde, quelque chose comme $170 milliards, Ray Dalio a déclaré,  il s’adressait bien sur monde entier : détenir du cash est stupide, « pretty stupid » . Est ce qu’il se sent lui même stupide ces derniers jours?

Dave Rosenberg: « Corrections like these end in one of two ways, or both. Panic and Fed easing »

Beaucoup de gens sensés et cultivés essaient de trouver des comparaisons éclairantes entre ce qui se passe maintenant sur les Bourses et ce qui s’est passé autrefois. On nous parle de 1987, de 2007, de 1937. Les comparaisons sont des analogies partielles qui servent à masquer l’ignorance, elles masquent le fait que l’on n’est pas capable de tracer, de mettre à jour  les enchaînements organiques des forces qui produisent la situation.  On ne connaît pas les rouages donc on joue au docteur Diafoirus qui jette des mots pour impressionner et faire le malin. Tout se résume à ceci : elle ne parle pas, voilà pourquoi votre fille est muette.

C’est l’un des travers humains que de toujours ramener l’inconnu au connu. Ce monde est soit disant progressiste, mais il repose sur des présupposés rétrogrades, ceux de la répétition. Nous sommes entourés de faux modernes, de gens qui ont récupéré l’idée, la forme,  le costume de la modernité, mais qui sont profondément conservateurs, archaïques même. Or l’histoire ne se répète pas, elle bafouille mais elle a un sens, elle est dialectique, elle est dépassement,  même si son sens nous échappe et si il n’a rien à voir a celui que les pseudo savants lui prêtent. Quand l’histoire répète, ou se répète, bien souvent c’est pour mieux nous tromper, nous mystifier. Le grand secret de l’histoire, c’est l’inversion. Nous y reviendrons car l’inversion est une structure omni-présente maintenant, c’est, ce sera notre ruine. On inverse les effets et les causes, on prend les résultats pour des données de base, on confond objectifs et résultantes, on confond les mots, les signes avec ce qu’ils sont censés refléter et on tissse, on tisse des tissus de mensonges et de faussetés.

Quoi de plus dérisoire et prétentieux que cette folie mégalomaniaque de Bernanke de se prétendre docteur en crise économique et financière parce qu’il a étudié, à la lueur de théories contingentes voire fausses, la crise de 1929. Nous avons toujours pensé que c’était là ou le bat allait blesser: dans la prétention de ramener le présent et le futur au passé.

La répétition, c’est le symptôme de la névrose; tout analyste vous l’expliquera. Tout comme les glissements de la métaphore et de la métonymie. Ces symptômes, ces tics et ces tocs font que les réactions que l’on enclenche sont inadaptées à la solution des problèmes auxquels nous sommes confrontés.  Nous perdons par la névrose de groupe, de clan, par la névrose sociale notre capacité d’adaptation parce que nous offrons des réponses fausses, nous offrons des réponses qui plaisent au lieu d’offrir des réponses qui marchent.

Qui fait remarquer, qui souligne le dérisoire de Davos, de ce Davos, lieu du culte de l’élite financiarisée qui s’est scandaleusement réunie pour se masturber dans les montagnes suisses? Personne et pourtant ces élites sont passées à côté de tout, absolument tout. Nous avons relu les textes les plus importants cette nuit, ils sont  grotesques d’inadéquation. Ils, le grand « ILS »  prétendent gouverner, ils ne font que profiter et suivre en extrayant, en exploitant, en pressant le citron, voila la fonction de nos élites inadaptées, non sélectionnées, mais auto-proclamées et auto-servies.

Le système évolue, il le fait de façon aveugle, complexe, il échappe à nos rationalisations et surtout il échappe a nos consciences dès le moment ou les mutations s’enchaînent. Chaque fois c’est une bestiole nouvelle qui fait sa mue devant nos yeux.

Comparer, il ‘agit d’une démarche magique; rien ne peut être comme avant pour la bonne raison qu’en 2008 et 2009, le monde a  entrepris une nouvelle grande aventure. Les élites  ont endossé la grande illusion de l’abstraction et l’illusion des signes manipulables à volonté. Il ont  cru à leur névrose qui consiste à croire que faire joujou avec les signes c’est avoir prise sur le monde. Il se sont  plantés,subjugués, fascinés par  le fétiche, la monnaie. Les maîtres sont  entré dans l’univers de la Toute Puissance. Il ont exploré des terres et des rivages inconnus jusqu’alors et … rien ne s’est passé comme prévu. Rien ne s’est passé comme prévu, ce qui signifie que les théories et les modèles que l’on a utilisé pour partir dans cette grande aventure étaient inadaptés.  Comme le dit Greenspan qui réfléchit beaucoup plus que l’on ne le croit et surtout plus en amont, comme le dit Greenspan, nous avons exploré un territoire neuf , sans boussole.

Certes, la nature humaine, l’avidité, la greed, les passions  tout cela ne change pas, mais les formes qui sont prises par ces vices, ces émotions et ces comportements sont à chaque fois différentes, elles sont modelées par les circonstances et surtout par l’apprentissage de situations nouvelles.

Ainsi nous avons été le seul, au plan théorique, à analyser l’incidence de la manipulation du prix du risque et à soutenir que plus encore que la manipulation des taux, c’est elle, la manipulation du prix du risque qui était à l’origine de l’inflation du prix des actifs et ce par  le biais de l’appétit pour le jeu. Par le biais de ce que les autres appellent la préférence pour le risque afin de ne pas comprendre et de ne pas voir clair. On a blanchi le crime qui consistait à inciter au jeu en le dissimulant derrière des expressions faussement techniques comme la préférence pour le risque.

Les taux d’intérêt, c’est simple, c’est mathématique, les risques non; le goût du jeu, la passion du jeu, ce n’est pas simple c’est subjectif, moutonnier et les animal spirits qui soutiennent l’appétit pour le jeu sont tout sauf rationalisables ou quantifiables.

L’illusion que la volatilité  permet de se guider dans le dédale de l’incertitude et dans le vol des cygnes noirs ou blancs est une illusion en même temps qu’une erreur méthodologique. L’incertitude et le risque futurs sont irréductibles à une mesure du passé aussi sophistiquée soit elle. Derrière les abstractions il y a la vie, les comportements. Le développement de la spéculation sur la volatilité, l’inverse de la volatilité et toutes les stratégies qui y sont adossées directement indirectement ou implicitement, ce développement était écrit, nécessaire et d’autant plus redoutable qu’il était impulsif, à peine conscient, surtout pas analysé dans ses conséquences d’ensemble.

 

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Une réflexion sur “Crise: nous explorons des territoires neufs sans carte bien sur et sans boussole. Le crime de l’incitation au jeu.

  1. Vous avez raison. Si l’histoire est importante car elle est une accumulation de retours d’expériences, il ne faut jamais perdre de vue que l’histoire, par définition, ne se répète pas. Et que vouloir rattacher à tout prix des événements présents ou des prévisions à des faits passés risque de nous entraîner sur des pentes douloureuses tant elles peuvent s’avérer trompeuses.

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