Editorial, la Fed, la BCE et les autres. Vers la mort de Goldilock. Texte important.

Nous produisons régulièrement une synthèse, un survol de la situation monétaire, financière et économique.  Ce survol prend pour point de départ la crise de 2007/2008 et les mesures non conventionnelles qui ont été prises pour y faire face.

Bien entendu dans un souci de cohérence et de crédibilité nos synthèses prennent place dans le cadre analytique plus vaste qui est le notre, le cadre de la financialisation et de son symptôme le plus évident: la croissance des endettements, la baisse continue des taux d’intérêt et les assurances données gratuitement par les banques centrales aux institutions financières, par ce que l’on appelle, le PUT.

Précisons que ces assurances constituent une prise en charge du risque privé par les banques centrales, on rejette le risque hors du système privé , ce qui permet à celui-ci de prendre plus de risque puisque les agents économiques ne le paient pas. C’est une sorte de subvention au capital et à la fortune.

C’est en ceci que la question de la volatilité, de son absence, du niveau VIX est totalement partie intégrante de la gestion non conventionnelle des banques centrales. Et c’est à la lueur de cette affirmation que vous devez interpréter la bouffée de risque qui est montée sur les marchés il y a quelques semaines.

Comprenez bien la séquence de ce que l’on appelle la normalisation, le retrait des politiques monétaires non conventionnelles:

-guidance depuis 2013, on prévient, attention on va procéder au Taper

-pas de bébés hésitants , téléphonés qui tentent d’enclencher un petit mouvement de hausse des taux

-contraction du bilan des banques centrales qui peut se traduire par une baisse de la liquidité globale si le monde se met en risk-off

-retrait des assurances données afin de réintroduire un peu de risque sur les marchés, de stopper la montée des euphories et calmer les animal spirits, le tout afin de contrôler les risques qui peuvent mettre en danger la stabilité financière.

Nous sommes dans cette séquence, certaines banques centrales sont plus avancées que d’autres, certaines encore hésitantes comme la japonaise ou erratiques comme la chinoise, mais le sens est là; les conditions financières sont censées se resserrer doucement, graduellement; mais pour cela il faut éviter le jeu des anticipations, les ruptures, les chocs. Il faut que le mouvement, que les mouvements soient réversibles, tout le secret est là, quand on baisse trop il faut vite remonter et quand on remonte trop il faut vite calmer. C’est un pilotage par le doigté.

C’est ce que nous décrivons depuis de nombreuses semaines comme les manoeuvres d’approche pour préparer l’atterrissage en douceur, sans grabuge.

Il a failli y avoir du grabuge ces dernières semaines.

Nous vous rappelons que le « put » s’analyse comme la promesse que jamais les autorités ne laisseront les conditions financières se contracter, toujours on restera dans l’aisance ou encore dans  le Risk-on. Les banques centrales ont promis le maintien du paradigme du risk-on/risk-off comme schéma d’explication et de fonctionnement  de la finance et de la monnaie. Ceci signifie en clair que l’on prétend que l’on peut toujours gérer ce que Greenspan appelle les « animal spirits ». Bref on a promis de s’arquebouter contre toute tendance qui remettrait au premier rang la préférence pour la liquidité. Etant entendu que cette préférence pour la liquidité dans le monde moderne peut prendre la forme de la préférence pour les fonds d’état, qui sont des liquidités sans risque. C’est à dire que l’on doit gérer la demande pour les fonds d’état, éviter la ruée sur le risk-off. Gérer les fonds d’état c’est tenter de gérer les taux longs, les taux de marché. Vous bvoyez, tout se tient organiquement.

L’enjeu de la politique concertés des banques centrales c’est la bascule, l’équilibre  entre la préférence pour la monnaie et la quasi monnaie et la préférence pour les biens et services réels. L’inflation dont on nous parle souvent n’est rien d’autre que le fait que la préférence bascule c’est à dire que les agents économiques commencent à préférer les biens et services réels aux actifs monétaires et quasi monétaires. La vitesse de rotation/circulation de la monnaie accélère.

Nous sommes dans cette phase, tous les indicateurs convergent, nous sommes dans cette phase critique ou les équilibres décrits ci dessus, les préférences sont en train de se modifier. L’inflation redevient possible. L’échelle de perroquet pourrait peut être se construire.

Si on étudie comme nous l’avons fait les derniers textes de la Fed et de la BCE, on s’aperçoit que les deux institutions sont d’accord sur ce diagnostic; nous sommes bien au point critique. Il y a consensus et convergence sur ce point.

Les deux banques centrales sont optimistes au plan économique, elles affirment toutes deux que les perspectives sont bonnes, que la croissance est synchronisée et que peut être on va sortir du pataugeage, de la croissance durablement ralentie sans inflation, de ce que certains appelaient le New Normal.  Selon elles ont serait peut etre en train de sortir du marasme et la croissance deviendrait plus vertueuse, plus auto entretenue, elle serait comme ils disent aussi plus inclusive

 La  Fed: Members of the Federal Open Market Committee have revised upward their growth expectations, citing “accommodative financial conditions, the recently enacted tax legislation, and an improved global economic outlook.” These drive “gains in household and business spending” that, in turn, indicate “substantial underlying economic momentum.” 
La Fed décrit bien ce que l’on voit et l’enchaînement qui permet d’être optimiste sur le momentum économique.

La BCE : Like the FOMC, the Governing Council of the ECB welcomed improved economic prospects in its policy discussions last month. It assessed the economic expansion as “robust and broad-based.” As in the U.S., growth is being driven by both private consumption and business investment. And like its U.S. counterpart, the ECB believes the resulting growth outcome could be running above its estimate of potential.

La BCE partage entièrement l’analyse de la Fed et produit les mêmes conclusions, la croissance est robuste et elle a une assise large, avec un effet positif sur les dépenses d’équipement.

Les deux institutions partagent le même constat et les mêmes questions, elles s’interrogent sur le marché du travail, sur la validité de la courbe de Phillips, mais dans les deux cas elles se rallient à la thèse que les anomalies sont passagères. Les salaires vont finir par frémir et avec eux, l’inflation aussi. Donc on va finir un jour ou l’autre par atteindre l’objectif d’inflation des 2%.

Ce qui signifie, puisque les décisions de politique monétaire sont longues à se transmettre dans le système réel, qu’il faut dès maintenant prendre les mesures de retrait des stimulus. Nous sommes bien comme nous le prétendons dans les lignes ci dessus dans la phase critique, il faut agir. Agir avec plus ou moins de patience ou de précipitation bien sûr.

Nous vous avons sans cesse répété que les banquiers centraux sont des illusionnistes. Ils font partie d’un système qui est ainsi conçu: les élites, les dominants ne mentent pas, elles disent des vérités, mais pas celles qui importent, elles détournent l’attention; elles font regarder ailleurs. Ici elles font regarder vers ce que l’on voit, vers l’évidence, la croissance, vers ce que l’on voit,  la situation du marché du travail, mais surtout pas vers ce que l’on ne voit pas, c’est à dire l’origine de tout cela, le coût, le passif, le prix à payer.

Pour obtenir tout cela il a fallu faire des promesses, des promesses dont a reporté le coût et la couverture, bref il a fallu faire des promesses qui sont « embedded », enracinées, incluses dans les cours de Bourse… par le biais du crédit. Il a fallu créer un pouvoir d’achat par l’effet de richesse, solvabilisé, mobilisé, financé par le crédit ! Et tout ceci laisse des traces, tout ceci est dans les bilans, et tout ceci est concrétisé dans les indices Boursiers des actions et la capitalisation de la masse colossale de bonds, d’obligations , et de crédit qui constitue le passif mondial.

Ils, les banquiers centraux, vous font regarder du côté de l’évidence, du coté de la croissance alors que eux, leur problème n’est pas là, il est de l’autre côté, celui que l’on ne voit pas, le prix à payer!

Leur problème est:  comment gérer la suppression des dopages, le retrait des béquilles. avec une question lancinante à laquelle personne n’a de réponse: est-ce que les phénomènes dont nous avons bénéficié à la montée sont réversibles, est que ce qui s’est passé pendant les politiques non conventionnelles va se défaire quand on va les supprimer.  Bref que faire de la hausse colossale de la masse des promesses qui sont enracinées, anticipées dans les marchés boursiers?

A cette question qui est la seule importante , ils, les Yellen, Powell et Draghi,  ne répondent pas , tout simplement parce qu’ils n’ont pas de réponse, il n’y en a pas! Sauf à croire aux miracles, c’est à dire que les causes cessent d’être reliées aux effets.

La Fed en incidente signale que les valorisations boursières semblent bien être assez élevées. Et c’est tout pour cet aspect. Elle complète et signalant, pour l’écarter d’un revers de la main que l’usage accru des dettes a été notable! Elle l’écarte d’un revers de la main cynique en disant que cet accroissement des dettes a été le fait des entreprises, mais pas le fait du système bancaire , sous entendu que si ce n’est pas le système bancaire, alors on s’en fiche.

Du côté de la BCE, c’est encore plus net, on ne parle absolument pas , même en incidente de la valorisation élevée des assets financiers! Et encore moins de l’aberration que constituent les valorisations relatives des dettes des pays déséquilbrés ( pays du sud) par rapport aux valorisations  des dettes des pays sains (pays du nord) .

Si vous nous avez suivi, vous comprenez que le risque est devant nous et non pas derrière et que les Yellen et Draghi ont beaucoup de chance de partir maintenant car ce sera à leurs successeurs de faire face à ce risque. Malheureusement, vous, vous êtes toujours là et vous, vous devrez les assumer.

Vous comprenez mieux maintenant je l’espère que la bouffée de volatilité qui a saisi les marchés il y a quelques semaines n’était pas un accident, c’est un avertissement, c’est une manifestation des mouvements souterrains, des plaques tectoniques qui bougent sous la surface  des apparences.  La crise du VIX affirmons nous est surdéterminée, elle s’inscrit dans le cadre de la phase critique que nous avons tenté de vous faire toucher du doigt. Elle est un canari dans la mine mais aussi une répétition, un drill, comme on dit dans le domaine militaire.

Dans une sortie peu conventionnelle , Draghi a balancé un nouvel élément dans cette situation de phase critique; il a stigmatisé la politique de l’équipe Trump qui s’écarte des pratiques de l’establishment en matière de changes. Draghi a condamné la volonté de faire baisser le dollar, il a déploré la hausse de l’euro: il a regretté que l’administration américaine ait contrevenu aux règles des discours sur les changes  “the agreed G7 and G20 exchange rate language, which entailed the commitment to market-determined exchange rates and refraining from targeting them for competitive purposes.”.

Draghi met le doigt sur un autre problème qui est celui de la concertation globale; la phase critique va devenir encore plus critique si les Etats-Ubis font cavalier seul et visent les changes afin de s’octroyer des avantages compétitifs.

Les remarques de Draghi mettent le doigt sur l’une des difficultés de gestion de la phase critique: le calendrier des normalisations.  Que va -t-il se passer si c’est chacun pour soi, si les banques centrales gèrent de façon chaotique leur mouvement de contraction monétaire? On voit ici que loin d’être dans le meilleur des mondes, celui de Goldilock en fait nous sommes dans le pire des mondes, celui de la croissance synchronisée , synchronie qui oblige aux même politiques simultanément alors que l’optimum, celui du moindre risque serait une gestion concertée, séquentielle.

 

 

 

 

 

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Une réflexion sur “Editorial, la Fed, la BCE et les autres. Vers la mort de Goldilock. Texte important.

  1. En lisant votre article, je ne peux que faire une analogie avec la thermodynamique (1er et 2sd principe).

    « pas de bébés hésitants, téléphonés qui tentent d’enclencher un petit mouvement de hausse des taux » …
    « les conditions financières sont censées se resserrer doucement, graduellement; mais pour cela il faut éviter le jeu des anticipations, les ruptures, les chocs. Il faut que le mouvement, que les mouvements soient réversibles, tout le secret est là, quand on baisse trop il faut vite remonter et quand on remonte trop il faut vite calmer. C’est un pilotage par le doigté. »

    Décrivent un phénomène de transformation adiabatique réversible : comme comprimer ou détendre un gaz dans un piston « infiniment lentement », ceci pour garantir à chaque instant l’équilibre des températures internes et externe.

    La thermodynamique nous montre que la réversibilité est toute théorique et impossible à atteindre en pratique (2sd principe de la Thermodynamique).
    La lenteur du mouvement ne fait que s’approcher de la réversibilité mais sans jamais l’atteindre.

    Pour en revenir au « pilotage des BC » : Pour s’approcher de la réversibilité, il aurait fallu, mettre en œuvre, les « mouvements lents », dès la phase de QE. (Ce qui est contradictoire avec le principe même du QE.)
    Donc, la normalisation est impossible, même avec des mouvements lents.

    Les QE sont à l’image du suicidaire qui saut du 40e étage du tour et qui au 30e se ravise et se dit « ce n’est pas grave », je vais remonter au 40e étage par « pas progressifs », car « à petit pas », il y a « réversibilité de ma décision ».
    Le fait de sauter dans le vide est une opération « irréversible » en tant que tel, il est impossible de revenir en arrière.

    Comme vous l’avez évoqué dans un de vos articles : « Ils ont brûlé les vaisseaux » !!!

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