A lire absolument. Il faut se préparer à la prochaine crise dès maintenant. Les autorités sont piégées.

Article Bruno Bertez du 1 er mars 2018

William White et Claude Borio sont des grands, des bons. Borio a publié des papiers dans le même sens. Pas de langue de bois, on est entre adultes responsables rationnels .

White est passé à l’OCDE venant de la BRI, mais il a conservé son cadre analytique et surtout sa liberté de parler et d’écrire sans langue de bois. Ici il s’adresse aux illusionnistes et leur explique comment ils sont piégés, l’impasse devant laquelle ils se trouvent et il leur conseille de prendre des mesures préventives fortes pour faire face à une crise.

Son constat , un constat d’expérience et de compétence s’appuie sur une évidence: les dettes qui ne peuvent être honorées ne le seront pas. Tout ce que l’on peut faire, c’est se préparer et faire en sorte que lorsque tout cela se déclenchera, les dispositifs soient préts pour que cela reste ordonné. C’est exactement ce que nous répétons depuis … 2008.

Ce qui ne peut être « servi » ne le sera pas, inutile de le repousser devant nous sans cesse, la seule solution c’est la destruction des dettes excessives, improductives, inadaptées, fictives . Bref la restructuration, les moratoires, les conversions. Et tant pis pour les kleptos. 

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Le texte de White, un texte solennel, sans concession, qui fait le tour de la question.

 

« La politique monétaire globale a été ultra laxiste pendant longtemps. Cependant, il est de plus en  plus clair que cette politique est maintenant prise dans un piège de la dette qu’elle a créé elle-même.
Continuer sur la voie monétaire actuelle ne sert plus à rien. Et c’est de plus en plus dangereux.  Malheureusement le retour en arrière implique de très grands risques. Il s’ensuit que les risques  d’une autre crise continuent de monter.
On peut espérer que les préparatifs des responsables de la conduite des affaires sont à la hauteur des défis et des risques. Croiser les doigts, et prier pour que cela n’arrive pas, serait imprudent.
Continuer la politique monétaire actuelle est impossible en raison de la menace d’inflation. Compte tenu du fait que les économistes n’ont pas les moyens d’apprécier le potentiel des économies et connaissent mal le processus inflationniste, l’inflation pourrait rapidement échapper à tout contrôle.
Cependant, l’inflation n’est pas le seul danger.
D’abord, les ratios de dettes n’ont cessé de monter pendant des décennies, crise après crise. Mais il y a pire. Alors qu’avant la crise, seuls les pays avancés étaient concernés, maintenant le problème est devenu global.
Ensuite, la tolérance qui s’est développée face au risque menace la stabilité financière future. De même, le rétrécissement des marges de profits de nombreuses institutions financières traditionnelles est également une menace.
Troisièmement, la mauvaise allocation des ressources réelles par le système financier a été encouragée par cet environnement monétaire. Les marchés ont été incapables de diriger les ressources correctement en raison de l’intervention des Banques Centrales, ce qui fait que la probabilité que les dettes ne puissent être honorées a fortement augmenté.
Malheureusement, normaliser la politique monétaire est très risqué.
Un renforcement de l’économie globale est évidemment préférable à une économie qui s’affaiblit. Cependant, dans une situation de croissance, les pressions inflationnistes augmentent, et elles peuvent obliger à un resserrement monétaire dangereux pour la stabilité.
Les gouvernements et les instances internationales doivent revoir les règles des faillites, les dettes qui ne peuvent pas être honorées ne seront pas honorées ; l’une des conséquences non voulues des réformes réglementaires a été de réduire la liquidité des marchés.

 

Même en l’absence de pressions inflationnistes, les marchés financiers eux-mêmes pourraient avoir un comportement désordonné s’il y a des signaux que la croissance accélère.
Les rendements des fonds d’Etat dans les pays avancés sont à des niveaux historiques faibles. Et ils sont murs pour un retournement.
S’ils commencent à monter, cela pourra avoir des implications importantes pour les prix beaucoup trop élevés des autres actifs financiers.
Que devraient donc faire les responsables de la politique ? Il faut qu’ils se préparent par avance à ces perspectives.
Les gouvernements nationaux et les Banques Centrales associés aux organisations internationales devraient négocier d’ores et déjà des mémorandums pour savoir que faire en cas de crise. Des simulations, des « war games » devraient également être menés. Il faut préparer des mesures pour s’assurer qu’un niveau suffisant de liquidités pourra être fourni pour stabiliser les marchés et lesystème financier ; tout cela est crucial.
Au point où nous en sommes, et en particulier aux Etats-Unis, beaucoup de mesures qui ont été  prises après la crise empêcheraient la Réserve fédérale de fournir les liquidités domestiques et  internationales qui sont nécessaires.

Le plus important est donc l’urgence pour les gouvernements de revoir les règles de faillites.
Les dettes que l’on ne peut servir ne seront pas servies.

Les gouvernements doivent mettre en place des législations pour faire en sorte que ces défaillances sur les dettes soient aussi ordonnées quepossibles. Les travaux récents de l’OCDE montrent que les procédures de banqueroutes pour lesagents privés ne sont pas toujours adaptées.
Malgré de grands efforts, nous avons, certes, amélioré notre capacité légale à traiter le problème desbanques qui ne sont plus viables, mais elles sont toujours trop grosses pour que l’on puisse les laisser tomber.
Les procédures pour restructurer les dettes des gouvernements sont inadéquates. Il est important de prendre des mesures dès maintenant pour éviter la possibilité de chaos dans les marchés lors du prochain retournement.
Une action proactive pour réduire les menaces de l’excès de dettes serait utile pour abaisser la probabilité de tout cela.
Ce besoin d‘une action préparatoire est encore amplifié car nous n’avons plus les moyens de mener des politiques macro-économiques contracycliques. Ces politiques, en effet, si elles devaient être menées, pourraient provoquer le désordre que, précisément, on cherche à éviter.

 

Le mieux est de se préparer pour le pire, ce qui n’empêche pas d’espérer pour le meilleur. »
William White est le Chairman du Economic and Development Review Committee à l’OCDE.

Texte original.

The writer is chairman of the economic and development review committee at the OECDE

Global monetary policy has been “ultra-easy” for many years. Yet it is becoming clear it is now caught in a debt trap of its own making.

Continuing on the current monetary path is ineffective and increasingly dangerous. But any reversal also involves great risks. It follows that the odds of another crisis blowing up continue to rise.

It is to be hoped that the preparations being made by policymakers to manage such a situation are evolving at the same pace. Simply crossing your fingers and praying that “it might never happen” would seem imprudent, to say the least.

Carrying on with current monetary policy brings with it the threat of inflation. And given economists’ lack of understanding of either the level of “potential” or the inflationary process itself, it could easily get out of hand.

However, inflation is not the only danger.

First, debt ratios have been allowed to rise for decades, even after the crisis began. Moreover, whereas before the crisis this was primarily a problem of the advanced economies, it has since gone global.

Second, tolerance of risk-taking threatens future financial stability, as does the narrowing of the profit margins for many traditional financial institutions.

Third, the misallocation of real resources by banks and other financial institutions is encouraged by this monetary environment. With markets unable to allocate resources properly, due to the actions of central banks, the likelihood that rising debt commitments will not be honoured has risen sharply.

Unfortunately, normalising monetary policy also carries significant risks.

Clearly, a strengthening global economy is preferable to a faltering one. Yet, in such a situation, rising inflationary pressures would likely lead to a monetary tightening that could have destabilising effects.

Governments and international forums need to revisit bankruptcy procedures. Debt that cannot be serviced will not be serviced An unintended consequence of regulatory reforms has been to reduce market liquidity. Even in the absence of inflationary pressures, financial markets themselves might react in a disorderly way to signals of stronger growth.

Sovereign bond yields in advanced countries are at historically low levels and are ripe for a reversal.

If they do start heading in the opposite direction, this could have important implications for the over-extended prices of many other assets.

What action should prudent policymakers take to prepare, in advance, for such an outcome?

National governments and central banks, in association with international organisations, should be negotiating memorandums of understanding about who does what in a crisis. “War games” would be a useful adjunct to this. And measures to ensure that adequate levels of liquidity can be provided to stabilise markets and the financial system are also crucial.

As things stand, in the US for example, many provisions of the Dodd-Frank act, passed in the wake of the financial crisis, would hinder the Federal Reserve in attempts to provide both domestic and international liquidity. Perhaps most important is the need for governments and international forums to revisit bankruptcy procedures.

Debt that cannot be serviced will not be serviced.

Governments must enact legislation to ensure this can happen in as orderly a way as possible. Unfortunately, recent work at the OECD indicates that bankruptcy procedures for private agents fall some way short of best practice in many countries.

Nor, despite great efforts, have we adequately improved our legal capacity to deal in an orderly way with banks that are no longer viable, but are still “too big to fail”.

Procedures for the restructuring of sovereign debt are inadequate too. It is essential we take measures now to limit the likelihood of disorder in markets in the next downturn.

Early action to help resolve the debt overhang problem might even serve to reduce the likelihood of that downturn occurring.

This need for preparatory action is amplified, given our scope for reacting with counter-cyclical macroeconomic policies is now limited. These policies might spark the disorder we wish to avoid. Far better then to prepare for the worst, even as we hope for the best.

The writer is chairman of the economic and development review committee at the OECDE

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2 réflexions sur “A lire absolument. Il faut se préparer à la prochaine crise dès maintenant. Les autorités sont piégées.

  1. J’ai toujours entretenu l’idée que « la seule solution c’est la destruction des dettes excessives, improductives, inadaptées, fictives ». Ce jour pourrait arriver. Pourrait !

    Toutefois les approches pessimistes dont j’abreuve parfois (sans convaincre cf point 3) mes proches sont les suivantes :

    1) nous assistons aux projets de mise en place d’une dictature économique qui, sous couvert de nous émanciper, nous condamne (ainsi que les générations futures) au remboursement d’une dette perpétuelle
    2) la non prise en compte de l’impact mortifère sur la planète et sur tous ses habitants (l’écosystème lui-même) d’une croissance économique « infinie » … dans un monde « fini » dont nous n’avons même pas dessiné tous les contours
    3) la répétition éhontée de concepts mensongers qui entretiennent une soumission « librement » consentie par pures conventions sociales
    4) Point de salut hors de la cité ! « Le premier qui dit la vérité. Il doit être exécuté. » Guy Béart.

    Et pour finir : « Tout ce qui est susceptible de mal tourner, tournera mal » Loi de Murphy.

    Même pas peur. Rien n’est éternel en ce bas monde, surtout pas le pouvoir.

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  2. « Ce qui ne peut être « servi » ne le sera pas, inutile de le repousser devant nous sans cesse, la seule solution c’est la destruction des dettes excessives, improductives, inadaptées, fictives . Bref la restructuration, les moratoires, les conversions. Et tant pis pour les kleptos ».

    Qui décidera ce qui ne sera pas servi et sur quels critères ?
    Pour ma part, je « mise » sur le fait, que comme en 2008, ceux qui auront conduit le monde à la prochaine récession s’en sortiront le mieux…dont les kleptos – sauf si la récession engendrait des guerres civiles.
    Ce sont les peuples qui passeront encore à la caisse et l’ardoise sera encore bien plus lourde qu’il y a dix ans. On nous expliquera doctement de nouveau que les banques TBTF doivent être sauvées sinon le système financier s’effondre et que les multinationales doivent également être perfusées « grâce » au chantage à l’emploi – pardon pour sauver les emplois.

    In fine, sauf conflits dégénérant en guerre mondiale, l’oligarchie mondialiste en sortira encore plus riche…mais n’était-ce pas là le but, dès 2009.

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