Editorial: marche ou crève

Nous n’avons pas vraiment besoin de vous faire un dessin, vous avez constaté vous même l’extrême volatilité des marchés boursiers cette semaine. L’indice Dow Jones a fait un plus haut à 25 800 et un plus bas à 24 218 vendredi matin. Cela fait un écart de 1582 points soit plus de 6%. Une remontée de dernière minute vendredi a permis de réduire la chute à 3%.

Vous pensez ce que vous voulez de la spontanéité de la reprise, ce n’est pas très important. Qui achète importe peu car même si ce sont les autorités, ou les sociétés pour les buy backs, cela n’a guère d’importance, dans ma conception ce sont des agents économiques et financiers comme les autres .. et ils peuvent tomber en faillite et commettre des erreurs comme les autres également.

Au jour des comptes, au jour de l’apparition de la statue du commandeur, on ne fera pas de distinction entre une banque dite centrale et une banque normale, entre une société, une entreprise  et un hedge fund , un bilan, c’est un bilan… Et tout repose sur la confiance, pour tout le monde.

Le VIX , cette bestiole qui a été longtemps en hibernation, le VIX a fait des bonds: 15,29 puis 19,85, puis, 25,30, puis 26,22, puis il a clôturé à 19,59. Le VIX c’est grave. Pourquoi ? Parce que cela détruit les bilans des institutions financières en dévalorisant leurs actifs et en augmentant les value@risk. Le risque dévalorise. Plus le VIX monte et plus les risques sont jugés importants dans les modèles et plus les besoins en capital propre deviennent importants. La volatilité détruit la capacité bilantielle des agents financiers et elle pousse au deleveraging, au désendettement, au moment le plus inopportun, car procyclique. A mon sens les conditions financières se sont réduites, resserrées  sensiblement ces derniers jours mon brave monsieur.

Si on ajoute à cette volatilité extrême  une réduction considérable de la liquidité sur les marchés, (signalée à juste tire par une note de Morgan Stanley), on a une meilleure conscience de l’inconfort de la situation actuelle et c’est peu dire!

Inconfort est un euphémisme.

Une intervention du géant de l’investissement Paul Tudor Jones, intervention que nous avions repérée et signalée, a accru le malaise; Paul a parfaitement démontré que Powell était dans la seringue, cerné de toutes parts par des problèmes dont les solutions étaient antagoniques. Il a repris l’image de Custer à Little Big Horn. Et c’est là que gît le vrai problème, il n’y a plus de bonne solution aux problèmes posés par la situation actuelle; pendant longtemps on a  négligé les conséquences non voulues des politiques non conventionnelles, mais elles reviennent comme une vengeance. L’heure des comptes , the day of reckoning, se profilent à l’horizon. Ne nous faites pas dire ce que nous ne disons pas, se profiler ce n’est pas advenir, car les autorités ont toujours le pouvoir de retarder l’inéluctable tant que la masse des gogos croient en leurs pouvoirs magiques.

La question des causes ne préoccupent plus les financiers; pour masquer leur ignorance ils ont cessé de faire appel aux causes et ils les ont remplacées par les corrélations ce qui n’est que le refuge de leur bêtise. Les corrélations n’expliquent rien , elles donnent à voir, c’est tout; les corrélations cela va, cela vient puisque en définitive ce n’est que la visualisation des comportements des agents économiques et dans les périodes de rupture, eh, bien les comportements changent et les corrélations cassent.

je vous rappelle que la Sphère Financière vit sur un corpus théorique pseudo scientifique totalement bidon, pur marketing et idéologie. Témoin la débacle des « quants » et autres aprentis sorciers cette semaine.

En parlant de corrélation vous remarquerez que depuis quelque temps la performance des places européennes est très mauvaise, elles baissent en même temps que Wall Street et même souvent plus,  ce qui a été le cas vendredi. Autant pour ceux qui défendaient l’idée de la diversification en achetant en Europe. Nous avons toujours dit que c’était une idiotie car il n’y a aucune diversification dans le monde dès lors que le sous jacent de la valeur de tous les actifs financiers est le même et que ce sous jacent c’est le dollar, sa liquidité, son prix et son taux de rendement.

La situation en Europe est bien sur politiquement instable, cela vous le savez, mais elle est fragile car l’Allemagne, avec son système mercantiliste est particulièrement visée en cas d’aggravation de la guerre économique. Et puis la construction européenne est tellement bancale que la politique monétaire présente est en fait absurde , il faudrait faire baisser l’euro et continuer les politiques non conventionnelles pour certains pays, mais pour d’autres il faudrait faire l’inverse, laisser monter l’euro et hausser les taux d’intérêt! Le reflet de ces contradictions c’est la situation de l’une des plus grandes banques du monde, la Deutsche Bank, elle poursuit sa descente aux enfers, victime à la fois d’un business model périmé et d’une politique de la BCE qui l’assassine. La DB avons écrit est le reflet des contradictions de l’Europe et de l’Allemagne. Cette semaine l’indice de banques en Europe, le STOXX, a chuté de 3,5%, ce n’est pas rien.

Nous maintenons notre diagnostic synthétique et global: le monde est en phase de transition et c’est à cause, je dis bien à cause, de cette transition que les craquements se manifestent. Les craquements ont pour cause profonde, lointaine, fondamentale, la situation de transition d’un régime monétaire à un autre et le reste, les idioties comme la hausse des tarifs sur l’acier, l’aluminium, tout le reste n’est que circonstanciel, cause proche, cause prétexte.

La baisse et les craquements sont surdéterminés. Surdéterminés car il y a des causes exogènes comme les décisions de Trump, des causes circonstancielles comme les bruits de bottes militaires, les élections en Italie, le sort de la Grande Coalition en Allemagne, mais tout cela ne jouerait pas si on ‘était pas en phase de transition. La preuve?  Avant cela n’avait aucune importance!  Le fait que Powell se soit montré plus hawkish que les marchés ne l’avaient espéré n’est même pas significatif , les marchés ont entendu ce qu’ils craignaient d’entendre, ils avaient un biais et donc ils ont interprété les propos de Powell  dans un sens faucon alors qu’ils étaient tout à fait équilibrés compte tenu du processus en cours mené par la Fed. Même chose pour les propos du patron de  la Bank of Japan, il a dit qu’un jour on verrait la fin de l’expérience monétaire… comme si on ne le savait pas!

Les craquements sont là, on les entend et comme nous l’avons écrit souvent ces derniers temps, les plaques tectoniques bougent.

Nous sommes en transition, pour nous cela ne fait aucun doute. mais nous n’avons de cesse  de rappeler que toutes les transitions sont réversibles et d’ailleurs par les baby steps des autorités tout est en effet conçu pour être réversible. On peut stopper, on peut revenir en arrière, on peut faire du surplace; et vous imaginez ce qui se passerait si par exemple Powell insinuait, suggérait que le Put, le fameux Put de  Greenspan est toujours en place?

Nous soutenons l’idée, vous le savez qu’il n’y a pas de retour en arrière possible , on a brûlé les vaisseaux; ce qui signifie que l’on peut certes tenter de normaliser, tenter d’en faire le simulacre, mais que l’on ne peut plus resserrer les conditions financières mondiales; on doit rester laxiste.

Le système est structurellement mal ajusté, la masse de dettes ne peut être honorée, les promesses contenues dans les cours de Bourse ne peuvent être  tenues, le crédit est de plus en plus pourri, les systèmes de retraites et prévoyance sont minés, tout  ceci implique nécessairement que l’on ne peut stopper, on ne peut que continuer à remplacer les rentabilités réelles, les profitabilités internes, intrinsèques que par la hausse des cours, que par le Ponzi; le Ponzi étant le système dans lequel  les investisseurs tirent  leur performance non  de la rentabilité intrinsèque de  leur investissement mais de la chaîne du bonheur qui fait qu’ils se refilent  le même bien/papier  de plus de plus cher. Le système ne peut plus échapper à l’inflationnisme dirigé vers les prix des actifs car il faut faire tenir l’édifice. Cela signifie que l’illusion de richesse va continuer, que les illusions vont se renforcer, que nous allons être obligés de continuer de gaver  le monstre financier que nous avons nourri depuis des décennies et de façon accélérée depuis 2008.  Si nous ne le nourrissons pas, il va nous dévorer.

Formulé autrement, c’est marche ou crève.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Une réflexion sur “Editorial: marche ou crève

  1. Chapeau bas Monsieur Bertez pour votre extraordinaire capacité à nous expliquer la pièce de théâtre qui se joue sous nos yeux.

    Vous synthétisez les actes et démontez les ressorts d’un scénario qui nous rend aveugles à toute compréhension objective des faits ainsi qu’à leurs conséquences.

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