Billet: il n’y a ni initié ni savant

L’actualité forte a tendance à faire oublier le fondamental.

Je considère qu’il ne faut jamais le perdre de vue et que c’est précisément quand on le perd de vue que l’on se ruine.

La situation qui prévaut sur les marchés, en politique et en politique étrangère est tellement passionnante que les commentateurs en oublient the Big Picture, le cadre général.

The Big Picture c’est:

-que nous sommes dans une crise historique; la crise vient de loin de très loin, c’est une crise du système, il bute sur ses limites

-que cette crise a été repoussée par des moyens monétaires qui viennent à échéance; d’où ma double idée de transition d’une part et de croisée des chemins d’autre part

-que cette crise a disloqué les sociétés civiles car les remèdes ont été des remèdes de classe, des remèdes spoliateurs ,

-que cette crise a clôturé la phase de mondialisation/ coopération et que la compétition stratégique belliqueuse a repris  de plus belle

-que l’imperium américain  est contesté tant en raison des contradictions internes  des Etats-Unis qu’en raison de la montée en puissance des  rivaux

-que le système a du plomb dans l’aile, il vit dans le simulacre  et qu’il donne l’impression d’être chaotique, mais qu’en profondeur il y a une logique à l’oeuvre

-que les moyens intellectuels pour le comprendre sont inadaptés, le corpus théorique a dégénéré en roman, en narrative ridicule.

-le monde des signes en général a pris son autonomie et faute d’esprit critique pour le remettre à sa place, ce monde des signes s’est substitué au monde réel ce qui provoque un défaut, un manque structurel d’adaptation.

Sous tous les aspects nous sommes dans une phase de transition historique.

A ceux qui croient que nous exagérons, nous renvoyons aux derniers développements stratégiques avec les dernières annonces de Poutine qui changent la donne militaire.

Les américains ont du mal à masquer leur sidération. Il apparaît que non seulement l’avantage de Washington en matière d’armements est contesté mais surtout que les américains n’ont plus le ressort organique interne pour faire face à la situation: fossé entre le civil et le militaire, divisions de la société, fragilité financière, absence de soutien du côté de l’étranger, même des  vassaux.  Les échecs des 15 dernières années les ont minés.

The World America Made cher aux néos cons est contesté de l’intérieur et de l’extérieur.

Par ailleurs le maintien ou la défense des positions américaines impliquent plusieurs choses:

-des dépenses considérables pour réorienter les armements

-des dépenses pour soutenir l’économie, acheter les votes,  et tenter de maintenir à coups de trillions l’unité nationale

-des déficits budgétaires et commerciaux  qui affaiblissent le système et minent la confiance  intérieure et extérieure

Pour toutes ces raisons , le beurre et les canons, nous affirmons que moins que jamais les Etats-Unis ne peuvent prendre le moindre risque d’une crise financière.

Ce serait signer leur perte dans la compétition géostratégique. Leurs adversaires sont moins ouverts et leur système est plus controlé que le système américain, celui ci est surexposé, surdéployé.

Donc et c’est notre pari, fondamentalement l’inflationnisme va être confirmé, ce sera la doctrine officielle, ce sera même l’accentuation de l’inflationnisme-principe qui règne depuis le début des années 80.

Ceux qui jouent la rigueur et l’assainissement se trompent : historiquement les USA  non seulement ne peuvent corriger leurs déséquilibres, mais ils sont nécessairement obligés de les aggraver. Et ceci passera par des mesures de contrôle, de protection, de  restriction des libertés. Le dirigisme va se renforcer, on va s’écarter encore plus d’un système de liberté et de vrai marché.

On va s’enfoncer dans ce que j’appelle le système monopolistique de capitalisme d’état et de banque centrale réunis. 

Au plan financier il n’existe pas de prophète, il n’y a que des imposteurs et des illusionnistes. Toutes les stupidités sur les relations  entre le risque, la performance, la certitude d’être gagnants à long terme, la diversification, toutes ces stupidités sont des attrape nigauds de marketing. Personne ne sait quoi que ce soit et si quelque chose réussit c’est le hasard qui en est la cause, pas le savoir.

Il n’y a ni initié ni savant.

 

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2 réflexions sur “Billet: il n’y a ni initié ni savant

  1. Avant on produisait des choses et ensuite on produisait le crédit pour en financer le prix. Aujourd’hui on produit des consommateurs pour financer du crédit. L’expansion du crédit est ce qu’ils nomment croissance.

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  2. Analyse technique très intéressante. Merci pour tout votre travail.

    Deux remarques :
    – Vous n’avez pas me semble-t-il commenté le positionnement « short » du hedge fund Bridgewater à hauteur de 22 milliards sur les entreprises européenne, notamment italienne. Quel est votre sentiment ?
    – Par ailleurs, il y a bcp d’articles qui comparent les évolutions de ce début d’année avec celles de 1987, année du krach de 20%. C’est assez troublant et même temps rien de surprenant de trouver des patterns qui se répètent.
    Enfin, l’annonce de tarifs sur des commodities début 2002 par Bush a été suivi d’un krach de 30% sur le S&P avant l’administration ne retro pédale fin 2002.

    Y aurait-il un alignement des planètes en faveur d’un flash krack ou suis-je complètement parano ?

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