Billet LA POLITISATION DU DOLLAR ET DU CHANGE

 

Les attaques contre Trump sont d’une vigueur inouïe, même de la part de gens que l’on pouvait autrefois considérer comme raisonnables. Des gens que je suivais pour leur compétence, leur modération.

La question des tarifs a mis le feu aux poudres, toute une nouvelle catégorie de critiques -c’est un bien faible mot-, toute une nouvelle catégorie de critiques est montée au créneau. La religion du libre échange , c’est sacré. je n’en discuterai pas ici mais vous savez que je suis un sceptique et que je considère que les théories sur ce point sont plus idéologiques que logiques. Elles ont été élaborées sur des bases, sur des présupposés relatifs et à une époque ou les conditions étaient très différentes. La critique de Allais me semble toujours valable. Le libre échange dans la mesure ou l’on est dans une situation très inégalitaire en particulier dans l’accès au capital  équivaut à mettre sur même ring de boxe un poids lourd face à un poids plume et le résultat est connu d’avance. C’est tout le contraire d’un optimum. Et puis les théories actuelles sont dépassées dans la mesure ou nous sommes sortis de la tendance à la globalisation/ouverture et que nous entrons dans un monde plus belliqueux, plus balkanisé, un monde de compétition stratégique  ou les échanges économiques deviennent subordonnés aux stratégies de domination/défense ? L’achat de Treasuries par la Chine et le Japon n’ont jamais été dictés par les considérations sur les lois des marchés et l’optimisation économique. Aussi, le développement des boycotts, l’unilatéralisme juridique , la dissymétrie monétaire,  vont  à l’encontre de toute théorie sur les échanges et personne ne proteste! Les cris  d’orfraies sont  sélectifs. La question de la spécialisation dans les domaines ou on a un avantage est une tarte à la crème. Passons.

Ce qui est important ici ce n’est pas la question fondamentale, celle  des théories sur les échanges internationaux, non c’est celle de la folie qui est déclenchée par les souhaits de Trump. Cette folie vient de précipiter la démission de Cohn.

Ryan avait déjà planté le poignard dans le dos de Trump révélant ainsi l’isolement du Président , même au sein de son parti. Trump n’est pas soutenu par son parti et a autour de 30% de soutien dans la population. Le pays est ingérable. La société américaine est institutionnellement disloquée, la société civile est traversée par la haine de l’autre. Pire la vieille solution de l’alternance politique est déconsidérée, avec la bande à Clinton totalement discréditée et Sanders inacceptable pour les kleptos qui financent le parti démocrate. Aussi loin que l’on puisse regarder, on ne voit que chaos et divisions sur fond de mensonges et propagandes. C’est en partie ce qui explique la dangerosité du parti de la guerre, les militaires, la CIA et le complexe militaro industriel ont le pouvoir en raison du vide . Et eux n’ont pas une analyse ou une vision rationnelles, ils ont un désir colossal de revanche après 15 années d’échecs; ils ont envie d’en découdre. On est dans l’émotionel et le génétique! 

J’avoue ne pas comprendre ce qui a poussé Trump dans cette direction des tarifs. Certes j’ai la chance dès les élections d’avoir émis l’hypothèse de travail selon laquelle la mission objective, systémique de Trump était d’apporter le chaos, la destruction, bref le bordel  et je ne suis pas déçu; mais pourquoi prendre des mesures qui rapportent très peu,qui  ont un poids symbolique énorme  et qui à ce titre  qui soulèvent autant de tollés? Mystère de la psychologie. Trump est cerné de toutes parts, les échéances négatives se rapprochent et au lieu de desserrer l’étreinte, il fait tout pour que ses ennemis resserrent encore plus les rangs. La probabilité pour que les républicains perdent les élections de mid-term devient de plus en plus forte, ce qui en même temps augmente les risques d’une action d’empeachment ou toute autre forme de  destitution.

Dans ces conditions le reflet de tout cela semble bien être le dollar, il est en tendance baissière, il a déjà chuté de 13% en moyenne malgré la hausse des taux de la Fed et la vigueur de la conjoncture, il pourrait bien devenir le  point de focalisation des difficultés de Trump.

Laurence Summers est un adversaire acharné de Trump, il est le porte parole de l’élite klepto et ne s’en cache pas, il a récemment émis l’idée que les écarts de taux entre le dollar et les devises concurrentes impliquaient, intégraient une baisse future de 20 à 25% du dollar. Summers vient de politiser le change , c’est ce que nous retenons. Il a incité à considérer le change comme le baromètre de la confiance ou défiance en Trump. C’est un coup d’envoi.  

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2 réflexions sur “Billet LA POLITISATION DU DOLLAR ET DU CHANGE

  1. Article intéressant.
    Il est vrai que la décision à venir de Trump sur l’acier fait beaucoup de bruit, et montre que même les libres-échangistes devraient se poser des questions sur cette haine de tout ce qui peut faire obstacle à la religion du « tout ouvert ». Alors que l’essentiel se joue ailleurs et qu’on en parle beaucoup moins, les conflits monétaires.
    Sinon je ne pense pas que Trump ait un parti (Republicans ou GOP); Trump a violé le GOP et le GOP n’attend que son heure, tranquillement, pour le livrer à la vindicte. Le Deep State n’a d’ailleurs pas automatiquement de parti.

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