Editorial. Il y a 10 ans Bear Stearns, en attendant la suite…

Cette semaine marque l’anniversaire de l’effondrement de Bear Stearns. Avec cette firme, ce n’était pas le premier signe de la crise, mais c’était le premier domino  à tomber. Avant on avait eu le plafonnement puis le début de la baisse des prix de l’immobilier, puis des débuts de bouchons/colmatages dans la tuyauterie financière. Les fondamentales de l’économie mondiale étaient bonnes disaient en choeur le FMI et l’OCDE.  Personne n’ avait prêté attention aux premiers craquements.

Peu avant son départ Yellen a déclaré qu’elle croyait qu’il n’y aurait plus de crise financière de son vivant.  Trump se vante chaque jour ou presque de la hauteur des indices boursiers.

Je soutiens que les risques de crise financière sont colossaux, très élevés, que la probabilité d’une prochaine crise est de 100%;  et que seul le calendrier est incertain. Tout  est acquis, écrit, inscrit, dans les « tuyaux ».

Le calendrier est incertain parce que les autorités sont vigilantes, elles ont été échaudées et elles guettent le moindre signe de stress. Elles sont persuadées et il suffit de lire les travaux de simulation, qu’elles ont cerné les différents scénarios de crise et localisé les différents points de faiblesse.

Elles ont une carte du terrain et des points à surveiller et défendre.

Elles ont l’arme suprême, c’est à dire la printing press et elles n’hésiteront pas une seconde  avant de la mettre en  marche, sures ainsi qu’il n’y a aura aucun effet de contagion non maîtrisable. Elles sont tellement sures d’elles qu’elles viennent d’autoriser à nouveau le système bancaire à spéculer pour son propre compte sur les marchés. L’argument étant que cela devrait améliorer la liquidité!

La solidité du marché et des banques est un mythe, les risques financiers sont élevés. les assurances sont fausses, illusoires , mensongères et nous sommes dans la situation dans laquelle les primes d’assurances sont très bon marché; ce qui incite à la prise de risque. Les assurances ne sont pas à leur prix car on vient de traverser une période exceptionnelle, avec peu de sinistres  et on croit naïvement que cela va durer toujours.

Il y a 10 ans Bears Stearns est tombé quand un invariant, un sous jacent des marchés s’est dérobé: la hausse des prix de l’immobilier s’est interrompue.

Ici l’invariant, le sous jacent de tous les marchés, absolument tous, c’est la liquidité, la monnaie surabondante et gratuite. Tous les marchés se réduisent à ceci: un échange d’une monnaie surabondante contre des actifs financiers rares! Cet échange déséquilibré a produit la hausse continue de toutes les valeurs, de tous les prix des  actifs exprimés en monnaie.

De la même façon que les prix de l’immobilier ne pouvaient pas continuer à monter jusqu’au ciel, la création de monnaie et son avilissement, son trashing ne peuvent durer toujours. Il   y a une limite et la limite c’est l’inflation des prix des biens et des services. C’est  la limite absolue, la limite que l’on ne peut franchir car elle fait s’effondrer l’édifice, basculer la pyramide: l’inflation des prix des biens et services traduit, quand elle arrive,  la préférence pour les biens réels plutôt que pour  les morceaux de papier. Elle fait monter les taux d’intérêt ; la hausse des taux dévalorise les actifs financiers et ralentit l’activité. Elle  entraîne des faillites et les faillites cassent  la confiance ; le risque monte, tout le monde devient frileux. L’argent cesse de circuler.

De la même façon que la crise de 2008 est intervenue parce que l’on a distribué du crédit à des gens qui normalement n’auraient pas du y avoir accès, ici pendant la période de largesse monétaire on a donné, arrosé de crédit des gens qui ne pourront jamais le rembourser, le servir, bref jamais  l’honorer. Ce crédit, ces dettes ne valent rien, elles doivent être détruites.

Cette fois la pourriture n’est pas dans le logement ou l’immobilier ou l’auto ou les prêts étudiants , même si il y en a aussi dans ces secteurs, non la pourriture est dans le bilan des entreprises. Elle est également dans le bilan de certains gouvernements.

Beaucoup de gens  et d’agents économiques ou étatiques non solvables ont eu accès au crédit parce que les investisseurs ont eu soif de rendement, ces investisseurs  ont acheté n’importe quoi sans souci de qualité, attirés par des rendements faibles certes, mais supérieurs à ceux des placements sans risque. C’est la soif de rendement, elle a produit une soif de risque et cette soif de risque a été étanchée.

Le vice de nos sociétés c’est le crédit , c’est la croyance aux promesses, c’est la printing press, c’est l’abus de confiance généralisé et on est toujours puni par ou l’on pêche n’est-ce pas?

 

 

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4 réflexions sur “Editorial. Il y a 10 ans Bear Stearns, en attendant la suite…

  1. Le socialisme finit toujours par revenir se montrer dans une société. D’ une manière ou d’ une autre.

    Cette fois-ci, c’ est sous la forme de crédit rendu gratuit grâce à l’ état.

    Tant que les humains seront paresseux et jaloux, il y aura toujours de l’ appétit pour recevoir « des trucs gratuits ».

    Anticiper la catastrophe, regarder les choses se faire, rebondir….

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  2. Très bon focus sur ce qui sous-tend la crise financière 2.0 en devenir ou devrait-on dire le développement ultime, le bouquet final de la grande crise de 2008 qui a été simplement étouffée par les manipulations monétaires inédites des autorités, du jamais vu dans l’histoire.

    La dette gigantesque qui en est le résultat est comme un boulet enchaîné à l’économie réelle, laquelle peine à produire une croissance suffisante à la soutenabilité des dettes.

    Vous avez raison le juge de paix de tout cela sera le contrôle(ou pas..) de l’inflation car elle permet d’avoir des taux réels négatifs pour que le Ponzi financier continue mais gare au » ruissellement »de liquidités tant attendu dans l’économie réelle, le réveil de la vélocité monétaire et la fuite devant la monnaie!!

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  3. « Le vice de nos sociétés c’est le crédit ».

    Je citerai à cet égard François Michelin pour qui il n’est de bon financement de la R&D que par les actionnaires.
    En effet, dit-il, la R&D coûte un max, avec les essais, les retours en arrière,… et on est jamais certain du 100%. Le développement peut capoter et si on l’a financé avec le crédit, il faudra rembourser quand même capital et intérêt.
    Alors qu’avec l’appel aux actionnaires je finance ma R&D avec de l’argent gratuit. L’actionnaire prend le risque, nous sommes dans la vérité du capitalisme.

    Au passage je signale les sots qui nous parlent d’argent gratuit avec les taux bas des emprunts… Nous avons aussi les sots au carré pour qui les acheteurs récents de biens immobiliers ont fait une bonne affaire avec les bas taux, alors qu’ils ont négocié des prix d’achat surévalués de 30%…. Avec un tel calcul il n’auraient pas eu le certif d’avant guerre.

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