Essai: quelques coups de projecteurs

j’ai le sentiment que la chose économique et financière ne constitue pas le déterminant des marchés qu’ils soient de taux ou  d’actions.  En revanche je suis persuadé que la géopolitique, le stratégique, le militaire, le judiciaire sont déterminants.

Ainsi on vient d ‘apprendre que  Mueller a décidé de franchir la ligne rouge: il aurait décidé d’enquêter sur les affaires de Trump, sur la Trump Organization. Il aurait décidé de s’intéresser aux opérations de cette société faîtière de Trump et de décortiquer ses opérations,  entre autres, avec la Russie.

En juillet dernier, Trump avait clairement averti le Conseiller Spécial qu’il considérerait l’examen de ses finances et de son business comme  un viol, un dépassement ,  » a violation ».

Il y a une tentation normale à vouloir tout relier et à tout mettre bout à bout pour proposer une interprétation totale, globale de la situation.  Tout est lié, c’est une évidence, mais les liens sont tellement multiples, paradoxaux et complexes que tenter de mettre tout en ordre conduit à l’absurde.

On peut avancer des synthèses partielles  comme celle ci: dans les circonstances présentes, la chute des marchés financiers serait une catastrophe. Elle affaiblirait Trump, elle casserait le dollar, elle nuirait  au système américain exposé aux marchés beaucoup plus que les systèmes concurrents comme le chinois ou le russe. elle briserait l’embellie économique qui sert encore un peude ciment à une société civile divisés.

Tout est lié, mais on ne sait pas comment et personne ne tire les ficelles , voila notre sentiment. Nous sommes plus en présence d’un puzzle, ou de puzzles partiels  que d’une carte d’état major.

Il y a d’un côté une réalité qui est le changement de régime monétaire vers la normalisation et de l’autre côté un monde réel, fait de rapports de forces, de menaces, d’intimidations , d’agressions et d’alliances qui font bouger les plaques tectoniques de l’ordre du monde.

Ce qui est évident et personne ne le contestera c’est que avons définitivement tourné  dès 2012 la page de la coopération/concertation mondiale et que nous sommes de plein pied dans la quatrième guerre mondiale . Quatrième dans le sens ou les néos cons, qui sont dans les coulisses mais tirent certaines ficelles, désignent la guerre froide des décennies passées comme étant déjà la troisième guerre mondiale.

Il apparaît également évident que le déclin de la puissance américaine produit un certain désordre, une certaine dislocation, les alliés comme par exemple Israél s’enhardissent dans leurs visées, poussent leurs pions tandis que les rivaux stratégiques contestent, défient  la suprématie américaine .

Le ré-aménagement donc ne touche pas seulement l’ordre monétaire et financier , la bourse, l’économie, mais il touche aussi et surtout la sphère de la domination, du pouvoir, des rapports de force, de l’imperium. Appelez tout cela comme vous voulez, l’essentiel est que vous gardiez présent à l’esprit que nous passons de la progression globaliste du marché à la régression impérialiste de la confrontation , de la force et de la violence. Nous sommes dans une phase de fragmentation. Malheur à celui qui, naïf, en reste à la tendance à la globalisation! Je pense  à Macron qui,  à mon avis commet cette erreur.

Le monde tourne la page de sa tentative de régler ses problèmes par le marché, par l’arbitrage  international des valeurs des marchandises et du travail, , et il revient  au régime ancien des nations et des blocs. On revient au spécifique et à l’identitaire.  Ceux qui en doutent feraient bien de réfléchir sur ce que vient de faire Xi Jinping, le précurseur: il vient remettre la Chine sur le chemin de l’autorité, de l’identité et il vient de s’écarter des séductions  de la convergence. Il s’est donné les moyens d’être volontariste;  à vie!

La volonté de Trump  de Make America Great Again , l’imposition de tarifs, le multiplication des obstacles au libre-échange, les embargos, les sanctions, tout cela ne tombe pas du ciel comme un caprice, non tout cela est surdéterminé. C’est la suite logique du cours des choses depuis 2012. Le monde perd sa fluidité globaliste, il entre à nouveau dans une ère de frottement et chacun sait que le frottement, cela produit de la chaleur, des élévations de températures. Le symptôme c’est que les esprits s’échauffent !

Tout cela fait partie de cette évolution fondamentale, lourde vers un monde qui conteste à la fois l’unilatéralité américaine et en même temps l’ordre du marché.

Les USA ont été victimes de la contradiction centrale de la globalisation: ils ont donné des outils à leurs rivaux pour progresser, rattraper leur retard, bref pour les contester. C’est net avec la Chine qui a profité de la quête du profit du système américain pour économiser, investir, s’équiper et finalement rattraper son retard technologique. Les USA ont donné eux même à la Chine la possibilité de les contester militairement.  « Ils ont fourni la corde se pendre ».

Il est maintenant clair que la mondialisation est la cause de la perte de suprématie américaine et de la montée de ses rivaux stratégiques. La politique qui a consisté a maintenir le taux de profit par les investissements étrangers, les délocalisations, les transferts de technologie, cette politique a sapé la suprématie/domination.

Les échecs en chaîne supportés par les Etats Unis dans leurs interventions au Moyen Orient, et en Asie Centrale sont à la fois causes et conséquences de l’affaiblissement.

Causes parce que l’échec est cumulatif, il affaiblit en chaîne et conséquences parce que dispersés, surexposés, overstretched, les USA n’ont plus les moyens de se projeter tous azimuts. Il s’y ajoute les incohérences, les absences de visées stratégiques , les tiraillements. Obama a refusé d’aller plus loin dans les affrontements régionaux voulus et suscités par Israél,  il a laissé le Moyen Orient a mi chemin sur la route de la de la désintégration/pulvérisation. Il a laissé une situation de chaos coûteuse aussi bien en termes financiers qu’en  terme de prestige. Il a laissé un vide que la Russie stratégiquement intéressée s’est empressée de remplir avec l’Iran.

Après avoir fait campagne sur le thème du repli , Trump s’est au contraire laissé entraîner sur la voie de l’intervention tous azimuts.  Les généraux et le renseignement ont pris le pouvoir face à un civil, falot, peu structuré,  bien peu au fait des choses de la stratégie et des subtilités de la politique  étrangère.

On peut dans une certaine mesure  avancer l’idée que récemment, Trump a fait alliance  avec le clan militaro-industriel et  les néocons sionistes pour avoir au moins quelques alliés dans sa  lutte pour ne pas être destitué après les élections de mid term.  Nous disons cela en pensant à la reconnaissance de Jerusalem comme capitale d’Israel,  en pensant aux relations avec Netanyahu,  en pensant à la volonté de rouvrir les hostilités avec l’Iran et en pensant à la décision de revenir sur le terrain en Syrie pour forcer à la partition. Tout cela ce sont des objectifs d’Israel qui ne veut pas de voisin puissant autour de lui.  Tout cela va dans le sens des néos cons et d’Israel qui veut que tous ses voisins soient tribalisés, divisés,  pulvérisés, ingérables bref  dépouillés  de toute possibilité de projection de puissance.

C’est la multiplicité des déterminations qui rend la situation complexe, évolutive et donc peu lisible. Nous soutenons que l’hostilité à l’égard de la Russie n’est pas centrale mais que c’est une incidente, coup de billard. Ce point de vue est audacieux, mais nous sommes persuadés que ce qui est important c’est l’ordre ou plutôt le désordre , la balkanisation du Moyen Orient. L’objectif de balkanisation est évident personne ne le nie d’ailleurs même si les conspis disent que le chaos est voulu en tant que tel, non le chaos est voulu pour la sécurité à long terme  d’Israel. Or la Russie est la puissance qui s ‘oppose à ce chaos;  elle intervient pour soutenir les états nations et reste alliée de l’Iran.

A notre sens tout ce qui est fait contre la Russie  l’est pour obtenir soit un changement de  position de Poutine, soit pour l’affaiblir en le menaçant  de  » regime change ».

La Russie  en tant que telle n’est pas  l’objectif, non ce qui est visé c’est son rôle de stabilisateur, son rôle de défense des régimes nationaux.

 

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7 réflexions sur “Essai: quelques coups de projecteurs

  1. Intéressant…. comme toujours !

    Est-ce à dire que vous avez fait évoluer votre raisonnement de la Russie comme futur grand ennemi (« un jour il faudra bien qu’ il y ait la guerre »), vers la déstabilisation du Moyen-Orient comme objectif stratégique numéro 1 ? Ou est-ce que la guerre contre la Russie est toujours en filigrane, comme un objectif à plus long terme ?

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    1. j’explique dans cet article que les évènements sont sur déterminés, il y a superposition et enchevetrement des causes. Du temps de Mao on aurait dit a juste titre que les contradictions prolifèrent. De nombreuses logiques sont à l’oeuvre.

      A ce stade ni le trvail ni l’intelligence ne permettent de les classer ou même de les articuler. Il n’y a pas ou plus d’articulations univoques.

      Ceci conduit a etre pointilliste, impressionniste c’est a dire comme je le dis en avertissement dans mon titre, a projeter quelques eclairages.

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  2. Comme vous le dites avec justesse, Monsieur Bertez, le militaire détermine la politique et ses conséquences.
    Mais la technique peut aussi surdéterminer (je copie…) le militaire et la politique.
    Poutine et ses savants viennent d’en faire une lumineuse démonstration.
    Avec 10 fois moins d’argent que leurs homologues US ils ont :
    1- détruit (rendu obsolète) le système ABM, le système mondial de défense anti missile qui a coûté des centaines de milliards … et stérilisé la R&D.
    2-rendu invincibles leurs systèmes d’attaques sur n’importe quelle cible de la planète, et le tout en moins d’une heure (opérationnel).

    Je suis a présent optimiste, la guerre nucléaire est devenue impossible, au moins pour 50 ans.

    Au passage je signalerai le facteur X, le facteur humain qui fait la qualité et la densité de l’investissement. Dans l’industrie j’ai pu vérifier un coeff 4 entre deux investissements pour un même résultat. Avec Poutine c’est coeff 10.
    Ceci me fait penser au partage de la VA, les salaires y sont en baisse relative. Je m’étais penché sur la question, c’était suite au passage des socialistes, et je m’étais aperçu que les amortissements avaient pris 2 points de mieux, sur le dos des salaires, et pour des résultats non probants en terme de productivité. J’en parle parce qu’un « esspert », ce matin, de chez bfmbusiness vient de signaler le fait que nos investissements productifs seraient de 2 point de PIB supérieurs à ceux des allemands….Il n’a que 25 ans de retard sur mon analyse alors que c’est son métier…

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