Powell peut-il dompter la bête? Non

Powel peut-il dompter la bête?

Depuis de nombreuses semaines, nous tentons de vous persuader que nous abordons une phase nouvelle pour l’économie et la finance. Nous répétons souvent que nous sommes en période de transition. Jusqu’à présent, cette caractérisation visait le changement de politique monétaire marqué par la tentative de normalisation. A force de monter les taux graduellement, même par baby steps, il se met en place une situation nouvelle qui va finir par marquer de son empreinte la nouvelle période.

Nous croyons que les baby steps ne produiront pas toujours un effet linéaire; un jour ou l’autre, il y aura un effet de seuil et le renchérissement commencera à faire mal.

Est-ce que le seuil se situe à tel niveau ou à tel autre, personne ne peut le dire. La mécanique financière est hyper complexe et il est absolument impossible de juger du seuil qui jouera le rôle de déclencheur.

Déjà, le franchissement des 2% pour les taux courts a constitué un marquage. En effet, au niveau de 2%, les taux courts sont suffisamment attrayants pour inciter les investisseurs prudents à loger un peu d’argent au parking.

Le taux de 3% pour les emprunts à long terme à 10 ans est peut-être lui aussi un seuil. C’est un chiffre rond, il peut être considéré comme fatidique.

Techniquement, cependant, nous avons tendance à être un peu plus généreux et à considérer que s’il y a une limite importante pour les taux à 10 ans, elle se situe plutôt entre 3,2 et 3,4%. Prenez cette indication pour ce qu’elle est, à savoir un simple jugement personnel fondé sur l’expérience. Rien de plus.

Il y a quelques semaines, le redressement des anticipations inflationnistes a fait croire, lui aussi, à un changement de régime. Il a même effrayé les bourses mondiales puisqu’il a été conjugué à une forte hausse de la volatilité pour produire ce que l’on a appelé la crise du VIX. Tout cela s’est calmé; les indications inflationnistes ne se sont pas, à ce jour, confirmées et la débandade du VIX n’a pas fait de dégât. Les analyses que l’on peut faire en amont de l’inflation, c’est à dire du côté des salaires ne sont pas à ce jour concluantes. Tout ceci pour vous dire que, s’il y a un changement de régime sur les taux, on ne peut pas encore conclure qu’il y a un changement de régime sur l’inflation.

Le changement de régime dont nous voulons vous parler aujourd’hui est tout ordre. C’est celui du mode de gouvernement de la Fed. Nous avons écouté attentivement le nouveau Chairman Powel et il nous est apparu très différent de ses prédécesseurs. Certes, il a monté les taux courts, comme prévu, et il s’est efforcé dans sa conférence de donner l’impression qu’il incarnait la continuité. Comme à l’accoutumée, les médias idiots ont tenté de cataloguer Powel soit parmi les faucons, soit parmi les colombes. Ils ont du mal à se renouveler et à comprendre comment un chairman pouvait raisonner de façon originale et comment il pouvait se situer en dehors de cette appréciation binaire.
Du côté colombes, Powel a plus ou moins confirmé les attentes des marchés pour 3 hausses de taux en 2018. Côté faucons, il a plutôt abaissé son estimation du taux de chômage et augmenté sa prévision de croissance de l’économie. Tout cela est resté bien mesuré, et bien malin qui pourrait dire de quel côté penche la balance, que ce soit du côté colombes, ou du côté faucons.

Les titres des journaux sont restés relativement superficiels; ainsi le Financial Times a considéré que Powel jouait la sécurité pour ses débuts. Les subtilités sont ailleurs. Et il faut les trouver dans le corps de sa conférence.

Nous avons noté tout d’abord à quel point il était éloigné de l’académisme de Yellen et de Bernanke. Il est revenu sur terre; il s’est montré pratique et nous avons apprécié la façon dont il a fait comprendre que les connaissances de la Fed étaient en réalité bien limitées. Nous sommes loin des rodomontades de Bernanke et Yellen qui ont toujours refusé de reconnaître les limites de leurs connaissances.

Ainsi, souvenez-vous, Bernanke, c’était Monsieur “Je sais tout et si vous ne me suivez pas, vous êtes des idiots”. Yellen, c’est Madame “temporaire”. Elle s’est trompée sur toutes ses précisions, mais elle n’a jamais voulu en démordre. Si les chiffres étaient faux, c’était quand même elle qui avait raison car il s’agissait d’aberration stemporaires.

Powel est sous cet aspect sympathique; il reconnaît que, ni lui-même, ni les services de la Fed n’ont la science infuse. Ces limites de la connaissance sont importantes. En effet, elles impliquent une certaine humilité devant la réalité; elles signifient que l’on admet que l’on peut se tromper et, par conséquent, que l’on peut très bien changer d’avis si la voie que l’on a choisie s’avère contre-productive. Dans cet esprit, nous qui sommes très critiques à l’égard des modèles mathématiques et des théories utilisés par la Réserve fédérale, nous avons beaucoup apprécié les distances que Powel a pris à leur égard. Faut-il rêver? Cesserons-nous à la dictature monopolistique des PHD?

A ce stade, c’est une question que l’on peut se poser, même si on peut être prudent et considérer que la réponse est loin d’être assurée. Les institutions ont une très grande capacité à phagocyter les personnalités, à les museler, et à faire en sorte qu’après une brève tentative alternative, tout rentre dans l’ordre, comme avant. La possibilité d’un nouveau régime intellectuel à la Fed existe, mais c’est une simple possibilité à ce jour. Ne nous emballons pas.

Powel prend son poste, à notre avis, au pire des moments. C’est le moment de l’addition. Ses prédécesseurs ont consommé; ils ont misé; ils ont joui; mais c’est lui, Powel, qui doit présenter l’addition, c’est à dire le coût des débauches antérieures. Ils ont inondé l’économie et les marchés financiers de liquidités; ils ont mis les taux d’intérêt à zéro; ils ont promis tout et n’importe quoi; ils ont encouragé le jeu, l’imprudence, l’esprit de lucre et c’est à lui, Powel, maintenant, de faire face. Il doit continuer la politique de normalisation alors qu’aussi bien l’économie que la finance ont mangé, pour reprendre une image ménagère, leur pain blanc. Tout le bon, tout le positif est acquis et il arrive au moment où il faut accepter d’envisager le négatif!

L’une des questions que se sont posés les observateurs est celle du fameux Put. Est-ce que oui ou non, avec Powel, on peut encore compter sur un put. Nous pensons que c’est loin d’être acquis. Attention, pour l’instant nous sommes dans le raisonnement, nous ne sommes pas encore dans la pratique; nous pensons que la prolongation du put est loin d’être acquise à partir de quelques indices glanés dans ses propos.

Powel s’est plutôt engagé dans une critique de la gestion de la Banque Centrale sous cet aspect. Il semble avoir pris la mesure des da ngers que font courir au système les excès en tous genres constatés sur les marchés financiers. A l’entendre, on a l’impression qu’il pourrait être tenté de laisser un peu plus d’autonomie aux marchés et de les laisser se débrouiller avec leur volatilité. Il serait en quelque sorte moins activiste que ses prédécesseurs. Tout ceci découle évidemment de son pré-supposé d’humilité. Si vous êtes humble, si vous êtes moins sûr de vous, si vous doutez de posséder la science infuse, vous êtes nécessairement moins activiste; vous cherchez moins à imposer vos vues puisque vous êtes moins sûr d’avoir raison. La question de la justesse de l’analyse se pose et nous aurons peut-être la réponse lors des prochaines interventions de Powel.

Cependant, la véritable question n’est peut-être pas celle du biais personnel du nouveau chairman; elle est plutôt celle de savoir, si oui ou non, un homme, même avec une forte personnalité et de bonnes structures intellectuelles a la possibilité d’échapper aux déterminations du système.

En quelque sorte, est-ce que la volonté et le désir d’un chairman peuvent lui permettre d’échapper au destin que Greenspan, Bernanke et Yellen ont l’un après l’autre construit ?

Pour nous, rien n’est moins sûr. Nous avons dit et répété que les dés étaient joué; que dans la voie qui a été choisie en 2008, il n’y avait pas de retour en arrière, bref, que l’on avait brûlé les vaisseaux. Notre conviction est que Powel tentera de s’affirmer et de construire une autre voie, sa propre voie, mais que le tumulte des marchés l’obligera à rentrer dans le rang.

Powel tentera certainement de dompter la bête, mais devant la dislocation , il renoncera.

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3 réflexions sur “Powell peut-il dompter la bête? Non

  1. Il me semble qu’on va voir très vite arriver les problèmes dans le secteur des retraites aux US.Powell va se raccrocher aux branches comme les autres ,et il sera obligé d’imprimer d’une façon ou d’une autre,meme s’il ne rebaisse pas les taux

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