En guise d’éditorial: Law et le monopole du vent. Oui l’Histoire se répète ! Ils n’ont rien in(vent)é!

« On appelle « système » l’assemblage de plusieurs propositions liées ensemble dont les conséquences tendent à établir une vérité ou une opinion »;

Nous vivons dans un système, celui de l’idéologie financière dominante , et ce système n’est qu’un dérivé de celui de John Law habillé de mathématiques pour le rendre méconnaissable.

 

En 1716, le roi était surendetté et Law avait conçu un système pour lui éviter la faillite et continuer de pouvoir s’endetter, ce qui est exactement la situation présente des pays développés et singulièrement celle des Etats-Unis.

je soutiens depuis longtemps que c’est le système de Law qui a servi de modèle aux élucubrations de Bernanke et que toutes les subtilités académiques pour les justifier étaient inutiles, il s’agit de poudre aux yeux pour recouvrir une pratique scandaleuse d’un rideau de fumée.

L’un  des éléments essentiels de son système -qui n’était pas encore Le Système- a consisté à baisser l’intérêt sur les rentes qui était de 4% à 2% et à faire souscrire aux actions de la Compagnie . Compagnie d’Occident  d’abord, puis Compagnie des Indes et Compagnie de la Chine, fusionnées en Compagnie des Indes en 1719.

Le roi à l’époque a reçu 100 000 actions gratuitement ce qui marque bien la complicité avec ce que l’on appelle maintenant Le Trésor. Le Trésor bénéficie des largesses conniventes des banques.  Ces deux là, la Banque et le Trésor sont le couple maudit de l’Histoire. De même Law a fait comme le font maintenant les banques centrales, il a monétisé la dette du Roi.

Law a favorisé la spéculation sur les actions il a fait en sorte qu’elles passent de 500 à 10.000 créant un effet de richesse considérable, un « wealth effect » dirait on maintenant. A un moment donné les Grands, la Haute Noblesse ont  vendu, pris leur  bénéfice. Ce fut la débandade.

Tout le monde connait la rue Quincampoix, symbole de l’agiotage. Le Mercure écrivait  « l’or coule dans la rue Quincampoix » ; « on n’y brassait que du papier … « alors que le principal objectif du système était l’élimination du fabuleux métal »

Entre autres vilenies, Law a fait en sorte que la noblesse s’enrichisse ainsi que les très grands bourgeois comme les banquiers à qui il a fait ou proposé des cadeaux, comme aux frères Paris. Il a acheté les complicités, par des options, comme on le fait maintenant pour s’assurer la complicité des managers.

Law a assuré la promotion « du gain spéculatif à la double dignité de circuit normal d’alimentation des finances publiques et de moteur fiable pour l’administration de l’économie. »

Ceci pourrait être écrit à notre époque si il y avait encore des journalistes compétents et non flagorneurs.

Voici ce qu’il écrit, a posteriori :

A propos des rentiers, « mon propos n’était pas de les ruiner  mais bien plutôt de les enrichir ».

Comment les enrichir? Selon Law et ses biographes, « son intention était que ceux qui seraient remboursés de leurs rentes  fissent acquisition des actions de la Compagnie  qu’il exposait en vente au dessous de leur valeur « , ce qui signifie que les épargnants et les investisseurs allaient monter dans l’échelle du risque dans l’espoir de plus values.

On baisse le taux des placements sans risque et ceci force/incite  les  gens à prendre plus de risque c’est exactement ce qu’a fait Bernanke.  Puis l’esprit de jeu fait le reste, il suffit de l’alimenter.

Law reconnait: « la réduction des revenus des placements à intérêt fixe provoque un, malaise par l’effet de contraste qu’elle présente avec la faveur accordée à l’agiotage et aux bénéfices spéculatifs ».

De fait les gains fabuleux réalisés par ceux que l’on appelait les Mississipiens, ceux qui achetaient des actions ont scandalisé à l’époque.

A ceux qui s ‘indignaient  des »étalages indiscrets de luxe, de l’extravagance des parvenus » , la presse-le journal Le mercure en l’occurence- répondait : cela fait marcher les affaires, et même la bienfaisance y trouve son compte.

De tels propos ne vous rappellent rien? Ceux sont des Bernanke, des Draghi et Yellen!

Et Le Mercure d’ajouter:  « Ainsi loin d’être scandalisé de voir ces gens là faire beaucoup d’acquisitions et de dépenses excessives , on devrait au contraire  admirer la sagesse divine qui ne souffrait pas que tous les biens demeurassent dans des mains qui en sont indignes et qui permettent à la cupidité d’exercer en cette occasion les devoirs de la charité ».

C’est ce que l’on appelle le trickle down, le ruissellement.

Bref si les ultra riches , les kleptos dépensent et gaspillent nous ne devons pas nous en plaindre puisque nous en ramassons les miettes.

Savez vous qu’en janvier 1720, le 26 on déclare le cours forcé des billets de banque dans tout le royaume.

Pendant tout le mois de février il est défendu de transporter hors de Paris et hors des villes ou il y des Hotel des Monnaies les espèces et matières d’or.

La Cie des Indes aura l’autorisation de visiter toutes les maisons , les espèces saisies seront confisquées , il est ordonné aux dépositaires deniers de porter à la Monnaie les espèces qu’ils auront entre les mains.

Si ce n’est pas l’interdiction du cash et la confiscation des métaux précieux cela y ressemble.

Le 27 février arrêt qui fixe à 500 livres les sommes que chacun pourra garder

Le même jour, interdiction de payer au delà de 100 livres autrement qu’en billets. Law voulait établir les  comptes en banque forcés, c’est dire obligatoires.

le 11 mars 1720 abolition de l’usage des espèces d’or , conversion des écus

le 18 septembre 1720 les particuliers qui voudront retirer les sommes qu’ils ont en comptes en banque déclareront la somme qu’ils voudront retirer pour la valeur de laquelle il leur sera délivré un certificat en leur nom du montant de ladite.

le 10 octobre suppression des billets de banque

Petite chanson de l’époque 

Qui le croira, Qui l’eut jamais pensé,

Qu’en un siècle si sage un Sistème insensé

fit du commerce un jeu de la Fortune

et que ce jeu pernicieux

ensorcelant jeunes et vieux

remplit tous les esprits d’une ivresse commune

Une gravure de l’époque montre « la Fortune des Actions sur son Char conduit par la Folie;  le char conduit ceux qui le suivent à l’hopital des foux des malades, et des gueux… »

John Law, le Maitre du vent!

Law en caricature était considéré comme le Maitre du vent, il soufflait dans les bulles, caricature qui pourrait être de cette année.

Ici un cartoon contemporain de  Law de  Het Groote Tafereel der Dwaasheid (1720); 

« The wind is my treasure, cushion, and foundation. Master of the wind, I am master of life,and my wind monopoly becomes straightway the object of idolatry. »

 

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4 réflexions sur “En guise d’éditorial: Law et le monopole du vent. Oui l’Histoire se répète ! Ils n’ont rien in(vent)é!

  1. Merci de rappeler cette histoire, les similitudes sont essentielles et l’appétit pour le jeu, moteur central de l’arnaque, où il suffit ensuite de tordre le bras aux couillons pour les b…. Mais dans un monde où l’on a déjà oublié les armes de destruction massives de Sadam, qui pourrait bien connaître Law ?
    Petite précision : en 1716, Louis XV a six ans et c’est le Régent, son oncle, le Duc d’Orléans qui manage l’arnaque. Décidément, les ducs d’Orléans resteront dans l’histoire comme sacrément acquoquinés avec la grande bourgeoisie !
    Bravo à vous pour votre travail dans tous les cas !

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