« Entre cynisme consommé et mensonge incomestible, le délire moi-moi d’un président français », par Bruno Adrie

Avant propos de BB 

« arrimer la Russie à l’Europe et non laisser la Russie se replier sur elle-même ».

Arrimer la Russie à l’Europe, quel beau projet s’il n’était prétentieux et tronqué.!

Prétentieux! L’Europe constitue t -elle un modèle que l’on a envie d’imiter avec une régression démocratique continue, avec un morcellement que  les oukases réducteurs et tristement unifiants de Bruxellles ne parviennent même plus à masquer? L’Europe est en voie de dislocation politique, on en est déjà au  culturel lequel ne fait que précéder l’institutionnel. Le sentiment d’appartenance européen est minoritaire!

Arrimage est désobligeant, nul n’a envie d’être arrimé à un navire en perdition, sans fierté,  sans valeurs,  un bateau ivre de jouissances, de complaisances  faciles et perverses, dont les matelots n’ont même plus le courage d’imiter ceux du Potemkine.

Certes la Russie a encore du chemin à faire pour devenir un grand pays libre digne de son histoire et de son caractère, mais pour qui se souvient d’ou elle vient, avant la chute du communisme, le chemin parcouru est magnifique. Quand elle se retourne et regarde le chemin parcour depuis lors, la Russie n’a pas à rougir.

Le parcours russe  est prometteur , c’est ce que les donneurs de leçon feignent d’oublier: la Russie vient de loin et tous comptes faits, elle peut être fière de la pente qu’elle a gravie. Ce n’était guère évident quand on veut bien se souvenir aussi de ce à quoi elle a échappé avec Eltsine et les Chicago Boys pillards. La Russsie a retouvé son indépendance et sa dignité. Que le prix en soit encore élevé , nul de bonne foi n’en disconviendra.

Tronqué. Tout aurait été plus facile si les sponsors des pillards n’avient pas trahi leur parole. On se garde bien de le rappeler mais il faut se souvenir que lors de la chute du mur de Berlin, la parole avait été donnée que l’OTAN ne chercherait pas à s’étendre et à enfermer/encercler la Russie. C’est l’Occident qui a trahi sa parole quand il s’est aperçu que ce pays relevait la tête et voulait conserver inépendance et identité. A cette époque, les Russes ont eu le sursaut salvateur, ils ont refusé de sombrer dans les poubelles de l’histoire.

Arrimer la Russie, aurait été possible , malgré le prétentieux de la proposition, si l’Europe avait évolué conformément aux voeux de peuples c’est à dire si elle avait peu à peu pris ses distances avec les anglo saxons et si elle était devenu un véritable partenaire fiable, avec sa personnalité et ses atouts. Hélas, la Construction Européenne a évolué comme l’avait prédit le général de Gaulle vers la vassalisation renforcée. D’authentique pièce maitresse , charpente d’un monde prospère et pacifique, atout central  de la la multipolarité elle est devenu le prolongement, la projection des basses besognes impériales.

D’Europe des Nations, elle est devenue Europe des marchands avant de devenir Europe du capital d’arbitrage, de ce capitalisme dégénéré, fondé non sur la production et les vraies richesses, mais sur le jeu, les écarts et les dénivellations.

Seule une Europe indépendante , sure et fière d’elle même peut, aurait pu,  constituer un pôle d’attraction qui donne envie de s’y arrimer.

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Dans un entretien clownesque dont je me suis contenté de lire quelques bribes – les discours d’Emmanuel Macron consommés à trop forte dose peuvent, a écrit le philosophe crétois Miguel de Omphalos, ancêtre de Michel Onfray, faire mourir de rire –, le président élu de la République française a expliqué qu’il avait pour objectif d’« arrimer la Russie à l’Europe et non laisser la Russie se replier sur elle-même ».

Habitué des formulations fallacieuses, des à-peu-près foireux, et des tournures destinées à désorienter le lecteur peu attentif au vocabulaire employé, le banquier-président cherche à faire passer pour une évidence bien connue de tous l’idée selon laquelle la Russie serait un pays boudeur, grognon et mû par le réflexe infantile de se replier sur lui-même. Passé maître dans l’art d’enfiler, non pas des perles, mais des éléments de langage qui ne sont pas des mots destinés à être compris, mais des stimuli dont la fonction est de déclencher des réflexes chez des auditeurs mentalement ralentis, le bobardier au costard bien mérité sait pertinemment que « se replier » évoque dans l’esprit du mouton qui a fait de la presse mainstream sa pâture principale, l’attitude de nations – comme le Venezuela – ou de groupes sociaux – comme les cheminots – qui tournent le dos à un progrès pourtant inévitable dont le capitalisme et l’impérialisme sont les enzymes gloutons, à un progrès naturel dont les avatars sont la liberté du commerce des biens et des services, la liberté de circulation des capitaux et la liberté de diffusion des propagandes occidentales présentées comme seules vérités. C’est pourquoi, par l’emploi choisi du verbe « se replier », il cherche sciemment à réactiver l’image d’une Russie forteresse, d’une Russie planquée derrière son « rideau de fer », d’une Russie refusant d’ouvrir ses portes au vent rafraîchissant de l’impérialisme occidental – qui fait claquer dans ses rafales la bannière crasseuse et déchirée des droits de l’homme –, d’une Russie conçue comme État-prison qui condamne son peuple à la réclusion à perpétuité dans un pays-goulag nationaliste et anachronique, verrouillé par la main de fer d’un président illibéral – ah, le beau mot ! – trois fois réélu, ce qui est un comble !

Il faut donc « arrimer la Russie à l’Europe », professe le président moi-moi – allez savoir quelle étrange providence exige un tel arrimage sachant que l’arrimage contraire, celui de l’Europe à la Russie serait perçu par notre premier bonimenteur comme une fatale atteinte à notre liberté – et créer « des liens culturels, scientifiques, géopolitiques pour traiter des crises internationales qui nous concernent tous ».

Mais de quelles crises parle-il ? Parle-t-il de la Syrie que les États-Unis, le Royaume-Uni et la France ont mise à feu et à sang – avec du vrai feu et du vrai sang, du sang d’hommes, de femmes et d’enfants – pour servir leurs visées conquérantes ? Bien sûr qu’il parle de la Syrie, pays souverain, à qui Monsieur impose sa « ligne rouge », alors que Monsieur sait très bien que se préparent de fausses attaques chimiques qui serviront de fake news pour justifier d’authentiques bombardements que Monsieur s’empressera d’ordonner, poussé par son mentor, l’épousseteur de pellicules Donald Orange Trump.

Surfant comme à son habitude sur les imprécisions et les glissements de sens, celui que le flopin-flopant Hollande a récemment qualifié de « président des très riches » se replie de plus en plus sur une sophistique de supérette dans laquelle il excelle mais qu’il a le tort de confondre avec l’intelligence véritable. Arborant l’air sérieux d’un embobineur de foire et n’oubliant pas de chantonner un hymne à sa gloriole de président d’un an, celui qu’une députée portugaise a appelé « le petit Napoléon » cherche certainement à endormir les consciences par une bienveillance feinte – il a manifestement le don de feindre – vis-à-vis d’une Russie dont il sait qu’elle est la cible d’une offensive menée par une Amérique décadente qui n’accepte pas le déclin de son leadership et qui espère peut-être trouver dans l’éclatement d’un conflit généralisé, un moyen d’échapper à la crise systémique qui couve et qui, sous peu, devrait éclater.

« Vladimir Poutine a compris que je ne suis pas un néo-conservateur », poursuit l’infatigable président moi-moi. Eh bien moi, je crois que Vladimir Poutine, qui a connu quatre présidents français, s’en fiche et qu’il a d’autres chats à fouetter.

Bruno Adrie

Illustration par Vimar de la fable de La Fontaine La grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf.

 

 

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In cauda venenum

Dans un entretien clownesque dont je me suis contenté de lire quelques bribes – les discours d’Emmanuel Macron consommés à trop forte dose peuvent, a écrit le philosophe crétois Miguel de Omphalos, ancêtre de Michel Onfray, faire mourir de rire –, le président élu de la République française a expliqué qu’il avait pour objectif d’« arrimer la Russie à l’Europe et non laisser la Russie se replier sur elle-même ».

Habitué des formulations fallacieuses, des à-peu-près foireux, et des tournures destinées à désorienter le lecteur peu attentif au vocabulaire employé, le banquier-président cherche à faire passer pour une évidence bien connue de tous l’idée selon laquelle la Russie serait un pays boudeur, grognon et mû par le réflexe infantile de se replier sur lui-même. Passé maître dans l’art d’enfiler, non pas des perles, mais des éléments de langage qui ne sont pas des mots destinés à être compris, mais des stimuli

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2 réflexions sur “« Entre cynisme consommé et mensonge incomestible, le délire moi-moi d’un président français », par Bruno Adrie

  1. Jupiter ayant solidement arrimé le système solaire à notre planète, grâce à ses éléments de pataphysique astro-érotique, il lui faut maintenant, et de toute urgence, empêcher notre galaxie d’aller replier ses bras dans quelque recoin glacé de l’univers! Faute de quoi , le rayonnement de la France pourrait bien s’arrêter à Gennevilliers , et c’en serait fait de notre superbe! Plutôt crever!

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