Editorial. Toujours pour comprendre en profondeur: quand les pauvres subventionnent la Bourse des riches.

Le titre est bien sur exagéré mais pour faire comprendre quelque chose, quelque fois il faut caricaturer, j’aime les expressionnistes! 

Il nous faut une fois de plus revenir sur la distinction entre marges bénéficiaires et profitabilité car c’est le brouillage entre les deux qui est au centre de l’idéologie enfumeuse présente.

Si on regarde les marges bénéficiaires (par rapport aux chiffres d’affaires) et les bénéfices par action du système on a l’impression convaincante que tout va bien , le système est en bonne santé. Les marges sont au plus haut car la part des salaires est au plus bas; les bénéfices par action progressent depuis le premier semestre 2016.

Si on s’intéresse à la réalité et non au monde Potemkine (la Bourse fait partie du village Potemkine)  qui la masque, on considère que le moteur du système étant la production pour le profit et son attribution aux détenteurs du capital, alors la santé du système se mesure à la profitabilité réelle du capital.

La  hausse de la Bourse présentée comme causée par la progression des bénéfices par action des sociétés est tout à fait compréhensible, sinon justifiée; si on divise la masse des profits  par le nombre d’actions en réduction continue, il est évident que ce ratio donne un résultat par action  en progression. Et en fait c’est à deux titres importants; l’activité économique s’est améliorée et le nombres d’actions qui participent à la répartition, au partage, est en réduction sensible.

La seconde proposition a savoir que le nombre d’actions se réduit sans cesse signifie que les buy backs, les opérations financières ,  le leverage , l’ingénierie, le Private Equity,   concourent à fabriquer du bénéfice par action. Le système a une logique très précise; il ne produit plus pour le produit (biens et services)  et les besoins, il ne produit même plus pour  la masse de profits, il produit en dernière analyse pour une dérivée, la croissance des profits par action en circulation. C’est le fameux processus d’abstraction dont nous avons parlé dans le passé, l’une des tendances systémiques c’est la marche vers l’abstraction, la tyrannie des signes sur le réel qu’ils sont censés représenter mais que peu à peu ils finissent par masquer.

Autrement dit, mais personne ne veut le reconnaître, même parmi les théoriciens les plus avancés, le système produit pour la maximisation d’une dérivée financière, la croissance du résultat par action, afin que cette dérivée elle même maximise le cours de bourse, le cours de Bourse c’est le prix du capital ancien. C’est la grande innovation , la mutation qui est passée inaperçue; on ne produit plus des biens et des services, on ne produit pour ainsi dire plus du profit, on ne produit plus que des dérivées: le bénéfice par action et sa croissance. Assimilez bien ceci car c’est central dans la compréhension du monde actuel, si les « gauches » avaient compris cela elles ne seraient pas aussi lamentables! Et les droites seraient moins inefficaces quand elles gèrent.

Formulé autrement le nouveau capitalisme, l’hypercapitalisme, le post capitalisme,  a muté.  Il est devenu producteur de cours de Bourse, de capital financier ou plutôt de titres représentatifs de droits du capital si on veut être précis.

D’où le recours au crédit et au levier qui servent à produire du capital ..avec de la dette; dans le nouveau capitalisme le capital se produit à crédit par les dettes. D’où les de-capitalisations c’est à dire les annulations malthusiennes de capital pour booster les bénéfices unitaires. C’est un système qui, une fois décortiqué, explicité est tout a fait logique, rationnel mais pervers et suicidaire. Car nous sommes bien dans une forme de malthusianisme, celle qui tue l’avenir pour maximiser le présent au profit de certaines couches sociales.

La logique de ce système, dominé par les marchés, l’économie marginale, la théorie de l’efficacité des marchés, la théorie des anticipations rationnelles,  l’ingénierie financière, les buy backs, les distribution de dividendes et réserves, les fusions acquisitions, les opérations de  Private Equity, les introductions en Bourse, la logique de ce système est imparable. La logique micro masque une folie macro.

L’ennui est que si on déplace l’angle de vue, le point d’observation on s’aperçoit qu’il est fou. Il remplace le tout , qui est l’activité économique productrice par la minuscule partie, la dérivée, la progression du bénéfice par action et la production de capital plus ou moins fictif. Et au fil du temps de plus en plus fictif.

Le système néglige le tout et externalise en quelque sorte ses éléments essentiels. Il est évident qu’en recourant au levier c’est a dire aux dettes au lieu d’utiliser des capitaux propres le système maintient la contrainte de profits; il faut rembourser les dettes, payer les agios et les coupons, pour cela il faut produire du profit de façon fixe, régulière. La contrainte de profit reste mais elle est subventionnée par la banque centrale qui fixe le coût des dettes et a mis les taux a quasi zéro. On fait monter la part des bénéfices qui revient aux détenteurs de capitaux propres  boursiers en baissant la part de ceux qui portent les dettes et le crédit.

La banque centrale permet d’externaliser  le coût du capital en pillant la  » monnaie-bien public ». La différence entre le coût minuscule des dettes et les bénéfices par action est empochée par les actionnaires.  Le « tout » paie pour la « partie ». La base paie pour la « pointe » du triangle! La masse paie pour une classe sociale privilégiée que depuis longtems je designe comme klepto. Tout ceci pour dire que dans le système une grande partie du profit par action apparent est subventionnée et que c’est un vol de la collectivité.

C’est irresponsable car les dettes et les capitaux propres ne sont pas équivalents.  l’entourloupe du risque. 

Les dettes sont un contrat fixe qui doit être honoré même si les affaires sont mauvaises tandis que les capitaux propres ne doivent pas être honorés si les affaires vont mal. Les capitaux propres sont plus correment désignés sous le nom de capitaux à risque.  Ce sont eux qui servent à encaisser les pépins. car ce sont eux qui supportent les chocs et encaissent les pertes. Donc quand vous remplacez les capitaux propres par les dettes, vous augmentez la masse de risques contenue dans le système. Car il a moins de fonds propres, moins d’amortisseurs  pour faire face aux chocs. C’est un autre coût caché de la politique criminelle de la banque centrale, elle favorise l’augmentation des risques économiques … mais elle s’en fiche car si cela va mal elle socialise, elle reporte  les pertes sur els contribuables en printantde la fausse monnaie, de la monnaie non orthodoxe. .

La vraie démarche efficace , celle d’un bon économiste non idéologue ne doit pas tomber dans le piège des bénéfices par action car ce critère est vicié à la base. Non il doit partir de la rentabilité totale de l’économie et rapporter cette rentabilité à la masse totale du capital investi dans cette économie et cette masse totale est la somme des capitaux propres, des dettes cotées sur les marchés et du crédit.

Pourquoi? Eh bien tout simplement parce que ces trois sources de financement, ces trois origines des fonds exigent que du profit soit fait pour être honorées.

Les fonds propres, les bonds, le crédit, tout cela doit être honoré par le profit. SI le profit est insuffisant ou absent, ces trois sources de fonds doivent être dépréciées,  dévalorisées ou euthanasiées.

Et c’est pour cela que le seul vrai critère, celui que nous utilisons pour mesurer la situation et  l’état de santé de l’économie c’est la profitabilité; laquelle se definit comme le ratio de la masse de profits rapporté à  l’ensemble  des fonds mis en oeuvre , quelle que soit leur origine. C’est à dire le profit divisé par la masse de capital, quelle que que soit son appellation, qui est mis en oeuvre. 

Vous comprenez mieux à la fois :

-pourquoi les dettes et la masse obligataire ont explosé depuis 9 ans,

-pourquoi les banques centrales ont mis le cout réel des dettes à zéro,

-pourquoi les bénéfices par action montent,

-pourquoi les banques centrales hésitent a stopper leur politique de subvention au capital propre, (on ferait mieux de le désigner autrement!)

-pourquoi tout cela n’est que transitoire car le risque et la dilution des profits n’ont pas disparu, ils ont  été transférés, on a reporté le risque sur la collectivité, sur la monaie et on a subventionné le capital des propriétaires.action

Par ailleurs le système s’est pourri car les masses de capital qui se sont constituée, par dizaines et dizaines de trillions,  ont été mal allouées, gaspillées dans des usages/emplois  stupides, tout ce qui est gratuit est gaspillé n’est ce pas? C’est la malédiction du Tiers Payant.

La croissance des bénéfices par action:

 

 

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10 réflexions sur “Editorial. Toujours pour comprendre en profondeur: quand les pauvres subventionnent la Bourse des riches.

  1. Merci pour ce brillant résumé des thèses que vous défendez depuis quelques années. Ce qui me choque le plus, c’est que personne dans la classe politique n’utilise ce cadre d’analyse. Comment l’ expliquez vous? Paresse intellectuelle, satisfaction pour les éléments de langage habituels qui permettent à chacun de jouer tranquillement sa partition dans prise de risque?

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  2. Pour ma part, je pense que Macron sait tout cela et pourtant cela ne l’a pas empêché de circonvenir l’IFI à ceux qui payent le plus et gagnent le moins à ce petit jeu : des actions Bouygues et pas d’IFI des appartements Bouygues pour beaucoup moins et IFI. Au contraire Macron a été appelé pour continuer à gonfler la bête, plus de crédit demain qu’hier sinon tout tombe…

    Je pense que bon nombre savent aussi et qu’ils s’en foutent parce que le monde politique est fainéant et il vit lui aussi sur la bête, il profite bien de la finance lui aussi, il ne va donc pas déranger tout ce beau monde. Il n’a aucune envie d’un retour de bâton, surtout quand le monde financier dominant ne n’exprime même pas en Euro. Tout ce beau monde sait, de temps en temps on sort un « panama paper » pour le leur rappeler, ou bien on juge un Cahuzac, ou on piège un DSK.

    Les hommes sont faibles, les peuples sont lâches, les élites ne valent pas plus cher https://www.youtube.com/watch?v=YunAJC_a9Jk

    Aimé par 1 personne

  3. Que pensez-vous d’Iliad? Un sacré parcourt quand même effectué par ce X.N bien au fait de l’importance des réseaux dans le business. Je me rappelle que vous aviez (pré)dit suite à la dégringolade de Altice quelque chose comme: ‘Je serais curieux de connaître tous les comptes de Xavier Niel….’
    Si on ne connaissait pas votre (grande) capacité d’analyse, on pourrait croire que vous avez une boule de cristal, surtout que ce n’est pas la 1ère fois…

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      1. M. Bertez,
        J’apprécie beaucoup vos articles et ceux depuis des années. Ceci dit je dois dire que j’apprécierais également de lire des articles plus concrets incluant des « discussions pratiques » sur l’investissement. Je ne dis pas « recommandations » parce que j’imagine bien que vous ne souhaitez pas devenir un blog d’investissement. J’imagine également que vous tenez à ce que chacun fasse le travail de réflexion et ne pas livrer « pré-machés » des conseils pratiques. Mais quand même… parfois cela ferait du bien de « perdre de la hauteur »;-) En tout cas, merci de votre travail.

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  4. Bonsoir
    Marche vers l’abstraction dites vous? Il serait intéressant de se demander si ce n’est pas inhérent à l’espèce…. Il est possible d’appliquer la même expression au passage de l’art roman au « gothique »! Et c’est particulièrement visible à Vézelay: la nef relève encore du cheminement horizontal de l’être, imagé par les chapiteaux , ordonnés selon la Bible et intelligibles pour tout un chacun qui sait lire. Le choeur gothique lui s’élève en référence aux nombres de l’Apocalypse, intelligible pour les lettrés se complaisant dans l’orgueil de l’abstraction numérique.
    La nef répète la grotte peinte, le choeur la caverne de Platon.
    Ce que nous vivons aujourd’hui pourrait n’être qu’une évolution , à l’octave, de ce qui fut déjà.
    Cordialement.

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