En guise d’éditorial, un survol, une synthèse, vue de Sirius

Tranquillement, silencieusement , un à un, les éléments que l’on croyait constitutifs de l’ordre ancien se disloquent.

 

Je soutiens que les échéances se rapprochent; ou ,ce qui est la même chose, que des mesures exceptionnelles, des évènements forts, significatifs vont se produire. Vous connaissez notre idée: les forces sont à l’oeuvre mais elles ne se manifestent pas en tant que telles, mais en tant que résultantes, « action, réaction, résultante ». Ma loi du triangle. 

 

Le désordre s’installe. Cela se passe dans le calme, de façon feutrée, sans remous. Un peu comme si on s’habituait à tout ou comme si le monde était anesthésié. Seuls les spécialistes se rendent compte, à des degrés divers, de ce qui se passe. Tout est vu, su mais, c’est comme dans un rêve,  en même temps tout semble lointain, distant comme participant d’un autre monde. Les peuples sont largués, tout cela leur échappe. C’est un spectacle  qui n’est plus vécu, qui reste étranger. Les peuples vivent dans notre fameux “Autremondes”, dans l’imaginaire. Les peuples ont perdu l’essentiel: l’articulation au monde réel. Ils sont de ce monde, certes, mais comme spectateurs.ce ne sont pas les nouvelles qui sont fake, fake-news, non c’est le monde qui est fake. 

 

Il y a deux ans, la Grande Bretagne est sortie de l’Union Européenne. Un à un au cours de cette période les pays de l’ancienne Europe de l’Est ont pris leur distance avec Bruxelles. Ils sont maintenant renégats. La Catalogne veut son indépendance, les Ecossais également. La Russie est désignée comme ennemi de l’Occident , les armes sont tournées vers elle, elle riposte en s’armant encore plus. Trump se retire de l’accord nucléaire avec l’Iran. Le pont qui a longtemps relié  l’Europe à l’Amérique est fracassé. Trump essaie de faire chanter Merkel sans vergogne. Il conteste la souveraineté des vieux pays européens. Haut et fort , il dévoile ce que l’on savait mais que l’on refusait  d’assimiler: il n’y a jamais eu de multilatéralisme. C’est l’affrontement.  Les fleurets ne sont plus mouchetés. On ne cherche plus ni à être poli ni à sauver la face. 

 

Israel et l’Iran sont plus proches que jamais de la confrontation militaire directe. La Turquie poursuit sa fuite en avant expansionniste. Les espoirs que l’on avait- pas nous- mis dans une négociation avec la Corée du Nord sont douchés. Bolton est passé par là en évoquant le drame Libyen comme une menace de décimation. Un grand pays comme l’Argentine sombre dans le chaos. La Turquie vacille monétairement, l’Afrique du Sud aussi, L’inde retient son souffle. Les Etats-Unis sont en train de détruire le WTO, l’Organisation du Commerce Mondial.

 

En Europe, c’est la bombe atomique , les partis anti establishment prennent le controle du troisième pays le plus important en terme économique et le plus important en terme de dette et de situation financière et tout le monde s’en fiche, personne ne se précipite aux abris alors que l’on est à la veille d’une guerre sans merci ou tous les coups seront permis, comme lors de l’épisode grec.

 

Les paramètres financiers de l’Italie, pays fondateurde l’Union, s’affolent , mais c’est reservé aux spécialistes bien sur, le public n’y comprend rien: les emprunts à 10 ans sont bradés et le rendement monte de 36 pts de base en une semaine, le spread sur l’Allemagne bondit ; il y a pire, sur les échéances à 2ans alors que les taux étaient négatifs, on fait un saut de 39 pbs pour rejoindre un plus haut de 22 mois.

 

Le peuple italien va avoir un problème de liquidité, de monnaie quotidienne, et il n’est pas sûr que la monnaie parallèle, prévue par les partis signataires du programme de gouvernement puisse voir le jour.

 

La déstabilisation italienne fait contagion, on vend la dette portugaise, la grecque, l’espagnole. Bien sur l’euro faiblit.

 

Le pétrole flambe, il est au plus haut depuis 2014 à prés de 72, et le Brent est maintenant  en direction  des 80 dollars.

 

Le dollar ne cesse de grimper, destabilisant tout sur son passage. Le dollar index ajoute 1,2% à ses gains antérieurs ce qui le met à 93,637 . Les devises des émergents s’enfoncent plein sud sous la conduite du peso argentin qui est plombé de 5%, du Rand RSA qui perd 4%, du Réal Brésilien qui chute de 3,7%, de la livre Turque qui plonge de 3,9% , du peso Mexicain, sans parler du peso Colombien, du Chilien, du Forint hongrois ou du Zloty polonais. On notera dans la tourmente la hausse du Franc Suisse qui gagne 0,2% cette semaine.

 

La spirale infernale se met en branle, les devises chutent, les marchés obligataires se mettent à la baisse, les capitaux fuient les émergents et les pays périphériques, c’est sinon la débandade du moins la ruée vers la sortie.

 

Ceux qui naivement avient cru que depuis le Taper Tantrum, la situation des émergents s’était renforcée, ceux là se sont lourdement trompés, nous l’avons sans cesse dit, redit et répeté: « no place to hide », le monde est interconnecté et hierarchisé, il n’y a pas de diversifiaction, pas de refuge, tout tient sur la pointe.

 

Il faut noter qu’ exactement comme cela s’est passé lors du Taper tantrum de 2013, la debandade des émergents et des péripheriques rejaillit sur le Centre, le Centre est affecté, il ne sert pas de refuge; les taux montent aussi aux USA et en Europe, sur les Treasuries, sur l’hypothécaire américain, et sur les Bunds allemands . Le rendement des Treasuries 10 ans touche 3,13% cette semaine. L’hypotécaire a flirté avec les 5%.

 

Pourquoi? Parce qu’ avec la dislocation viennent les problemes de liquidité, de couverture, de solvabilité, et certains sont obligés de vendre rien que pour faire face et ils vendent ce qu’ils peuvent.  C’est cela la contagion. Ainsi l’or conformément à ce que nous avons écrit il y a peu, l’or est réalisé, il perd 2% comme le platine. Quand une crise se prépare, contrairement au bon sens l’or chute toujours car il y a des gesn qui sont à la courette et ils doivent liquider ou mettre en gage de l’or.

May 17 – Bloomberg (Richard Frost and Emma Dai): « Hong Kong intervened to defend its currency peg for a second day after the city’s dollar fell to the weak end of its trading band The Hong Kong Monetary Authority bought HK$9.5 billion ($1.2bn) of local dollars overnight, the third-biggest intervention since the defense began last month. The HKMA mopped up HK$1.57 billion on Wednesday. Lower rates than the U.S. have made the Hong Kong dollar an attractive target for shorting. The de facto central bank has now spent $7.95 billion protecting its currency system, which has the effect of tightening liquidity in a city that’s grown fat on ultra-low borrowing costs. »  Hong Kong’s Monetary Authority has significant international reserves (over $400bn) to support its faltering currency peg. But I would expect the reversal of « hot money » flows to accelerate, pressuring central banks throughout Asia and EM more generally. To fund outflows, central bankers will be forced sellers of Treasuries (and other sovereign debt). It’s worth noting that custody holdings held by the Fed for foreign Treasury holders have dropped $63bn over the past five weeks.

 

Plus de 310 milliards de dollars de capitaux étaient entrés chez les émergents en 2017. La dette en dollars des émergents est colossale et les contreparties des ventes se font plus réticentes. Les pertes s’accumulent dans les portefeuilles.

 

La masse des dettes a quadruplé en 10 ans , les émergents ont largement bénéficié des largesses des banques centrales des pays développés et de la recherche de rendement par les investisseurs. La fameuse  » search for yield » a été criminelle avons-nous écrit, car elle a conduit les détenteurs de capitaux à faire n’importe quoi. Les marchés émergents ont bénéficié de cette recherche de rendement , mais les capitaux ne sont venus que sur des motivations de court terme, ils avaient l’espoir de pouvoir, en cas de pépin, sortir avant les autres.. et hélas tout le monde pensait la même chose.

 

Fitch vient de nous annoncer que la masse de dettes émises par les émergents avait atteint 19 trillions venant de  5 trillions il y a 10 ans. La hausse des coûts de refinancement, la hausse de tous les rendements mondiaux, la réduction de  la liquidité et la hausse du dollar, tout contribue à créer les conditions d’un accident, d’un sinistre. La pression sur les réserves de change des pays endettés devient sensible. Surtout si s’y ajoute comme cela semble vouloir se  dessiner un ralentissement de l’activité dans le monde.

 

C’est le moment qu’à choisi Powell de la Fed, irresponsable, pour dire aux pays émergents, » You are on your own »,  ne comptez pas sur nous, demerdez vous tout seul.

En fait la Fed a les mains liées car elle est prise dans un « corner »: la nécessité de resserrer est évidente tant les signes de réveil inflationniste se multiplient. Certes ces signes sont erratiques, mais ils sont là et ils créent une incertitude majeure dont la cause est à l’évidence dans le deréglement des signaux envoyés par l’économie à la suite des interventions et manipulations démiurgiques . L’inflation des prix du logement qui accélère aux USA est un signe qui ne trompe pas. Le  jus inflationniste est dans le pipe line, nul ne peut le nier même si le débit de  ce pipe est irrégulier. Le stimulus fiscal de Trump n’a rien arrangé il a rendu la tâche des apprentis sorciers de la Fed tout simplement herculéenne.

 

Peu de gens ont en mémoire ce qui s’est passé en 2013 et encore moins bien peu ont compris ce qui s’est passé en 2016, quand le monde financier a failli sauter une nouvelle fois.

En 2015/2016, la bulle Chinoise a failli éclater, le Yuan, le second point d’ancrage du système mondial,a glissé,  les matières premières se sont effondrées, le pétrole a plongé dasn la déflation, le monde s’est mis en risk-off. Heureusement le deleveraging, a été tué dans l’oeuf par la concertation mise en oeuvre par Yellen. Le monde s’est mis en QE , la Fed a augmenté ses largesses au lieu de les réduire, la Chine a inondé de crédit et au lieu de stopper une fois l’alerte passée les autorités chinoise ont au contraire accéléré en 2017. Les choses en fait ne sont jamais rentrées dans l’ordre comme en témoigne l’évolution des réserves de change de la Chine. Elles ont atteient leur sommet en 2014 à $4 trillions, elles sont chuté dans la crsie de 2015-2016 à 3 trillions, mais depuis elles n’ont réussi à remonter que de 160 milliards, on est à 3,160 trillions. Et attention depuis trois mois elles chutent à nouveau, la Chine a reperdu 36 milliards. 

 

Les USA ont déclaré la guere la guerre commerciale et financière  à la Chine. La Chine est forte et fragile en même temps, elle est forte politiquement et socialement mais fragile financièrement, et déja avec les tensions sur le refinancement, les faillites d’entreprises chinoises se multiplient. Les Institutions officielles chinoises viennent de faire passer un avertissement aux entreprises , elles les incitent à être très vigilantes en terme de risque sur les taux d’intérêt et sur les changes, elles craignent du tangage

 

May 17 – Bloomberg: « The days when only obscure Chinese companies defaulted on their debt are ending. Four of the five issuers that have defaulted for the first time in 2018 are companies with public listings, which used to be regarded as assuring better governance and information disclosure.

 

L’épisode de 2015/2016 au lieu de soigner le mal l’a considérablement aggravé, tous les déséquilibres se sont accrus. J’ai toujours analysé l’épisode de 2015/2016 comme déterminant, c’était la Phase Terminale, celle dans laquelle tout allait évoluer vers le paroxysme.

 

L’épisode 2015/2016 a révélé, si besoin en était, que l’on était condamné à l’inflationnisme tant la fragilité du système était grande.  Depuis au lieu de se résorber cette fragilité s’est accentuée et Trump à contretemps a retiré les rails de sécurité.

 

On a joué, on joue les prolongations de ce que j’ai appelé la Phase  Finale.

 

Si vous examinez attentivement les déclarations des observateurs de haut niveau, vous êtes frappés par la multiplication des avertissements, des doutes et des pronostics négatifs. mais vous êtes encore plus frappés par le f ait qu’il y a une sorte d’unanimité pour dire que le risque ce n’est pas pour mainteant, c’est pour 2019 ou 2020.

 

L’argument ou plutot les arguments tournent autour de ceci:

-la croissance va continuer encore au moins 18 mois

-la BCE continue d’injecter, elle va le faire au moins jusqu’à la fin de 2018

-les taux longs sont encore gérables et ils n’affectent pas encore les économies

-le marché est préparé à une hausse des taux des Treasuries il y a une position vendeur, short,  au record historique

-l’inflation ne semble pas devoir faire l’échelle de perroquet , elle n’est pas acquise, elle balbutie

-ce n’est que si on passe les 3,25/3,50%  au 10 ans US que le seuil dangereux aura été franchi

 

Dans un monde complexe , miné par la fragilité, avec des zones totalement opaques, prétendre prédire l’avenir est une prétention sans borne. La Nécessité, la Logique peuvent mettre longtemps à s’imposer, même quand elles sont inéluctables. Mais inversement, elles peuvent surgir à tous moments, quandles conditions de leur surgissement sont réunies. Et elles le sont.

 

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5 réflexions sur “En guise d’éditorial, un survol, une synthèse, vue de Sirius

  1. Bonjour Mr Bertez,
    Que dire ? admirable, génial … franchement … Merci pour cet édito qu’il va falloir que je relise et que je le comprenne bien car ici est écrit mon avenir …

    J’ai pris conscience, moi citoyen lambda, d’être soumis aux forces du marché financier: ce qui se passe là haut a des répercussions ici bas … J’espère, en parvenant à comprendre ce qu’il se passe en haut, comprendre ce qui va me tomber sur le coin de la figure en bas, et comment m’y préparer au mieux… Immobilier, boulot, bouffe, vie … tout cela risque de morfler grave sous peu non ?

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  2. Merci Bruno.Juste besoin d’une explication:malgré la hausse des taux,je ne vois pas de faillite,au contraire,la bulle de crédits augmente de plus en plus vite.Se pourrait il que les banques centrales injectent des liquidités sur les marchés non cotés,et hors bilan a travers des sociétés écran?
    Idem en France,on nous dit que l’investissement des entreprises est en forte hausse,mais qu’il ne concerne que 20% des entreprises vraiment productives.D’ou vient l’argent?

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