Editorial. Les investisseurs/ spéculateurs refusent de prendre les risques au sérieux. La Révolution Monétaire est en marche.

Avertissement : L’originalité de cet article est qu’il suggère que ce qui se passe aussi bien avec la Trade War qu’avec la nouvelle politique de la Fed est stratégique, stucturel et non pas conjoncturel.

Nous prenons très au sérieux les choix de Trump et les déclarations de celui qu’il a nommé à la tête de la Fed, Powell. 

Nous pensons que les orientations américaines convergent vers une reconquête de la suprématie perdue.

Les conséquences de la Trade War seront monétaires et elles seront complétées par la nouvelle philosophie de Powell. 

On peut y croire ou ne pas y croire, mais ce serait léger de ne pas l’intégrer dans les perspectives que l’on prétend tracer pour le futur. 


Les marchés financiers ont cessé de performer.

Les pertes sur les plus hauts des 12 derniers mois sont sensibles et généralisées.  Pourtant le sentiment et les recommandations restent positives; bien peu parmi les gourous et les observateurs se risquent à être franchement  négatifs.

Les marchés restent ordonnés et même si la volatilité semble refaire surface, elle n’inquiète pas. Les narratives qui commandent l’évolution des bourses sont, dans leur ensemble, minimalistes, ce qui veut dire qu’elles considèrent que cette fois encore, dans tous les domaines et sous tous les aspects, les choses s’arrangeront. Les forces de stabilité prévaudront, les fissures dans les digues et les brèches seront encore une fois colmatées.

Les perceptions et les jugements refusent d’enregistrer les changements importants survenus dans le monde. On veut, on croit que cela va durer.

Un mot sur notre position: elle n’a pas changé. Nous étions très en avance!

Elle n’a pas changé mais elle est plus fermement assurée: ce n’est plus le temps de participer aux jeux boursiers, le pain blanc a été mangé, c’est le temps du pain noir.

Les valorisations ne sont plus attrayantes, elles sont répulsives. L’appétit pour le jeu mesuré par l’unanimité des hausses , cet appétit pour le jeu s’érode depuis la mi janvier 2018. Les divergences s’accroissent et elles touchent des aspects de plus en plus nombreux de l’univers d’investissement.

L’aplatissement de la courbe des taux avec les risques d’inversion entre le court et le long est  inquiétant, au pire il annonce une future récession, au mieux il indique que plus rien n’est comme avant et que nous sommes en terre inconnue.

La question de l’inflation reste en suspens depuis février dernier; rien n’est venu aggraver les anticipations inflationnistes, le goldilock est revenu; mais en profondeur, la préférence pour les biens et services  au détriment de la demande de monnaie est croissante. Ce qui est important c’est le fait que les sens commun, la vérité communément admise sont  encore que les risques inflationnistes sont maîtrisés. et c’est grâce à cela que les marchés tiennent bien.

Dans ces circonstances, la prudence nous semble de mise avec un parking de choix pour le cash sur les Treasuries à deux ans US: les taux sont très attrayants et le dollar nous semble désirable . La réduction du déficit des comptes courants US, la Trade War, la politique de resserrement de la Fed et les déficits fiscaux de Trump rendent le dollar sinon rare du moins désirable.

L’évènement le plus important, pour nous est la déclaration de Jay Powell, patron de la Fed le 8 mai 2018 à Zurich: » demerdez » vous a -t-il dit en substance aux émergents et à tous ceux qui souffraient de la raréfaction du dollar, la politique monétaire américaine ne sera pas influencée par vos difficultés ». Nous avons clairement expliqué que c’était une vraie nouveauté qui contrastait totalement avec la politique des prédécesseurs de Powell.

Powell refuse de prendre en compte les responsabilités mondiales de la Fed, il récuse l’idée que les USA sont responsables du bon fonctionnement du système monétaire et financier mondial, il dit vous êtes livrés à vous même, débrouillez vous. Cela veut dire que le monde global n’a plus de prêteur de dernier ressort, la Fed se lave les mains des difficultés des autres et elle ne ralentira pas sa normalisation monétaire pour leur venir en aide comme elle l’a fait jusqu’en 2016. C’est une révolution qui s’inscrit dans la logique Trumpiste: le retour à America First, le MAGA. La priorité au redressement de la suprématie américaine.

On n’a pas fini de comprendre et de mesurer ce que cela signifie.  Les élites extérieures au USA n’ont pas encore assimilé cette Révolution, c’est clair. elles sont en retard, elles rêvent encore.

Le plus probable, couplé avec la Trade War et la future réduction des déficits US, le plus probable est que nous entrons dans une ère monétaire nouvelle.

Bien entendu nos fausses élites ne l’ont pas encore compris. Tout va progressivement changer car tout était fondé sur la responsabilité implicite de la Fed (et sur les déficits US); on croyait que sans le dire , elle serait toujours là pour assurer les liquidité et la liquidité. Tous ceux qui ont arrimé leur monnaie au dollar, comme les Chinois et les Emergents, tous ceux qui sont dépendants du « dollar funding » comme les banques européennes, la Deutsche Bank et autre irresponsables, les grandes banques suisses, tous ceux là ont de gros, de très gros soucis à se faire!

Le déficit courant des USA est déjà relativement faible avec moins de 3% du GDP contre 6% lors de son maximum. Et la politique de Trump va encore réduire ce déficit, cela va réduire l’approvisionnement en dollars, cela va le raréfier; les créditeurs vont être moins créditeurs, les réserves dans le monde vont moins progresser et donc la création de crédit au niveau domestique va être ralentie. Il y aura un relatif asséchement.

Ce qu’a annoncé Powell couplé à la politique complémentaire mise en oeuvre par Trump est une Révolution dans l’ordre monétaire mondial et nos zozos ne l’ont pas encore compris.

L’ensemble de ces nouveautés, lorsqu’elles auront produit leur effet sera déflationniste. La création de crédit mondial sera plus difficile, les pays comme la Chine devront abandonner leur Peg, ils devront  encore accélérer la création de crédit domestique pour faire face au ralentissement. Le facteur risque global  va enfler.

Les adaptations inéluctables  provoqueront des remous sur les  changes et ceci on le voit déjà depuis quelques semaines. Notez bien que le Yuan chinois a déjà décroché. La chine sera en première ligne, ne serait ce que parce que c’est elle qui est visée, mais elle a un système dirigiste, assez fermé, qui lui permettra peut être, au prix de quelques renforcements autoritaires, de faire face. D’autres ensembles économiques n’auront pas cette possibilité, je pense à l’Union Européenne par exemple.  j’ai l’impression qu’elle va tanguer.

L’Union Européenne est un maillon faible du système mondial à la fois à cause de ses banques surexposées et sur-leveragées et à cause de son absence d’unité qui paralyse la gouvernance. Le problème italien par exemple est plus grave que les marchés ne le conçoivent: l’Italie n’est pas la Grèce. C’est un peuple digne et rebelle et on ne le trompera pas aussi facilement que l’on a trompé les Grecs. Le pari des fonctionnaires de Bruxelles qui est que la coalition  trahira les Italiens est moins assuré qu’ils ne le croient. Surtout si la conjoncture se durcit! Pour gagner les fonctionnaires vont devoir montrer encore un peu plus leur vrai visage autoritaire, anti-démocraique et fascisant et cela ne passera pas inaperçu dans les autres pays…

Pour résumer sans ambiguïté notre analyse:

La situation présente avec ses derniers développements contient en germe un renforcement des forces déflationnistes structurelles, au delà de la petite tendance inflationniste conjoncturelle, cette déflation d’origine monétaire devrait impliquer des accidents, voire une crise de crédit.

Les marchés se trompent ou alors ils anticipent déjà l’au delà des difficultés à venir, ils anticipent déjà les futurs remèdes à la future crise! C’est peut être ce que veut dire le taux bas, du phare mondial, le Treasury US à 10 ans.

Bloomberg: un point de vue , le petit bout de la lorgnette

https://www.bloomberg.com/view/articles/2018-07-07/china-s-carmakers-have-a-strong-home-front-in-the-trump-trade-war

Most Asian currencies have weakened around 4 percent to 5 percent in three months through June as the dollar had its best quarter so far in Donald Trump’s presidency

The dollar’s best quarterly run of Donald Trump’s presidency is no doubt causing discomfort in Asia. But while the greenback is getting expensive, it’s not yet scarce. To gauge the risk of a shortage, you have to read the political tea leaves from Kuala Lumpur to New Delhi and Beijing.

Suppose you’re an Indian bank. A customer wants $100 for three months. If you don’t have the dollars, you can always manufacture them by borrowing 6,900 rupees from the local money market for three months, paying interest of 110 rupees and buying $100 in the spot market at around 69 rupees apiece. You then contract to swap them back into rupees in three months at a rate of 69.5.

After paying off the rupee loan, and assuming your customer pays you the dollar Libor rate, you end up with a small profit. Had there been a dollar shortage — like during the 2013 taper tantrum — the whole process would have netted a big loss. You would have been disinclined to give customers dollar loans and they would have complained of a squeeze.

No Squeeze Yet

In most Asian countries, dollar liquidity costs less onshore than in the London interbank market

The rupee fell on Thursday to an all-time low of 69.0925; the 5 percent-plus decline in the Chinese currency in the June quarter has prompted analysts to speculate that Beijing is using the yuan as a weapon to boost export competitiveness in a tit-for-tat measure amid Trump’s trade war.

Indonesia’s central bank meets Friday, and investors are expecting a third interest-rate increase since May to ward off a collapse of the rupiah.

 Yet… there’s no dollar shortage. Wait, however, for politicians to jump into the fray. They may have no other option. Narendra Modi, the Indian prime minister, made such a huge point of a weak rupee in the run-up to the 2014 election (in which he won power) that he can’t afford to give his opponents the same ammunition ahead of the 2019 polls.

 Mahathir Mohamad, the newly installed Malaysian prime minister, says the fair value of the ringgit is 3.8 to the dollar. That level, which would imply a 6 percent appreciation in the local currency, is also the one at which Mahathir pegged the ringgit in 1998 and imposed capital controls. He says the currency will naturally gravitate to 3.8 this time around. But he hasn’t spelled out what that natural process would be. Meanwhile, China’s President Xi Jinping, trying to buttress his image as a benign globalizer in the age of Trump, won’t want too weak a yuan, for that could renew worldwide howls about the nation’s mercantilist, beggar-thy-neighbor policies.

Asian central banks are raising rates to defend currencies, but reluctantly. Growth isn’t particularly strong anywhere, and Trump’s trade policies are fueling concerns about weakness ahead. Doing nothing, though, isn’t an option. The dollar has an outsize influence on inflation for India, Indonesia and the Philippines, according to Goldman Sachs Group Inc.

So should the central banks sell dollars instead? If they do and are unsuccessful, speculators will use depleting reserves as a signal to bet against their currencies with gusto. Thailand and Malaysia witnessed such pressures in 1998. China experienced it more recently. Even with a war chest of more than $3 trillion, there was nervousness in 2015 and 2016 about whether Beijing could defend the yuan against capital outflows.

The flip side won’t be any less painful. If Asian central banks succeed in defending their currencies, the market may judge exchange rates to be artificially overvalued. And that’s when the expensive dollar could turn into a shortage; the grease that oils the working-capital engine of Asia Inc. would dry up.

With India and Indonesia back in election mode, and Malaysia’s new government under pressure to contain a rising cost of living — a key issue in the last polls — the best hope for the region is that the U.S. Federal Reserve will slow its tightening campaign. Otherwise, the 2013 dollar squeeze could be back.

 

 

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Une réflexion sur “Editorial. Les investisseurs/ spéculateurs refusent de prendre les risques au sérieux. La Révolution Monétaire est en marche.

  1. Le vrai risque de Reset du système monétaire et exactement lié a tout ce que vous avez brillamment décrit

    La rareté provoquée et voulue du dollar funding et donc du USD et conséquemment sa hausse, couplée au différentiel de taux en faveur des taux US, pour attirer les flows vers les US
    Voulue ou non, pour renverser les adversaires et garder le monopole des flows/capitaux vers les US au détriment de tous les autres pays

    Ou simplement une hausse des taux parce que
    la croissance par la dette est terminée (la charge de la dette mondiale est devenue insupportable et contreproductive pour augmenter les GDP)
    Et également parce qu’il faut faire « des provisions » de quelques points sur les taux afin de pouvoir les baisser a nouveau fortement et rapidement quand la prochaine récession sera la, pour relancer la reflation et la re -valorisation des tous actifs financiers (rinse repeat)
    Cependant, ces hausses de taux contrôlées et lentes bien sur seront insuffisantes, car c’est un minimum de taux a 5% qu’il faudrait, et c’est impossible a implémenter VOLONTAIREMENT dans une économie qui a été basée uniquement sur la croissance du crédit/de la dette.

    C’est précisément ce qui met en danger le système monétaire globale et crée les graves tensions internes.
    Pour qu’il y ait de la liquidité qui circule dans les tuyaux du système il faut que le USD reste faible et les taux US bas.

    Cette politique devient insupportable pour tous les autres pays et il y aura donc volonté et nécessité de remplacer le dollar dans le système monétaire mondial par ?
    Le SDR du FMI ou un panier de monnaies comprenant les devises majeures

    Nous ne sommes plus très loin de ce fameux reset (le FMI ,le BIS l’ont même évoqué a demi mots) si cette tendance continue et accélère :
    Hausse du USD et/ou hausse incontrôlée et trop rapide des taux les primes de risques ne sont plus suffisantes sur la dette
    on craint plus les défauts car la perception du risque a changé comme vous le soulignez.

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