Les dépêches mardi 31 Juillet. Les apparences sont positives, les fragilités sont souterraines ou ailleurs

J’ai insisté récemment sur la notion de fragilité.

J’ai voulu montrer que c’était la caractéristique essentielle de la situation et que par conséquent c’était cette fragilité, son suivi, sa surveillance, qui devaient faire l’objet de  toutes les attentions.

La fragilité est croissante car les effets des politiques suivies depuis la grande crise financière sont mainteant visibles et bien en place: tendance à l’inflationnisme non seulement de la monnaie et des marchés financiers  mais maintenant tendance à l’inflationnisme des prix des biens et services .

Nous sommes passés sur l’autre versant: la bulle se renforce elle même alors que les régulateurs veulent la calmer et elle a tendance à s’auto entretenir au dela du souhaitable. On s’installe dans l’excès, la dynamique interne du système bullaire prend le dessus alors que les responsables appuient ou aimeraient appuyer  sur le frein. Les distorsions se multiplient, les désajustements se propagent  alors que la masse d’emprunts gouvernementaux qui offrent un rendement négatif dépasse encore la dizaine de trillions.

La Fed a commencé sa normalisation mais la stimulation monétaire a été remplacée par la stimulation budgétaire. La stimulation budgétaire de Trump est le relais de la monétaire. Sa fonction systèmique est de relayer pour empecher l’effondrement. En l’absence de politique de stimulation budgétaire, en l’absence d’accélaration de la croissance, les cours de Bourse se revèleraient intenables et la hausse des taux administrés par la Fed ferait s’effondrer les cotations. On maintient le niveau bullaire mais c’est au prix d’un accroissement colossal du déficit, ce qui augmente la fragilité intrinsèque.

La BCE est dans la nasse quoi qu’en dise Draghi: il est coincé, il ne peut prendre le moindre risque de normaliser. Il vient de confirmer jeudi dernier que les taux allaient rester quasi nuls au moins jusqu’à l’été 2019. Il refuse d’expliciter les raisons de ce choix et accumule mensonges et contrevérités.

La réalité est que Draghi est tétanisé, il meurt de peur.

Draghi est obligé de continuer, il a l’épée dans les reins. Draghi est obligé de continuer parce que si il arretait les risques d’éclatement de l’euro et de désintégration du système monétaire européen alors, se manifesteraient!

Les rendements des dettes allemandes à deux ans , le refuge par excellence, le baromètre des risques sont  négatifs de 0,6%. Ceci signifie que les détenteurs de capitaux perdent, abandonnent  0,6%, pour se protéger. Se protéger contre quel risque? Ben voyons, celui de dislocation de l’euro et de la zone! Le 5 ans allemand est négatif de 0,17%! Le deux ans Français offre un rendement négatif de 0,44%; jusqu’aux rendements espagnols qui sont négatifs de 0,33% et les portugais négatifs de 0,23%.

Les détenteurs de très gros capitaux paient les gouvernements pour qu’ils acceptent de garder  leur argent au parking, ils paient pour être hébergés voila la réalité de la situation, celle dont on ne parle pas, celle que l’on occulte. Le gros argent, celui des ultra riches et de leurs véhicules connait la situation, sa fragilité et il abandonne le rendement du capital pour assurer sa préservation.

Draghi est obligé, c’est marche ou crève, de continuer de soufller dans la bulle et ceci non seulement fait grossir la bulle européenne mais aussi par le biais des flux de capitaux et des changes, ceci fait enfler la bulle mondiale.

Alors même que la BCE continue ses largesses quasi criminelles, les emprunts italiens à 10 ans rapportent, eux 2,74%. Plus 2,74%, vous lisez bien. Qu’est ce que cela veut dire ? Cela veut dire que si la BCE stoppait sa politique comme elle devrait normalement, absolument le faire, alors les taux Italiens exploseraient faisant ressortir ainsi la fragilité du système européen. La politique de Draghi n’est rien  d’autre qu’un carcan, un corset  qui enserre le système pour l’empécher d’exploser, de voler en éclats. C’est sa nouvelle et seule justification, ce n’est plus la bouée de sauvetage.

Ce n’est pas un hasard si la semaine dernière Draghi a été cuisiné sur les balances Target 2. Ces balances sur lesquelles on entretient mystère et opacité, ces balances sont comme le nez au milieu de la figure,  le révélateur du nauséabond de la situation. Draghi va jusqu’à soutenir que ces balances sont le signe que le système des paiements de l’eurozone fonctionnne … bien! La preuve que cela fonctionnne bien dit il en substance c’est qu’il absorbe, qu’il permet les déséquilibres! Le fait que vous boitez en marchant est le signe que vous allez bien puisque vous marchez!

Vous pouvez sauter ce passage qui est un chef d’oeuvre d’enfumage, je en donne que pour les spécialistes.

Question: »How do you rate the risk in this Target2 system, especially for the Bundesbank and compared to the Italy National Bank, for example? »

Mario Draghi: « First of all, let me make a general point. Target2 is a payment system, as such it doesn’t generate instability. It’s the way a monetary union settles its payments, and it’s devised to make sure the money flows unencumbered across countries, individual sectors, companies – all economic agents. So that’s the first thing we should always keep in mind.

The second thing is how to interpret recent numbers which show an increased number of Target liabilities in certain countries. Well, this is again a question that was asked several times in the past. Most of the movement in Target2 liabilities depends on our own asset purchase program – and depends on how and where – especially where – the balances of the purchases of bonds are settled. About 50% of the institutions… that sell bonds to the national central banks are not in the euro area and settle their account with one or two core countries where the financial centers reside. So, in this sense, you see that the accounting settlement of the balances do depend on where the settlement is made. It has nothing to do with capital flows from one country or another. Keep in mind that 80% of the institutions – banks namely – that sell bonds to the national central banks do not reside in the country where the purchaser’s national central bank resides. A lot of inter-country payments and flows do not say anything very specific about the overall situation.

But going back to the recent movements in the liabilities in certain countries, you see that first of all they are not unprecedented – this is not the first time. We’ve seen movements as large and even larger in the past. Second…, they are of second order with respect to the massive movements produced by our own purchase program. So, the bottom line is the system works very well. The people who want to cap it, collateralize, limit – I mean, the truth is that they don’t like the euro. They don’t like the monetary union. Because the only way a monetary union can work is if they have an efficient payment system – which is what Target2 is. And I think it is just too early to understand exactly what part of the liabilities do reflect political uncertainty. »

Draghi est un enfumeur, mais il n’enfume pas les spécialistes et les professeurs allemands qui eux passent leur temps à décortiquer ces balances et à élaborer les scénarios du futur de ces desequilibres. Le solde Target 2 en faveur des Allemands atteint maintenant  976 milliards d’euros , il a doublé depuis décembre 2014! Le solde négatif de l’Italie est de 481 milliards ! L’Allemagne a un risque colossal et c’est la raison pour laquelle les intellectuels allemands demandent, font campagne pour que ce risque soit garanti par des contreparties. A ce demandes Draghi répond: c’est parce qu’ils ne croient pas à leuro. Bien sur si on croit à l’euro , si on a la foi alors on considère que tous les problèmes se résoudront d’eux meme… donc pas besoin de s’en inquieter, pas besoin de les prevoir.

Draghi ne dit la vérité que dans un petit membre de phrase, le dernier de ma citation: « And I think it is just too early to understand exactly what part of the liabilities do reflect political uncertainty. »

Traduction: « je pense qu’il est simplement trop tôt pour comprendre exactement dans quelle mesure ces passifs sont le reflet des incertitudes politiques ». 

Cette vérité n’est que partielle car ces passifs sont le reflet de beaucoup de choses:

-d’abord des déséquilibres réels au sein de l’eurozone,

-ensuite des incertitudes qui provoquent les fuites de capitaux et enfin

-de la politique de la BCE elle même, politique d’achats de titres.

La fragilité est partout, mais elle se cache ce qui permet de tromper les peuples.

La politique budgétaire US masque la fragilité du marché financier car elle accélère la croissance et relaie la politique monétaire au prix d’un accroissement des déficits présents et à venir et aura pour conséquence des difficlutés de financement et/ou de l’inflation.

La politique de la BCE masque la fragilité du système européen au prix de l’accroissement du passif de ce système. On s’enfonce dans l’impasse.

La politique de la BCE contribue comme la japonaise et la Chinoise aux flux de capitaux vers les USA, ce qui fait monter le dollar, inflate encore plus la bulle et … augmente la fragilité locale et globale. Pendant ce temps les émergents et la périphérie marchent vers l’asphyxie.

Le système est fragile, hyper fragile et selon toute vraisemblance, il marche vers une nouvelle crsie financière de grande envergure. Plus cela durera et plus la crise financière sera de grande ampleur. Mais paradoxalement plus cela durera et plus les apparences seront favorables et positives.

Les politiques monétaires d’abord et fiscales ensuite ont provoqué une accélération de la croissance, il y a eu transmission au réel en cette fin d’expérience. La demande de biens et services augmente, les dépenses enflent et peu à peu la préférence pour la monnaie s’érode, les préférences relatives basculent qui portent en germe l’accéleration des dérives.  

Trump se félicite, s’auto-congratule des performances de l’économie américaine au second trimestre avec un chiffre supérieur à 4%.  Toutes les apparences plaident en ce sens et c’est de bonne guerre politique et électorale de sa part que de s’en glorifier.

Pendant ce temps, les mauvais signes s’accumulent.

La Chine rame: la banque centrale vient en catastrophe d’injecter près de 80 milliards dans le système , elle lutte contre l’affaiblissement de l’économie et l’impact de la guerre commerciale. En un mois le Yuan a chuté de 5% ce qui déclecnhe un nouvel affrontement avec les Américains qui accusent les autorités chinoises de manipuler leur monnaie de façon mercantiliste.

La Chine est dans la seringue: pour éviter l’éclatement de sa bulle intérieure elle est a nouveau obligée de re-stimuler par le crédit… mais cette stimulation fait chuter le change et exacerbe le conflit avec les USA, ce qui détériore les perspectives. Et tout ce qui se passe en Chine se repercute sur les émergents!

Le Japon est dans la seringue lui aussi; il apparait de plus en plus que la politique de la Bank of Japan n’est plus soutenable. Les distorsions, les déséquilbres, les dysfonctionnements se multiplient et s’amplifient. Les résultats obtenus par cette politique monétaire sont maigres alors que le système est devenu ingérable. Le marché obligataire anticipe un changement de rythme des achats de titres par les autorités.   Si c’était le cas les conséquences pour le marché global seraient fortement négatives; les japonais rapatrieraient une partie de leurs capitaux exportés, ce qui mettrait en difficulté lé carry mondial et pourrait provoquer un mouvement de deleveraging .  Les japonais ont exporté l’équivalent  de 2,4 trillions de dollars investis sur les marchés obligataires mondiaux .

En Prime :

July 26 – Bloomberg (Masaki Kondo and Chikafumi Hodo): « For all the speculation over possible Bank of Japan policy tweaks next week, the most important change for global bond markets may already be underway.

While market watchers disagree about whether the BOJ will adjust its target of keeping 10-year yields around zero percent, its steady reduction in purchases of longer-maturity debt and more expensive overseas hedging costs mean Japanese funds are already contemplating bringing more money back home.

The BOJ’s steps to buy fewer bonds has seen the annual increase in its debt holdings slow to 44.1 trillion yen ($398bn) versus its guidance of 80 trillion yen. Last quarter the reductions were entirely focused on so-called super-long bonds, which are the most attractive to insurers.

What happens next in the world’s second-largest bond market has the potential to cascade globally given Japanese investors hold $2.4 trillion of overseas debt. »


A recent report claims the American President is looking to bomb Iran in yet another violent act of international aggression by the US.

https://www.rt.com/op-ed/434621-iran-attack-trump-australia/


🇯🇵 KURODA: SEE LONG-TERM RATES MOVING ABOUT TWICE CURRENT +/- 0.1% – BBG *KURODA: RANGE OF 10YR MOVEMENT SEEN DOUBLING FROM CURRENT 0.1%


La BofA conseille de vendre à découvert les FAANG: ils testent la tendance de long terme.

https://www.bloomberg.com/news/articles/2018-07-28/short-faang-as-facebook-shows-cult-stocks-peaking-bofa-says

La fragilité des technologiques :

http://www.businessinsider.fr/us/tech-stock-selloff-record-hedging-costs-show-traders-bracing-for-worst-2018-7?nr_email_referer=1&utm_source=Sailthru&utm_medium=email&utm_content=COTD&utm_campaign=Post%20Blast%20%28moneygame%29:%20Tech%20stocks%20are%20diving%2C%20and%20traders%20have%20never%20been%20more%20scared%20of%20a%20massive%20meltdown&utm_term=Markets%20Chart%20Of%20The%20Day%20-%20Engaged%2C%20Active%2C%20Passive%2C%20Disengaged


La croissance  de la zone euro a  ralenti au deuxième trimestre, mais l’inflation a accéléré au mois de juillet

Le produit intérieur brut  est ressorti en hausse de 0,3% sur la période avril-juin par rapport au trois mois précédents, en dessous des attentes des économistes interrogés par Reuters qui tablaient sur une croissance de 0,4%.

Sur un an, la croissance au deuxième trimestre ressort à 2,1% contre 2,2% selon par le consensus des économistes.

La croissance de l’économie française est restée poussive au deuxième trimestre, pénalisée par la faiblesse de la  consommation des ménages . Le gouvernement a annoncé qu’il allait abaisser son objectif de  croissance.

Eurostat a séparément fait état d’une accélération de la hausse des prix au sein de la zone euro à 2,1% sur un an au mois de juillet contre 2,0% le mois précédent, principalement en raison du bond des prix de l’énergie en hausse de 9,4% sur un an après +8,0% en mai.

L’inflation hors éléments volatils que sont les prix de l’énergie et des produits alimentaires non transformés, soit l’indicateur suivi par la Banque centrale européenne (BCE), est ressorti à 1,3% sur un an contre 1,2% en juin, au-dessus des attentes des économistes.

L’inflation sous-jacente, qui fait également abstraction de l’alcool et du tabac, s’est établie à 1,1% sur un an contre 0,9% en juin, dépassant là encore le consensus.

Le taux de chômage au sein de la zone euro s’est quant à lui stabilisé à 8,3% de la population active au mois de juin, au même niveau qu’en mai, selon des données publiées par ailleurs par Eurostat.

L’Allemagne affiche le taux de chômage le plus faible de la zone euro, à 3,4%, mais il a moins reculé que prévu en juillet, soulignant le ralentissement de la croissance.


 

[BloombergQ] Stocks Mixed, Yen Drops, Treasuries Gain After BOJ: Markets Wrap

[Reuters] BOJ to mull ways to make stimulus sustainable amid weak inflation

[BloombergQ] Treasury Sees Second-Half U.S. Borrowing at Most Since 2008

[BloombergQ] China Factory Gauge Falls on Tighter Credit, Trade War Risks

[Reuters] China’s July manufacturing growth slows on trade dispute, softer domestic demand

[Reuters] Australian home investors in full retreat as prices fall

[FT] Turkey nears ‘pariah’ status after holding rates

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