Essai. Couper la branche …

Nous analysons la succession des initiatives de Trump au fil des jours, au fur et à mesure qu’elles se succèdent. Nous avons tout au long de ces dernières semaines enrichi notre interprétation en montrant la nouvelle cohérence de ses actions et de ses décisions.

Nous avons suggéré que Trump donnait maintenant un contenu historique à son accroche publicitaire de campagne: Make America Great Again. MAGA.

Trump a repris les idées de certains conseillers de l’époque Reagan et il a ainsi touché une fibre sensible des américains, une sorte de courant porteur latent, la fierté, l’exceptionnalisme, une forme de machisme, et tout ce que l’on peut décliner autour de cela comme une forme de nationalisme. Il a tourné le dos aux grandes pénitences de ces dernières années: droits de l’hommisme, victimisation, ouverture, inclusion etc.

Il est encouragé dans cette voie car elle lui a permis  d’enregistrer un regain de popularité qui peut lui permettre de ne pas perdre les élections de mid-term, lui permettre d’augmenter son influence au sein du Parti Républicain au détriment des libertariens (frères Koch par exemple) et accessoirement de se trouver légitimé face à Muller.

Ce qui frappe, c’est la nouvelle cohérence des actions de Trump, elles prennent sens, comme si elles avaient été pensées. Ce n’est absolument pas le cas, elles s’appellent les unes les autres, elles s’emboîtent non par la pensée stratégique mais par la pratiqueet la proximité. Une décision en appelle une autre quasi irrésistiblement et ce sans souci des contradictions avec le point de départ d’une orientation.  C’est un peu comme dans les associations d’idées, chaque idée est logiquement reliée à celle qui l’a précédée, on comprend pourquoi elle vient là, mais il est impossible de la rattacher au point de départ. Les associations d’idées en tant que produit de l’inconscient ignorent le principe de non contradiction; eh bien je soutiens que chez Trump c’est un peu la même chose: il ignore le principe de non contradiction. Sa forme de pensée est très comparable au contenu de sa pensée et au mode d’expression de sa pensée: le Tweet; court, péremptoire, sans analyse critique. Certains croient percevoir imbécillité ou mégalomanie ou naïveté ou je ne sais quoi, personnellement je ne perçois rien de tout cela, je perçois simplement le choc de deux mondes celui de la politique et du médiatique politiquement corrects d’une part et celui du civil, du butor, du « leader à l’américaine persuadé qu’il a raison , la preuve c’est que cela marche ».

Trump peut faire un bout de chemin, pour peu que les américains le soutiennent suffisamment par les élections et les sondages. Il peut encore aller loin dans la direction actuelle de destruction de l’ordre ancien parce qu’il n’a pas d’opposition humaine; en face de lui ses adversaires sont tétanisés: ils n’y croient pas, ils ne sont pas prêts, ils croient que ce n’est qu’un mauvais moment à passer.

Ce ne sont pas ses adversaires qui constituent les menaces les plus redoutables, non, son adversaire, celui qui le fera trébucher c’est le réel. Trump échouera sous le poids de la gravitation, le poids du système et quand je dis système je ne vise pas ses gestionnaires, non je vise la logique du système.

L’évolution historique du système américain n’est pas le fruit ou le résultat du hasard, il est l’aboutissement de la Necessité.

Ce ne sont pas les choix de Kennedy, Johnson, Reagan , Obama pour ne citer que ceux qui ont compté, ce ne sont pas les choix  des individus qui ont produit l’Amérique qui a désigné  Trump, c’est l’histoire avec son inconscient et ses subterfuges qui donnent à croire qu’il y a des gestionnaires et qu’ils choisissent.

Pas plus que Bernanke n’a choisi la solution de la fuite en avant face à la crise financière, Trump n’a choisi de dire « pouce » à la globalisation qui détruit les Etats Unis/Nation . Bernanke n’a pas choisi , il a été choisi parce qu’il avait ces idées « d’hélicopter money » et Trump a été choisi par les laissés pour compte, par les forces de réaction parce qu’il cristallisait les forces de refus de la dérive. Trump est apparu à un moment donné, à une conjonction d’opportunités dont le sens systémique est de marquer les limites de la voie qui a été suivie depuis près de 30/40 ans.

En un mot , mais nous aurons l’occasion d’y revenir, l’évolution du système américain depuis la Grande Société de Kennedy et Johnson, cette Grande société qui veut le beurre et les canons, est marquée du stigmate de l’impossible: on ne peut tout financer, on ne peut tout rentabiliser. On ne peut tenir toutes les promesses, il faut mentir, promettre sans tenir c’est à dire faire des dettes. Ceci a débouché sur la répudiation des promesses de l’étalon or, puis sur les changes flottants, puis sur la mondialisation, c’est à dire l’échange inégal, , puis sur Bretton Woods II, puis sur … la Grande Crise financière et ce que l’on voit maintenant : la guerre pour la main mise sur les ressources, sur leur transport, la guerre pour la suprématie.

Ce que nous voulons  dire c’est que l’histoire des USA depuis Kennedy et Johnson c’est l’histoire d’un pays qui est pris dans une contradiction, qui bute sur des antagonismes, sur des raretés ,  mais qui veut continuer dans la voie naturelle que lui tracent ses structures, sa culture, son histoire, son capital ,sa mémoire.

Cette voie naturelle était celle de la mondialisation , puis celle de la globalisation.

Elle n’est pas tombée du ciel par hasard, non elle est surdéterminée comme processus nécessaire d’adaptation des Etats Unis à leur propre mouvement. En clair la mondialisation puis la globalisation constituent des processus nécessaires incontournables pour le système américain et c’est grace à eux, grace à la mondialisation/globalisation que les USA ont pu continuer à exercer leur domination jusqu’à présent. La globalisation a été un moyen de drainer le surproduit du monde. Domination qui est devenue de plus en plus soft puisque concentrée dans le dollar et ses structures de fonctionnement.  C’est le noeud de notre réflexion, c’est grace à la mondialisation/globalisation que les USA ont conservé la prééminence et la venue de Trump marque les limites de cette solution car elle ne pouvait être que temporaire, Elle ne pouvait être qu’une illusion , étant auto-destructrice par la desindustrialisation et l’accumulation des balances dollars. Je pressens d’ailleurs que les USA sont engagés par les sanctions, par les guerres et autres violences dans un long processus de destruction des balances dollars, une répudiation qui ne dit aps son nom.

D’où notre illustration: si les USA ont survécu en tant que puissance dominante c’est par la globalisation, et remettre en question la globalisation c’est couper la branche sur laquelle ils sont  assis.

 

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6 réflexions sur “Essai. Couper la branche …

  1. Je pense que la stratégie « non pensée » de Trump n’est pas stupide dans la mesure ou le monde actuel est trop complexe pour être « pensé » et les idéologies ont toutes échouées (justement parce que c’est ce qu’elles sont des idéologies, c’est à dire des cartes grande échelle et non pas le territoire lui même).
    La « faute » de Trump c’est de n’avoir pas fait comme les autres, c’est à dire, cacher que les idéologies ne sont que des arguments de marketing politique, des support de story-telling. Oblabla le prix Nobel à fait assassiner par drones d’innombrables d’innocents « collatéraux » dans des pays ou les ennemis supposés des USA ne menaçaient pas directement le pays du niveau de vie non négociable. Entre autre choses, la politique d’immigration sous l’ère démocrate mériterait quelques paragraphes aussi. Etc… Mais Oblabla savait faire des discours charmeurs et pouvait compter sur une presse pravda dévouée.
    Trump n’a pas voulu rentrer dans ce jeu de l’hypocrisie.

    Ca c’est pour Trump.

    Les USA ont profité de leur droit de seigneuriage sur le dollar pendant plusieurs décennies. Tant qu’ils maintenaient l’ordre commercial ça pouvait passer. Mais … ils ont vécu au dessus de leur moyens. L’OTAN est devenu un ogre administratif, et le pétrole a commencé à devenir plus compliqué à extraire. La défaite en Irak à montré les limites de la puissance US. Le 911 (date de la défaite à Vienne de l’empire musulman contre les européens) a aussi porté un rude coup. Et plus récemment la déculottée en Syrie à fini de saper la confiance dans le colosse aux pieds d’argile. Bien sûr les USA ont un pouvoir de nuisance, mais ils ont beaucoup perdu en crédibilité d’une part, et en capital confiance d’autre part après les abus liés à la crise de 2008 (le QE qui leur à permis d’exporter la crise, le bannissement de l’Iran de SWIFT à sonné comme un signal d’alarme pour la Russie et la Chine, etc…).

    Mais au dela des USA, c’est la civilisation occidentale qui est en crise, et plus probablement en déclin, ou en plein effondrement.
    Si on regarde aux USA uniquement : Les tensions ethniques sont de plus en plus forte. Le féminisme de combat (c’est à dire anti-homme) est en train de faire basculer la société américaine (la drague devient un enfer, le MGTOW se multiplient, #metoo, etc…). Consumérisme, drogues en tout genre, dysgénisme.
    Les femmes ne font plus d’enfant (d’où le recours à l’immigration) et les hommes émasculés ne se battent plus que dans des mondes virtuels.
    Tout cela est masqué derrière des pseudo idéaux humanistes, droit de l’hommiste. La tolérance est devenu le paravent de la lâcheté, quand ce n’est pas de la stupidité pure et dure, comme cette cruche Elis Ersson, icône de la gauche, qui défendait un immigrant, qui s’est révélé être un bourreau de femme et d’enfants.

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  2. Je ne suis pas du tout d’accord avec votre vision de l’histoire. C’est très marxiste (« Les hommes font l’histoire mais ne savent pas l »histoire qu’ils font »).

    Les hommes seraient les jouets de forces collectives et seulment cela. Et en plus, cette vision prend les dirigeants pour des imbéciles.

    C’est tout simplement faux, démenti par l’histoire. Si Chamberlain était resté au pouvoir le 10 mai 1940, l’histoire serait tout autre. Si l’avion de Charles De Gaulle s’était écrasé au décollage le 17 juin 1940, qui aurait résisté aux Allemands, aux Anglais et aux Américans ?

    Et si Trump n’avait pas été élu …

    Concernant Trump, je pense qu’il est cohérent depuis longtemps mais que jusqu’à maintenant vous refusiez de le voir.

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    1. Cela me fait très plaisir que vous ne soyez pas d’accord avec ma conception de l’histoire et je vais plus loin, cela me fait plaisir que vous ne soyez pas d’accord avec ma philosophie en général.

      Et en plus votre raison de ne pas être d ‘accord est tout a fait justifiée: mon cadre de pensée, mes outils sont sous certains aspects proches du matérialisme historique ou de la logique dialectique.

      Mais sous certains aspects seulement car vous avez du remarquer que les outils du structuralisme, la théorie des systèmes, et même ceux de la thermodynamique sont également souvent utilisés. Plusieurs lecteurs s’en sont aperçus.

      Les théories ne sont pas des vérités, ou des corpus de vérité, ce sont comme les scalpels du chirurgien, des instruments ; on les choisit en fonction du découpage que l’on veut opérer dans le réel pour le mettre en l’ordre.

      Et puis après on voit si cet ordre tient debout, si il resiste au principe de non contradiction et à l’epreuve du réel.

      Après, à la fin, c’est l’efficacité ou l’échec qui disent si on a bien pensé ou non.

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  3. En voulant simplifier ce qui est impossible à simplifier,
    Mais qui peut offrir une piste à suivre pour essayer de comprendre les enjeux primordiaux,
    la composante essentielle des motivations et actions des dirigeants, au delà des politiques, des discours, des idées, de la complexité et des jeux de miroirs
    C’est le fameux « follow the money »
    Et ensuite ou va t il ?
    Qui l’accapare et en profite le plus pour dominer les autres
    Pour quelles raisons majeures, et pour quoi faire ?
    Quelles consequences et quels changements en attendre?
    Quels sont les outils les plus puissants utilise pour conserver ces avantages,
    Quelles pourraient etre les faiblesses de ces strategies et comment pourraient elles faillirent.?

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