Turquie la mise en branle infernale : divergences, crise, contagion.

L’éditorial reproduit ci dessous intitulé « les divergences actuelles peuvent remonter au coeur du système … » et les articles qui ont suivi sur la spirale turque sont  peut être les plus importants parmi nos articles récents.

Cet article expose l’idée suivante: les émergents et les périphériques sont en difficulté. La Turquie est un exemple extrême en ce moment, mais il y en a d’autres.

On se réjouit presque des difficultés des émergents car elles provoquent des flux de capitaux qui viennent bonifier les marchés financiers des pays développés. Cela ne durera qu’un temps car, passé un certain point, il y pourrait/devrait y avoir contagion avec remontée de problèmes vers les pays développés, les pays du « core » et finalement vers les Etats-Unis.

Le monde est fragile, vulnérable. Les difficultés et les crises des pays péripheriques sont des chocs.

Le monde moderne est valorisé pour la perfection, c’est ce que très peu de responsables comprennent, il est valorisé pour que tout tourne rond et qu’il n’y ait ni surprise ni choc. Ceci à cause de l’interconnexion financière, bancaire et de l’importance des animal spirits  (appétit pour le risque) pour la tenue des marchés. Le monde ne peut résister à une vague de deleveraging, c’est dire à une vague de réduction des endettements. La situation des banques est précaire, leurs fonds propres sont insuffisants, les contreparties des dérivés de couverture des risques sont douteuses.

Le schéma redoutable est le suivant: divergences, crise, contagion.

Les divergences sont installées, la crise débute en Turquie, la contagion commence.

La Lira turque a chuté de 13,7 % vendredi. Elle a perdu 21% cette semaine et 41, 1% depuis le début de l’année. La dette a 10 ans du gouvernement rapporte 21%. Les CDS sont à 437, en hausse de 199 pbs sur la semaine. C’est la curée.

La banque ABN Amro évalue les besoins de financement extérieurs de la Turquie à $218 milliards. Le déficit des comptes courants de la Turquie dépassera les 6% du GDP cette année. Les entreprises turques ont des dettes en devises étrangères de plus de $200 millards. Tout cela a été financé sans problème tant que l’argent était abondant grâce aux politiques monétaires non conventionnelles, mais celles ci sont en train de disparaître. L’argent facile a entraîné des créations de dettes absurdes.

Le président turc n’a nulle intention de sacrifier à l’orthodoxie c’est à dire à la rigueur ou d’appeler le FMI; il préfère en appeler à Allah, au patriotisme  et  il désigne des  boucs émissaires internationaux et Trump qui d’ailleurs se désigne lui même!

Le Tweet de Trump qui se désigne lui même comme responsable de la crise turque: 

Donald J. Trump – 5:47 AM – 10 Aug 2018: « I have just authorized a doubling of Tariffs on Steel and Aluminum with respect to Turkey as their currency, the Turkish Lira, slides rapidly downward against our very strong Dollar! Aluminum will now be 20% and Steel 50%. Our relations with Turkey are not good at this time! »

La BCE s’inquiète et émet une mise en garde car elle s’inquiète de l’exposition des banques européennes au risque turc. Les statistiques de la BRI circulent qui montrent l’exposition de certaines banques étrangères:  les banques locales turques ont des dettes de 148 milliards de dollars vis à vis de l’extérieur, contre 36 milliards en 2006. les dettes en Euros sont de 110 milliards. L’Espagne a des créance pour 83 milliards, la France pour 39 milliards, l’Italie pour 17 milliards. Les géants bancaires sont exposés avec BBVa, Unicredit et BNP Paribas.

Les banques européennes sont matraquées en Bourse : Unicrédit perd 4,8%, ING perd 4,3%, Deutsche Bank perd 4,1% et Commerz 3,5%, l’indice des banques euros recule de 2% rien que vendredi.

Contagion aux banques euros

 

Le MIB italien est en forte baisse de 2,5% vendredi , le DAX de 2%. On achète les refuges comme les bunds allemands, le rendement du Bund perd 6 points de base à 0,31%, mais le rendement italien grimpe de 9 pbs et flirte avec les 3%.

La contagion internationale gagne: le peso argentin chute de 6,6%, la monnaie Sud Africaine de 5,5%, le réal brésilien de 4%, le peso mexicain perd 2%, les devises d’Europe Centrale perdent 2 à 3%, le rouble russe s’effondre de 6,4%. En clair les capitaux fuient en panique les émergents.

Les fonds d’état des pays concernés sont vendus, bradés, les bourses tanguent,  les rendements montent, le hot money qui était venu chercher des rendements élévés s’en va.

On est en train de voir qui se baigne nu et la dernière fois qu’on la vu, cela n’a guère été agréable.

Notre edito à relire.
Résumé:

Dans cet article il est suggéré que pour l’instant la Chine et la Périphérie trinquent sous les coups de boutoir de Trump, mais que le risque est très élevé que la destabilisation de la Péripherie soit contagieuse et finalement remonte au Centre. Ceci à cause  de  l’interconnexion des marchés, interconnexion bancaire , et surtout en raison de la fragilité intrinséque des USA plombés par la surévaluation intenable du prix des actifs et un déficit accru de $1,3 Trillion par Trump.

Nous nous servons des divergences pour apprécier le gout du jeu, c’est à dire ce que les bien pensants appellent l’appétit pour le risque. Quand l’appétit, l’addiction pour le jeu sont fortes, alors tout est bon à jouer, on joue indifféremment sur tout et n’importe quoi. Tout l’univers « jouable » est ratissé. A l’inverse quand l’appétit pour le jeu disparait, beaucoup de véhicules sont délaissés et bradés. On dit alors qu’il y a divergences.

Le gout du jeu est un vice; mais l’appétit pour le risque est une qualité qu’il faut encourager! C’est un exemple de narrative social, un exemple de manifestation de la névrose dans son mouvement favori: l’inversion.

Nous ne prédisons pas l’Apocalypse, l’Armagédon, nous insistons pour pointer, analyser et délimiter les risques, ce que nous appelons les fragilités.

Nous ne sommes pas forcément à la veille de la Grande Crise mais nous sommes à 100% dans la fragilité. Se concentrer sur l’analyse de la fragilité est possible car on travaille sur des faits et des constats; prévoir l’Armagedon est impossible et ceux qui prétendent le faire sont des illusionnistes au mieux et au pire  des menteurs. Nul n’est maitre du calendrier, du facteur temps. 

La Sagesse des Nations dit que l’on est toujours puni par ou l’on pêche, et ici depuis très trés longtemps on pêche par la finance, la monnaie; donc si on suit la Sagesse, on se dit qu’il faut surveiller comme le lait sur le feu , la finance et la monnaie.

La finance, la monnaie, leur perversion  sont les moyens qui ont été utilisés depuis la moitié des années 60 pour repousser les contradictions du système, le beurre, les canons et la tendance à la chute de la profitabilité du capital. Tout ceci a été ratifié au début des années 80 par ce que l’on a appelé la dérégulation, mouvement de libération en quelque sorte de la finance des contraintes du réel. La dérégulation est le mouvement par lequel la Sphère Financière s’est affranchie de la pesanteur, elle s’est autonomisée. La finance a cessé d’être un reflet, ell est devenue un outil, un moyen. Elle est, mais c’est une autre histoire passée au service des élites pour favoriser la reproduction du système. On a désancré à la fois la monnaie en 1971 et on a désancré les actifs financiers au début des années 80. L’ingénierie financière a fait le reste.

Surveiller, c’est faire preuve comme le psychanalyste d’une écoute particulière; cela consiste à laisser couler le flot des banalités et à accrocher sur les failles, sur les ruptures, sur  les défaillances du conscient.

La vérité s’engouffre par les brèches de la conscience aussi bien dans un système individuel que dans un système social. C’est quand cela bégaie, quand cela bafouille, quand cela « merde » comme actuellement chez Macron, qu’il y a du vrai à aller gratter et à mettre à jour. La vérité de Rachida Dati lors de sa célèbre interview, c’est quand elle a lapsé et parlé de fellation au lieu d’inflation. Cela a donné tout son sens ou plutôt tout son non-sens à sa prestation. Je ne poursuis pas l’analyse de ce lapsus car je deviendrai grivois, sinon porno. Bref c’est quand l’harmonie préétablie, le ron-ron bidon, la construction/répression trompeuse , produites par la concience et le politiquement correct défaillent qu’il faut sursauter et devenir vigilant. Il faut alors changer d’écoute.

Ceci implique trois  choses:

-d’abord il faut être  en éveil malgré sa sommnolence et au lieu de balayer d’un revers de mains les anomalies, il faut les approfondir, les étudier. Ce sont elles qui constituent les failles par lesquellles « l’ennemi viendra ». Quand je dis l’ennemi, je parle de l’autre, de celui qui veut nous tromper, nous mentir et qui ainsi va se révéler par la rupture du ron ron.

-ensuite il faut les interconnecter avec la situation d’ensemble: le système forme un tout et sa vérité n’est que dans la considération de ce qu’il est en totalité. ainsi le système est constitué par le couple dominant , Chine/ Etats-Unis et on ne peut dissocier ce qui se passe chez l’un de ce qui se passe chez l’autre. L’esprit isole les éléments qui normalement sont organiquement liés les uns aux autres et il faut pour comprendre reconstruire les liaisons. Ainsi dans les péripéties des joutes verbales médiocres des uns et des autres, il faut savoir que ce qui est en jeu c’est la volonté de puissance de Trump et de Xi, c’est l’hégémonie mondiale, rien de moins! Trump est légitime à vouloir préserver ou reconquérir cette hégémonie et Xi l’est tout autant à la contester, nous ne sommes pas dans la morale mais dans les lois de la vie. Nous sommes dans la Nécessité.

-enfin il faut toujours avoir présent à l’esprit la Loi du Triangle; action, réaction, résultante. Toute évolution déclenche des forces de sens contraires et ni les forces de sens contraires ni les forces initiales n’épuisent une situation, non  ce qui épuise la situation- temporairement-  c’est la résultante de leur confrontation, leur dépassement. Et nous avons ajouté « temporairement’ pour bien marquer que le temps ne s’arrête pas, l’Histoire non plus, les dépassements sont toujours temporaires, remis en question.

L’état du système est schématiquement le suivant, je vais à l’esentiel;

Les USA sont engagés dans un processus de reconquête de la suprématie. Trump a bien progressé dans ses réflexions, (lui ou ses conseillers) et les actions qu’il mène trouve leur cohérence dans cette reconquête. Il donne un contenu au MAGA, « make america great again ». Trump a compris que la montée en puissance des autres, Chine, Russie, Union Européenne  etc avait été produite par les faiblesses et erreurs américaines. On peut résumer la pensée implicite, reconstruite, de Trump de la façon suivante; « ils ne sont forts que de nos faiblesses ».

La Fed qui gère et produit et controle la monnaie mondiale, impériale est lancée dans un processus de normalisation, de suppression du stimulus monétaire par le renchérissement des taux et la réduction de la taille de son bilan. Ce qui implique que le dollar devient plus rare, plus attrayent  et qu’il monte et va monter. Ce qui implique que tous les consommateurs de dollars, ceux qui ont besoin de dollars en dehors des USA vont se trouver à la diète, au régime sec des liquidités, leur système va s’assécher, s’affaiblir, leur monnaie va  chuter, le prix de leurs actifs financiers va être menacé. Les capitaux vont , attirés par la rentabilité, guidés par la plus grande pente du profit, ces capitaux dis-je quittent le monde périphérique et partent aux USA. Ce qui signifie que l’aisance monétaire et financière disparait à la périphérie mais augmente ou se mainteint aux USA: ils ne souffrent pas du resserrement monétaire au contraire ils en profitent relativement. Ce qui explique que la Bourse soit au plus haut, que l’économie soit « strong » et que les autres à l’extérieur s’asphyxient. Les devises des émergents sont en chute libre, les Renminbi/Yuan chinois plonge de 9%, l’euro est à 1,15 en attendant de chuter plus bas. C’est la grande divergence, la vraie celle qui importe et qui se formule; les capitaux mondiaux refluent vers les USA, bonifient leur situation et symétriquement le ROW, le reste du monde est affamé, assoiffé , asphyxié.

C’est tout bénéfice pour Trump qui lui, contrairement aux idiots qui nous gouvernent, à une vision conflictuelle du monde. Il ne croit pas que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil: il croit aux rapports de forces, il croit aux vertus des affrontements. Trump est pour un monde hierarchisé, pyramidal. L’homme est un loup pour l’homme, tout comme la femme d’ailleurs.

Digression. On dit que Trump est un populiste pour le rabaissser voire le nazifier, mais la réalité est plus complexe; Trump est un hasard de l’histoire mais sa venue est surdéterminée: face à la mutation en cours, face à la glissade de la première puissance mondiale l’ordre ancien génère des réactions. La contradiction entre globalisation, disparition des Nations, décadence américaine, montée des puissances émergentes et mise en place d’une sorte de dictature/prise de pouvoir  des marchés/constitution d’une super élite apatride,  cette contradiction  devait nécessairement se cristalliser et Trump est cette cristallisation. On voit d’ailleurs que cette cristalisation a, aurait pu, avoir deux pôles, un pôle de droite comme Trump ou un pôle de gauche comme Bernie Sanders ou Corbyn. Cette bipolarité se retrouve d’ailleurs en France avec Marine d’un coté et Mélenchon de l’autre. Et peut etre que dans les années à venir il y aura alternance au sein de ce qu’il est maintenant convenu d’appeler le populisme. Fin de digression.

Le Yuan Chinois est en chute, le Renmimbi est autour des 6,90 contre le dollar, les taux des emprunts en dollars des firmes chinoises sont en forte hausse, ce qui bien entendu les exclut  du marché ou les met en difficulté. Une vilaine spéculation s’est developpée contre la monnaie chinoise, habilement d’ailleurs entretenue par Trump qui fait croire que ce sont les autorités chinoises elles mêmes qui veulent la baisse de leur devise dans le cadre supposé d’une guerre des monnaies. Grace à Trump tout le monde est persuadé que les Chinois favorisent la baisse de leur change, ce qui bien sur ne peut qu’être faux. La preuve: ils viennent d’imposer 20% de  réserves sur les contrats de transactions sur les changes afin de hausser le coût de la spéculation contre le Renmimbi et la dissuader. La PBOC intervient donc en sauvetage comme elle l’a fait en 2015 lors de la crise chinoise d’éclatement partiel de la bulle. Le système chinois ne peut pas se permettre une dislocation avec des mouvements désordonnés sur les changes, il est trop fragile et déséquilibré. L’intervention vendredi de la PBOC pour freiner la spéculation contre la devise chinoise a retourné tous les marchés périphériques, les devises des émergents du coup se sont redressées et leurs marchés financiers  se sont repris ce qui montre à l’évidence que tout est interconnecté, que c’est le couple USA/Chine qui donne le « la » et que les divergences constatées dans le monde global ont bien pour origine les actions des USA, grace à la dissymétrie que nous avons expliqué plus haut. Quand la situation relative de la Chine s’améliore, la divergence se réduit, la périphérie se reprend. On reconverge. Fait significatif, le dollar a joué l’escarpolette, la reprise des devises périphériques a produit la baisse du dollar index.

Par solde cette semaine le  Shanghai Composite Index a chuté de  4.6% portant sa chute depuis le début de l’année à 17,1%; le S&P 500 a gagné 0,6% ce qui porte le gain depuis le début de l’année à 7,4%.

Vous comprenez grace à cette analyse que les divergences sont extrèmement importantes, qu’elles constituent l’anomalie de la situation et en même temps qu’elles permettent sa compréhension. Nous sommes dans le cadre d’un affrontement et dans cet affrontement, pour le moment les USA ont l’avantage, un avantage qui se donne à voir, qui se mesure par les performances boursières.

Ces divergences annoncent-elles comme nous le suggérons une crise financière? Les difficultés de la Périphérie vont elles en retour contaminer le Coeur, le Centre, c’est à dire les USA? Auquel cas elles seraient en quelque sorte annonciatrice de la Grande Crise Future , crise financière, crise du crédit, crise des marchés.

Depuis le début de 2018, la Périphérie a plus de difficulté à accéder au marché financier, chute du volume des émissions

Trump fait le pari que la situation des USA est solide. C’est sa culture, sa vision. Nous affirmons qu’il se trompe totalement, la situation américaine est fragile, archi-fragile car elle est construite sur les sables mouvants de la finance.

Elle est plus fragile encore  que la Chinoise car la Chine a les outils réglementaires, dirigistes et volontaristes et violents pour s’opposer à  la logique/rationalité/irrationalité  des marchés alors que Trump, la Fed et le Trésor US n’ont pas ces outils.

La Chine, quand elle le veut, contrôle les  mouvements de capitaux et met en prison les journalistes.

Les USA  ont des institutions solides, mais ce sont les marchés qui imposent leur loi. Les élites savent les manipuler, mais dans certaines limites seulement (Et en plus ils ont des théories fausses). Ils sont soumis au bon vouloir des animal sprits et si ceux-ci se déclenchent  dans la mauvaise direction c’est à dire dans la direction du risk-off alors le système va tanguer.

Le point faible des Chinois ce sont les valeurs internes éloignées des valeurs du marché mondial; elles  sont artificielles, comme celles des  soviétiques en leur temps,  et maintenues par l’appareil d ‘état et le corset du Parti, mais le point faible de Trump c’est le Marché. Et particulièrement Le Grand Bull Market Bullaire sur lequel il surfe en terme financier, budgétaire et en terme de popularité.

Le schéma de compréhension est le suivant:

Le Centre constitué par les USA a les leviers de commande et il draine la liquidité globale, le ROW, le reste du monde s’affaiblit, les capitaux fuient le risque et donc se dirigent vers les USA ou ils entretiennent la croissance, la hausse de la Bourse, financent les déficits et les dépenses budgétaires lesquelles restaurent la position impériale. Un cercle euphorique vertueux!

Remarquez bien tout est lié, organiquement lié, pas verbalement. Et Trump au passage monte à 50% de popularité!

Je passe sur les péripéties qui vont intervenir ces prochaines semaines, escalade, chantages, intimidations, mesures, contre-mesures, rétorsions, sanctions etc. La n’est pas l’essentiel, tout cela c’est l’écume pour les politiciens à la petite semaine, les journaux et le public.

Ce qui est important c’est le pari sous jacent de Trump, il a été exposé de façon très détaillée par Kudlow directeur du NEC sur Bloomberg (voir plus bas) :

-Trump a la main, c’est lui qui a les atouts, il est en position de force

-l’économie chinoise est en train de s’affaiblir, sa croissance ralentit dans tous les secteurs

-la Banque Centrale Chinoise essaie de soutenir l’économie en injectant de l’argent à forte dose et des tombereaux de crédit, ce qui fragilise la monnaie

-la devise chinoise chute parce que les autorités ont cessé de défendre la monnaie et l’ont laissé filer

-cette baisse de la monnaie va prouver qu’investir en Chine est une mauvaise opération, et les capitaux vont fuir la Chine, les riches chinois aussi.

-la baisse de la monnaie est un indicateur avancé des difficultés chinoises à venir

-et si les capitaux  s’en vont de Chine alors ce sera le désastre cumulatif  pour l’économie chinoise

-finalement la Chine va s’affaiblir et étant affaiblie elle ne sera pas en position  force dans les négociations sur le commerce et cela renforcera la main de Trump

Vous remarquerez la logique de l’exposé de Kudlow qui est la logique même de la pensée positive, mécanique, bornée des américains; ils n’ont pas accès à la pensée dialectique!

Les Chinois ne sont pas dans le cadre commercial: ils sont en guerre. Ils savent que si ils cèdent sur le commerce sans rétorsion « atomique » alors, ils vont se faire « piler » sur Taiwan , sur le contrôle de la South China Sea, et surtout ils vont perdre la face et XI perdra sa tête! Les articles de la presse du week end montrent clairement que les Chinois ont compris, ils savent que c’est une guerre et ils se disent préparés à la soutenir. Au besoin au prix de gros sacrififes dans le court terme. Ils « défendront le droit au developpement et à la  souveraineté ». 

Les Chinois et la pensée chinoise sont articulés façon Mao, ils ont appris à utiliser les forces des adversaires, par exemple la finance, la monnaie, les marchés pour les retourner contre eux, comme au judo.

Ils savent que certes ils sont prisonniers des Treasuries mais aussi que le marché des Treasuries est le sous-bassement de l’impérialisme du dollar, la pierre angulaire sur laquelle tout est assis, corrélé, gagé, prété, valorisé. Ils savent que l’effet de richesse qui a propulsé l’économie depuis 2008 est bidon. Aussi artificiel que les valeurs au sein de leur système. Ils savent que tout est en bulle et que Trump a commis une erreur colossale en augmentant le déficit de 1,3 trillions alors que l’économie américaine est en surchauffe, que le marché du travail est serré et que nous sommes au bord de l’échelle de perroquet des prix et des salaires, l’échelle  inflationniste. Echelle de perroquet qui peut renverser la pyramide par le jeu de la hausse subie et non plus maitrisée des taux . Les Chinois savent que, si nécessaire, ils peuvent renverser la carriole de pommes que constitue la finance globale.

L’instabilité à la Péripherie est déja là, il suffit de lister toutes les zones qui sont deja au bord de la crise du crédit comme la Turquie par exemple. Et la question centrale à laquelle on peut s’étonner que Kudlow, homme de marché, n’ait pas pensé est la suivante:  est ce que le Coeur, le Centre est définitivement à l’abri des phénomènes de contagion? La contagion s’est déja produite en 2013 quand les investisseurs ont vendu indifféremment la Périphérie et le Centre. Que se passerait-il si le rendement des Treasuries venait à adopter un comportement erratique, désordonné, bien au dela des 3% fatidiques? Que se passrait -il si Trump commettait la bêtise  de trop, pour s’attirer le soutien des néos cons, celle d’une attaque de l’Iran, si les prix du pétrole commençaient leur escalade.

Le monde tient sur une pointe de pyramide de finance douteuse dont la pompe se situe aux USA. Il tient par un bétonnage de l’endettement, un corset qui protège contre les tendances au deleveraging,  Un seul choc, au mauvais moment peut declencher la grande vague de deleveraging que nous avons réussi à éviter en 2016… avec l’aide des Chinois!

Les matelas de sécurité sont maintenant bien peu épais, il n’y a plus que 25 milliards de création de liquidité par les QE et dès la fin de l’année, ce matelas va disparaitre, nous serons dans l’inverse des QE, dans QT!

Le directeur des conseillers économiques de Trump est persuadé comme Trump et comme beaucoup d’Americains que les USA sont solides, que Trump à la main; ils ont tort.

Les USA ne sont solides que tant que le système impérial qu’ils dominent reste solide. Passée une phase trompeuse au cours de laquelle les USA bénéficient des faiblesses du reste du monde, une autre phase s’ouvrira ou ils s’apercevront que les bases de leur solidité sont en train de s’effondrer.

Les USA reposent sur un socle mouvant de finance laxiste et fragile et les enteprises US vont devoir refinancer plus de 4 trillions l’an prochain! Près de 50% des entreprises  « investment grade » sont juste un notch au dessus de junk à BBB. Cette fois ce n’est pas comme en 2007 les ménages qui sont endettés, ce sont les entreprises. 

Larry Kudlow sur Bloomberg:
Bloomberg’s Jonathan Ferro: « You’ve sat across the table with the Chinese many, many times. What is your opinion – your insight – into what is happening to the Chinese economy currently? »

Kudlow: « Well, I’m not an expert. I do try to follow it and it looks to me – you all may disagree – it looks to me like the China economy is declining in growth – it’s weakening – almost across the board. And it looks like the People’s Bank of China is trying to pump it up by adding high-powered money and new credit and so forth. The currency fall is partly [because] they’ve stopped defending the yuan. They think it’s going to help offset the U.S. efforts to get rid of their unfair trading. Some of the currency fall, though, I think is just money leaving China because it’s a lousy investment. And if that continues that will really damage the Chinese economy. If money leaves China – and the currency could be a leading indicator – they’re going to be in a heap of trouble. And so I’m going to make the case that they are in a weak economic position – that’s not a good place for them to be vis-à-vis the trade negotiations – first point. Second point, they better not underestimate President Trump’s determination to follow through on our asks – IP theft is a no-go. Forced transfer of technology – no go. Non-reciprocal trading, on tariffs and non-tariff barriers. The President, he’s a trade reformer. We’ve said many times: « no tariffs, no tariff barriers, no subsidies. We want to see trade reforms. » China is not delivering. Their economy is weak; their currency is weak; people leaving the country. Don’t underestimate President Trump’s determination to follow through. I’m just telling you. I can’t speak for the Communist Party in China. I can speak for our President. Do not underestimate his determination to change trading practices on a fair, reciprocal plane. »

Ferro: « One thing you can definitely speak to, Larry, is the strategy of the President. It just seems to me the strategy of the administration at the moment is to exert maximum pain on the Chinese economy. Is that the direction of travel for you guys, Larry? »

Kudlow: « I would maybe rephrase it a bit. I think what we’re saying is we are serious. And in trade, as you well know, your guests know, negotiations often include the use of tariffs. And the President has said time and time again that targeted tariffs are going to be part of the game plan with China – unless and until they begin to meet our requests, which so far they have not. In fact, in the recent month or so we’ve had hardly any conversations with them at all. There is some hint now that they may wish to talk, although I can’t say that with certainty. »

Trump prétend avoir la main:

Tariffs are working far better than anyone ever anticipated. China market has dropped 27% in last 4months, and they are talking to us. Our market is stronger than ever, and will go up dramatically when these horrible Trade Deals are successfully renegotiated. America First…….

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