Erdogan se promène, une allumette à la main…

Le temps est à ce que l’on appelle la « disruption ». Comme Bezos ou Musk, Erdogan est un grand disrupteur. Il a inventé une nouvelle manière de faire face aux crises inflationnistes, aux crises des changes, aux crises de solvabilité et finalement aux crises monétaires. Il refuse les remèdes classiques, la hausse des taux, la rigueur et autres  coups de freins aux dérives, et il en appelle à Allah, au peuple et à son patriotisme.

Chaque fois qu’il s’exprime, la monnaie turque s’effondre.  Aux dernières nouvelles ce matin il faut plus de 7 Lira pour un dollar et les premières mesures de contrôle des mouvements de capitaux sur le Forex viennent d’être annoncées avec la limitation des swaps.. On promet bien entendu que la réquisition des devises étrangères n’est pas prévue, ce qui bien sur est une dénégation car on ne voit pas comment il serait possible d ‘y échapper.

Erdogan est non seulement une disrupteur économique monétaire et financier, il est un grand disrupteur géopolitique: il met en question la stabilité du Moyen Orient, lequel n’en avait pas besoin pour être une poudrière. Passons sur le risque nucléaire qui serait stocké à la base de Incirlik, il est nul, Erdogan n’a évidemment pas les codes. Erdogan en revanche peut fomenter un regain d’instabilité en Syrie, Irak et ailleurs en s’attaquant aux Kurdes auxquels les Etats Unis fournissent armes et soutien financier.

Vendredi, Erdogan s’est entretenu avec Poutine. Dans ses interventions Erdogan désigne les Etats Unis et les détenteurs de dollars en général comme ayant déclaré la guerre à la Turquie. Il use d ‘un vocabulaire et d’accents guerriers. Il propose à tous les partenaires de la Turquie de transacter en monnaies nationales; on le comprend mais à ce stade ce n’est guère réaliste, il faut d’abord que la Banque Nationale change de politique. Contrairement à ce que dit le président Turc, « ils ont le dollar, nous avons notre monnaie », cela ne marche pas comme cela, la Lira turque ne vaut rien si le pays ne change pas de politique économique et monétaire. On n’échange pas des marchandises contre du papier toilettes.  Erdogan devrait déjà être en train de sonner à la porte du FMI, il refuse, on le comprend également, de le faire et de se faire humilier.

La Turquie est une poudrière financière, militaire et géopolitique et son Président se promène avec une allumette à la main, attisant tous les risques. Il sait, je suppose, que le monde global est fragile et implicitement, mais il ne le dit pas clairement, il menace de mettre le feu aux poudres.

Les premiers effets de l’instabilité turque se sont manifestés la semaine dernière sur les marchés et la mèche qui conduit aux banques européennes exposées est allumée. La BCE, a mis un peu d’huile sur le feu  en soulignant elle même les dangers potentiels de la situation, elle dit qu’elle va surveiller! Vous etes rassurés? Moi pas! On sait que les taux sont déja à zéro et que les QE sont toujours en cours, les amortisseurs sont usés, il n’y en a pas ou plus.

Ce sont les banques espagnoles, françaises et italiennes  qui sont exposées mais les banques allemandes ont également trinqué en Bourse, elles doivent bien être coincées quelque part. Et puis l’Allemagne est surexposée à la destabilisation turque tant il y a de turcs en Allemagne! L’Allemagne constitue la plus grande colonie turque en Europe.

La situation explosive en Turquie et au Moyen Orient pose le problème de l’OTAN et de son article 5, article imbécile qui garantit les contagions puisqu’il prévoit la mise en oeuvre d’actions collectives quand   un des membres de l’Alliance est attaqué. Est ce que l’Alliance entrerait en guerre si le comportement d’Erdogan conduisait à ce que la Turquie soit attaquée?

 

 

 

 

 

 

 

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5 réflexions sur “Erdogan se promène, une allumette à la main…

  1. Les US ont décidé de faire crever les régimes des trois pays qui genent leur influence au moyen orient:Iran,Turquie,Syrie.Tous les trois dirigés par des régimes pourris.Personne n’a envie de les pleurer,Trump joue sur du velours

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  2. Excusez-moi mais il semble que Mr Erdogan aie le « cul entre deux chaises » ou plutôt joue sur 2 tableaux : membre de l’OTAN d' »une part dont il a facilité les actions depuis le début du conflit de déstabilisation au moyen orient (depuis 2003..) et maintenant allié de la Russie de Poutine qui a pris la main en Syrie et ne voit pas d’un très bon oeil la création d’un état Kurde..autre point de convergence avec les Turcs…Erdogan osera-t-il faire un bras d’honneur à Trump et à ses vassaux européens sur les questions monétaires ( endettement Turc) en se rangeant du côté des BRICS??
    Décidément cette zone du globe est le point de cristallisation des conflits économiques et géopolitiques mondiaux. La « troisième guerre mondiale non conventionnelle » s’intensifie sous nos yeux..

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    1. Vous analysez la situation comme si Erdogan avait encore des choix possibles, or c’est fini il n’en a plus.

      La séquence est jouée: politique monétaire repressive, hausse des taux, rigueur budgétaire, controle des mouvements de capitaux et FMI.

      Et plus il tardera plus le prix politique à payer sera élevé.

      Se ranger du coté des Brics ne lui apportera rien ils n’ont ni argent ni crédit.

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  3. Erdogan n’a pas compris qu’en retenant le pasteur américain, c’est une guerre de religion qu’il a déclenché : Trump et Pence ont des valeurs avec lesquelles on ne tergiverse pas (valeurs religieuses, elles valent ce qu’elles valent peu importe, mais eux ont les c… de mettre le Sultan à terre).
    Un pays européen aurait éteint la Tour Eiffel ou allumé des bougies et nos dirigeants auraient poussé des cris de vierges effarouchées (de pussys…)
    C’est la différence majeure entre les USA (ou Poutine) et nous européens. C’est pour cela que je pense qu’on est foutus.

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  4. Erdogan peut aussi décidé de quitter l’otan, style vous avez 24h pour quitter Incirlik…(dans l’organisation la 1ere armée après les Us est turque).
    Il peut aussi ouvrir les camps de réfugiés comme parfois durant l’été…
    Trump a trouvé un adversaire à sa « hauteur » aussi imprévible l’un que l’autre, l’été sera chaud décidément.

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