Les dépêches vendredi 17 aout, réflexion sur la crise Turque

Les marchés sont positionnés pour la perfection. Le monde est positionné pour une crise.

-Les politiques monétaires des grands blocs sont divergentes, les USA resserrent, l’International desserre encore et les émergents sont asphyxiés par la raréfaction du dollar.

-Les Etats-Unis renient leur responsabilité mondiale et on se trouve pris dans les contradictions bien exposées par Triffin; MAGA, faire de l’amérique à nouveau une grande puissance, MAGA  casse le système monétaire, la pompe à alimenter les liquidités mondiales est menacée.

-Powell, le banquier central du monde tourne la page de la concertation, de la coopération , il affirme : « ce n’est pas notre boulot de sauver les émergents, demerdez vous tout seuls ».

-les Etats Unis au lieu de coopérer avec le reste du monde pour maintenir le système en ordre, font le contraire, ils se servent du système pour l’étrangler, ils le « weaponisent », ils le militarisent.

-les politiques économique divergent totalement entre les USA, l’Union Européenne et la Chine. Chacun pour soi.

Les évènements turcs récents constituent une bonne opportunité de regarder un peu en arrière et au dessus; autrement dit de prendre ses distances avec l’actualité.

La Turquie n’a pas sombré.

Ce qui nous frappe et nous inspire cette réflexion c’est la volte face quasi instantanée des médias et des gourous: il y  a une semaine ils étaient catastrophistes , la Turquie allait déclencher la Grande Crise , le monde allait être englouti par un torrent de dettes pourries, le grand reflux des capitaux avait commencé et surtout, surtout, il allait s’amplifier.

Je pense que nous sommes au coeur du problème de la compréhesion de la situation historique dans laquelle nous nous trouvons. Nous pensons que le monde a changé, qu’il est plus complexe, qu’il apprend  et que les analystes négligent le facteur temps.

La crise de 2008 a été traitée par des remèdes purement symptomatiques, aucune cure réelle n’a été pratiquée et donc les maux , les déséquilibres restent inchangés. Si ils sont inchangés, alors les mêmes causes doivent produire les même conséquences et donc la crise est imminente puisque ce qui a été fait se défait et que  la solvabilité se rompt.

Cette affirmation d’évidence  est fausse.  Et c’est elle qui fait que les observateurs même intelligents, même de bonne foi se fourvoient; les mêmes causes ne produisent pas les même effets dès lors qu’entre temps le monde a changé!

Le système de 2018 n’est plus le système de 2008. Les causes ne s’appliquent pas au même corps social, politique, géopolitique, national et international.  Le monde a changé. Il s’est renationalisé, avec de nouvelles alliances ou solidarités régionales ou autres, idéologiques par exemple. Ce que l’on appelle la transmission ne joue plus de la même façon.

Le monde a changé car tout en conservant le même nom, les réalités qui se cachent derrière les noms et derrière les vocabulaires ont glissé; le monde s’est morcelé, il est déglobalisé, il est éclaté. Les barrières sont réapparues, le frottement s’est réinstallé, les contrôles se sont à nouveau érigés, la fluidité est partie. Le réglementaire a été réintrodruit. Les points faibles ont été listés et les pompiers sont sans cesse sur la brêche, localement pour éteindre le moindre début d’incendie , même si vous ne les voyez pas, même si vous n’en entendez pas parler. Par ailleurs des trèsors de guerre, comme en Chine, en Russie, en Turquie ont été constitués et ils permettent d’amortir ou d’encaisser les chocs.

Le monde a eu près de 5 ans pour se préparer au choc de la tentative de normalisation monétaire, elle a débuté en 2013.   Et  en plus il a eu la possibilité de tester grandeur nature l’efficacité des interventions en  2016, lors de la crise de la bulle chinoise. Les pays ont bénéficié d’un effet d’apprentissage. Ceci signifie que les contagions ne seront plus automatiques, elles seront arrêtées par des barrières. Par ailleurs le passage de la coopération internationale à l’affrontement n’est pas venu d’un seul coup, il a été préparé par la fin des Sommets, les Gmachins,  et le retour de l’unilatéralisme americain dès avant Trump.

Les USA ont inondé le monde de monnaie par les QE, la monnaie a été « trashée », bradée, elle s’est deversée sur tout ce qui rapportait un rendement, en particulier sur la Périphérie et elle a enflée toutes les valeurs et toutes les économies. L’arrêt de l’expérience monétaire, la hausse des taux américains, tout cela est censé produire le reflux, c’est dire le mouvement inverse de retour au bercail des dollars qui se sont déversés sur le monde. Le reflux est censé comme nous le disons souvent faire baisser le niveau de la mer des liquidités, dévoiler qui se baigne nu. Le dévoilement doit faire sortir de l’obscurité les mauvais débiteurs, montrer au monde entier leur insolvabilité. Leur change doit s’effondrer, leur marché financier doit s’affaisser et leur financement doit disparaitre, ils doivent être asphyxies. Mais ce que les experts n’ont pas prévu c’est le facteur temps ; certes les USA ont débuté la normalisation, mais l’Union Européenne, le Japon, la Chine continuent de créer de la monnaie et elles se livrent ainsi à une sorte de guerre monétaire, leur change baisse mais les liquidités mondiales restent abondantes, pléthoriques. Ce qui manque c’est le dollar , pas les liquidités. Le dollar se raréfie ce qui le fait monter et gêne les USA,  menace de provoquer un choc à rebours, un choc boomerang.

La crise turque incite à se méfier des mécaniques, des fausses alternatives du type ou bien  ceci, ou bien cela. Elle incite à la prudence dans les prévisions et en particulier elle devrait obliger les gourous à tenir compte de l’épaisseur du temps: les chocs ne sont pas forcément déterminants, ce qui est plus important, ce sont les processus. La crise viendra, c’est écrit, mais avant elle aura été absorbée et retardée, défigurée,  par de nombreux amortisseurs.

[Reuters] Asian shares gain on U.S.-China trade talks, lira recovers

[BloombergQ] Powell to Discuss Economy and Monetary Policy at Jackson Hole

[Reuters] China Premier says will introduce new measures to boost private investment: Xinhua

[Reuters] Pentagon says China military ‘likely training for strikes’ on U.S. targets

[FT] Cost of junk debt casts doubt on US expansion

[FT] Global equity market shrinks as buybacks surge

Le roller coaster nommé Lira!

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6 réflexions sur “Les dépêches vendredi 17 aout, réflexion sur la crise Turque

  1. Ce que vous dite signifie-t-il que les Etats notamment émergents vont chercher des alternatives au dollar pour les échanges internationaux? Quand on pense comment les US ont lutté contre l’UK dans les années 20-30 pour obtenir la suprématie monétaire (voir notamment Costigliola), on se demande s’ils pensent rester les maîtres en perdant un tel atout. Ou s’agit-il d’un mauvais calcul?

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  2. Vous m’étonnez M. Bertez…j’apprécie énormément vos analyses toujours empreintes de constance et de pertinence…et là, vous nous expliquez que le monde a changé et que « cette fois, c’est différent « …je crois me souvenir d’un de vos écrits fustigeant, de mon point de vue à raison, cette fameuse phrase…Dans le passé, chaque fois que l’on nous a parlé d’un supposé « changement de paradigme » (subprimes, TMT en 2001, etc), cela s’est terminé en catastrophe….cela devrait-il se passer différemment cette fois-ci, personnellement, permettez-moi d’en douter…

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  3. Comme vous le dites si justement Monsieur Bertez le plus important parametre c’est le temps.
    Gagner du temps et faire en sorte que les dettes/la bulle du crédit se dégonfle progressivement et n’explose pas brutalement par un remonté incontrollable des taux /le changement de perception sur les primes de risques.

    Pour dégonfler cette bulle on va brûler -trasher encore plus la-les monnaies et provoquer plus rapidement et fortement de l’inflation monétaire en essayant au maximum de contenir l’inflation de la demande et surtout des salaires

    Et parallèlement gagner du temps pour réorganiser le système monnétaire international et dans l’entre-temps les vielles dettes auront éte détruites via defauts -restructurations de dettes, surtout souveraines

    Tout est planifié il n’y a plus de marché libre donc les possibilités de manoeuvre sont grandes mais de loin pas suffisantes

    La grande question
    Qui souffrira le plus et quels moyens seront mis en place pour sauver les catégories de personnes que l’on choisira de privilégier au détriment de tous les autres

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