Un texte qu’il faut lire. Redéfinir un nouvel ordre du monde, par le ministre allemand des affaires étrangères

HEIKO MAAS    « Making plans for a new world order »

Ce texte publié par le journal Handelsblatt va à l’essentiel : la politique étrangère; l’ordre du monde, les relations entre l’Union Européenne et les Etats-Unis. C’est la politique étrangère qui détermine tout, tout le reste, tel est notre avis. Le reste en découle.
Ce texte qui s’adresse a des citoyens murs, adultes, informés, devrait être l’une des bases du débat à venir pour les futures élections européennes. Il aborde les vraies questions.
Nous sommes loin des pitoyables simplifcations rabaissantes , mystifiantes du gouvernement français qui ne trouve qu’une façon de positionner le débat européen en le présentant comme un choix entre les progressistes et les nationalistes, entre l’ombre et la lumière, entre le camp du bien et celui du mal, bref entre les partisans du progrès et les crétins. Honte à Macron et à sa bande d’incultes pour traiter ainsi les Français, honte à eux de mépriser autant la démocratie. Macron et sa bande ne respectent pas le peuple, ils le méprisent. Donc ils s’en coupent. 
Maas commence par placer son propos dans le long terme de l’Histoire. Il explique que la révision  des relations entre les USA et l’Europe s’impose depuis longtemps, elles changeaient dès avant la venue de Trump. Les tweets de Trump ne font que constituer une opportunité, une  occasion de poser et d’examiner ces relations. 
Se recommandant de Kissinger, Maas pense qu’à l’occasion des tweets erratiques et capricieux de trump, c’est peut -être le début d’une nouvelle ère qui se dessine. Au dela de trump car les USA c’est plus que Trump, c’est une démocratie pluraliste avec ses « checks and balance » grace aux rôles des tribunaux et du Congrès.
Ce n’est pas d’hier que les chemins de l’Europe et des USA divergent, cela fait des années. Nos valeurs ne sont plus tout à fait communes. La force du conflit et de la menace  Est-Ouest a décliné; et elle ne nous lie plus autant que par le passé. Nos liens se distendent.  Il est temps de revoir notre partnership non pour le détruire mais pour le préserver.
L’idée est de le rééquilbrer, d’en faire un partnership balancé dans lequel nous assumons chacun une part d’égale responsabilité. Nous devons faire contrepoids quand les USA franchissent les lignes, et la soutenir quand elle est obligée de reculer. Ceci devrait permettre un nouveau dialogue.
Seuls, nous ne pouvons réussir; notre objectif doit être de batir une Europe forte, souveraine. L’Union Européenne doit devenir la pierre angulaire de l’ordre international, un partenaire pour tous ceux qui sont engagés dans cette voie. L’Union est prédestinée à cela c’est dans ses genes, dans sa DNA.
Nous devons ëtre unis car les états-nations ne peuvent atteindre le niveau de puissance et de pouvoir suffisant pour agir et exister. Il ne s’agit pas de s’isoler ou de demander allégeance, non il s’agit de respecter les plus faibles et de montrer que la coopération internationale n’est pas un jeu à somme nulle.  (Note de BB, allez dire cela aux Grecs que les Allemands de Schauble ont massacré!)
Nous devons assumer notre part des charges de l’OTAN, cela a deja commencé.
Non parce que Trump fixe des pourcentages mais parce que nous ne pouvons plus compter sur Washington comme nous le faisions avant. Si nous prenons plus de responsabilité nous pourrons mieux compter les uns sur les autres. le gouvernement allemand s’oriente dans cette voie, le tournant dans les dépenses militaires est une réalité. Nous devons construire une force de sécurité pas à pas comme un projet autonome Européen.
Nous devons être rationnels et intervenir au Moyen Orient pour combattre là ou il le faut l’effondrement des structures gouvernementales. Et là ou les USa franchissent les lignes nous devons être des contrepoids. 
Nous devons lutter contre les désinformations: la balance des comptes entre l’Europe et les Etats-Unis  comprend bien plus que des échanges de biens et marchandises;  et si on raisonne correctement ce ne sont pas les USA qui ont un déficit mais l’Union Européenne.  Pensez aux milliards de profits que les filiales des géants de l’internet comme Apple, Facebook, et Google transfèrent aux USA chaque année. Quand on parle de règles du jeu honnêtes, on doit aussi parler de la juste taxation des profits comme ceux là.
Dans toutes ces situations nous devons etre fermes avec les Etas-Unis et leur dire clairement que que nous voulons travailler ensemble mais mais que nous ne sommes pas d’accord pour que l’on passe au dessus de nos têtes et et que l’on agisse à nos dépens, comme cela s’est fait s’agissant de l’Iran. 
Nous voulons protéger nos entreprises contre les sanctions. Et dans cet esprit il faut que que nous ayons les moyens de notre autonomie en établissant des canaux de paiement internationaux qui sont indépendanst des USA. Il faut metre en place un Fonds Monétaire Européen et un système des paiements indépendant de SWIFT.
Nous avons fait savoir aux Américains que nous étions contre la dénonciation des accords avec l’Iran, chaque jour qui passe avec ces accords est un jour ou on retarde la crise explosive qui menace le Moyen Orient.
Nous voulons oeuvrer pour le multilaéralisme pour un réseau de partenaires qui comme nous veulent respecter les règles et engager des compétions honnétes. Nous croyons à la coopération internationale et au respect de la Loi. Dans cette voie il n’y a pas d’exclusive, la porte est ouverte à tous. Il faut traiter ensemble les problèmes que nous ne pouvons résoudre séparément, cela va du climat au commerce mondial. 
Nous ne voulons pas abandonner les Etats-Unis, non nous voulons un nouveau dialogue Tansatlantique , avec le peuple, et même au dessus des pouvoirs politiques; dans cet esprit nous allons organiser une « german year in the US », une journée allemande aux Etats Unis .
Le texte de Maas.

Europe’s relationship with the US was changing even before Donald Trump and his provocative Tweets came along. Germany now sees the current trans-Atlantic antipathy as a historic opportunity to redefine the EU’s role, writes Germany’s foreign minister.

22.08.2018 – 15:15 Uhr

 

Who's rescuing who now? A flag used by US troops in Normandy, France, on D-Day in 1944.

Who’s rescuing who now? A flag used by US troops in Normandy, France, on D-Day in 1944.

Henry Kissinger was recently asked if Donald Trump could not unintentionally become the force behind the birth of a new western order. His answer: It would be ironic but not impossible. Instead of narrowing our view across the Atlantic to the ever-changing whims of the American President, we should adopt the idea that this could be the start of something new. We can’t not hear what’s going on across the Atlantic every day via Twitter. But a tunnel view into the Oval Office distracts from the fact that America is more than Trump. “Checks and balances” work, as US courts and Congress demonstrate almost daily. The Americans are debating politics with new passion. That too is America in 2018.

The fact that the Atlantic has widened politically is by no means solely due to Donald Trump. The US and Europe have been drifting apart for years. The overlapping of values and interests that shaped our relationship for two generations is decreasing. The binding force of the East-West conflict is history. These changes began well before Trump’s election — and will survive his presidency well into the future. That is why I am skeptical when some ardent trans-Atlanticist simply advises us to sit this presidency out.

Since the end of the Second World War, the partnership with the US has brought Germany a unique phase of peace and security. America became a place of longing. For me too, when I traveled from New York to LA over a few months as a high-school graduate, with Paul Auster’s “New York Trilogy” in my pocket and Bruce Springsteen’s music in my ears. But looking back does not lead to the future. It is high time to reassess our partnership — not to leave it behind, but to renew and preserve it.

Europe United

Let’s use the idea of a balanced partnership as a blueprint, where we assume our equal share of responsibility. In which we form a counterweight when the US crosses the line. Where we put our weight when America retreats. And in which we can start a new conversation.

If we go it alone, we will fail in this task. The outstanding aim of our foreign policy is to build a sovereign, strong Europe. Only by joining forces with France and other European nations can a balance with the US be achieved. The European Union must become a cornerstone of the international order, a partner for all those who are committed to it. She is predestined for this, because compromise and balance lie in her DNA.

“Europe United” means this: We act with sovereignty at those points where nation-states alone cannot muster the level of power a united Europe can. We are not circling the wagons and keeping the rest of the world out. We are not demanding allegiance. Europe is building on the rule of law, respect for the weaker, and our experiences that show that international cooperation is not a zero-sum game.

A balanced partnership means that we Europeans take an equal share of the responsibility. Nowhere is the trans-Atlantic link more indispensable to us than in terms of security. Whether as a partner in NATO, or in the fight against terrorism, we need the US. We must draw the right conclusions from this. It is in our own interest to strengthen the European part of the North Atlantic Alliance. Not because Donald Trump is always setting new percentage targets, but because we can no longer rely on Washington to the same extent. But the dialectic of the trans-Atlantic also means this: If we take on more responsibility, then Americans and Europeans can continue to rely on each other in the future.

The German government is following this path. The turnaround in defense spending is a reality. Now it is important to build a European security and defense union step by step — as part of trans-Atlantic security and as a separate European project for the future. Increases in defense and security spending make sense from this perspective.

Exposing fake news

Another crucial point: Europe’s commitment must be part of a rationale based on diplomacy and civil crisis management. In the Middle East, the Horn of Africa and Africa’s Sahel areas, we are also using non-military means to combat the collapse of government structures. For me, these are examples of trans-Atlantic cooperation — and a blueprint for joint involvement in other crises elsewhere.

And where the USA crosses the line, we Europeans must form a counterweight — as difficult as that can be. That is also what balance is about.

It starts with us exposing fake news. Like this: If the current account balance of Europe and the US includes more than just trade in goods, then it is not the US that has a deficit, it’s Europe. One reason is the billions in profits that European subsidiaries of Internet giants such as Apple, Facebook and Google transfer to the US every year. So when we talk about fair rules, we must also talk about the fair taxation of profits like that.

It is also important to correct fake news because it can quickly result in the wrong policies. As Europeans, we have made it clear to the Americans that we consider the withdrawal from the nuclear agreement with Iran to be a mistake. Meanwhile, the first US sanctions have come back into force.

In this situation, it is of strategic importance that we make it clear to Washington that we want to work together. But also: That we will not allow you to go over our heads, and at our expense. That is why it was right to protect European companies legally from sanctions. It is therefore essential that we strengthen European autonomy by establishing payment channels independent of the US, a European monetary fund and an independent SWIFT [payments] system. The devil is in thousands of details. But every day that the Iran agreement lasts, is better than the potentially explosive crisis that threatens the Middle East otherwise.

A balanced partnership also means that, as Europeans, we bring more weight to bear when the US withdraws. We are concerned about Washington’s withdrawal of affection, in financial and other terms, from the UN — and not only because we will soon be on the Security Council. Of course we can’ t fill all the gaps. But together with others, we can cushion the most damaging consequences of the thinking that says success is measured in dollars saved. That is why we have increased funding for relief organizations working with Palestinian refugees and sought support from Arab states.

We are striving for a multilateral alliance, a network of partners who, like us, are committed to sticking to the rules and to fair competition. I have made my first appointments with Japan, Canada and South Korea; more are to follow. This alliance is not a rigid, exclusive club for those with good intentions. What I have in mind is an association of states convinced of the benefits of multilateralism, who believe in international cooperation and the rule of the law. It is not directed against anyone, but sees itself as an alliance that supports and enhances a global, multilateral order. The door is wide open — above all to the US. The aim is to tackle the problems that none of us can tackle on our own, together — from climate change to fair trade.

I have no illusions that such an alliance can solve all the world’s problems. But it is not enough just to complain about the destruction of the multilateral order. We have to fight for it, especially because of the current trans-Atlantic situation.

Please, don’t abandon America

One final point is elementary: We must begin a new dialogue with the people on the other side of the Atlantic. Not only in New York, Washington or LA, but also in middle America, where the coast is far away and Europe is even further away. Starting in October, we will be hosting a “German Year in the US” for the first time ever. Not to celebrate the German-American friendship as nostalgia but to enable encounters that make people feel that we are moved to ask similar questions, that we’re still close.

Exchange creates new perspectives. I can’t let go of an encounter I had recently on one of my trips. A young US soldier used an unobserved moment to whisper to me: “Please, don’t abandon America.” An American soldier was asking a German politician not to let America down. The affection that lay in this request touched me deeply. Perhaps we now need to get used to the idea that Americans are going to say such things to us Europeans.

Anyway, it would be a nice, historical irony if Henry Kissinger turned out to be right. If the White House’s tweets actually led to a balanced partnership, a sovereign Europe and a global alliance for multilateralism. We’re working hard on that to happen.

To contact the author: columnist@handelsblattgroup.com

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5 réflexions sur “Un texte qu’il faut lire. Redéfinir un nouvel ordre du monde, par le ministre allemand des affaires étrangères

  1. Le langage de M. Maas reste diplomatique et imprécis historiquement malgré la clarté de l’objectif qu’il affiche.

    En effet, il ne dit pas que les US n’ont jamais été les partenaires de l’Allemagne mais leurs concurrents, tout d’abord créanciers (Plan Dawes 1924, Plan Young 1930) puis occupants après la guerre.

    Ce que ne dit pas non plus M. Maas, c’est que l’Allemagne, libérée de la tutelle américaine, cherchera à retrouver une puissance militaire qui lui a manqué et ne l’a cependant pas empêchée de reconquérir l’Europe. La propension à l’expansion de l’Allemagne n’a rien à envier à celle des Etats-Unis et Yvonne Bollman l’a souligné dans son essai intitulé Ce que veut l’Allemagne (Bartillat, 2003). A la page 11, elle y cite ce propos tenu par Klaus Kinkel alors qu’il était ministre des Affaires Etrangères en 1993 soit un an après la signature du Traité de Maastricht. En bâtissant l’Europe, Klaus Kinkel prétendait « accomplir quelque chose en quoi nous avons échoué à deux reprises (sic) et qui est, en harmonie avec nos voisins, de trouver le rôle correspondant à nos souhaits et à notre potentiel » (Frankfurter Allgemeine Zeitung, 19 mars 1993). Des propos absolument pas contredits par son successeur Joshka Fischer qui écrit en 1995, de façon encore plus directe : « Est ce que l’Allemagne va enfin obtenir ce que le monde lui a refusé au cours des deux dernières guerres mondiales (re-sic), c’est-à-dire une sorte d’hégémonie douce sur l’Europe, résultat de son poids, de sa position géopolitique, de sa puissance industrielle? » (Cité dans Bastille République Nation, Le journal, 30 janvier 2001).

    L’Allemangne que ce soit celle de la République de Weimar il y a presque cent ans ou celle qui gouverne l’Europe aujourd’hui n’a jamais renoncé à sa remilitarisation et à joindre la force militaire à sa puissance économique pour dominer ses voisins.

    Espérons simplement que l’Allemagne sera plus sage que l’Amérique sur le plan diplomatique (Iran, Syrie, Russie…)

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  2. Il n’y a aucun équilibre possible AVEC les USA. La seule possibilité pour l’Allemagne (aka « l’Europe » pour les naïfs) est d’occuper les espaces délaissés par les américains si ceux-ci le veulent bien. L’Allemagne, « un contre poids des USA quand ils franchissent les lignes »….plutôt un partage du monde pas très loin de ce que Hitler cherchait (en vain) quand il parachutait son dauphin en Angleterre.

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  3. A approuvé les bombardements sur les Serbes.
    Approuve-il les chars otanesques à la frontière russe? Pour un nouveau Barbarossa ?
    AntiRusse primaire, bas les pattes sur l’hinterland teuton. L’espace vital (économique).
    Se camoufle astucieusement derrière sa foi catholique et les « valeurs de l’UE ».
    Les allemands seraient-ils redevenus un danger pour la paix ?

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    1. Un danger pour la paix ? Pas à court et moyen terme… D’ailleurs qui pourrait les affronter en Europe ? Certainement pas la France qui s’est laissée déclasser. Les allemands sont conscients de leur force économique, ils en veulent les retombées politiques : le leadership en Europe… dans un premier temps.

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