Editorial: l’ autorité monétaire mondiale confirme qu’elle choisit bien la voie de la catastrophe.

Les autorités monétaires se taisent.

Même quand elles ont l’occasion de s’exprimer comme ce fut le cas hier lors de la réunion de Jackson Hole pour Powell, elles ne disent rien. Draghi et Kuroda eux ne se sont même pas dérangés alors qu’ils avaient à leur disposition une tribune mondiale. Les autorités, les oracles, les apprentis sorciers  ne disent rien et c’est précisément ce “rien” qui est important et qu’il faut analyser. Ce “rien” succède à une activité verbale considérable, historiquement exceptionnelle au cours de laquelle elles ont guidé, piloté, tenu par la main. Ce “rien” est une sorte de sevrage: on lâche la main du bébé qui fait ses premiers pas afin de voir si il peut tenir debout et se passe des béquilles.

Les autorités monétaires sont terrorisées, tétanisées à l’idée de dire ce qu’il ne faut pas, elles savent que le moindre écart verbal sera analysé interprété et que les cheveux seront coupés en quatre par une multitude de gens à l’affût, en embuscade.

Les autorités sont condamnées à la continuité, partant de l’idée que la continuité est intégrée dans les anticipations,  et c’est ce qu’a fait Powell, il s’est fait le chantre, le héraut de la continuité. Il a loué le gradualisme, les petits baby steps initiés par son prédecesseur. Cette pratique marche, elle donne peu de résultats certes, mais au moins elle n’a pas renversé l’étalage du marchand de pommes selon l’expression américaine. Le gradualisme ne fait pas de mal, il ne bouleverse rien mais au moins il ne fait pas mal. D’où la contradiction, on n’en finit pas de préparer l’atterrissage. Les manoeuvres préliminaires ne font rien, parce que c’est uniquement quand cela fait mal que cela commence à faire du bien;  entendez par la que cela commence à faire effet. Et on refuse que cela fasse mal. On n’en finit pas de ne pas atterrir, mais de préparer l’atterrissage.

La Fed remonte les taux comme prévu depuis longtemps, elle réduit un peu la taille de son bilan, mais la BCE, la BOJ elles continuent et par solde, la normalisation ne mord pas vraiment. Le marché financier directeur mondial, le S &P 500 qui est le receptacle  des liquidités et le lieu ou se produit l’inflation monétaire, le marché financier continue de produire des records. Des records faibles d’accord, mais des records tout de même. La preuve que la psychologie des détenteurs de capitaux n’a pas changé, malgré le début de normalisation, est fourni par le fait que déja, les Grandes Maisons disent qu’il est temps de revenir sur les Emergents, sur l’Europe et sur la Chine, elles pensent qu’il y a là une sorte de retard à rattrapper.

On ne croit pas à la fin de ce que nous appelons l’inflationisme, c’est à dire à la fin de la gestion par bulles successives; on ne prévoit pas de retour au passé, à l’orthodoxie ancienne.

C’est en fait le message subliminal qu’est venu faire passer Powell à Jackson Hole : je m’inscris dans la continuité, il n’y aura pas de retour en arrière on continuera d’utiliser la politique monétaire non conventionnelle, c’est à dire l’inflationnisme et par conséquence il n’y aura pas de  rupture. Il n’y aura pas « un avant et un après ».  Voila le message: Powell a confirmé ce que nous pressentons depuis … 2009, il n’y aura pas de retour en arrière. Il faudra s’habituer a ce que le bilan des banques centrales soit utilisé comme lors de la crise, il faudra s’habituer aux taux zéro et même négatifs donc il faut s’habituer définitivement selon Powell aux valorisations boursières élevées, inflatées,bullaires. Au passage Powell confirme la mutation de la nature de la monnaie, simple jeton, simple opérateur économique  et definitivement plus réserve de valeur. Il confirme aussi la dénaturation des marchés boursiers qui sont devenus des services publics.

Du coup le message de Powell, tout vide qu’il était a été interprété comme dovish., colombe.  Powell s’est placé dans la continuité de Greenspan , eh oui et dans la continuité de Yellen . Je comprends mieux maintenant pour Trump l’a choisi , il n’aurait jamais choisi Taylor! Trump préfère l’arbitraire au respect de  la règle. 

Powell l’a jouée prudente, cette épreuve de Jackson Hole, il a du la préparer et re-préparer car il était la cible, dans le collimateur , non seulement de Trump mais aussi de tous les marchés et même de tous ses collègues. Sa présentation a tourné les écueils en ne disant « rien » avons nous affirmé en débutant ce texte; il a passé son temps à rationaliser et justifier lourdement , avec insistance la politique suivie.

La Fed est piégés dans une politique de gradualisme, de pas de bébé comme Greenspan l’avait été dans les années 90 et c’est dans cette continuité que Powell s’est placé: « Under Chairman Greenspan’s leadership, the committee converged on a risk-management strategy that can be distilled into a simple request: ‘Let’s wait one more meeting; if there are clearer signs of inflation, we will commence tightening.’ Meeting after meeting, the committee held off on rate increases while believing that signs of rising inflation would soon appear. And meeting after meeting, inflation gradually declined. »

Ce rappel de la position d’attentisme de Greenspan est significatif, de la prudence de Powell, prudence qu’il présente comme du “risk management”, de la gestion des risques façon Greenspan. On attend le plus longtemps possible avant de prendre une décision, on attend à chaque fois le meeting suivant. Au lieu de monter comme certains le croyaient eh bien , on constate ,comme on l’a constaté dans les années 90 que l’inflation ne vient pas. Voila le message de Powell, dans les pas de Greenspan.

Ceci est important quand cela est dit clairement , et clairement voici la formulation: nous abandonnons la doctrine de l’action préemptive de la Fed. Cette doctrile d’avant Greenspan née dans les années 60 , fondée sur le fait que les politiques monétaires mettaient longtemps, 18 mois, à faire sentir leurs effets, cette doctrine je ne m’y rallie pas. Je n’anticipe pas préemptivement, je prends le risque. Entre le risque de casser les marchés et de précipiter une nouvelle crise financière je fais le pari , comme Greenspan le faisait ,  que peut être l’inflation ne sera pas là.

Il est évident que ce pari ne tombe pas du ciel, il s’appuie sur les travaux des services de la Fed et sur les modèles. Des modèles que les très grandes banques ont, elles aussi, et qui disent la même chose, les risques d’accélération des hausses de prix sont limités, faibles donc la politique monétaire n’a pas besoin ‘aller trop loin, elle peut rester très dissymétrique. Bref tout ceci ratifie le pari de certains à la fois sur le maintien d’un niveau élevé des cours boursiers, sur le maintien d’un taux R* neutre bas et sur le maintien des taux du 10 ans US dans la zone des 3%. D’ailleurs les grandes banques émettent des prévisions révisées en baisse pour les taux longs US. Certaines ne voient plus des taux du 10 ans au dessus de 3,2%.

Powell; c’est évident préfère le risque de ne rien changer au dispositif de gradualisme plutot que de prendre le risque de bousculer l’édifice!

Les circonstances sont en effet  très délicates:

-il est critiqué par le président Trump

-les élections de mid term, très importantes approchent

-la Bulle Mondiale, globale commence à laisser passer de l’air dans ses zones les plus faibles

-les divergences entre les marchés et les économies réelles sont considérables

-les USA sont booming mais la Chine et les émergents souffrent avec des risques de crise contagieuse

-le dollar en hausse est un facteur déstabilisant de la finance mondiale

En clair la situation mondiale appelle un maintien des taux bas et des injections de liquidités alors que la situation américaine réclame un resserrement.

La solution de Powell: laissons passer le temps, laissons les marchés essayer de trouver un juste milieu et exercer si c’est possible, eux même une action restrictive. Nous sommes dans la complexité de la gestion macro mondiale, ce qui est bon pour les uns n’est pas forcément bon pour les autres , mais il faut faire avec.

Ce que Powell et les commentateurs MSM oublient, c’est le long terme comme d ‘habitude.

L’histoire a montré que Greenspan s’était trompé dans son appréciation des risques! Tout au long de ces décades de magistrature de Greenspan le Maestro s’est trompé; jamais les crises, les euphories, les exubérances et les chocs n’ont été aussi fréquents. Greensapn c’est le temps du roller coaster financier, le temps des crises à répétition :un jour c’est le boom, un autre c’est le bust, c’est a dépression qui menace. Greenspan c’est celui qui a préparé la Grande Crise Financière de 2008. Se réclamer de Greensapn sans tirer les leçons de sa gestion par bulles successives, c’est finalement accepter cette fatalité et la ratifier pour le futur: on va continuer. C’est oublier l’indignation, le mépris, la colère qui ont suivi le départ de Greenspan et sa responsabilité dans l’imbécillité immobilière qui a été produite par sa politique, c’est oublier ses propos idiots sur la productivité qui aurait durablement été bonifiée, c’est oublier ses pronostics délirants sur le marché du logement qui n’aurait pas été surévalué. C’est oublier son erreur terrible qui a consisté à considérer que les analystes financiers fournissaient des anticipations correctes de l’activité et des bénéfices à venir! C’est oublier sa naïveté qui lui a fait croire que le marché boursier et financier était capable d’être efficace, de discipliner les banquiers et les spéculateurs.

Bref la leçon que l’on peut tirer de la magistrature de Greenspan, ce n’est pas que la gestion des risques, cela marche, c’est le contraire: la gestion des risques est une illusion.La gestion des risques.. c’est risqué! 

Les crises de dettes, les crises du marché obligataire, les crises des telcos et du Nasdaq, , les crises du logement, et de l’hypothécaire, toutes ces crises sont imputables à la stratégie de risk management de Greenspan et la leçon de l’histoire est que ce type de stratégie ne produit que des catastrophes.

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