Essai. Le profit et la crise; lien avec le crédit. A relire, article remanié.

Les statistiques sur l’évolution des profits aux Etats-Unis donnent l’impression que ceux ci sont « booming ». La hausse continue des Bourses concourt à créer cette fausse impression.

Et souvent j’ai des remarques qui contestent/s’étonnent de mon hypothèse de travail de base qui est celle d’une insuffisance de la profitabilité  du capital total qui est à la recherche de sa rentabilité.


Je précise que l’analyse qui suit s’applique aux autres grands pays développés, mais que les statistiques sont moins accessibles.


Je rappelle que la profitabilité du capital est le ratio des profits divisé par la masse de capital qui prétend à sa rémunération, et que les marges bénéficiaires des entreprises sont un autre ratio, celui des profits divisés par le chiffre d’affaires réalisé.

Il ne faut pas confondre les marges bénéficiaires avec la profitabilité: les marges bénéficaires sont en hausse dans le système néo-liberal précisement afin de compenser l’érosion de la profitabilité. C’est parce que la profitabilité a une tendance à l’érosion que les détenteurs de capitaux font pression pour comprimer les salaires et augmenter les marges. D’ou l’absence de progression des salaires et des pouvoirs d’achat gagnés. D’ou le recours au crédit pour compenser l’insuffisance de pouvoir d’achat . Le crédit sert à maintenir en vie un système désequilibré. Si on refusait le maintien en vie du capital excédentaire , inefficace, socialement non utile , alors on réduirait le besoin de faire pression sur les salaires. La compression des salaires est une subvention au capital inefficace. Le crédit quasi gratuit également.

Par ailleurs le système capitaliste a muté il s’est financiarié ou financialisé; il est devenu de façon dérivée le système de la production de capital encore plus que le système de production de profit.

Je m’explique : on ne fait plus une fortune considérable en réalisant simplement du profit et en l’accumulant, non on fait une fortune considérable en créant une affaire qui a des perspectives de profits hors normes et en vendant cette affaire sur le marché financier par une IPO, introduction en Bourse par exemple.

Ce n’est plus l’accumulation des profits qui fait les grandes fortunes, c’est la multiplication des espoirs de profits à venir par un multiple qui lui dépend du niveau des taux d’intérêt. Le marché financier est le lieu, le moteur de l’accumulation du capital. Et ce moteur est alimenté par le crédit et la monétisation. D’ou l’importance de la politique monétaire des kleptos: en maintenant les taux d’intérêt quasi nuls, ils inflatent le multiple cours-bébéfice et donc les cours de Bourse et donc leur capital.

Toutes les fortunes colossales se sont créees ainsi dans les temps post-modernes: l’existence d’un marché financier qui valorise le capital sur la base d’un profit futur est central dans le nouveau système. Et ceci est permis par la politique monétaire crony qui alimente la Bourse, la solvabilise,  et fait en sorte que les multiples soient astronomiques. Regardez les vraies fortunes, celles des Bezos, Musk, Gates etc.

Je rappelle que constitue un capital, tout ce qui donne droit à un prélevement, à une part des profits réalisés dans le système. Et il y a    du capital productif, de l’improductif, du capital fictif, du capital zombie, du capital de poids mort.

La profitabilité du capital productif, efficace, créateur d’emplois, bref la rentabilité du capital légitime est pénalisée par le profit qui est détourné en faveur du capital fictif douteux, parasite…

L’idéologie dominante en économie occulte le rôle central du profit et de la profitabilité: il ne faut pas qu’il soit dit que la profitabilié du capital est le paramêtre central en système capitaliste. Ce serait considéré comme scandaleux. Il faut faire comme si le système marchait autrement , presque de façon socialiste: on produirait des biens et services pour satisfaire des besoins et non pas pour produire des profits et du capital. On nie que le capitalisme soit le système dont le moteur est l’enrichissement.

Moi qui suis capitaliste, au contraire, j’affirme que le capitalisme est le système dont la logique est la production de profit maximeum et que ce système est défendable voire légitime si il n’est pas biaisé . Je préfère le capital alloué par des capitalistes efficaces à un capital alloué par Hollande, Macron  ou Chirac et leurs fonctionnaires irresponsables cooptés. Bref je préfère  le système capitaliste au système Nomenklaturiste.

Capitalisme pas biaisé cela signifie pas détourné au profit d’une classe kleptocratique, pas crony.

Si on accepte de sanctionner  le capital qui échoue, si on évite le pillage de la monnaie par les kleptos et si finalement on fait en sorte que les rigueurs de la concurrence que l’on applique aux salariés soient aussi appliquées au capital alors, le capitalisme est  légitime. Il est défendable car excellent producteur  de richesses, de bien être et de progrés.

Si on en croit la presse et les chiffres publiés par les entreprises il n’y a pas d’insuffisancede profits aux USA . S’agissant des profits extériorisés après impots, l’amélioration est incontestable mais la baisse des impots est une subvention ponctuelle au capital.

Ce que l’on voit moins c’est l’évolution hors incidence de la fiscalité.

Voici deux graphiques qui remettent les choses en perspective

Evolution des profits avant impots aux USA, en % année sur année. pas brillant !

Evolution des profits en masse , avant impots, depuis le plus bas la crise ! On n’a même pas retrouvé le niveau de 2014. 

Evolution du taux de profit mondial: bien entendu les chiffres devant être recalculés, ils ne sont pas disponibles en temps réel! Le graphique est à considérer comme une illustration. Une tendance..!.

maito

Regardez la courbe en noir, elle exprime tres bien l’érosion de long terme avec le sursaut , puis la rechute. et n’oubliez pas que c’est obtenu apres baisse du cout des dettes, apres mise en stagnation des salaires depuis près de 30 ans! Les gouvernements, sans expliquer pourquoi bien sur multiplient les cadeaux fiscaux afin de bonifier les profits et peut etre obtenir une accélération des investissements mais c’est un échec car les cadeaux et la gratuité des recours au credit sont utilisés pour gonfler encore plus le capital fictif et les cours de Bourse par les rachats d’action. Cette politique ne marche pas, elle est une impasse.

Résumé schématique:

Le Moteur du système capitaliste ce sont profits ou plus exactement le taux de profit qui revient au capital.

Depuis très longtemps, mettons 50 à 60 ans la profitabilité s’érode, c’est une tendance longue. Tendance cela veut dire que des rémissions peuvent intervenir.

Cette tendance à la baisse de la profitabilité a besoin d’être contrée sinon le système court à l’impasse puis au désordre .

Baisse de la profitabilité =baisse des opportunités d’investissement= moins de création d’emplois=plus de chomage= dislocation sociale= risque politique=contestation de l’ordre établi.

Pour contrer la tendance se met en place une politique dit néo libérale.

-On abandonne le fordisme qui consistait à payer de bons salaires pour que le pouvoir d’achat soit suffisant.

-On commence une tendance très longue à la mise à zéro des taux d’interet et donc à l’euthanasie des rentiers,

-On désancre les monnaies afin de libérer la création de liquidités et de pouvoir produire du crédit sans limites

-On déreglemente secteur bancaire afin d’augmenter ses capacités de financement même en cas d’épargne insuffisante

-On mondialise c’est à dire que l’on organise la baisse des salaires au niveau global par l’arbitrage international du travail, par la mise en concurrence

-On developpe le commerce international afin de pouvoir saturer les débouchés des autres, on fait le profit chez soi mais on le réalise chez les autres en leur vendant nos biens et services, d’ou les priorités à l’exportation

-On commence une longue baisse de la fiscalité des entreprises.

Le résulat de toutes ces mesures produit une hausse quasi mécanique des valeurs boursières c’est à dire de la valeur des capitaux anciens puisque le taux de rendement des placements sans risque s’effondre, puisque les liquidités sont surabondantes, puisque le revenu national bascule en faveur des entreprises, puisque le gouvernement fait supporter la fiscalité par les salariées, puisque , puisque…

Ce qu’il faut comprendre c’est que ce sont les mesuress, les ripostes qui sont mises en place pour pallier l’érosion des taux de profit qui font monter la Bourse. Ce n’est pas la prospérité , non c’est le contraire, c’est l’inverse, c’est la menace de l’asphyxie du système.

 

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7 réflexions sur “Essai. Le profit et la crise; lien avec le crédit. A relire, article remanié.

  1. Mais pour que le capitalisme ne soit pas biaisé, pour qu’il cesse d’être crony (ce qu’il n’a jamais cessé d’être depuis ses débuts, depuis les Függer), il faudrait qu’il soit réglementé par des instances indépendantes. Or, dans le monde réel, aucune instance politique n’est indépendante du capital qui pousse ses tentacules partout. Charles Quint déjà devait sa couronne impériale aux Függer et lorsqu’il est devenu roi d’Espagne, c’est son cortège de profiteurs flamands qui ont fait fortune. Il me semble que rêver d’un capitalisme non crony, c’est vivre en dehors du réel. Nous oscillons donc entre Crony Capitalism et Nomenklaturism, entre Charybde et Scylla.

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      1. Oui je vous comprends tout à fait.

        Je lisais encore récemment que lorsque Tiberius Gracchus a reçu le pouvoir à Rome, il a voulu évincer les sénateurs corrompus et profiteurs en confiant leurs prérogatives aux chevaliers. Ces derniers, ayant pris goût au pouvoir, sont devenues pire que leurs prédécesseurs, affichant la rapacité et l’inélégance propres au plus vulgaire des parvenus. Cette dérive n’était certainement pas dans les projets de Tiberius Gracchus, qui avait été élevé dans la vertu. Mais on est vite dépassé par les humains (trop humains) qui nous entourent, lorsqu’on a besoin d’eux pour faire changer les choses.

        Je me demande pour finir si le crony capitalism n’est pas tout simplement une nomenklatura puisqu’il s’empare des leviers du pouvoirs pour faire avancer ses petites affaires.

        Le même piège de part et d’autre… Pour sortir de ce piège nous reste le stoïcisme d’Epictète ou la mystique de Jean de la Croix…

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  2. Est ce que l’augmentation de la masse de capital ne préfigure pas inéluctablement à moyen terme un redémarrage de l’inflation au moins pour les biens permettant de stocker de la richesse (Immobilier / Terre / Or / en plus des actifs financier actuellement …) initiés par les propriétaires de ce nouveau capital ?

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  3. Comme Leter, je ne crois pas que le « capitalisme » existe.

    Le capitalisme est une invention de ceux qui le combattent afin de désigner un responsable aux maux (dont le profit et l’économie de marché), et mettre en valeur une idéologie, ou des idéologies (collectivistes, qu’elles soient brunes, vertes ou rouges). Après tout, si le capitalisme est un système, une idéologie, cela implique qu’on peut en changer, qu’il n’a pas forcément quelque chose à voir avec la civilisation, qu’on peut lui en substituer un meilleur tiré de la théorie. Mais le « capitalisme » n’est pas une idéologie, ce n’est pas un mal dont il faut se soigner; en revanche dans le vocable de nombreuses personnes, il est l’ennemi invisible à abattre (Hollande parlait pour sa part du « monde de la finance »). D’ailleurs, l’historien Jacques Heers fait remonter le capitalisme au Moyen Age. Généralement on désigne sous le nom « capitalisme » la propriété privée des moyens de production, c’est finalement une invention assez pauvre pour un grand bénéfice idéologique.

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    1. « je ne crois pas que le « capitalisme » existe »
      .
      Votre commentaire ne permet pas de réponse car d’emblée vous vous placez sous le signe de quelque chose qui ne peut être discuté: la croyance.

      Neanmoins je perçois ce que vous voulez dire.

      « Après tout, si le capitalisme est un système, une idéologie, »

      Attention vous assimilez « système » à » idéologie »; je suis obligé de préciser pour les lecteurs que votre usage du mot « système » n’a pas de rapport avec le mien.

      Mon usage du mot système n’est absolument pas celui là. Je m’en suis expliqué très souvent. Mon usage du mot système a plutot à voir avec celui de structure sous jacente à la réalité apparente , structure dont les composantes sont connectées, interdependantes et non séparables, comme un puzzle. Quand on utlise le mot système, on veut faire comprendre que l’on ne peut toucher à une partie sans que cela ait des conséquences sur d’autres parties.

      Aimé par 1 personne

      1. Oui, je ne rentre pas, pour les besoins de la cause, dans un approfondissement de ce mot.

        Ceci étant, le communisme est une idéologie. Mais c’est aussi un système alternatif aux rapports humains basés sur l’échange volontaire, le calcul économique etc. Tout système engendre ses kleptocrates et le socialisme ne fut pas en reste.

        Je ne vois d’ailleurs pas le « système » comme un synonyme du mot complot. Plutôt comme un ensemble de personnes, qui sans forcément se connaître, sans forcément travailler de concert, consciemment ou non, ont par exemple un intérêt au maintien de règles ou pratiques existantes, ou à leur changement, à aller dans une direction.

        Souvent la vision est liée au système. Par exemple, les chantres de la liberté totale de circulation des personnes sont majoritairement des personnes qui profitent de la globalisation. Elles disent « l’histoire est en marche, elle va dans ce sens, on ne peut aller contre, le mouvement continu est l’horizon de l’homme »; et on les retrouve le lundi à NY, le mercredi à Singapour et le dimanche à Londres pour leurs affaires. C’est le cas des artistes, des journalistes, des hommes d’affaires…

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