Editorial. Les marchés ne font pas de prisonniers, mais ils ont un otage: c’est l’activité économique. Et ensuite tout s’enchaine…

Préambule:

Cet article n’est boursier et financier qu’en apparence .

La phrase que nous mettons en exergue de notre service est « il n’est de vérité que du tout » .

Plus que jamais il convient de la méditer car elle est centrale dans notre démarche laquelle consiste à mettre les choses, les évènements, les discours bout à bout, à les inscrire en perspective, bref essayer d ‘avoir une vision du « tout ».

La vérité se donne à voir à partir du « tout », le mensonge, la tromperie, la mystification, l’enfumage se construisent à partir du partiel. A partir du parcellaire. Le plus grand atout du système fondé sur le pouvoir des élites est la division: division du travail, division de la pensée, division des opinions politiques.

La démarche des pouvoirs en place consiste à saucissonner pour que jamais vous ne compreniez, pour que vous soyez incapable de relier les  causes et les effets, pour que jamais votre mécontentement n’atteigne la masse critique.  Ainsi vous ne pouvez prendre conscience du monde dans lequel vous vivez.

J’y insiste: plus encore que le mensonge et sa répétition, l’outil de votre maintien en situation de servitude/dépendance, c’est le saucissonnage.

Avec deux compléments.

Le premier c’est la transformation du sens en image afin de produire un monde de fausses évidences. On transforme un monde qui a de multiples dimensions qui produisent du sens en un monde à plat, qui ne produit que des émotions.

Le second, c’est  la répétition. Pour dominer il faut répéter. Inlassablement, sans pudeur.

Ainsi Macron prépare les élections européennes en répétant chaque jour qu’elles sont l’affrontement des partisans du progrès contre les autres, les ringards, les nazis, les nationalistes , les racistes etc. Macron répète quotidiennement une contrevérité et cette contrevérité construit un corps  électoral  divisé en deux: ceux qui sont les bons et qui votent pour lui et ceux qui sont le mal incarné et qui votent pour les autres.

Vous avez compris je pense.

Passons à l’actualité.

Craquements sinistres dans le monde financier, alors que la reprise économique s’épuise en Europe et dans le monde hors USA 

Tout ceci pour dire que nous sommes en 2018, 10 ans après la crise et que des évènements sont en train de se produire qui sont des prolongements de cette crise et qui peut-etre préfigurent, annoncent, préparent  ce qui va se passer au cours des prochaines années.

Le fait nouveau c’est la chute synchronisée de toutes les Bourses, c’est à dire la fin de l’exception américaine, ce que nous avons appelée la situation de divergence. Il y a réconciliation financière. Les pertes sont colossales, elles se chiffrent par trillions. On en est entre 15 et 20 depuis le début de l’année. 

Le « tout » qu’il faut prendre en considération c’est cela: nous ne sommes pas sortis de la crise, nous l’avons repoussée et les conséquences de cette crise sont devant nous; elles seront financières, économiques, politiques, sociales et géopolitiques.

En 2009 « ILS » ont prétendu sauver l’ordre du monde, dixit Bernanke plus tard, en fait ils n’ont fait que retarder la mise en  cause de cet ordre au prix d’un désordre intermédiaire encore plus grand. .

On a repoussé les effets de la crise par la création de monnaie, c’est à dire par l’inflation du bilan, du crédit des banques centrales du monde entier. Ceci a fait monter tous les marchés financiers. On a soufflé ce que l’on appelle une bulle pour bien marquer que c’est du vent. On appelé cela pudiquement « la recherche d’un effet de richesse », mais en réalité on a ajouté des zéros dans les livres de compte et mis en place des comptabilités truquées. 

Les évènements qui sont en train de se produire sont, pour parler simplement, le produit d’une tentative: on a administré des remèdes à la crise en 2008 et 2009 et suivantes, ces remèdes sont maintenant contreproductifs, ils ont trop d’effets négatifs et donc il faut tenter de normaliser c’est dire de retirer progressivement ces remèdes, ces drogues.

Pour faire simple, on a administré des dopants et des sédatifs  et le caractère nocif de ces drogues est tel qu’il faut maintenant sevrer.

Quand les remèdes ont été administrés nous avons expliqué qu’ils étaient euphorisants. Ils ont fait perdre jusqu’à la mémoire de la crise! Mais nous avons aussi démontré que leur coût ne se manifestait que bien plus tard, c’est à dire lorsque l’on tentait  de les retirer.

Le coût des mesures non conventionnelles qui ont été administrées très généreusement ne se voit qu’à la fin, quand on essaie de s’en passer. En finance et en économie pas plus qu’ailleurs il n y a de  » free lunch ». Sinon, pourquoi ne pas perpétuellement fonctionner sous dopage?

Nous sommes au moment où, avec un bel ensemble toutes les autorités du monde global essaient de réduire les doses de remèdes, essaient de normaliser. Les uns sont en avance comme les USA et les autres en retard comme l’Europe et le Japon, mais le sens est le même: normalisation.

Ci dessous vous voyez l’inversion de 2018 au lieu de gonfler les actifs des bilans  des banques centrales se contractent. 

Les symptomes de la normalisation sont la hausse des taux d’intérêt, la baisse de la liquidité et la fuite devant le risque. 

La fuite devant le risque a commencé.  On vend les emprunts au haut rendement et à haut risque. Janet Yellen a lancé un avertissement , elle explique que de nombreuse firmes ont  pris des leveraged loans  (crédits de mauvaise qualité qui peuvent subir de fortes hausses des taux d’intérêt) et elle a ajouté: “If we have a downturn in the economy, there are a lot of firms that will go bankrupt, I think because of this debt.  That would probably worsen a downturn.”

Les autorités normalisent, comme l’on dit, par « pas de bébé »,  elles le font en douceur, avec doigté, avec une infinie patience car elles savent que le sevrage est dangereux. Les stigmates négatifs des drogues sont en effet incrustés, incorporés, stockés  dans les marchés financiers: ceux ci sont surévalués, ils font « bulle ». La frange purement spéculative est colossale.  Et un sevrage trop brutal les ferait plonger reproduisant ainsi la crise de 2008 et la dislocation que l’on a voulu alors éviter.

Si les marchés venaient à chuter profondément , alors on s’apercevrait que les promesses qui sont émises dans le monde ne peuvent être tenues. Les promesses ce sont les créances, les obligations, les actions, les retraites, les assurances, les redistributions sociales etc. La monnaie est une promesse ne l’oubliez jamais, c’est à la fois la promesse que la banque ou est déposé votre argent sera solvable et la promesse qu’avec votre argent vous pourrez acquérir ce que vous voulez.

Le schema de cette crise serait le suivant.

Les banques ont des actifs dans leurs bilans qui sont surévalués, c’est grâce à cette surévaluation qu’elles apparaissent solvables. La solvabilité des systèmes bancaires et financiers repose sur les valorisations inflatées, soufflées, bullaires des actifs financiers que sont les actions, les obligations, les fonds d’états, l’immobilier  et le crédit.

Lorsque les financières chutent, c’est le signe que quelque chose a cessé de tourner rond, c’est un avertissement et ici l’avertissement est mondial.

Si les marchés financiers venaient à chuter trop lourdement et trop vite, alors, les actifs bancaires verraient leur valeur  de marché s’effondrer et ainsi  il se révélerait  que les banques  sont insolvables. Certes on essaierait de le cacher mais dans le monde actuel c’est impossible, les concurrents connaissent votre situation et tout se propage.

Avec la défaillances de deux débiteurs immobiliers, une grosse banque américaine a perdu 50% de sa valeur en une semaine la semaine dernière! Ci dessous un autre symptôme de la normalisation monétaire, les prix de l’immobilier dans le monde ont cessé de monter, on « tourne » vers le bas. Des pays comme l’Australie sont en pleine débandade immobilière. La Chine aussi, Londres également. En France, les cours des immobilières locatives sont sous pression, les propriétaires se vendent en bloc.

Quand la valeur  des actifs au bilan des banques chute ou quand la volatilité explose, les banques doivent réduire la voilure et réduire leurs propres dettes, cela s’appelle deleverager.  Avec  les conséquences mécaniques: baisse de la distribution de crédit, faillites de ceux qui sont endettés et ne peuvent renouveler leurs dettes,  perte de confiance, récession de l’activité économique, fuite des clients des banques qui essaient de retirer leur argent et bien sur, action autoritaire des gouvernements qui s’opposent aux retraits, les rationnent voire les interdisent. Ce qui contribue à augmenter la panique et la rétention.

Pourquoi croyez vous que le secteur bancaire européen d’abord puis celui de toutes les grandes banques dites systémiques se soient effondré la semaine dernière? La Deutsche Bank est le symbole de la banque européenne. 

Indice boursier des cours des grandes banques systémiques, celles qui peuvent faire sauter le système.

Pour éviter la course aux retraits des dépôts bancaires, on les déclarera hors la loi. On  les bloquera: l’argent liquide cessera d’être liquide. On le distribuera au compte goutte. Ce sera obligatoire pour que les  autorités puissent de reprendre le contrôle de la monnaie, le contrôle de la transmission et bien sur se servir de la fiscalité. Tout l’arsenal juridique, réglementaire et informatique est prêt dans cette perspective, cela a été fait au niveau mondial, subrepticement au cours de ces dernières années.

Nous vous avons expliqué en son temps les textes qui étaient pris. Ceci vous permet également de comprendre les raisons de l’offensive systématique contre le cash, contre les espèces: en détenir, c’est résister,  c’est éviter de se faire bloquer, spolier, c’est refuser  de devenir le créancier de banques insuffisamment solvables. Vous imaginez la dislocation politique et sociale qui s’ensuivra? le populisme et la haine des élites progresseront de façon exponentielle et avec eux la répression et la violence.

Si l’enchaînement infernal que je décris se met en branle, si la fin du cycle financier se transmet au cycle économique, alors ce sera la cascade, avec transitivité et réflexivité. Le cercle deviendra vicieux, tout comme il a été vicieux dans le bon sens pendant  maintenant 18 mois.

La finance plonge mais d’une part elle est précurseur de l’économie réelle et d’autre part elle produit déflation et récession. La reprise économique se casse en Europe ;

Et en Chine

La situation du système américain ne s’est jamais améliorée en réalité, les chiffres du chômage ne traduisent pas la situation réelle; l’investissement productif n’est jamais repartit;  les profits extériorisés par les firmes sont des profits fictifs pour faire monter les cours de Bourse.

La profitabilité réelle du capital est insuffisante pour justifier des dépenses d’équipement. Le système marche sous l’effet d’un côté du dopage monétaire et d’autre part grâce a son choix du malthusianisme. Il fait grève.

Les marchés ne font pas de prisonniers, mais ils ont un otage: c’est l’activité économique. 

 

 

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2 réflexions sur “Editorial. Les marchés ne font pas de prisonniers, mais ils ont un otage: c’est l’activité économique. Et ensuite tout s’enchaine…

  1. https://www.richardduncaneconomics.com/credit-update-government-debt-spikes/

    Richard Duncan worked as a financial sector specialist for the World Bank in Washington D.C., and headed equity research departments for James Capel Securities and Salomon Brothers in Bangkok. He also worked as a consultant for the IMF in Thailand during the Asia Crisis.

    Sa solution ne jamais arreter l’expansion du credit
    en faire toujours plus
    tout acheter et investir dans les compagnies privees pour stimuler la croissance economique!!!

    Incroyable mais vrai

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  2. Le levier fait le rendement quand le coût du capital est supérieur au prix de l’argent.
    Plus le spread est grand et plus le rendement est fort;
    Quand il se resserre, il faut augmenter le levier.
    des besoins de capitaux de plus en plus forts au moment où la liquidité est réduite…
    sans oublier que le levier a ses contraintes, en particulier que le spread ne soit pas négatif
    la hausse des taux engendre un cycle destructeur, d’autant plus destructeur que le rendement du capital a baissé du fait de l’absence d’investissement..
    Hausser les taux est suicidaire sauf pour celui qui a la monnaie et rachète les faillis.
    Dit autrement, de nouvelles mains US en prendront le contrôle

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