Editorial, à lire avant d’aller aux manifs et au casse pipe.

Rassemblement  à Paris, appuyé par des actions en province: face à un pouvoir sourd à leurs demandes,

Les « gilets jaunes » lancent samedi « l’acte 2 » de leur mobilisation contre la hausse des carburants.

Spontanément on note un élargissement des mots d’ordre, en particulier on déborde sur la question de l’ensemble de la fiscalité et bien sur, sur la justice sociale mise à mal par l’explosion des inégalités et en sens opposé la progression de la misère. Le délabrement des services publics, constaté par tous, fait partie des sujets de colère. On  note ça et là des critiques plus radicales sur l’affaissement démocratique.

Après le large succès  samedi dernier, où 282.000 personnes, chiffre bien sur minoré,  ont bloqué les axes routiers et sites stratégiques partout en France, suivi d’une semaine de blocages sporadiques , les « gilets jaunes » veulent une nouvelle démonstration de force.

Une forte majorité des Français approuve  le mouvement des gilets jaunes selon les sondages concordants. La mobilisation reste forte malgré le temps qui passe. Les commentaires, dans les médias et sur les réseaux sociaux, reflètent la crise profonde qui secoue le pays , mais aussi en grande partie la maladresse du gouvernement.

C’est à croire en effet qu’il recherche les provocations par ses déclarations inappropriées voire il faut le dire, idiotes. L’envoi sur les médias de députés ou membres de En Marche a été une grave erreur tant ces gens sont incompétents maladroits et endoctrinés à la va vite. Ce sont eux également qui versent l’huile sur le feu social.

Heureusement les syndicats jaunes comme la CFDT, et la CGT jouent leur rôle de bouclier du gouvernement, et de briseurs de mouvement social, chacun pour des raisons différentes bien sur. La CFDT par choix idéologique moderniste , la CGT par stratégie … suicidaire. Leur comportement fait penser, pour les anciens à celui de Mai 68 « avec le beau syndicat qui reste à la maison  » chanté par Ferré. Ces gens sont, nous le répétons souvent, incapables de mettre en forme politique et syndicale  le ressentiment des Français, ils sont dépassés pour certains , parce qu’ils sont traîtres et pour d ‘autres parce qu’ils  participent aux groupes nomenklaturistes dominants .

Le mouvement social actuel est un symptôme. C’est un symptôme non pas d’un mal mais de maux profonds accumulés. Ce qui veut dire que cette crise est surdéterminée, elle est à causes multiples, voire à causes contradictoires. Mais cela ne signifie rien car n’oubliez jamais que le peuple se comporte comme l’inconscient, il n’est pas soumis au principe de non-contradiction. Dans les rêves le principe de non contradiction est évincé; eh bien c’est la même chose dans l’inconscient des foules et c’est ce qui fait leur force. Une élite de l’ENA est toujours barrée par sa rationalité, pour elle tout est partagé: il y a toujours du « pour et du contre » dans un dossier d’Enaniste.  Je me souviens avoir entendu Giscard l’expliquer:   une élite est toujours plus ou moins impuissante, castrée, le peuple non, lui ne l’est pas. C’est l’opposition entre l’élaboré et le primaire. Quand les circonstances s’y prêtent bien sur, le primaire domine et remporte les victoires.  Mais ici la nullité du gouvernement nous rapproche du moment ou les circonstances s’y prêteront!

L’infime minorité dominante dans l’Etat, la politique , les médias, les affaires  ne cesse de s’enfoncer dans une spirale de mépris. Un mépris d’autant plus difficilement toléré qu’il suinte à chaque intervention du chef de l’état et de ses ministres; ce mépris là dégouline, il se donne même en spectacle avec derrière en écho, le choeur des puceaux politiques de la clique d’En Marche.!

En jouant le scénario préparé par les thinks tanks, de la caricature, du clivage , de la nazification  cet assemblage déplorable ne fait  qu’attiser les flammes. Pensez un instant à cette erreur colossale qui consiste , alors que le peuple se rapproche du palais présidentiel à le narguer; ce n’est pas un hasard si spontanément est revenu le souvenir de Marie Antoinette et de sa brioche. Ce n’est pas un hasard si sur les réseaux sociaux on s’est emparé du fameux: « qu’ils viennent me chercher »! En face, nous assistons à l’explosion d’une révolte qui couvait depuis longtemps dans les entrailles du pays. Le peuple demande du respect plus encore que de la brioche monsieur Macron.

Cette crise constitue -t-elle une rupture? Un invariant est il en train de sauter, de voler en éclats? Je serai prudent sur ces questions car l’unité populaire est de façade d’une part et les déterminations individuelles, de groupe ou de classes sont fragiles. La maladresse du gouvernement,  l’aveuglement de Macron, son arrogance, tout cela réuni a soudé les mécontentements, mais si on retire ces ciments alors l’assemblage a peu de chance de résister. La vie quotidienne est une redoutable  destructrice des grandes causes. Elles  ne résisteront pas à la chute de la ferveur, voila mon avis.

La faillite d’un système politique, la dérive du pouvoir personnel narcissique, la trahison de la  démocratie se donnent à voir chaque jour que dieu fait, mais le paroxysme est loin d’être atteint!

Il sera atteint le jour ou les élites européennes auront réussi leur coup. Ce coup qui est en préparation, c’est  le coup de l’approfondissement de la construction de l’Europe.

Dans son emportement la foule véhicule avec elle ses contradictions: elle veut et ne veut pas, en même temps une chose et son contraire. On veut la souveraineté mais on veut l’Europe. On veut l’euro mais on refuse d’en payer le coût. On veut les dépenses mais on ne veut pas les déficits, on veut la répartition mais on ne veut pas les impôts et les prélèvements, on veut les emplois mais on ne veut pas les profits qui sont la condition de l’emploi etc etc.

En clair on veut et on ne veut pas le système dans lequel on vit. Et c’est pour cela que tous les lâches qui se sont succédés au pouvoir ont toujours menti, fabriqué des systèmes nègres-blancs, en trompe l’oeil; cette tricheuse forme de sociale démocratie que l’on appelle l’exception française.

La pire des erreurs serait  de penser qu’il suffirait de remplacer un acteur par un autre pour sortir la France de son triste bourbier. Bien sur il faut que Macron change, il faut qu’il fasse son mea culpa, il faut qu’il s’excuse, il faut qu’il change d’équipe, mais cela ne suffira pas.

Les problèmes ne sont pas derrière nous, ils sont devant nous!

Surtout avec une conjoncture économique qui se dégrade en accéléré, surtout avec une politique monétaire européenne essouflée et dont les béquilles portent de moins en moins. Surtout avec une Merkel  à bout de mandat. Merkel a triché vis à vis de son peuple pour sauver l’euro contre les principes Allemands, elle en paie le prix; dorénavant il sera plus délicat de maintenir la fiction du respect des règles Allemandes, il n’y aura plus une Merkel pour  les faire passer auprès de son peuple.

Dans le conflit en cours on va personnaliser, on va cibler les hommes, le personnel , les guignols, les tenants -lieux comme je les appelle, sans se rendre compte que ce ne sont que des baudruches, bouffies de vanité irresponsable. Mais ce sera un jeu. Au mieux un rite magique. Je veux dire que ce sera comme dans le vaudou, on s’amusera, on se défoulera avec des épingles croyant toucher quelque chose de réel.

Le réel, le vrai, celui du sang, des larmes, de la sueur, de la pisse  et de la merde est ailleurs. Il est dans cette logique irrésistible qui veut que chaque gouvernement soit pire que le précédent, que le système soit plus pourri que celui qui l’a précédé, que depuis 1974-j’ai vérifié- on demande aux Français des sacrifices en pure perte.

Le réel c’est l’Histoire, la continuité de cette descente aux enfers d’un  pays autrefois riche, fier, heureux et convivial. Le réel c’est un Pouvoir politique usurpateur qui a fait une OPA sur une constitution qui n’était faite que pour un seul homme dans des conditions historiques données, De Gaulle. Le réel c’est ce patronat du Medef, éternellement collabo, patronat comprador, internationalement dominé, mais sûr de sa domination intérieure, ce patronat qui ne croit qu’à l’avenir de la soumission  et à de l’imitation de l’étranger.

Je ne crois pas en la capacité à sortir de la spirale infernale dans laquelle nous sommes enfermés par la volonté d’un homme ou même des hommes en général. Les hommes sont produits. Ils le sont par des systèmes, par des situations, par des opportunités quelque fois, mais c’est rare.

Je ne crois absolument pas au constructivisme, encore moins au dirigisme. Surtout dans un monde ouvert , exposé à toutes les forces internationales et globales.

Le dirigisme est une illusion, une usurpation : ceux qui veulent jouir de leur volonté de puissance jouent aux dirigistes, ils jouent le role de Maitres alors qu’ils ne sont que larbins de ce qui les dépasse. C’est l »extérieur qui impose l’environnement auquel nous devons nous adapter, les contradictions que nous devons surpasser, les antagonismes domestiques que nous devons dénouer.

La force principale de l’histoire, c’est cette force dont personne ne parle: la concurrence. La compétition. Elle oblige, elle force, elle impose , c’est elle qui transforme notre vie en  un gigantesque « marche ou crève ». Lisez, relisez le paradoxe de « la Reine Rouge ». Nos sociétés ont choisi d’ouvrir la boite de Pandore de la globalisation, mondialisation, internationalisation. Ont elles choisi vraiment? Je me pose la question et au fond moi j’en doute, nous avons subi plus que choisi; nous tenons des narratives flatteurs sur nos renoncements et nos reculades plus que nous ne pilotons quoi que ce soit.

Quel peut être le rôle d’un chef lorsque le changement apparaît comme incontrôlable, déterminé, surdéterminé?

Au fond derrière cette situation de crise, je pense  que c’est cette question là  qui est posée. Mais il est évident que les intérêts des classes ploutocratiques, dominantes, et de leurs alliés fonctionnaires, médiacrates, rebellocrates, eurocrates, marginaux, assistés  de tous ordres,  s’opposent à ce qu’elle soit posée.

Pour que cela continue, à leur profit, dissymétriquement il faut que rien ne change, il faut que le système ne change pas, car ce système, sa fonction est de perpétuer, de reproduire au bénéfice d’une minorité tout en appelant sans cesse au sacrifice du plus grand nombre.

 

 

 

 

7 réflexions sur “Editorial, à lire avant d’aller aux manifs et au casse pipe.

  1. «  »disait Pierre Clostermann au sujet de la bataille perdue à Baatan »

    Vous parlez de cette ville philippine et cela m’évoque immédiatement la « marche de la mort » qui eut lieu en avril-mai 1942.
    Et si la modernisation de la France, son adaptation à la mondialisation, son intégration (ou sa désintégration?) dans le grand-tout européaniste n’était rien d’autre qu’une marche de la mort pour une partie de la population, celle précisément qui vient d’enfiler un gilet jaune et refuse désormais d’avancer vers sa mort?

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  2. Bonjour Monsieur Bertez

    En 52 BCE, les Gaules passaient sous domination étrangère. Les prémices de notre futur Etat se mettaient en place sous la forme d’une armée d’occupation: administration et légions romaines.

    Quatre siècles plus tard, second effondrement: le pouvoir passe aux mains d’autres étrangers : les tribus franques.

    Aujourd’hui, il se pourrait que nous en soyons au troisième effondrement: le pouvoir passe aux mains d’une oligarchie internationale dont un siège provincial en Europe se trouve en Gaule Belgique ( les autres se trouvant à Frankfurt et , pour un temps encore-à Strasbourg).

    Lorsque les Hébreux se lamentent en captivité à Babylone, Zacharie les avertit: « Retournez à la forteresse, prisonniers de l’espérance ! » Ce qui signifie, trivialement, que l’histoire ne repasse pas les plats: inutile d’attendre ou d’espérer un nouveau Moïse qui viendra vous libérer!

    Et ce sera Esther, à l’issue d’un drame quasi shakespearien, qui sera l’instrument de l’histoire.

    Inutile donc d’attendre et d’espérer en un nouveau de Gaulle, une nouvelle Jeanne d’Arc….ou même un nouveau Robespierre….

    Cordialement.

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  3. Camus disait qu’un pays vaut ce que vaut son peuple, Bernanos que chaque génération a les élites qu’elle mérite et De Gaulle que le peuple français est le plus mobile et le plus indocile de la terre.
    Par analogie au modèle des plaques de Reason, seuls des circonstances et des hommes changeront vraiment les choses. En attendant, comme rien ne change, après l’Italie à qui le tour ?
    Maurice Druon :  »Les tragédies de l’histoire révèlent les grands hommes, mais ce sont les médiocres qui provoquent les tragédies »

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  4. Félicitations pour votre exposé, d’une rare lucidité à mon avis.

    Concrètement, je vois le mouvement actuel comme la soupape de la Cocotte-Minute : permettre l’ évacuation d’une tension sociale qui déborde. Cette dernière va retomber dans quelques jours, quelques semaines… jusqu’ au prochain débordement. Mais entretemps, l’évolution aura continué, l’intégration européenne aussi, la globalisation aussi… et les maîtres du monde financier continueront à dicter leur volonté à leurs laquais politiques.

    Longue vie à votre site !

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  5. Quelle clairvoyance !

    J’étais à Pau ce matin et j’ai vu le peuple de France dans un chant du cygne. Un peuple résolu mais résigné, en voie de disparition, comme dans un dernier baroud d’honneur. Oh certes, un baroud d’honneur qui durera quelques années avec des hauts et des bas, mais la fin d’une époque pour sûr. Celle que j’ai vu disparaître déjà dans mon village. Oh, messieurs les politiques, comme vous les regretterez un jour, ces gilets jaunes ! Cette France qui vous aurait été loyale, et à qui vous avez tourné le dos, pour d’autres français qui ne le seront pas. Tiens, j’en ai vu passer quelques uns, de ce futur qui sera nôtre. Peu aujourd’hui c’est bizarre… alors qu’habituellement ils traînent sur les places du centre ville avec du rap à fond. Juste un ou deux, qui n’ont même pas eu un regard pour les gilets jaunes, et qui sont restés collés à leur téléphone en parlant une autre langue que le français. Une autre France je vous dis, messieurs les politiciens. Une France diffèrente qui supplantera celle ci… Est-ce mieux ou pire je n’en sais rien. Ce que je sais, pour la connaître un peu, c’est qu’elle n’aura pas les mêmes loyautés, les mêmes codes, vous les politiciens qui la flattez pour sauver vos misérables carrières. Vous ne les comprenez pas et eux vous méprisent. Ah si vous en aviez conscience ! Vos enfants vous maudiront mais il sera trop tard. Que j’aimerais que vous preniez conscience de votre trahison envers votre peuple, celui dont les aïeux sont morts avec panache dans les tranchées. Une dernière fois dans la rue. Des gens biens, avec des maghrébins parmi eux, fiers de cette France que vous trahissez. Qui votent blanc pour la majorité d’entre eux déçus, dégoûtés. Des policiers qui partagent leurs opinions tout en faisant leur job. Des commerçants solidaires et des palois bienveillants.
    Triste fin que cette destinée. Certes la violence jaillira un jour, mais cela aussi sera vain, et clôturera tragiquement ce monde ancien pour un autre.  » Pas assez, trop tard » disait Pierre Clostermann au sujet de la bataille perdue à Baatan.
    Pas assez. Trop tard. Hélas.

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  6. Monsieur BERTEZ,
    je suis très admiratif de votre Compréhension des événements, du dévoilement des strates là où la majeure partie d’entre nous, ne voit que le superficiel, l’enfumage.
    Tout simplement, MERCI

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