Editorial: Voila ci dessous, ce qui commande, le chef d’orchestre silencieux. L’ogre a réclamé sa ration.

Alors que le marché phare mondial, le S&P 500 était en train de se disloquer et d’enfoncer ses seuils critiques, la Reserve Fédérale a envoyé des signaux à peine codés indiquant qu’elle abandonnait sa ligne dure de normalisation.

J’ai décodé ces signaux en leur temps, d’abord celui envoyé par Clarida puis celui , lourd envoyé par Powell au New York Economic Club. De toutes manières mes lecteurs savent que j’y étais préparé: la voie choisie de l’inflationnisme activiste exige toujours plus d’inflationnisme et les tentatives de pause sont vouées à l’échec.

Voici ce qu’a dit Powell  « Interest rates are still low by historical standards, and they remain just below the  range of estimates of the level that would be neutral for the economy‑‑that is, neither speeding up nor slowing down growth« . j’ai relevé qu’entre la version préparée et distribuée avant  son intervention et la version orale il y avait un changement et je l’ai interprété clairement: il a retiré « broad range » et l’a remplacé par « range », ceci signifie qu’il a voulu être plus « dovish » plus convaincant  dans sa tentative de pointer vers la fin de la campagne de hausse des taux.

La Fed a envoyé le signal au bon moment, elle lit les indications techniques des marchés et pour ceux qui doutent du caractère manipulatoire de ses actions je ferai simplement remarquer que dans les minutes qui ont suivi la distribution du discours préparé de Powell, l’indice S&P 500 a fait un bond de 460 points! Si ce n’est pas « cause à effet » alors penser ne sert plus à rien.

J’avais envisagé la forme que pouvait prendre la manipulation de la Fed quelques jours auparavant en expliquant que les soviets avaient fait école: on organise une fausse dissension au sein du Comité Central, puis on fait en sorte de mettre en valeur au moment opportun telle ou telle opinion ou position et ainsi on prépare les retournements des actions des élites nomenklaturistes . On les fait résulter d’un débat , faux mais préparé avec des rôles définis. Simulacre est l’un des maîtres mots de notre époque.

On voyait venir ce débat , il entre tout à fait dans notre définition de « la politique de tentative d’atterrissage en douceur ». Je dis bien tentative . Mais il faut porter son attention au bon endroit pour décoder les manipulations  de ce genre, il faut dévoiler  le processus de prise de décision et de révélation des décisions, c’est à ce niveau que l’on peut les battre, les démasquer.

Ici l’objectif dominant de la période est le suivant: il faut normaliser le plus loin et le plus longtemps possible et surtout faire croire que c’est possible. Il ne faut surtout pas que les observateurs se rendent compte que nous sommes otages et qu’en fait ce sont les marchés qui gouvernent à notre place et que ce sont eux qui dictent nos actions: « suivons les, puisque nous sommes leurs chefs« , tel est l’adage des apprentis sorciers. Les responsables de la conduite des affaires doivent maintenir leur crédibilité, on doit continuer de croire à leurs pouvoirs: donc il faut par tous moyens continuer le spectacle .

On a cédé devant le Mur de l’Argent virtuel , on a  réintroduit le fameux « Put » dans le fonctionnement de la Sphère Financière, c’est à dire la certitude que les détenteurs de capital quasi-monétaire, money-like, spéculatif, plus ou moins fictif,  seront sauvés voila ce qui s’est passé, mais qu’il ne faut surtout pas exprimer.

Qu’est ce que le Put? On en parle souvent mais on l’explicite peu. Offrir un Put, c’est offrir à un détenteur d’actif la possibilité de vendre à un prix donné. Grace à ce Put, le détenteur d’actif a un filet de sécurité, il sait que son actif ne se dépréciera pas plus, il sait que le niveau ne sera pas enfoncé. Donc il joue sans risque, le risque est assumé par l’institution qui donne, qui a accordé ce Put.

Accorder un Put c’est accorder à quelqu’un le droit de vendre un actif a un prix donné. Donc c’est lui faire un cadeau qui lui permet de spéculer sans risque. C’est lui fournir gratuitement une assurance et croyez moi, ce Put, cette assurance donnée gratuitement, elle vaut cher!

La Fed et Powell n’ont pas besoin de rouvrir les robinets , les spigots, pas besoin de toucher à quoi que ce soit de concret non, il suffit d’une promesse et cette promesse a été une nouvelle fois donnée: on a rouvert la Loterie et les tirages de gagnants vont pouvoir reprendre. Je ne discute pas aujourd’hui de la durée de la nouvelle séquence qui vient de s’ouvrir.

La presse n’a pas besoin d’être aux ordres ou de recevoir d’instruction pour servir de courroie de transmission, les journalistes  couchent au propre et au figuré avec les pouvoirs constitués.

Ainsi Bloomberg qui connait son travail a titré: « Powell: No Preset Policy Path, Rates ‘Just Below’ Neutral Range.« Il n’y a plus de trajectoire déterminée pour la politique monétaire, les taux sont juste au dessous de l’intervalle de taux neutres ». Parfait je n’aurai pas fait mieux  en son temps quand j’étais patron de mon groupe de presse financière!

Les commentateurs , le doigt sur la couture du pantalon ont donc  traduit, les décisions de la Fed vont maintenant devenir « datas dépendantes« , elles vont dépendre des nouvelles indications conjoncturelles qui seront publiées.

Je n’en crois pas un mot, elles vont dépendre:

– 1 du passé, et

-2  du comportement des marchés.

La politique de taux et de normalisation monétaire est causée, déterminée par ce qui a été fait dans le passé, voila ce qu’ils escamotent et elle dépendra des réactions des marchés à la tentative en cours.

L’économie ne vient que plus tard et plus loin dans les préoccupations:  elle est une variable, une variable qui permet ou non d’aller plus loin dans la normalisation. Une bonne économie permet plus de normalisation; une économie qui faiblit réduit les possibilités de normalisation. Et en particulier ce qui importera, c’est le comportement du marché le plus fragile, celui du crédit.

Cela oui c’est vrai, cela a été dit par Powell lequel a suivi les dernières mises en garde  de Yellen, ; il a donné une indication en pointant les risques financiers sur le crédit fragile auxquels la communauté spéculative devrait porter attention.

Le 3 octobre, Powell avait déclaré  « We may go past neutral, but we’re a long way from neutral at this point, probably » . Traduction, « peut être que nous dépasseront le taux neutre mais nous sommes encore loin de ce  taux neutre, probablement ».

Qu’est ce que cela veut dire? Cela signifie que le 3 octobre, avant la chute de la Bourse, on avait une marge très importante devant nous pour augmenter les taux d’intérêt car on était loin du taux neutre  et que même on allait aller plus loin et dépasser ce taux neutre pour devenir restrictif!

En l’espace d’un mois, tout a changé non seulement sans bouger on s’est rapproché du taux neutre mais en plus on ne parle plus de le dépasser, il s’est passé une chute lourde des marchés boursiers , un resserrement brutal des conditions financières, une dilatation des primes de risques, une baisse des marchés de crédit etc…

La Fed ne veut ni avouer ni reconnaître qu’elle administre la politique monétaire en fonction de la situation du marché boursier et des humeurs de la communauté spéculative. Mais ceci découle de l’analyse serrée de son comportement de son calendrier  et de son discours : le narrative est destiné à masquer la réalité.

La Fed utilise un subterfuge, une ficelle un peu grosse en disant que l’on n’était plus très loin de ce que l’on appelle le taux neutre, c’est à dire le taux ou la politique monétaire n’est ni restrictive, ni stimulante. Bref on serait juste en dessous du fameux R*; ce taux qui est dans les étoiles, on ne sait pas très bien ou , et on sait encore moins comment il se déplace.

Avec R* , on se guide sur les étoiles mais d’une part on ne sait pas ou elles sont et on sait encore moins selon quelle trajectoire elles se déplacent! Les marins explorateurs auraient eu beaucoup de mal à découvrir les continents si ils avaient connu la même situation: une étoile polaire nichée on ne sait ou et qui se déplace selon sa fantaisie!

C’est un subterfuge et il suffit de réfléchir 30 secondes, ce taux R* n’existe pas, non seulement on ne le constate pas , mais en plus on ne peut le construire par l’esprit, ce n’est ni une représentation ni une construction, c’est une hypothèse. Et cette hypothèse est une tautologie car en effet il doit bien exister un taux ou la politique monétaire est neutre, mais le dire ne suffit pas, il faut encore pour que ce soit utile que l’on puisse le toucher, le calculer, le suivre. Or ce n’est pas possible .

Donc à quoi sert ce taux? C’est un élément de langage comme le monde post moderne en crée chaque jour, un élément de langage qui a pour fonction de masquer d’abord l’ignorance et ensuite la pensée magique. Il faut  faire compliqué, faire savant. Il faut pour exercer le pouvoir  compliquer, nébuler tout ce qui est simple et ainsi  alimenter le pouvoir magique des élites.

Il n’y a pas de taux R*, pas plus que de beurre en branche, pas plus que de taux de chômage neutre. Les élites   ne savent pas le calculer, elles ne savent pas le suivre dans ses évolutions, elles ne peuvent le prévoir : c’est une construction de pur langage afin de montrer du doigt le ciel magique des déterminations bidons des banquiers centraux, des grands prêtres de la finance et de leur croyants adeptes pratiquants des marchés.

Le taux R* est un pur instrument de pouvoir, comme la baguette magique de l’illusioniste ou la pièce d’étoffe qui lui sert à capter l’attention au détriment de la refléxion.

Voila ci dessous, ce qui commande , le chef d’orchestre silencieux: L’ogre a réclamé sa ration.

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4 réflexions sur “Editorial: Voila ci dessous, ce qui commande, le chef d’orchestre silencieux. L’ogre a réclamé sa ration.

  1. Qu’est ce que j’ai rigolé en lisant votre post surtout à la fin.

    Vous êtes trop fort Mr Bertez pour analyser et décortiquer les choses.

    Mais finalement le pire dans tout ça, c’est que ces subterfuges fonctionnent. Les gens sont d’une crétinerie pas possible et ce à tous les niveaux.

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    1.  » Les gens » sont pour une part désinformés, et d’autre part le  » nez dans le guidon » pour ceux qui ont un boulot. Sans compter ceux pour qui pouvoir se payer à manger est déjà un problème… Alors, dans ces conditions, les arcanes de la finance c’est un autre monde !

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  2. Je ne crois pas qu’ils soient crétins. Ils font semblant d’y croire. Ils sont dans une névrose et la quitter ferait mal. Alors on se raccroche aux branches, aux théories des sorciers. Après tout, ce sont eux qui garantissent le put et comme ces gens-là ont des actions, ils veulent croire, à ce put. ils ont même intérêt d’y croire, au propre comme au figuré. Tout le monde se tient par la barbichette, tous sont dans la seringue, comme disait M Bertez.
    Le drame viendra d’on ne sait où, ni on ne sait quand. Des forces vives en rébellion, d’une guerre (civile ou autre…), d’un accident d’une banque (allemande ?), du crédit chinois peu importe. Un drame qui brisera l’illusion. Et comme comme un barrage qui lâche, cela emportera tout sur son passage.
    Enfin, je vois ça comme ça.

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