Le Néant et le politique — Critique de l’avènement Macron. La modernité liquide.

 Le Néant et le politique — Critique de l’avènement Macron, de Harold Bernat

Les livres sur Macron ont foisonné durant l’année 2017, et cette avalanche de propos généralement laudateurs s’évaporera avec le temps comme son équivalent neigeux, ne laissant plus que des flaques humides croupissant dans les rayons « essais politiques » des librairies d’occasion.

Le Néant et le politique d’Harold Bernat n’est pas de cette matière thermo-sensible et éphémère.

Cet essai n’est pas en réalité sur la personne Macron, mais sur ce que cette personnalité politique représente et traduit de l’époque dont il est presque l’allégorie vivante.

Inspiré notamment par les critiques radicales de Guy DebordMichel Clouscard et Jean Baudrillard, Emmanuel Macron devient sous la plume de Bernat le « premier zéro » d’un « univers de simulation binaire, algorithmique ».

Là où ces essais cherchent généralement à dévoiler ce qui se cache derrière « l’avènement Macron », l’auteur tente de montrer au contraire que Macron est à l’image de son monde : parfaitement transparent, car vide de tout contenu et cohérent avec cet univers de simulacres.

En cela, lui et la classe politique dont il est l’exemplaire le plus accompli, sont plus dangereux et plus difficiles à critiquer que ces personnages roublards et romanesques qui composaient l’élite d’antan.

L’idéologie qui, à l’époque de Marx, servait de masque à l’exploitation de la bourgeoisie, est aujourd’hui supplantée par la simulation.

Dès lors, si nous devions autrefois analyser et critiquer un système, avec ce que cela implique de « dévoilement » et d’ordonnancement de la réalité, il s’agit aujourd’hui de trouver des nouveaux moyens de critiquer ce qui n’est plus système mais bouilli.

Il faut comprendre par là que, comme le disait le sociologue Zygmunt Bauman, nous sommes passés d’une modernité solide à une modernité liquide : la domination n’est plus celle d’un ordre structuré qui provoquait et permettait du même coup une opposition, mais bien celle d’un état gazeux, inclusif, qui asphyxie toute critique possible et n’est finalement plus que surface et spectacle.

Le consensus libéral, dont Macron est l’exemple le plus triomphant, refuse la contradiction et récupère tout dissensus en l’intégrant, afin d’assurer la bonne marche du capitalisme contemporain.

Macron n’est donc ni le plein ni le vide, mais bien le « représentant exemplaire d’un stade ultime des démocraties marchandes et du type de dirigeant qu’elles nous promettent désormais ».

Face à cela, il ne s’agit plus simplement de constater cette montée de l’insignifiance, mais au contraire d’y répondre. [G.W.]

Éditions l’Échappée, 2017

Merci Ballast. 

 

Publicités

Une réflexion sur “Le Néant et le politique — Critique de l’avènement Macron. La modernité liquide.

  1. « Le consensus libéral, dont Macron est l’exemple le plus triomphant, refuse la contradiction et récupère tout dissensus en l’intégrant, afin d’assurer la bonne marche du capitalisme contemporain. »
    Ce que les communicants de notre président ont traduit pour le peuple avec le « en même temps » c’est comme au bazar on peut tout avoir, tout et son contraire, un vrai self service.
    Des pistes, redonnez du sens (Il n’est de vérité que du tout…), mettre en avant les contradictions du pseudo modèle de vie proposé par la société/ses dirigeants sous l’angle de Bauman (sécurité-liberté), recréer des solidarités…

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s