La répression comme ferment national

Dans la foulée de l’Acte IV de la journée des Gilets Jaunes ce samedi 8 décembre, Macron et Philippe ont annoncé, dans une communication savamment étudiée, vouloir « retisser l’unité nationale ». Celle-là même qu’ils ont pourtant soigneusement pris soin de disloquer depuis 18 mois, avant d’essayer de la pulvériser ce week-end. La répression systématique, voire préventive, a en effet été utilisée depuis quelques jours comme arme de poing gouvernementale. Avec pour conséquence inévitable d’agrandir plus profondément encore le hiatus entre le mouvement populaire et le petit cercle des décisionnaires au service de la Caste.


Macron Vs Gilets Jaunes : la répression comme ferment national


700 lycéens arrêtés pour la seule journée du jeudi 6 décembre ! Plus de 500 arrestations à Paris à midi ce samedi. Plus de 1000 le soir même. 1723 arrestations dont 1220 gardes à vue dans toute la France… partout les forces de l’ordre avaient pour consigne d’essayer de décapiter le mouvement. Sans se rendre compte que ce qui fait sa force est au contraire cette pluralité qui refait enfin collectif  désormais qu’elle a reposé comme ferment sa souveraineté.

Macron voulait entrer dans l’Histoire. Il le fait par la petite porte en étant de fait l’auteur de la troisième loi des suspects, la loi en moins. Après celle de septembre 1793, celle de 1858 quand Napoléon III, déjà, voulait museler toutes les oppositions à l’empire de la finance, macron systématise la mise sur la touche de ceux qui veulent faire entendre une parole différente. Il faut voir cette vidéo où, à Grenoble, la provocation a été poussée jusqu’à interpeller celles et ceux qui prenaient le soin d’organiser les rassemblements pacifiques et calmes.

Immanquablement un déchaînement des passions s’en est suivi. A Grenoble bien sûr, mais aussi à Bordeaux, à Toulouse, à Marseille et en bien d’autres endroits. Car le mouvement est toujours là où Macron ne l’attend pas. Il est insaisissable car protéiforme. Macron s’attendait à un déchaînement de violence samedi ? Raté. Le mouvement avait déjà muté. Les jeunes, très nombreux, ont commencé à se greffer à la dynamique populaire tandis que les formes d’organisation évoluaient elles-aussi, revenant vers des formes de manifestation plus traditionnelles. Le tout répressif de Macron apparaissait à ce point décalé qu’il ne pouvait dès lors plus apparaître que comme une provocation. Ce qui n’a pas manqué d’arriver en fin de journée. Mais là encore pas là où Macron l’attendait. L’éruption de colère noire embrasait les métropoles tandis que la colère froide elle essaimait sur l’ensemble du territoire. En jouant la carte de la peur toute la semaine, Macron espérait inciter les gens à rester chez eux. Mais sa parole est à ce point démonétisée, le consentement est à ce point remis en question, sa légitimité est à ce point amoindrie, que le peuple n’en a cure : les gens sont venus en masse, plus divers que jamais, pour affirmer leur volonté d’être soi en étant tous ensemble.

La mutation des formes de la mobilisation se traduit bien sûr par une évolution et une extension de ses revendications. L’annonce que les Gilets Jaunes qui, à Bruxelles ont tenté d’entrer dans le bâtiment de la Commission européenne, symbole honni de l’UE de la finance qui s’assoit sur la souveraineté des peuples, s’est diffusée comme une traînée de poudre. Les Gilets Jaunes montrent qu’il peut y avoir une issue humaniste et progressiste à la crise démocratique qui balaie toute l’Europe  ! Le populisme identitaire ne saurait en être la seule expression, quand bien même il est labellisé par Macron et ses frères pour construire un paysage manichéen à sa main !

Macron se trompe. Ce n’est pas la répression à tout crin qui permettra de retisser du lien national. Au mieux cela peut-il agréger derrière lui la (toujours plus petite) bande de ses dévots. Mais c’est bien l’aspiration à un monde meilleur pour soi et pour tous qui est la base qui va s’élargissant du mouvement des Gilets Jaunes. Mardi, lors de sa prise de parole, Macron ne pourra pas s’en tirer par une pirouette. Il apportera des réponses ou il devra céder face à une légitimité populaire qui, parce qu’elle incarne une volonté générale, celle du peuple souverain, est en passe d’emporter la sienne.

François Cocq

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