Editorial: Les Français préfèrent  la jouissance à la liberté et à la dignité.  Le système du tiers payant.

Vous avez du remarquer que la démagogie n’est pas ma tasse de thé. je ne suis pas de  ceux qui flattent le peuple comme le font les politiciens pour obtenir les suffrages!

je n’ai jamais voulu briguer les suffrages de mes concitoyens alors que pourtant j’ai toujours été politiquement actif.

Un jour j’ai accompagné un de mes amis d’un courant minoritaire du PS  dans un réunion électorale, il m’avait demandé de l’accompagner  et m’avait présenté comme un ami de Mitterrand afin de se valoriser. Pourquoi pas!

Il voulait que je me présente dans la circonscription voisine, afin disait il qu’ensemble nous puissions faire du bon travail.  Ce fut la première et dernière réunion électorale de ma vie, car écoeuré du niveau des questions ou de interventions, j’ai juré de ne jamais briguer le moindre suffrage et de ne jamais m’abaisser au niveau requis pour être élu. Depuis ce temps je désigne cette activité politique du nom de politique de cour d’école en souvenir de cette soirée.

Ce n’est pas par mépris pour le peuple, au contraire je me fais une haute idée du peuple,  c’est mépris pour la démarche politicienne qui consiste non pas à tirer les gens vers le haut mais au contraire à les pousser vers le bas.

La démocratie n’a de sens que sur la base d’un pari sur la capacité des gens à avoir et à améliorer leur conscience politique.

Passons à ces remarques non démagogiques. elles concernent le rapport entre les Français, le peuple et les médias.

Le peuple se plaint du traitement déloyal des médias à juste titre. Quand un gilet jaune se présente sur un plateau ou devant un micro trottoir, il est roulé dans la farine, ridiculisé et sali.

Quand un Homme politique d’opposition est invité, il est traité comme un moins que rien, sauf Mélenchon qui a trouvé la parade en attaquant les journalistes passe-plats; hélas son numéro est dévalorisé car il exagère ses effets tribunitiens et ainsi se décrédibilise. Jamais une personne qui se situe en opposition avec le pouvoir en place n’est traité de façon courtoise, « fair », honnête, et respectueuse pour la voix populaire qu’il porte.

Je vous offre une citation de Kafka qui me semble adaptée à notre problématique:

« “Ne te présente pas, dit Kafka, devant un tribunal dont tu ne reconnais pas le verdict.” Il est bon de rappeler que le tribunal tient son pouvoir de la reconnaissance que nous lui accordons. Mais il serait faux de faire croire que l’on puisse échapper aux jeux qui ont pour enjeu la vie ou la mort symbolique : les catégorèmes les plus catégoriques sont là, dès l’origine — comme dans Le Procès où la calomnie est déjà là, à la première phrase —, sous la forme de tous les attributs constitutifs de l’identité sociale. Et l’image du Tribunal, réalisation du pouvoir symbolique absolu, n’est peut-être qu’une manière de désigner ce terrible jeu de société où s’élabore, dans l’affrontement incessant de la dénonciation et de la défense, de la calomnie et de l’éloge, le verdict du monde social, cet impitoyable produit du jugement innombrable des autres. » (Choses dites, Les éditions de Minuit, 1987)

Le peuple n’aime pas les intellectuels mais ici Kafka dit une chose  simple: « ne te présente pas devant un tribunal dont tu ne reconnais pas le verdict ». Les médias sont un tribunal, un tribunal qui juge et dont le verdict est connu d avance; donc ne te présente pas devant eux.

Ce que je ne cesse de répéter aux chefs de partis  d’opposition qui se plaignent du traitement des médias: mais vous demandez à vos ennemis de vous donner les moyens de les abattre, voyons réfléchissez!

Le problème est beaucoup radical car ici je n’ai abordé que le superficiel .

Je soutiens que les citoyens ont dans leur poche les clés de leur prison, ils ont les clefs de la porte de la prison qui les enferme dans la servitude. Mais cette clé ils ne veulent pas l’utiliser car ils font l’arbitrage de la consommation, du confort, de la veulerie et de donc de la dépendance. Car celui qui donne tout peut aussi tout reprendre. Les citoyens refusent de payer pour avoir des formations politiques qui les représentent et ne les trahissent pas; Ils laissent les formations politiques être entretenues par une poignée de ploutocrates ultra connue, de milliardaires et de lobbies qui les représentent. Si vous refusez de payer pour être représentés, si vous acceptez que ce soit un tiers qui paie, alors êtes vous étonné si ce tiers payant exerce ses droits légitimes. Qui paie commande messieurs les français et comme vous ne voulez pas  payer alors c’est un autre, ce sont des autres qui commandent.

Le système du tiers payant politique c’est le système la confiscation du pouvoir et ce qui s’est passé avec Macron très habile d’ailleurs pour ne pas être en infraction, ce e qui s’est passé Macron est tellement clair que personne ne peut l’ignorer. On vous présente un candidat dont la femme est de notoriété publique habillée et conseillée par Vuitton et vous votez pour lui!  C’est un symbole, cela a une portée symbolique énorme!  Voyons vous devriez  baisser la tête d’avoir accepté cela.

Mais il y a beaucoup plus grave.

Vous savez qu’aucun média ne peut vivre de ses recettes-clients.

La profession en est maintenant au stade ou non seulement elle ne vit pas de ses recettes-clients, mais elle achète ses clients, elle achète  son lectorat pour continuer d’avoir une audience qui lui permet d’avoir de la pub! C’est le monde à l’envers car non seulement vous ne payez pas ce que vous consommez mais en plus on vous paie pour vous abreuver de propagande et de publicité.

Le lectorat et l’audience sont  un coût pour les médias, ce n’est pas une recette et le coût d’acquisition d’un lectorat ou d’un spectateur est colossal en raison de la concurrence.   Donc vous refusez de payer le service qui vous est rendu, vous recevez des gratifications pour continuer d’être lecteur ou spectateur et vous vous étonnez que les médias  se moquent de vous et préfèrent servir ceux qui paient, les L’oréal, Danone, Vuitton, Chanel, Carrefour , Bouygues, etc La réalité est celle là , dans les  médias, le lectorat n’est pas une fin, c’est le moyen de rentrer du pognon pour des objectifs qui ne peuvent que systémiques, c’est à dire pour l’entretien du système.

Le lectorat et les audiences sont sources de pertes et ce sont les tiers qui paient . Qui paient et qui entretiennent  surtout les directions et les journalistes , lesquels savent que l’armée de réserve des  plumitifs est considérable et que l’on se bouscule à la porte pour prendre leur place. Et quoi de plus normal, que ces tiers qui paient, qui accordent le statut envié de plumitif ,  quoi de plus normal qu’ils commandent nom de  nom.

Quand j’étais patron de presse je me suis débarassé du Medef d’alors, le CNPF, en prenant les uns pour frapper sur les autres, c’est ainsi que j’ai réussi à conquérir mon indépendance . Je n’ai jamais pu faire les journaux que j’avais en tête car il n’y avait pas de journalistes  disponibles pour faire ce que j’aurais aimé faire, mais cela c’est une autre histoire. Débarrassé des 20 ou 25 entreprises  qui exerçaient une influence sur mon groupe de presse, j’ai découvert que cela ne suffisait pas, Havas et Publicis en fait véhiculaient  les mêmes contraintes et d’ailleurs ne s’en cachaient même pas , car Douce le patron d’Havas m’avait promis de me casser les reins si je ne changeais pas de politique rédactionnelle. il prenait la suite d’Ambroise Roux, l’éminence du patronat français qui m’avait convoqué quelques jours auparavant chez Drouant, pour me demander la tête de la directrice la rédaction qui avait des velleités de récalcitrance.

Pour résumer et formuler clairement ce que je veux dire dans cet article: les Français ne veulent pas payer pour avoir une représentation propre, ils ne veulent pas payer pour être informés, ils bénéficient d’un système de tiers payants , qui fort justement exerce ses droits et les maintient dans la dépendance.

Les français préfèrent  la jouissance à la liberté et à la dignité.

 

 

 

 

13 réflexions sur “Editorial: Les Français préfèrent  la jouissance à la liberté et à la dignité.  Le système du tiers payant.

  1. La fable du chien et du loup, M. Bertez : dans leur ensemble, les Français n’ont pas envie d’ être des loups… Ils préfèrent le confort de la gamelle, même si cette dernière est de moins en moins remplie. Mais justement, l’actualité montre que la faim pousse certains à devenir des « chiens-loups » !

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  2. Monsieur Bertez, ce que vous dites est très vrai : dès lors qu’on cherche à se justifier, on se donne tort, on s’abaisse, on perd la face, on perd la partie. C’est une règle non dite, mais inscrite dans le schéma des rapports humains. Et dès lors qu’on délègue un pouvoir, on se met en esclavage.

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  3. Bonjour,
    Il y a plusieurs exagérations dans votre analyse.

    1. Les chaines publiques sont subventionnés par notre impôts et véhiculent pratiquement un seul opinion, qu’on sait. Donc oui, les français payent , même beaucoup mais les médias publics sont pris en otage.
    2. Tous les journaux mainstream privés reçoivent de l’aide de l’état. Selon certains calculs, avec les aides directes et indirectes, l’État participe de 33% à leurs chiffres d’affaires. Donc il y a de l’argent public qui sert de tordre le cou à la concurrence.

    La conclusion est très simple: il est pratiquement impossible de lancer un journal ou une télévision vraiment indépendant car les concurrents déjà sur place ont d’emblée un avantage de 33% . (En s’imaginant que le nouveau média ne veut pas profiter de ces avantages.) Ou il faut beaucoup-beaucoup d’argent.

    Il reste l’internet où les sites d’informations sont nombreux est souvent financés par les lecteurs. Effectivement on peut leur reprocher le manque de professionnalisme mais je pense qu’avec le temps cela va venir.

    En tout cas merci pour vos analyses.
    Cordialement.

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  4. Au fond, rien n’a changé depuis Thucydide (Ve siècle avant J-C) : « Il faut choisir: se reposer ou être libre! »
    Mais d’ailleurs, comment Homo sapiens aurait-il pu changer en (seulement) 2500 ans?…
    PS : Merci M. Bertez pour la pertinence de vos analyses, et leur posture réellement « politique » (« Les choses étant ce qu’elles sont » – Charles de Gaulle)

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  5. Les français ne sont pas un peuple homogène.Nous sommes dans une société clientéliste:il y a les profiteurs et ceux qui paient.Le pouvoir s’appuie sur les profiteurs,cela suffit pour remporter les élections.Certains profiteurs ne savent meme pas qu’ils le sont.

    Le clientélisme ne peut se combattre que d’une seule façon:en baissant les dépenses publiques.Macron refuse de le faire,en ce sens il doit libérer le pouvoir au plus vite.Sinon ,c’est le Vénézuela,un pays ou les gens normaux sont obligés de s’exiler pour ne pas crever.La France ne pourra jamais redémarrer sans une baisse brutale des prélèvements .Soit Macron ne le comprend pas ,soit il a peur.Nous sommes au bout.

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    1. En fait, je pense que Macron sait ce qu’il fait et il le fait très bien ….il est payé pour cela par qui vous savez….il veut le chaos en France, il est même possible mais là c’est mon opinion personnelle qu’il laissera les rênes à un moment donné…..j’ai entendu dire qu’à Bruxelles, on ne serait pas hostile à sa venue en remplacement de la barrique à whisky  » JUNKER » ……en 2019….
      Il se murmure égale que Marion Maréchal le Pen est drivée par un haut responsable américain…
      Tout cela me fait penser que nous allons vivre une année 2019 intéressante à bien des niveaux .

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    1. j’ai toujours dit que les gens de pouvoir et les journalistes couchaient ensemble.

      Je voulais signifier à la fois le sens propre de coucher et le sens figuré d’être dans le même lit.

      je ne vais pas refaire cet article car il y a de bonnes choses dedans.

      je voudrais insister sur la dépendance structurelle.

      Un journaliste travaille si on peut dire une matière première, qui est mettons pour simplifier de l’information. il lui faut une ou des sources. Pour avoir une valeur ajoutée il doit apporter plus que ce qui est banal, donc il doit avoir une relation privilégiée avec les sources. De là vient la dépendance stucturelle; le journaliste n’est rien sans un accès à certaines sources et pour y avoir accès il doit payer .

      Rien n’est gratuit il n’y a pas de free lunch dans le monde .
      Regardez le succés des Duhamel par exemple.

      Comment le journaliste peut il payer à votre avis? A part son cul! Il ne peut payer que par les services rendus dont le plus important est la complaisance que l’on maquille souvent en convergence.

      Pour faire le métier de journaliste il faudrait etre compétent ce qui est rarissime, mais j’en ai connu, mais en plus il faudrait être un saint. Je n’en ai jamais rencontré.

      L’une des questions interessante c’est la question de l’Autorité. Il y a des journalisets qui font « autorité ». si vous analysez leur parcours, vous constatez que cette autorité n’est pas tombée du ciel mais qu’elle vient d’une sorte d’accrédiation par le ou les pouvoirs. Vous trouvez au bout de l’analyse une relation, une compromission.

      Il y a eu de « grands journalistes » comme Aron par exemple au Figaro, cela ne l’empêchait pas d’etre payé indirectement par les américains ; mais ses capacités intellectuelles étaient telles qu’il avait une autorité personnelle et pouvait renverser la dépendance. De temps à autres seulement!

      Pour moi le journaliste honnête c’est celui qui annonce son biais, c’est à dire qui dit pour quoi, pour qui et d’ou il parle. Une parole ne vaut que si on connait les caracteristiques, la vraie identité du locuteur.

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      1. Je me souviens de Duhamel et Fabius déjeunant ensemble au Divelec place des invalides devant un énorme bar en croute de sel et de bons vins, ma question demeure qui payait la note.

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