Editorial; retour de l’exubérance spéculative, le déreglement devient effrayant.

La volte face de Powell est maintenant bien prise en compte: les capitaux ont repris le chemin du risque, ils suivent à nouveau la plus grande pente, assurés qu’il n’y aurait pas de choc.
Le S&P 500 a gagné plus de 8% depuis le début de 2019.
Mais le plus significatif ce sont les mouvements de capitaux , les flux: ils se sont dirigés là ou les risques sont les plus élevés, vers le high yield, vers les qualités les plus douteuses . L’indice Bloomberg qui mesure les performances des emprunts a haut risque a gagné 5,25% en 6 semaines sous la conduite des valeurs classées CCC!
Un titre de  Bloomberg dit tout:
  “Corporate Bonds on Fire as Dovish Fed Soothes Investors,”. Les obligations corporate sont en feu alors que la Fed calme les  appréhensions.
Et d’ajouter, ce qui est encore plus significatif:
« la peur se transforme en exubérance sur les marchés de crédit ».
Les émissions de mauvaise qualité repartent grâce à l’afflux des capitaux; les ETF enflent à nouveau, les conditions financières se desserrent considérablement, l’esprit de jeu est revenu.
Le retournement des marchés produit le retournement des perceptions et le retournement des perceptions produit une réduction des prix du risque; c’est le cercle magique. Les prix des assurances contre le risque chutent : les CDS se replient à grande vitesse comme si le réel avait changé, un indice tenu par Markit sur ce secteur revient à 65 alors qu’il était à 95 la veille de Noel.
Et comme vous le voyez l’esprit de jeu est l’élément essentiel de la liquidité et non l’inverse: quand le jeu est là , quand la spéculation revient et alors la liquidité réapparaît et les conditions financières redeviennent bonnes.
C’est cela la finance, ce n’est que peu de choses objectives, réelles;  dans le court terme, ce n’est que du mercure ! Et le mercure c’est un concentré d’animal spirits!
Il y a dans le système une masse considérable de capitaux spéculatifs et ils sont là prêts à saisir les  opportunités de toutes les façons avec les HFT, avec les martingales Quants, avec les dérivés, avec les gestions passives, avec tout ce qui permet d’avoir des effets multiplicateurs, des leviers.
N’oubliez pas que les pyromanes ont injecté plus de $16 trillions dans le Loto mondial!
On ne connaît ni les masses de capitaux  mobilisables, ni leur localisation, ni leur origine ni leur horizon de temps, on joue avec le vif argent.
Le mismatch de durée et de risque qui est l’ennemi de la finance saine et orthodoxe est considérable et non localisable. La transformation et le carry règnent en maîtres pour des montants qui se chiffrent par trillions.
Quand la Bête est lâchée, c’est un ogre, tout est dévoré. La baisse effrayante de décembre n’est rien à cote de la hausse  qui est venue se précipiter  en janvier: j’ai plus peur de la hausse que de la baisse tant  elle montre  l’ampleur des dysfonctionnements des  marchés.
Il faut être fou et irresponsable comme le sont certains Cassandre pour souhaiter la baisse et la crise; manifestement ils n’ont pas compris vers quels gouffres elles nous précipiteraient.
Powell a entrevu ce  gouffre quand en l’espace de quelques semaines, que dis-je de quelques jours il a, en catastrophe, renversé sa position: il était bullish  envers et contre tout le 24 octobre et il était noir comme l’encre le 24 decembre!
Il était en auto pilote et il a manqué d’aller dans le ravin! En un mois il a dû faire volte face, en un mois il a du se déjuger, baisser son pantalon, abandonner toute crédibilité, casser son image et montrer que ce n’était pas la Fed qui commandait  mais les marchés; c’est la Bête qui commande et comme je l’avais écrit en Aout la Bête demande sa ration.
Et elle a les moyens  de se faire entendre.
Les marchés sont devenus non des lieux de transmission et de traduction, ce sont des lieux,  des machines complexes de prédation, ils sont devenus rogues. Les marchés sont devenus voyous; maître chanteurs.
Les stratégies pratiquées sont inconnues tant elles sont sophistiquées: les créations humaines, les bestioles sont libérées et elles nous dépassent, nous sommes leurs serfs, elles sont nos maîtres.
Ces stratégies complexes ne peuvent plus être décryptées par la logique, par la raison, elles sont enchevêtrées eu leur résultante est ininterprétables; en fait nous sommes dans l’hyper complexité et je comprends que les dirigeants de hedge funds  jettent l’éponge: ils n’ont plus rien à faire sur ces marchés, l’intelligence  ne sert  à rien. Elle n’éclaire plus l’avenir.
Il y a des courants,des contradictions, des paradoxes qui traversent les  marchés qui font qu’ils n’émettent plus de signaux.
En fait au lieu de  l’alternance risk-on/risk off qui était le modèle  antérieur, on a mainteant l’alternance simultanée, on est à la fois risk-on et en risk-off comme témoignent les cours de véhicules refuges! Les bunds allemands sont recherchés ainsi que les  valeurs du trésor US!
Souvenez vous en , gravez le dans votre mémoire: on a ouvert une boite de Pandore et nos créatures, nos créations nous ont domestiquées.
Pour l’instant tout est gérable et c’est ce qui donne un sentiment de confort. Mais savez vous pourquoi tout est gérable ? C’est tout simplement parce que chaque fois que l’on baisse on baisse non sur des faits mais sur des anticipations. ceux qui vendent, le font en avance parce qu’ils sont pressés de faire un profit, ils ne veuelent pas rater le coche.  Il cherchent à chaque fois à toucher le plus haut et a scalper le public. Jusqu’à présent, on n’ jamais eu à faire face aux venets du public, au raz de marée de la clientèle. Au sell-off! On est resté entre professionnels et quasi professionnels.
Le public lui n’a jamais vendu, il n’est jamais sorti. Donc quand Powell intervient c’est facile de maîtriser puisque cela ne concerne que de professionnels ; mais la vraie épreuve ce sera quand le public, le détail la clientèle, le retail vendront.
Les banquiers centraux qui jouent avec cela, je leur conseille d’avoir une très très longue cuiller car c’est pire que le pacte faustien, ils ont vendu leur âme et ils iront c’est inéluctable, en enfer. Et celui la,  croyez moi, il ne sera pas pavé de bonnes intentions.
Quelques photographies de la semaine écoulée:
. February 8 – Reuter (Marc Jones): “Investors pumped record high volumes of cash into emerging markets shares and bonds in the past week, Bank of America Merrill Lynch (BAML) said on Friday amid expectations U.S. monetary policy could lead to a weaker U.S. dollar… Investors have piled into emerging market equities and bonds in recent months amid expectations that the U.S. Federal Reserve will not raise interest rates as quickly as previously expected or even no longer tighten its policy.”February 7 – Reuter (Marc Jones): “A ‘wall of money’ is set to flood into emerging markets assets now the U.S. Federal Reserve has eased the risk of a sharp rise in global borrowing costs, the Institute of International Finance (IIF) said… The IIF, which closely tracks financing flows, said its high frequency indicators were picking up a “sharp spike” of inflows following last week’s confirmation of a change of tack from the U.S. central bank. ‘Recent events look likely to restart the ‘Wall of Money’ to Emerging Markets,’ IIF economists said in a report.”

Institute of International Finance estimates put January ETF inflows on a quarterly pace of about $50 billion, ‘already equal to strong EM inflows in 2017 and likely to go higher.’”

The MSCI Emerging Market equities index has gained 7.3% y-t-d. So far in 2019, dollar-denominated bond yields are down 828 bps in Venezuela, 36 bps in Indonesia, 34 bps in Ukraine, 33 bps in Saudi Arabia, 31 bps in Russia, 30 bps in Chile, 30 bps in Colombia, and 16 bps in Turkey. Local currency yields have sunk 91 bps in Lebanon, 77 bps in Philippines, 35 bps in Hungary, 35 bps in Mexico and 27 bps in Russia.

With “risk on” back on track, why then would “safe haven” bonds be attracting such keen interest? German 10-year bund yields sank eight bps this week to nine bps (0.09%), the low going back to October 2016. Two-year German yields were little changed at negative 0.58%. Ten-year Treasury yields declined five bps this week to 2.64%, only nine bps above the panic low yields from January 3rd. Japanese 10-year yields declined another basis point this week to negative three bps (negative 0.03%), only about a basis point above January 3rd lows. Swiss 10-year yields declined six bps this week to negative 0.33% – the low since October 2016.

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4 réflexions sur “Editorial; retour de l’exubérance spéculative, le déreglement devient effrayant.

  1. Powell ne baissera pas les taux.Les US ont besoin de placer encore beaucoup plus de dettes,les fonds de retraite ont besoin de plus de rendements obligataires ainsi que les banques.Powell a juste dit qu’il serait plus prudent sur les hausses de taux futures pour calmer les spéculateurs.Les chiffres de la macro économie sont très mauvais,ils finiront par impacter les marchés boursiers

    Aimé par 1 personne

  2. Comme vous l’exprimez si bien Monsieur Bertez c’est la liquidité les flows, le riskèon / le leverage et l’assurance que les banques centrales et surtout la FED ne laisseront pas le marché du crédit s’emballer dans une spirale négative c’est à dire une demande de hausse des primes de risques.

    Donc si les banques centrales asssurent qu’elles garderons les coûts du crédit bas coûte que coûte et par conséquent stabiliseront /et feront augmenter la demande du crédit et donc la demande de tout.. la volatilité baissera puisqu’il y aura demande pour les actions et en même temps pour les bonds /hedge-risk parity, et comme la volatilité baisse il n’y a plus de risque apparent..et ainsi de suite

    Le casino peut continuer à tourner sans se préocuper ni du ralentissement économique =les taux resteront bas, ni de la géopolitique les fonds se réfugient dans les biens qui sont liquides et avec un potentiel de hausse infini..il y aura toujours un acheteur à un prix plus élevé…etc..

    et comme vous le dites les HFT algos/quants et short squeeze , buy backs, les twitts et les news vraies ou fausses et compagnie… font le reste
    Des trillions qui cherchent tous du rendement, des profits rapides sur les marchés financiers et qui sont obligés d’être investis… donc

    Tout va très bien Madame la Marquise..

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