Editorial. Macron,la fascination de l’Allemagne; la nécessité, le consensus défaillant, la violence

« Le néo libéralisme repose sur ce socle: le retour à l’exploitation maximum des travailleurs et on lui a donné un nom mystificateur pour le dissimuler, pour dissimuler sa nature: on appelle  cela la quête de  la compétitivité. » BB

Le terme néo-libéral est utilisé à toutes les sauces pour masquer, pour dissimuler, pour occulter  la réalité du Système.

Le système capitaliste évolue selon différentes phases et ses évolutions , ces phases sont produites par l’état de la profitabilité.

Le système change quand il bute, quand il ne peut se reproduire à l’identique. Alors il est victime de ses contradictions internes: trop de capital pour pas assez de profit, et il cherche un moyen de survivre.

La phase qui a précédé le néo-libéralisme est la sociale-démocratie. Elle consiste, à la faveur de la prospérité et d’un gros surplus disponible, à acheter la paix sociale et politique grâce à la répartition, la distribution, la redistribution de  largesses sociales.

Dans la sociale démocratie on laisse le marché allouer les rémunérations selon le rapport de forces des facteurs de production, mais on corrige en fonction de la situation des personnes. On adoucit si on veut.

Lorsque le taux de profitabilité s’est contracté par excès de capital et érosion de la productivité, il a fallu muter.

Muter, c’est revenir sur les avantages accordés avant, c’est rogner sur les acquis et tenter de réduire les coûts du travail. Bref il a fallu songer à augmenter le taux d’exploitation de la main d’oeuvre, baisser sa part dans les GDP,  par tous moyens, direct et indirects. Il a fallu redevenir anti-social. A la Thatcher et Reagan.

Accessoirement il a fallu compenser la non distribution de revenus salariaux suffisants par la création de crédit, d’où la financialisation. La financialisation soutient la demande et « booste » les profits.

Complémentairement il a fallu peser sur les coûts de la main d’oeuvre par la globalisation et l’arbitrage international du travail et la mondialisation des marchés, c’est à dire par la compétition accrue.

La fonction de la compétition accrue, liée à la libre circulation des capitaux est d’imposer la contrainte du profit moyen au monde entier. Cela revient à imposer la Loi du plus fort et à pulvériser les différences, à uniformiser. Au passage les uniformisateurs récoltent la plus value de destruction, de dénivellation, c’est la spécialité du capital anglo-saxon que de « scalper », d’empocher les différences  de valeur, on appelle cela le capitalisme d’arbitrage.

Le lien entre recherche de la compétitivité et la contrainte absolue du profit est organique, on ne peut y échapper. C’est l’obligation de se rallier au capitalisme. C’est une obligation bien plus dure et plus contraignante que celle qu’impose la Construction Européenne, mais elles sont du même ordre: imposer un taux de profit moyen incontournable.

Compétition+ouverture des frontières + libre circulation des capitaux = contrainte du profit pour tous. Celui qui ne réalise pas le profit moyen s’asphyxie, il  disparaît, il fait faillite, est absorbé etc.

C’est cela le néo libéralisme, c’est ce retour en arrière qui vise reprendre ce qui a été donné lors de la prospérité de la Reconstruction d’après guerre..

Le néo libéralisme a été rendu possible par la chute du communisme , la fin des références  réelles de la gauche de production et bien sur par la fin de la guerre froide. Le capital a eu les mains libres. Tout ceci a été permissif.

Le néo libéralisme repose sur ce socle: le retour à l’exploitation maximum des travailleurs et on lui a donné un nom mystificateur pour le dissimuler, pour dissimuler sa nature: on appelle  cela la quête de  la compétitivité.

La quête de la compétitivité n’est rien d ‘autre que l’alibi de la recherche du profit restauré . C’est un voile pudique sur quelque chose que le public considère comme obscène.

Exemple, le CICE est une subvention pour bonifier la profitabilité du système français mais on a habillé cela du voile de la recherche de la compétitivité; et il n’a pas marché parce que, même avec le CICE le système français n’est toujours pas assez rentable, sa profitabilité étant encore inférieure à la profitabilité mondiale, les capitalistes refusent d’investir.

On n’a pas remonté le taux de profit au niveau fatidique; à mon sens il faudrait plus que tripler le CICE, bien au dessus de 120 milliards  pour avoir un taux de profit moyen satisfaisant en France. « Satisfaisant » au  sens de « déclenchant l’investissement » .

La compétitivité c’est le cache sexe des capitalistes , l’alibi qui permet de  tenter de hausser la profitabilité sans nommer le coeur, la pierre angulaire du système, son moteur: le profit.

On escamote le profit et on le remplace par son cache sexe, la compétitivité.

Pourquoi ?

Pour mystifier et rendre acceptable la dureté de la contrainte de profit. On n’ose pas ouvrir le débat sur le profit et affirmer comme je le fais que le profit est le coût à payer pour la  liberté, pour le progrès, pour l’efficacité économique et pour maintenir un ordre social non fondé sur le pouvoir d’une Nomenklatura.

Car on n’ a pas trouvé de système de remplacement de la propriété  privée des moyens de production,  de l’accumulation privée. Tous les autres systèmes ont failli malgré leurs promesses.  Rien ne remplace à ce jour  la confrontation pacifique par le marché, pour déterminer ce que l’on doit produire, les valeurs sociales des marchandises et des services, la valeur moyenne du travail,  et comment le répartir sous formes de revenus .  Les moyens autoritaires supposent toujours une classe supérieure qui tyrannise, qui s’attribue la part maudite, qui asservit et qui corrompt.

Le profit est une charge, un coût pour conserver un certain type société, c’est le coût d’un ordre social. Et jusqu’ a présent on n’a pas trouvé mieux que cet ordre social puisque  la tentative d’en créer un autre  a débouché sur une tyrannie, une dictature et des bains de sang.

Attendez de voir ce qui se passera en Chine d’ici quelques années quand les conditions de production vont entrer en conflit avec l’ordre politique. On les verra, les bains de sang.

Notre Macron a plus ou moins compris tout cela et on voit bien que la logique de ses réformes vise à augmenter la profitabilité du capital, à essayer de diriger le surplus vers l’économie productive et à hausser fortement le taux d’exploitation de  la main d’oeuvre passée, présente et future.

Mais il le fait avec un boulet aux pieds.

Ce boulet ce sont les conditions de son élection, elles ont été inadéquates , il n’a pas eu de mandat pour faire cela. Il a été mandaté , choisi, imposé  par la finance, le MEDEF, les classes supérieures, les ultra riches et surtout pas par le peuple qui allait devenir victime de ses réformes. Il n’ a pas été élu pour ce qu’il veut faire, il y a eu dol, vice du consentement.

Il a en réalité été choisi à contre emploi et cela c’est la bêtise du Patronat qui raisonne par analogies et similitudes superficielles, mécaniques, bourgeoises et ignore tout des réalités profondes.

Les classe dominantes ont voulu refaire en France le coup de Hartz en Allemagne et c’est ce qu’ils continuent de vouloir imposer en ce moment.

On a en effet bien analysé la situation des deux systèmes économiques, l’Allemand et le Français, on en a tiré des conclusions sur la production, la productivité, la compétitivité, la profitabilité mais on a oublié l’essentiel: la situation sociale, la situation culturelle, les rapports des forces sociales, les mémoires, les idéologies, bref tout ce qui fait qu’une nation est une nation et n’est comparable à aucune autre.

Les comparaisons mécaniques, mathématiques n’épuisent pas loin s’en faut  la réalité concrète d’un pays. le meilleur exemple étant fourni par les divergences d’orientation: Tandis qu’était imposée la réduction du temps de travail en France, des accords décentralisés issus de l’élaboration d’un consensus se déployaient en Allemagne afin d’augmenter le temps de travail et de le payer moins.

Efforts et sacrifices

Le modèle allemand n’est pas le modèle français, ils divergent fondamentalement en ceci que le modèle allemand est fondé sur de multiples  consensus pragmatiques qui préexistaient avant les réformes Hartz. Hartz s’est appuyé sur ces consensus prgamatiques, sur cette idéologie allemande: il n’ a pas eu à la créer, il l’ a exploitée.

Les réformes Hartz ont précarisé, paupérisé, mis en place un salariat à deux vitesses et surtout crée une société préfasciste de « kontroles » généralisés que l’on montre régulièrement à la télé pour faire peur, pour terroriser. Un tiers des salariés en Allemagne recoivent un salaire de misère, le « Low income ». Pour faire du Hartz il faut des échines souples.

Regardez le GDP et sa comparaison avec les salaires réels! 

L’un des principes fondamentaux de l’élaboration des réformes et de la construction du contrat social est que l’économie allemande ne peut être solide que si elle est compétitive. La part des exportations, qui est supérieure à un tiers, est telle que ce consensus a un sens pour tout le monde.

En Allemagne, héritage du Nazisme  quoi que l’on en dise, le sacrifice est toujours latent. Chaque acteur de la société – entreprises, partenaires sociaux, acteurs politiques, collectivités publiques, État – y prend ses responsabilités au regard de l’intérêt général. Il y a une sorte de pacte social allemand,. On ne conçoit pas le bien-être social en Allemagne sans prospérité économique et sans effort  collectif.

Ceci a été revivifié par l’intégration des 17 millions d’Allemands de l’Est même si ceux ci ont peu participé au Pacte. Jusqu’au début des années 2000 l’Allemagne a été considérée comme l’homme malade de l’Europe. Et c’est situation peu glorieuse qui a déterminé, qui a produit le sursaut de tous les corps intermédiaires et qui a entraîné l’adhésion populaire.

Pour imposer et réussir les réformes de Peter  Hartz il faut un consensus préalable et j’ai toujours dit que l’erreur de Macron avait été :

-de croire   qu’il avait été élu positivement, et qu’il était légitime

-qu’il suffisaint de volonté et de détermination pour réformer

-de sous estimer les résistances enracinées dans le tissus social  français et sa mémoire.

Macron aurait du asseoir sa légimité prioritairement en cherchant à élargir sa majorité et son soutien populaire .  Il aurait du adapter ensuite son discours et son argumentaire à la  France au lieu de se montrer imitateur de  l’Allemagne, il aurait du susciter quelque chose de positif, de « En Avant », une sorte de fierté,  au lieu de jouer sur la culpabilité.

Ayant échoué à créer un consensus , il ne lui reste, si il veut persévérer que le mensonge,  la tromperie, l’habileté et la violence. .

Ce qu’il a déjà  commencé de faire.

 

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6 réflexions sur “Editorial. Macron,la fascination de l’Allemagne; la nécessité, le consensus défaillant, la violence

  1. Avant en quelque sort le capital était au départ de l’épargne, aujourd’hui du crédit ou du capital je ne sais plus très bien qui est avant l’autre pour plagier Alan…

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  2. Cette analyse est magistrale et permet de comprendre aussi, pourquoi Macron fait des prochaines élections européennes un enjeu crucial.
    Il ne peut ignorer que son élection s’est réalisée sur une manipulation, une imposture, une prestidigitation.
    L’enjeu, pour lui, de ces européennes est avant tout de se légitimer, de se justifier (y compris par la violence, la répression) pour poursuivre cette feuille de route que vous décrivez et que le mouvement social a temporairement suspendue.
    C’est la raison de son positionnement entre un clivage progressistes vs. la peste noire et de son appel imploré dans une tribune théâtrale aux citoyens européens.
    L’enjeu est avant tout pour lui, car une défaite cuisante de LREM, pourrait susciter une demande réitérée de sa démission ou pour le moins un constat d’un mandat non légitimé, la fin de son quinquennat, celui-ci n’étant plus constitutionnellement respecté.
    Le clip surréaliste de campagne des européennes de LREM est à ce titre révélateur, car en jouant outrageusement sur les peurs « des heures les plus sombres », Macron dévoile sa propre faille: La Peur indicible est chez lui, dans son camp, ses soutiens. Là se trouve l’inversion, à l’exemple du Brexit où la peur est chez l’UE.
    Le résultat des élections européennes se doit d’être NOIR ou BLANC. Certains partis se positionneront sur le GRIS. Ceux-là, ainsi qu’un choix abstentionniste, feront son jeu, il faut bien le comprendre.
    D’ici les européennes, attendons-nous à voir Macron s’impliquer sur leur enjeu comme jamais, dans une théâtralité dramaturgique (merci Brigitte) qu’ il maîtrise parfaitement.
    Une débâcle cuisante doit être, actuellement, le cauchemar de ses nuits insomniaques.

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  3. Vous avez raison bien sûr de souligner les différences culturelles PROFONDES qui sous-tendent le modèle allemand.

    Les modèles n’existent pas en réalité ou plutôt ils sont liés à un contexte culturel et historique propre à chaque nation et sont non transposables (sauf dans des pays très semblables culturellement, ce qui n’est évidemment pas le cas de la France par rapport à l’Allemagne).

    Il y a un autre élément que vous ne mentionnez pas qui est celui de la démographie et qui explique une partie importante (pas tout) de la baisse du chômage.

    Mais la démographie c’est bien entendu de la culture et donc cela fait aussi partie du modèle.

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    1. Au lieu de lire des crétins comme Habermas qui pense faux à chaque ligne , Macron aurait du lire:
      Hermann de Keyserling
      « Analyse spectrale de l’Europe »,
      sous titre: les européens peuvent ils se comprendre?
      Editions Gonthier /médiations.

      Habermas est une fausse valeur qu’une lecture critique démonte totalement et irrémédiablement .

      Keyserling a une connaissance personnelle, concrète, vecue directe de l’Europe il connait de l’interieur les mentalités européennes mais la connaissance n’interesse pas les idéologues!

      Keserling pojette l’analyse là ou elle doit etre: l’âme des differents pays d’Europé telle qu’elle s’incarne dans la vie sociale et dans les individus: on est au coeur du vrai débat européen,celui qui été escamoté.

      Le chapitre sur L’Allemagne est fascinant: enfin quelqu’un qui comprend les Allemands de l’intérieur avec leur « Er-lebnis » mot intraduisible qui explique pourquoi ils se relèvent toujours.

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    2. Concernant l’évolution des données économiques de l’Allemagne et notamment du ratio GDP / capita, il faut aussi tenir compte de l’utilisation progressive des pays de l’Est comme sous-traitant, l’Allemagne étant devenu un grand ensemblier d’éléments fabriqués dans les pays limitrophes. Le volume total de biens produits augmente (développement des exportations de produits finis), même si le volume de travail (revenu) des travailleurs allemands n’augmente pas.

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  4. Macron a commis une erreur:prendre 1% de pouvoir d’achat aux babyboomers retraites. Je serai lui,je lacherai 2% aux retraites ( quitte a en prendre 4% aux salaries du prive) et tout rentrerait dans l’ordre.Allez,4% de bonus aux femmes agees s’il a un problème avec l’image du père 😉

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