Editorial: du Rally Universel, au Grand Reset Monétaire.

Ce fut un trimestre extraordinaire.

La veille de Noel, le patron de la Reserve Fédérale américaine a annoncé qu’il allait cesser de fermer  les robinets monétaires. Au fil des jours suivants il a suggéré de plus en plus clairement qu’il allait au contraire les rouvrir.

Ces revirements ont provoqué une hausse Boursière historique, d’autant plus historique que dans le même temps les indicateurs économiques se sont fortement détériorés, pointant vers une récession globale généralisée.

Au cours du premier trimestre 2019, les actions ont ajouté 9,3 trillions à leur bulle antérieure! Les obligations ont enflé de plus de 2 trillions! La dette mondiale est passée à 244 trillions.

Le S&P500 a performé de 13,6%, le Nasdaq de 16%.

Le  Shanghai Composite a bondi de  23.9%. Le China’s CSI Midcap 200 de  33.5%.

Les émergents ont gagné 9% et le marché européen plus de 11%.

Tout, absolument tout ce qui peut de près ou de loin ressembler à un actif financier s’est apprécié! Les marchés fianciers se sont synchronisés à la fois géographiquement  et sectoriellement.

Tout le Papier a bénéficié du Rally Universel.

Aussi bien le papier à risque comme les actions que le papier refuge comme les fonds d’état. Il y a simultanément rally  de l’appétit pour le risque et rally de la recherche de sécurité. Rally d’une chose et de son opposé.

Ceci exprime parfaitement la réalité de la situation dominée par l’incertitude d’une part et les promesses de mesures  pour remédier à cette incertitude d’autre part : la reprise du printing monétaire.

Vive les crises! répétons nous régulièrement, plus elles menacent, plus elles sont nombreuses, plus elles sont profondes et plus les marchés financiers exubèrent, se réjouissent, font feu d’artifice car le remède est toujours le même: la distribution de liquidités et la mise des taux d’intérét réels à zéro.

Ceux qui ont accés au crédit, ceux qui sont deja très riches et proches des robinets de distribution savent que la manne va arriver et ils ’empressent de se rapprocher des points de distribution: les marchés financiers. On arrête de vendre, on arrête  de deleverager, on reprend de nouvelles positions; voila le schéma de toute l’action impulsée par les autorités monétaires.

La contradiction, l’absurdité ne sont  qu’apparentes et c’est bien ce qui prouve l’indigence des analyses classiques; il n’y a aucune contradiction dans le fait que l’on recherche simultanément le papier à risque et le papier sans risque car ce que l’on fuit c’est ce en quoi tout papier est libellé: la monnaie.

Tous les actifs financiers qu’ils soient à risque ou sans risque ont le même sous jacent: on les échange contre de la monnaie . Et si on sait qu’il va y avoir beaucoup de  monnaie disponible, alors on anticipe l’échange futur de monnaie contre actifs quasi-monetaire c’est à dire que l’on fait monter le prix apparent de tous les  actifs monétaires actions obligations, dérivés, cotés sur les marchés.

Les Bourses reposent sur une myopie, sur une mystification qui vous fait croire que ce que l’on cote ce sont les titres!  Non c’est faux ce que l’on cote c’est la valeur relative des titres par rapport à la monnaie. Un cours de bourse est une valeur relative par essence puisque c’est un échange de monnaie contre une promesse de performance future.

Et c’est d’autant plus vrai que le système depuis 1971 a changé. La monnaie n’est plus ancrée elle n’est qu’un jeton, sans valeur en soi et les actions et autres actifs financiers eux aussi se sont libérés du poids de ce que l’on appelait avant, dans le vieux temps, la valeur fondamentale: tout flotte.

C’est bien sûr ce que le public ne sait pas et ne comprend pas et c’est aussi ce qui induit en erreur les passéistes, les croyants au mythe de la Value; ceux là n’ont pas compris que le monde avait changé et que l’analyse financière version Graham and Dodd n »était plus adaptée.

Avec la flottaison des monnaies, la rupture de leur lien avec la valeur travail, avec la valeur d ‘usage et leur arrimage à « la frivolité du désir », comme toutes les marchandises, les monnaies et quasi monnaies  sont devenues des outils du service public qui vous gère: les banques centrales. Car dans le monde actuel ce sont les banques centrales qui gèrent, pas les palotins qui forment les gouvernements.

Les uns bougent les trillions, les autres font joujou avec leurs petits hochets en milliards.

Les principes d’action et de gestion des autorités, des apprentis sorciers doivent rester secrets pour fonctionner. Ils craignent le grand jour. Que se passerait il si mes analyses venaient à être diffusées et faire l’objet de « common knowledge »?

Nous sommes gérés par des savoirs enfouis, des savoirs qui doivent rester non-sus!

Bien entendu ces savoirs pour être efficaces et produire un ordre social doivent rester cachés et monopolisés, on ne va pas les enseigener dans les universités. Le public lui ne connait que des vulgates mystifiantes élaborées non pour être efficaces mais pour reproduire les illusions dont se nourrit le système.

Pour comprendre vraiment, « il faut en être ». Il faut faire partie du club. Ceci a d’ailleurs été dit cyniquement à Varoufakis par l’un des chefs de la mystification Lawrence Summers. Hélas Varoufakis n’a toujours pas compris ce qui lui a été dit. Fermons la parenthèse.

Les autorités monétaires au plus haut niveau  savent tout cela , elles qui en jouent et elles modifient la valeur relative des titres par rapport à l’unité monétaire en créant plus ou moins de monnaie d’une part et en jouant sur la rémunération des actifs financiers, le taux d’intérêt d’autre part .

Si vous annoncez que vous allez augmenter la quantitié de monnaie , c’est à dire la masse de liquidités en quête d’emplois et que vous dites en même temps attention je vais baisser la rémunération sans risque c’est à dire les taux d’intérêt alors vous envoyez un signal qui produit une hausse des valeurs boursières.

Tout papier, tout actif financier est échangé, apprécié, libellé, en monnaie ne l’oubliez jamais donc si c’est la valeur  d ‘échange de la monnaie qui se réduit, les prix apparents exprimés en monnaie montent. Vous échangez sans  cesse les mêmes actifs contre une monnaie qui fond.

Les autorités grace au génie de Keynes ont compris que l’on pouvait fabriquer de l’inflation, de la dépréciation relative, différenciée  de la monnaie. On peut faire en sorte  que la dépréciation de la monnaie soit cantonnée, se manifeste à certains  endroits plutôt qu’en  d ‘autres. Les catégories  sociales, les institutions  ont ce qu’on appelle des préférences  pour la monnaie diffférentes dont pour elles la valeur de la monnaie aussi est différente.

Ainsi si vous donnez de préference l’argent que vous créez aux gens qui n’en ont pas besoin pour acheter des biens de consommation et des servcies, alors ces gens vont faire autre chose avec la monnaie, ils vont « investir », acheter des actions, des obligations de l’immobilier spéculatif, des tableaux etc.

Ce qui veut dire que selon l’endroit et la façon dont vous distribuez l’argent vous obtenez des inflations différentes et si vous distribuez l’argent aux ultra riches, ce que vous obtenez c’est une inflation du prix des biens  que les  ultra riches achètent: les actifs, les biens de patrimoines, les assets, les objets de luxe, l’immobilier de prestige et même pourquoi pas les hommes politiques car les ultra riches peuvent se payer les hommes politiques et même des partis tout entiers. .

Mais comme la fonte de la valeur de la monnaie est partielle, comme la fonte de la monnaie ne concerne que les biens quasi monétaires et les actifs de placement, vous, vous ne voyez pas que la monnaie se deprécie. Vous êtes  en plein dans l’illusion monétaire qui permet aux autorités de vous tromper et d ‘inflater à volonté. Le public n’a toujours pas compris que l’inflation monétaire ce n’est pas la hausse des prix des biens et des services mais la hausse sélective de certains prix provoquée par la création excessive de monnaie. (Je prends « illusion monétaire » dans un sens particulier).

L’illusion monétaire, à notre époque, est cantonnée .

Cela veut dire que la monnaie étant distribuée aux banques et aux ultra riches, elle ne se dirige pas vers les biens de consommation mais vers les actifs financiers qui sont représentatifs de capital. Cette monaie distribuée aux banques augmente le pouvoir d’achat des détenteurs de capitaux lesquels  en consequence sont obligés  d’acheter. Car si ils n’achetaient pas que feraient il de cet argent? Donc les détenteurs de capitaux, reçoivent un pouvoir d ‘achat et ils cherchent des occasions, des opportunités d’investir c’est à dire de toucher une part du produit national sans travailler. Et comme les parts de ce produit national qui permettent de prélever sans trvailler sont en nombre limité alors, le prix de ces parts monte.

Dans la période  de création monétaire ciblée au profit des banques , des ultra riches, ce ne sont pas les biens de consommation qui sont demandés, non ce sont les biens d’investissement et de placement. Et comme ceux ci sont représentés par des titres, alors le prix de ces titres monte. Nous sommes au coeur de la genèse des inégalités et au coeur de la paupérisation relative qui provoque le populisme.

L’illusion monétaire c’est l’alliée des pouvoirs car elle permet de créer de la monnaie sans que les citoyens  prennent conscience  de son avilissement. Cela permet de diluer la monnaie, de baisser son pouvoir d ‘achat futur sans que les usagers présents s’en rendent compte. Comme ils ne s’en rendent pas compte, ils l’acceptent et la demande de monnaie reste forte ce qui permet d ‘en émettre plus. D’en émettre plus pour essayer de boucher les fuites, les failles du système.

Dans nos systèmes la demande de monnaie de singe reste forte parce que cette monnaie excédentaire se dirige vers des emplois que le public ne voit pas, il n’a pas accès à ces lieux mystérieux que sont les Bourses de valeurs. Meme si il y a accès par son guichetier, il en ignore tout car les guichetiers de banque ont été déqualifiés. Ce sont des marchands de produits qu’ils ne comprennent pas.

La demande de monnaie reste forte parce que la monnaie de singe qui est créée est parquée dans les marchés financiers et y provoque une illusion de richesse, un « wealth effect » qui fait tenir le bilan du système malgré son excès de dettes non recouvrables  .

Dans nos systèmes la demande de monnaie reste forte parce que les salaires sont comprimés, rognés et érodés volontairement afin que jamais il n’y ait de hausse des prix des moyens de susbsistance des travailleurs. Si les salaires montaient les pouvoirs d’achat des salariés progresseraient ce qui ferait monter le niveau des prix des biens et services  et finirait par avilir la monnaie. Il y aurait prise de conscience de l’inflation.

Si il y avait hausse des prix des moyens de subsistance  alors la fameuse échelle de perroquet des prix et des salaires s’enclencherait et il faudrait arrêter  de créer de la monnaie  et ce serait comme en Novembre 2018: la Grande Dégringolade Boursière. La Grande Dégringolade suivie de l’effondrement en chaine du système financier par désolvabilisation et décapitalisation.

Si la hausse des prix des moyens de subsistance venait à s’enclencher, elle produirait la prise de consciece de l’inflation laquelle produirait la prise de conscience de la réalité de la dépréciation de la monnaie, laquelle produirait la fuite devant cette monnaie, laquelle produirait la hausse des taux d’intérêt laquelle produirait soit la déflation et les faillites  soit l’hyperinflation et le Grand Reset.

Ce que vous devez savoir c’est que ci qui est nécessaire se produit nécessairement; le système avec ses contradictions produit sa propre perte.

En effet la hausse des prix des actifs financiers implique qu’un jour ou l’autre les cash flows nécessaires pour servir, pour honorer les valeurs financières, montent fortement. Un actif financier ce n’est rien d’autre que l’anticipation de cash flows futurs. Et les cash flows futurs sont des promesses enracinées dans les cours de bourse, dans les valeurs des actifs financiers.

L’ecart entre  la valeur des cours boursiers et la somme des cash flows que l’on va en retirer à l’avenir est tel que peu à peu le capital boursier sera impossible à honorer, on ne pourra tenir les promesses implicites qu’il comporte, la surevaluation se manifesra mathémaniquement, mécaniquement.

Et là viendra  le grand , le très grand reset.

Annexes

Ci dessous; ils ont inondé de  1 trillions de liquidités au premier trimestre!

On s’arrache les dettes pourries, plus elles sont pourries et mieux elles performent.

 

Ci dessous la rarefaction des véhicules pour investir ou placer son capital

10 réflexions sur “Editorial: du Rally Universel, au Grand Reset Monétaire.

  1. Merci de nous donner à réfléchir, toutefois les actions peuvent à tout moment s’effondrer, prenons le cas de Apple, si la vente d’Iphone chute -et a priori c’est le cas- , les résultats vont chuter aussi, le cours ne peut pas monter indéfiniment le PER and co sont des données qui détermine le cours, idem pour Tesla qui va maintenant connaître la concurrence, il y à bien un moment ou le risque pour les actionnaire est d’avoir une société qui vaut beaucoup moins voire qui ne vaut plus rien ?!

    J’aime

    1. Bonjour Emilie,
      Tout à fait mais ce que dit B Bertez c’est que cela est une valeur relative.

      Si les autres sociétés s’effondrent plus vite qu’Apple, finalement Apple tirera son épingle du jeu. Ce qui veut dire que si la bourse chute de 70%, celui qui a fait une chute de 50%, sur performe de 20 points le marché.

      La seule question que je me pose est : faut-il mieux garder des liquidités ou avoir des actifs qui se déprécieront ?

      En gros la question serait de savoir si l’avenir est la déflation ou l’hyperinflation ?

      J’aime

      1. L’avenir c’est la déflation d’abord puis l’hyper inflation ensuite pour lutter contre la déflation.

        Entre temps il y aura eu un épisode de répression financière/spoliation renforcé et sans pitié.

        Mais la question est celle du calendrier.

        J’aime

  2. Merci Bruno de rester lucide dans ce grand n’importe quoi.

    Je me dis que plus la masse de dettes et d’actifs financiers augmente,moins les banques centrales seront en capacité d’intervenir matériellement.Arrivera le jour(proche) ou elles se retourneront contre leur gouvernement en leur disant »débrouillez vous,vous avez crée ce chaos a des fins électoralistes,trouvez la solution,nous n’avons plus les capacités. »

    J’aime

  3. Merci M Bertez.

    Une nouvelle fois : clair, explicite, argumenté, historique , relatif …. mais à la fin toujours et encore dilutif . le mal finit toujours par ressortir à un endroit ou à un autre , et souvent là ou ils ne l’attendaient pas ….

    L’ éternelle question restera : comment se prémunir pour les petits ou moyens épargnants que nous sommes majoritairement, car cette épargne est issue de notre travail et non de la spéculation ? une protection à envisager hors de toute monnaie ? hors jeu de dettes ou de jetons…

    Grand merci pour votre travail, et vos analyses.

    Vos écrits confirment mon ressenti face à l’absurdité de la situation financière que nous vivons, subissons, sauf que je ne sais pas l’expliciter avec une telle connaissance et une telle aisance.

    Bon weekend à tous

    J’aime

  4. Peut on en déduire qu’il faut se débarrasser de sa monnaie, de son épargne et acheter des titres surévalués étant donné que tout sera fait afin de soutenir les bourses jusqu’au moment du reset et qu’il vaut mieux prendre des actifs quasi monétaires que de garder de la monnaie dans l’optique d’éviter une perte de pouvoir d’achat ?

    Ce petit investisseur n’est il pas condamné à être plumé quoi qu’il en soit , étant donné que d’une part il n’a pas accès aux produits utilisés par les ultra riches / banques, en tous cas à des conditions favorables et que d’autre part en cas de reset il sera le dernier à être au courant et donc à se faire laminer ?

    Concernant les employés des banques ne comprenant pas réellement les produits qu’ils vendent, n’est ce pas aussi parce que les dits produits ont été maquillés afin de n’être compris que par leurs créateurs ?

    J’aime

    1. Toute la monnaie excedentaire est destinée à etre détruite.

      Et tous les actifs financiers quasi monétaires tant qu’ils ne sont pas retirés de la criculation sont destinés un jour ou l’autre à être dévalorisés soit par destruction de la monnaie soit par la remise à niveau des cours.

      No place to hide.
      Mais tout le monde se croit plus malin et espère sauter en marche.

      J’aime

Répondre à julien Annuler la réponse.