Billet: les spéculateurs ont repris le contrôle des marchés.

Des lecteurs fidèles m’interrogent sur ma position boursière.

-fondamentalement tout est surévalué dans des proportions historiques;

-dans la réalité le fondamental est suspendu, il ne joue pas le role d’ancrage

-on échange de la monnaie pléthorique qui ne rapporte rien contre des actifs financiers risqués qui rapportent un peu

-les rendements sont bonifiés par le leverage à la faveur des taux quasi nuls

  • ce sont les banques centrales qui prennent à leur charge le risque, les marchés en sont déchargés
  • les banques centrales ont renoncé en décembre 2018 à normaliser la politique monétaire
  • on s’installe donc dans un nouveau régime ou les bilans vont rester gonflés et les taux d’intérêt quasi nuls

-Nous sommes dans la situation idéale pour les marchés avec une conjoncture économique encore satisfaisante, surtout aux USA et des promesses de maintien de l’argent gratuit surabondant.

-l’érosion des profits des firmes est réelle mais elle est considerée comme passagère et non significative, elle ne décourage pas les acheteurs.

-les autorités ont peur d’un nouvel emballement donc elles réintroduisent un peu de doutes elles parlent de temps à autres de la possibilité de reprendre un jour ou l’autre la normalisation des bilans des Banques Centrales et des taux.

Conclusion: je déconseille d’investir pour le long terme car la rentabilité sera quasi nulle avec des risques importants. Ceux qui veulent et peuvent spéculer ont raison de le faire car nous sommes dans une situation ou les autorités ne peuvent prendre le risque de décevoir la spéculation.

Le risque est pris en charge par les autorités donc il est évacué; mais les autorités sont des agents économiques comme les autres et elles sont soumises aux risques extérieurs, monétaires, politiques, géopolitiques, sociaux etc.

Les free lunchs n’existent pas, sachez le et si par le printing on avait trouvé l’équation universelle, cela se saurait. Le coût apparaitra, mais on ne sait pas comment. 

Comment on en est arrivé là:
La Réserve fédérale américaine ne peut plus faire  disparaître  l’argent qu’elle a printé, les liquidités  sont là pour rester  et ceci a été confirmé en décembre 2018.

Dans The Economist le 17 avril 2017 on discutait de la décision de la Fed de mettre fin à l’assouplissement quantitatif, c’est-à-dire de vendre certains des titres  achetés à la suite de la crise  financière de 2008

L’expansion des avoirs de la Fed était prévue comme temporaire. Ils sont passés   de 850 milliards de dollars  juste avant  la crise, à 4,5 trillions  de dollars en 2017.

L’article de The Economist prétendait que la Fed allait pouvoir vendre les actifs ainsi accumulés:   « La Fed a indiqué qu’elle réduirait bientôt la taille de son bilan », mais bien sur l’article ne disait rien sur la manière de mettre en pratique cette décision.

Et pour cause, elle n’en avait aucune idée! C’est ce que j’ai écrit à l’époque.

C’est ce que je répète depuis 2009, il n’ y a qu’un sens: l’aller, le retour est impossible. Dans la  voie choisie il n’y a pas de retour en arrière possible, on a brulé les vaisseaux.

C’est mon affirmation et c’est   la plus importante publiée à l’époque. Dans cette voie on entre on ne sort pas.

Pourquoi, dans un premier temps, la Fed a-telle chargée son bilan des obligations d’État?

La réponse est qu’il n’y avait pas assez de capitaux disponibles entre les mains du secteur privé pour financer les déficits budgétaires du gouvernement, du moins pas à des taux d’intérêt qui ne rendraient pas les déficits encore plus gigantesques qu’ils ne l’ont été. Il fallait créer un acheteur capable d’acheter  avec de l’argent tombé du ciel et surtout qui ne se préoccuperait pas de la rentabilité de son achat. un acheteur insensible au taux.

C’est le rôle fondamental des banques centrales de pratiquer ces opérations, et de manipuler les marchés financiers. C’est la plus grande arnaque de l’histoire. La banque centrale est le prêteur de dernier recours et elle fixe les taux  de telle façon  que les banques aient accès quasi gratuitement à l’argent .

La Fed peut  supporter de petites augmentations de taux d’intérêt, mais elle ne peut se  désengager de son portefeuille d’ obligations longues  et de fonds d’état.

Pour se désengager, il faudrait qu’elle vende son portefeuille mais à qui?

Si au lieu de vendre, elle laissait venir à maturité son portefeuille, ce serait la même chose: qui financerait les besoins croissants du gouvernement?

En d’autres termes, la Fed et les autres banques centrales sont  bloquées dans leurs  position, c’est l’Hotel California, on entre, on ne sort pas.

Ou plutot on n’en sortira pas par la porte; il faudra, pour sortir, que l’hôtel soit détruit.

Hussman: les spéculateurs ont repris le controle des marchés.

2 réflexions sur “Billet: les spéculateurs ont repris le contrôle des marchés.

  1. Bonjour M. Bertez,
    « L’expansion des avoirs de la Fed était prévue comme temporaire. Ils sont passés de 850 milliards de dollars juste avant la crise, à 4,5 milliards de dollars en 2017. » petite coquille ? manque pas quelques zéros…

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