« Castaner, ma mère est morte à cause de vos armes ! » « Nous voulons la reconnaissance du crime qui a eu lieu ».

Yeux crevés, mains arrachées, journalistes matraqués : c’est le bilan, en à peine deux ans, d’un président élu pour « faire barrage à l’extrême droite ».

Et quand le pouvoir ne cogne pas, il ment. Il ment par la voix de son ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner.

Lorsqu’un auditeur l’interpelle un jour de mars 2019, sur France Inter, et lui demande ce qu’il en est de Zineb Redouane — morte à Marseille le 1er décembre 2018 des suites d’un tir de grenade lacrymogène en plein visage —, le ministre répond : « Je ne voudrais pas qu’on laisse penser que les forces de l’ordre ont tué Zineb Redouane, parce que c’est faux. Elle est morte d’un choc opératoire après […] avoir, semble-t-il, reçu une bombe lacrymogène qui avait été envoyée, qui arrivait sur son balcon. » Puis il conclut : « Il faut arrêter de parler des violences policières. »

À Marseille, nous rencontrons sa fille, Milfet Redouane. Avec d’autres, elle se bat pour que toute la lumière soit faite sur le décès de sa mère, qui fermait les volets de sa fenêtre pour se préserver des gaz que la police répandait sur les habitants, rejoints par des gilets jaunes et des syndicalistes, révoltés par la mort de huit personnes dans l’écroulement de deux immeubles de la rue d’Aubagne.


Vous étiez au téléphone avec votre mère lorsqu’elle a reçu la grenade en plein visage…

J’ai assisté en direct à tout ça. On se parlait, on riait ensemble au téléphone ; elle m’a dit : « Attends, je vais fermer les fenêtres, il y a trop de gaz. » En tendant sa main vers la fenêtre, elle a croisé le regard de deux policiers armés — ça, elle me l’a raconté après. Et un d’eux a tiré vers elle. Le tir l’a atteint en plein visage, la grenade a explosé, ça l’a défigurée et fait saigner abondamment. Par voie de conséquence, ça a causé sa mort. Elle a vu le policier partir avec son collègue. Moi, j’étais au téléphone sans pouvoir rien faire, sans pouvoir lui porter secours. J’ai entendu ses cris… Heureusement, son amie Imen a pu l’aider par téléphone en appelant les pompiers, et la voisine est montée. Les pompiers ne sont pas intervenus tout de suite à cause de la manifestation — il a fallu les rappeler plusieurs fois pour leur dire que ma mère perdait du sang, que c’était urgent, qu’ils devaient venir à pied. Ils sont arrivés plus d’une heure après. Imen a attendu à l’hôpital de la Timone jusque 22 heures, avant qu’on lui permette de la voir, des points de suture à la mâchoire, tuméfiée de partout.

Elle parlait encore ?

« La manière dont elle est décédée, tout le silence qui règne autour de cette histoire, ce n’est pas normal. Ce silence est complice à mes yeux. »

Oui. Sans la voir de face, il n’était pas possible, d’après Imen, de s’imaginer la violence reçue : elle avait le visage déformé, je l’ai vu en photo. Les infirmières ont expliqué à Imen qu’ils étaient en attente d’un verdict du chirurgien pour une opération. À 4 heures du matin, elle a été transférée à l’hôpital de la Conception pour se faire opérer. Jusqu’au lendemain midi, elle était consciente. Imen a parlé avec le chirurgien, qui lui a expliqué la nécessité de l’opération : il y avait des risques d’étouffement, un déplacement de son maxillaire : son palais était en train de descendre. Elle est entrée au bloc à 14 heures. C’est Imen qui m’a appris son décès. Je n’ai pas pu le croire, jusqu’à ce que je la vois mise en cercueil… Ta tête n’accepte pas. Elle était consciente jusqu’à la dernière minute ! Et en colère contre les policiers. Elle se demandait quoi faire !

À son amie, elle a dit être capable de reconnaître le visage du tireur. Ma mère avait une très bonne vue. À 80 ans, elle ne portait pas de lunettes. Je suis arrivée en France en février [2019] : je veux vraiment savoir la vérité, mettre la lumière sur le décès de ma mère. Je n’ai rien contre personne, mais je crois que c’est un droit de savoir la vérité. Son décès m’a choqué, je n’arrive toujours pas à réaliser. La manière dont elle est décédée, tout le silence qui règne autour de cette histoire, ce n’est pas normal. Ce silence est complice à mes yeux.

Comment était-elle, votre mère ?

Elle ne passait pas inaperçue, tout le monde l’aimait. Elle était très généreuse, et présente pour son entourage, ses voisins. En venant à Marseille, j’ai découvert beaucoup de choses que je ne savais pas sur elle, sur ses liens, ses amitiés ici. Je ne réalisais pas qu’ici aussi, en France, elle était respectée. Ma mère était une personne très aimée, cultivée. Elle parlait volontiers de politique, de religion, de société. Elle aimait même le foot ! C’était une bonne vivante, elle aimait beaucoup rire. On avait programmé beaucoup de choses pour cette année.

La façon dont elle est partie est anormale. Elle avait longtemps travaillé ici, avec mon père ; ils étaient arrivés dans les années 1980, ils avaient travaillé dans des hôtels, des librairies. Quand mon père est mort à Marseille, ma mère a géré l’Hôtel Européen plusieurs années après. Puis elle a tout vendu, et loué un appartement. Elle avait un statut de résidente en France et faisait des aller-retours entre la France et l’Algérie, pour des soins. Ça faisait cinq ans qu’elle habitait cette adresse. Elle était revenue en France en septembre 2018 pour des rendez-vous, et devait rentrer à Alger le 7 décembre : elle a dû rester à cause d’un souci d’électricité à gérer dans sa maison.

Comment êtes vous entrée en contact avec le Collectif du 5 novembre, qui lutte aux côtés des habitants délogés1 ?

Quand j’ai créé la page de soutien, Flora Carpentier — de Révolution Permanente — m’a contactée dès le premier jour. Ils ont été les premiers à parler du sujet sur leur page. Elle m’a beaucoup aidée et m’a présentée à des personnes du collectif à Marseille, qui nous soutiennent aujourd’hui inconditionnellement dans ce combat. Nous avons aussi eu beaucoup de soutien de gilets jaunes et de personnes mutilées pendant les manifestations. J’étais très émue à la Bourse du Travail de Paris2.

Un « combat », c’est désormais le mot…

Je commence à réaliser que ça va être un long chemin, pas facile. Il va falloir avoir du courage et de la force. Elle me manque : j’essaie de tenir, mais parfois je flanche.

Qu’espérez-vous, vous et ceux qui vous épaulent ?

« Si un citoyen français était touché de la même façon, et mort en Algérie dans le cadre d’une manifestation, il y aurait des réactions ! »

Nous voulons la reconnaissance du crime qui a eu lieu. Il est indigne de parler de la « santé fragile3 » de ma mère. Bavure ou tir volontaire : ce doit être reconnu. Ma mère a croisé le regard de celui qui a tiré, je le redis. Je ne vais pas la démentir. Elle n’avait aucun intérêt à mentir.

Santé ou non, ce n’est pas la question : la police doit être la seule à assumer sa mort.

C’est en effet une affaire de responsabilité à assumer. Il faut des démentis, de la lumière sur tout ça. On n’a reçu aucune excuse de personne. Aucunes condoléances pour une citoyenne de nationalité algérienne résidente à Marseille, qui a travaillé presque 40 ans ici en payant ses impôts… Si un citoyen français était touché de la même façon, et mort en Algérie dans le cadre d’une manifestation, il y aurait des réactions !

L’Europe exigerait des excuses, comme le Maroc a dû le faire dans le cadre de la mort de deux jeunes Européennes sur son sol !4 Ma mère était quelqu’un, elle avait une place dans la société. Comment fermer les yeux ? Elle n’était pas dans la manifestation mais chez elle. Personne n’a cherché à savoir ce qui était arrivé à cette dame. Mais les condoléances, nous les avons reçues de milliers de Français, de toutes les régions du pays : des messages, des témoignages.

La mort de votre mère s’inscrit, en plus, en pleine répression du mouvement des gilets jaunes. On ne compte plus les blessés, les éborgnés, les mutilés…

En Algérie, les répressions policières existent depuis des années, mais c’est peut-être la première fois que ça se passe ainsi, en France… Il n’y a aucune sagesse, aucune dignité dans les déclarations qui sortent de la bouche des responsables. Ils n’ont aucune empathie, aucune honte. Ils continuent de dire que la police ne touche personne. Quand j’entends ça, j’ai envie de monter sur la tour Eiffel et de lui dire : Castaner, ma mère est morte à cause de vos armes ! Vous faites semblant !

Vous avez fait le choix de changer d’avocat. Quelle tournure prend l’enquête, avec Yacine Bouzrou5 à vos côtés ?

On a commencé par démentir les premières déclarations du procureur, affirmant que la mort de ma mère n’avait aucun lien avec le tir reçu au visage. L’avocate précédente n’avait rien fait : aucune plainte n’avait été déposée, aucune enquête engagée. Je l’ai su par le juge. Le corps de ma mère autopsié a été laissé pendant 22 jours à la morgue, sans aucun motif, sans formuler de demande de rapatriement. Si je n’avais pas fait une demande par lettre, elle y serait encore. L’autopsie avait été faite. C’est une négligence de notre ancienne avocate. J’ai bon espoir en ce changement d’avocat. Je voudrais que l’histoire de ma mère permette de faire avancer l’interdiction de l’usage de ces armes. Quand on se renseigne, on voit que ce sont des armes vraiment dangereuses. Les utiliser sur des personnes qui manifestent sans rien dans leurs mains… D’autres habitants ont vu les policiers tirer sur les façades, alors que le tir doit normalement former une cloche6, ne pas viser les habitations ! Ils n’ont pas le droit de tirer vers les façades et les fenêtres. Ce n’était pas un hasard.

Une dernière chose à dire ?

L’histoire de ma mère n’est pas compliquée, elle est même très claire. Celui qui veut vraiment le voir a juste à ouvrir les yeux. On va essayer de les ouvrir à ceux qui les ferment.


« Castaner, ma mère est morte à cause de vos armes ! »


Une réflexion sur “« Castaner, ma mère est morte à cause de vos armes ! » « Nous voulons la reconnaissance du crime qui a eu lieu ».

  1. Zoé Sagan : » J’ai une chance immense. Pouvoir m’infiltrer à l’Elysée pendant que la maison prend feu. Quand tu as un carton pour la remise d’une légion d’honneur, c’est simple, juste avec ton passeport, tu rentres. Sans qu’on te pose plus de question. Surtout quand c’est pour la remise de la Légion à un écrivain. Emmanuel Macron n’a pas digéré de se faire humilier publiquement par Blanche Gardin qui a refusé de le voir, même une minute. Moi je ne suis pas si dure. Moi je veux comprendre, sans pardonner pour autant. Et pour comprendre rien de mieux que d’être là au milieux de l’ancien-régime. Au milieu des vieux qui se racontent des souvenirs du XXème siècle. De l’époque où les filles comme moi leur répondait par autre chose que du mépris et du dégoût. Je suis donc ce soir au milieu d’Alain Finkielkraut, Frédéric Beigbeder, Jean-Louis Aubert, David Pujadas, et d’une tonne de petits cons de Valeurs Actuelles ayant vidé leur eau de Cologne sur eux, pour montrer leur respect à leur idole.

    Nous sommes dans une pièce immense, la moquette est mieux que mon matelas, plus épaisse, plus douce, plus résistante au temps. Comme une clocharde je me demande si les semelles de mes chaussures sont bien propres. J’ai l’impression d’être chez Madame l’Ambassadrice. Au moins ce qu’il y a à manger est bon. Très bon même. Mais il y a une ambiance étrange qui n’est pas peinte sur les murs.

    Une amie de Beigbeder lui demande en arrivant, « mais mon Fred t’es sûr que c’est la même femme qu’à son mariage ? Il n’a pas déjà changé, t’es certain ? Remarque depuis que j’ai lu la scène où elle se fait sodomiser par des petits chiens, je n’ai plus la vision claire. »

    Au même moment, Nicolas Sarkozy arrive tel le parrain. Il faisait croire qu’il était encore chez lui. Que c’était sa maison. Son temple. Il était heureux d’être sans Carla. Il pouvait draguer en paix, faire le coq du haut de sa petite taille. Il écrasait les mains des convives parce qu’il avait la rage de ne plus être Président et surtout parce qu’il avait peur d’aller en prison. Pourtant Carla dépensait une énergie folle pour lui éviter le trou. Mais Nicolas avait des informations qu’elle n’avait pas. Il savait que la fête était finie. Une rumeur courait disant qu’il rêvait la nuit de Kadhafi. Qu’il se réveillait, tout en sueur, en hurlant son nom. Des cauchemars à en réveiller son immeuble et surtout sa femme. Elle n’en pouvait plus. Déjà qu’il ronflait, maintenant il voyait les morts resurgir. Bref, il avait énormément de cernes depuis quelques mois et ne respiraient pas vraiment les pages glamour des magazines d’époque. Une seule journaliste avait encore l’air d’être amoureuse, une ex peut-être. Je crois que son nom c’était Charlotte d’Ornellas. Une meuf apparemment d’extrême droite, une meuf qui mange rarement des kebabs mais qui doit écouter Booba en cachette dans sa salle de bain le dimanche. Je devais bien avoir dix ans de moins qu’elle, mais j’avais l’impression qu’elle avait 3 générations de plus que moi. J’ai trouvé la meuf super chaude pour une fille de Radio Courtoisie. C’était une catho de la hardcore mais qui, selon moi, n’était pas contre jouir comme une hippie. J’étais en train de l’imaginer devant sa glace le matin en train de répéter des mantras de michmich comme :
    « S’il n’y avait pas, de temps à autre, un peu de sexe, en quoi consisterai la vie? » ou « Certains ont une vie érotique variée et excitante ; d’autres sont réduits à la masturbation et la solitude », ou encore « Parler avec ces pétasses, c’est comme pisser dans un urinoir rempli de mégots ; ou encore c’est comme chier dans une chiotte remplie de serviettes hygiéniques : les choses ne rentrent pas, et elles se mettent à puer. »
    Et quand elle était vraiment vénère, la meuf hurlait à ses copines cathos au téléphone : « la religion la plus con, c’est quand même l’islam. Quand on lit le Coran, on est effondré… effondré ! L’islam ne pouvait naître que dans un désert stupide, au milieu de bédouins crasseux qui n’avaient rien d’autre à faire – pardonnez-moi – que d’enculer leurs chameaux. »

    Elle avait misé sur une nouvelle tenue, acheté la veille je pense pour l’occasion. Elle avait fait ce qu’on attendait d’elle. Être la plus sexy de l’assemblée pour plaire à Nicolas et Michel. A regarder ce jeu de dupe mondain, je me suis sincèrement demandé comment et pourquoi cette fille aimait tant Michel.
    Je me dis pour une ancienne pigiste du magazine Famille chrétienne c’est étonnant qu’elle kiffe les scènes de cul de michmich. Sauf si son dernier roman cachait bien son jeu en dissimulant ses réels objectifs ? Peu importe elle avait l’air de connaître en plus Frédéric Beigbeder parce qu’elle fait partie du comité éditorial du magazine conservateur L’Incorrect, fondé par Charles Beigbeder, son frère. Ce mélange des genres étaient à l’image de michmich. Des cocaïnomanes avec des catho-tradis, des amateurs d’adolescentes avec les têtes de gondole de la cathosphère, c’était pire que de prendre du LSD, je ne savais plus si j’étais dans une simulation ou dans la réalité.
    Un autre catho de la hardcore racontait à côté d’elle qu’elle avait été désignée pour figurer Jeanne d’Arc lors des fêtes johanniques d’Orléans et qu’elle était une agent du régime Syrien et qu’elle allait faire gagner Marion Maréchal en 2022, je ne comprenais plus rien à rien.
    Heureusement Jean-Louis Aubert est venu me voir pour s’excuser d’être là. J’ai dit « non mais je ne te juge pas, t’es un punk-rock-cool-mega-rebel-radical-chic, tu fais ce que tu veux, mais, juste, dis moi, combien elle coûte ta veste en flanelle ? Au moins 10.000 gilets jaunes non ? Et ta montre ? C’est l’équivalent de la toiture de Notre Dame non ? »

    David Pujadas lui était avec une femme qui faisait un bon mètre de plus que lui, il avait l’air d’être dans un dessin animé pour enfant, en fait ce soir, j’étais qu’avec des vieux monsieur dans des chaussures à talonnettes. Des petites divas de moins d’un mètre soixante. Mais cette femme a raconté une histoire hallucinante au petit-poucet de l’info. « Tu savais toi que la bourgeoisie dans la très chic rue de Montorgueil jette des pots de fleurs en terre du 5e étage sur la tête des manifestants Gilets Jaunes, ça va un peu trop loin non ? » David n’avait pas l’air choqué, il a juste montré du doigt Alain Finkielkraut et Emmanuel Macron, je n’ai pas décelé ce que ça voulait dire.

    Mais celui qui m’a vraiment régalé, c’était Frédéric de Beigbeder de la tristesse dépressive faussement contemplative. A chaque fois il disait à ses interlocuteurs qu’il n’habitait plus Paris, qu’il était un mec de la campagne, de la terre, un gars des champs qui sait reconnaître les champignons et les oiseaux. Il ressemblait plutôt à un cocaïnomane-mythomane échappé de son centre de désintoxication. Il disait vouloir absorber la plume de Michel. Il n’avait plus d’idées, encore moins d’inspiration. Toutes ses années à écumer les caves à prostitutions de la capitale l’avaient rendu à l’état de mollusque. Il en avait honte, ça se voyait quand il fixait ses chaussures debout, seul, pendant de longues minutes. Pourtant il cachait sa maladie avec des beaux vêtements SAINT LAURENT, ça devait couter un bras, l’habit parfait pour faire son jardin dans le sud-ouest sans doute.
    Il jalousait terriblement son ami du 13ème arrondissement de Paris. A part sa femme, il voulait tout de lui. Il ne prenait pas sa conjointe à cause de son amour canin. Bref, dans toute cette naphtaline j’ai réussi à avoir une information capitale.
    Ces cons parlaient du bouquin de Juan Branco. Mais pas trop fort. Ils étaient dégoutés par le nombre de vente. L’un disait « si il a déjà vendu plus de 70.000 c’est que ça va finir à 200.000. Et ils vont en faire un film, tu verras. T’imagines c’est les pauvres qui vont le rendre riche ? J’ai déjeuné avec Xavier la semaine dernière il voulait l’emmener dans les catacombes de Paris le gamin, il était hors de lui, et je te parle pas de sa femme et de son beau-père, surtout depuis qu’il ose prononcer le prénom de leur fille en disant que c’est la première héritière d’Europe. » Ils insultaient les lecteurs de fascistes-antisémites-homophobes. Ils avaient oublié qu’ils s’adressaient pourtant tous au même lectorat, à savoir aux français, depuis plus de trente ans. Ça transpirait dans leurs chaumières. Ils n’étaient plus lus par personne et ça commençait à se savoir. Ils avaient des couvertures de presse immense et pourtant rien, plus un lecteur, plus une vente.

    Beigbeder qui devait adapter au cinéma la vie de l’ancien directeur de Sciences Po, retrouvé mort dans un hôtel à New-York avec de la cocaïne et des god à côté de lui, avait peur que Juan Branco ne divulgue la vérité sur le bonhomme avant la sortie du film. Ce qui en plus de cramer 14 millions d’euros allait clôturer sa carrière de cinéaste à échec. Il disait ça à une fille des relations publiques du cinéma français. Elle avait l’air d’accord. Enfin elle avait surtout l’air d’avoir le même dealer que lui et pensait plus à son prochain trait de cocaïne, qu’au plan séquence de Beigbeder autour du trou noir de Richard Descoings.

    Il y avait, à l’Elysée, ce soir là, un air de fin de règne. Comme une passation de pouvoir avant l’heure. Plus personne n’y croyait vraiment. Ni dans les petits fours, ni dans les discours.

    Emmanuel Macron avait les mêmes cernes que les invités présents. Il ressemblait à Notre Dame. Il était cramé par ses deux derniers mois. Pour le finir, une vieille bourgeoise, ressemblant plus à une gilet jaune qu’à une marquise, a osé dire à côté de lui à son mari, « ce qui est satiriquement amusant c’est que Macron avait confié à Houellebecq avant d’être Président que « la vraie lutte se joue entre le capitalisme et les religions. Le capitalisme corrompu appauvrit tellement les individus qu’il est chahuté par des spiritualités qui donnent accès à un absolu. Le capitalisme, lorsqu’il se perd dans la cupidité, détruit le sens, la cohésion». Avec Bernard Arnault et François Pinault qui ont infiltrés Notre Dame il y a deux jours sous son quinquennat c’est l’union parfaite du capital et de la religion. Dieu, en regardant tout ça, doit vraiment avoir envie encore une fois de crever.

    Michel Houellebecq, au milieu de ce foutoir, sûr de son personnage, certain de l’histoire qu’il était en train de raconter à son public, esquissa un sourire de renard. Le genre de sourire qui fait vraiment flipper les enfants. Le sourire du clown qui t’attrape dans les égouts. Ce sourire a été destiné à Emmanuel Macron. Comme si ils avaient déjà échangé les mêmes chiens, dans les mêmes soirées. Très complice sur la forme, tout en se détestant dans le fond. Encore du fric et du temps dépensé pour rien dans ce pays.

    Selon moi, Carla a eu raison finalement de ne pas venir, on aurait tous dit de vieux mondains à la retraite, genre les frères Bogdanov ou Macha Méril, ceux qui n’intéressent plus les badauds à Saint-Tropez. Ils voulaient tous vraiment faire des photos, signer des trucs, mais non rien. Ils étaient hors de portée du 21èmesiècle, le tout était un mélange étrange entre Franck Dubosc, Gad Elmaleh et Dani Boon.

    Mais je reviens à mon sujet de la soirée. La légion d’honneur remise au Schopenhauer de la pompe à essence.

    Je me suis retrouvée debout à côté de l’éditrice Teresa Cremisi, j’aimais bien son nom de sitcom et son air très snob de chef de projet italienne Procter & Gamble, alors j’ai voulu lui poser une question : « Vous pensez vraiment que les jeunes comme moi lisent encore des livres de plus de 500 pages, qui a vraiment le temps aujourd’hui ? ». Elle m’a regardé avec mépris, comme une petite analphabète, comment peut-on couper une conversation de salon sans même dire bonjour et se présenter ? Voilà ce que son œil disait. J’ai donc naturellement enchainé :

    -Entre vous et moi il représente quoi pour vous en littérature Michel ?
    -Ah c’est très simple jeune insolente, 800.000 billets de 20 euros.
    -Ça fait combien ça ?
    -16 millions.

    Toujours une main dans les cheveux pour avoir l’air possédé par la littérature et dans l’air du temps. Je crois qu’elle avait fait une piqure de botox elle-même dans son salon avant de venir. Ça cachait toutes ses émotions. Elle avait l’assurance de ceux qui ont. Qui possède. Elle avait été sur les genoux de Jacques Chirac, c’est pas moi qui allait la déstabiliser. Ça se trouve elle était là dans la même pièce en 2006 quand Chirac décorait dans le plus grand secret Vladimir Poutine de la même médaille que va porter michmich ce soir. Ça se trouve elle était aussi là il y a 3 ans quand Hollande, toujours dans le même salon a remis la même médaille à Mohammed ben Nayef, prince héritier d’Arabie saoudite, un type qui mange les droits de l’homme le matin au petit déj, rien de bien grave. En fait, c’est la seule qui avait une stature politique ce soir. En se remettant juste une mèche et en vous fixant, vous deviniez qu’elle avait bien plus de pouvoir que la femme du Président.
    Je savais pourtant que si je voulais vendre mes films, j’aurais du m’écraser et la mettre en veilleuse devant la César du CNC. Si je voulais de l’argent j’aurais du lui dire qu’elle était belle, qu’elle ne faisait pas son âge, que j’avais lu tout son travail, que j’étais admirative, tout ça, tout ça, mais j’ai pas pu. Alors je sais d’avance que j’ai tout perdu avec le CNC. Le cinéma français pour moi, c’est définitivement dead.

    Alors me rendant compte que je venais de faire une connerie, j’ai tourné les talons. Il y avait apparemment aussi une ex de Michel. Elle avait l’air d’avoir la dent dure contre lui. Elle a dit au seul écrivain de qualité de cette assemblée : « Il y avait cette odeur de clope que je ne supportais plus sur lui. Surtout l’hiver, le tabac l’accrochait avec l’odeur de la mort. Il était entouré par l’odeur d’un cadavre. A chaque respiration ça me donnait envie de vomir ou de le frapper. De lui écraser ses mégots directement sur les poumons. De lui bruler le larynx. Que son cœur ne soit plus que cendrier. Et tu vois, en te disant ça c’est comme si j’étais encore entouré de son odeur de tabac, cette petite usine infecte, cafardeuse, nauséabonde, viscéralement abjecte, ce pourrissement respiratoire. »

    Il y avait aussi toute une bande qui pour se souder, et se donner l’impression d’être vraiment amis dans la vraie vie, et d’avoir vécu des trucs forts ensemble, se remémoraient le karaoké de David Pujadas sur « Que je t’aime » de Johnny Hallyday et celui de Lara Micheli sur « Paroles » de Dalida, le jour du mariage de Michel. C’était drôle de voir ses millionnaires s’exciter sur les mêmes sons que les Gilets Jaunes. C’était drôle de les imaginer comme des campeurs dans le restaurant le plus cher de Paris.
    Le bourgeois quand il a tout fait, il revient au basique. Johnny Hallyday, Dalida et karaoké en faisant des blagues de cul sur les personnages zoophiles de Houellebecq, le tout en se bourrant la gueule comme un ado mal dégrossi.

    Un garçon de Valeurs Actuelles, aussi mal dans son corps que dans ses pompes, a tenté une blagounette pour rentrer dans la discussion des « souvenirs du mariage de Michel » : « vous pensez qu’on va avoir le droit à un karaoké ce soir avec Brigitte sur « Au DD » de PNL ou sur « Et…Basta » de Léo Ferré ? » Tout le monde a levé le sourcil, ce n’était qu’un journaliste de Valeurs Actuelles, un pion qui n’avait le droit qu’à un Perrier tranche gratos et trois petits fours mais pas plus, ils n’allaient pas non plus l’intégrer dans le saint des saints, à savoir la bande de michmich.

    Le président de la République a fait ensuite un discours minable (qu’il n’avait pas écrit évidemment et qu’il découvrait en le lisant) pour mettre en lumière le parcours de l’auteur, avant de finalement lui remettre sa petite Légion d’honneur. J’avais l’impression d’être figé en 1984. Dans une autre France. Une France muséifiée. Qui ne bouge plus. Qui ne respire plus. Pire encore. Qui ne pense plus.

    Pendant le discours, une pétasse, disait à son amie :  » Moi je suis tellement subversive aujourd’hui que je porte à la fois des marques du groupe Kering et à la fois des marques LVMH. Je suis comme ça, je n’arrive pas à me positionner, je suis un peu la future nouvelle notre dame…rhoo j’ai honte de ce que je viens de dire, hihi… Tu imagines ma belle, c’est comme si j’avais du Pinault et du Arnault sur moi. Ça me donne tellement confiance, tu ne peux pas imaginer, et François-Henri, je ne sais pas toi, mais je le trouve de plus en plus sexy avec l’âge. »
    Son amie, fixant un couple largement devant eux (que je ne peux pas citer si je veux tout simplement rester en vie) lui a chuchoté assez fort pour que j’entende :
    « Regarde bien, elle ne le supporte plus. Son cerveau est gelé quand il arrive dans la pièce. C’est un amour haineux. C’est physiologique, presque bactériologique. Elle le jalouse. Il est doué. Elle est en compétition. Elle veut courir devant lui pas derrière. Lui il s’en moque. Ça la rend folle. Alors elle s’agite. Elle essaye d’exister plus. Tout plus. Et forcement ça donne moins. Moins de joie. Moins de nuits tranquilles. Moins la vie belle.
    Elle est là statique. Elle attend qu’il bouge. Elle ne sert plus à grand chose. Elle rêve de se faire baiser par d’autres. De se faire secouer le cocotier. De triompher comme un volcan en fusion. Elle veut sentir la chose au fond d’elle même. Elle la veut chaude. Sanguine. Et très endurante. Une baise de l’enfer. Voilà ce qu’elle veut. Se faire enculer par le diable. »

    Allez je vous laisse maintenant, pardon pour les fautes, je suis dans le taxi et je vais prendre une douche froide pour me laver de toute cette folie, en attendant vive la France, vive Notre Dame, vive la fiction artificielle, vive la légion d’honneur de Michel, de Poutine et du prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Nayef, et vivement la fête d’intronisation de michmich à l’Académie Française. Je le laisse d’ailleurs conclure ce soir pour moi : « tout peut arriver dans la vie Zoé, et surtout rien. »

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