Editorial. La glaciation. Là ou cela a été écrit depuis le début, cela doit advenir.

Un  commentateur de renom affirme que nous venons d’assister à la capitulation définitive des autorités monétaires américaines et mondiales.
Elles ont mené une politique monétaire non conventionnelle pour repousser/reporter  la grande crise financière puis la crise économique, elles ont prolongé les mesures bien plus longtemps que prévu  et ensuite elles ont tenté de normaliser, régulariser.
La régularisation a échoué, il a fallu l’interrompre et nous en sommes là.
La régularisation a échoué car elle repose sur un mythe, à savoir que la politique monétaire n’est pas symétrique: ce mythe c’est celui qui professe que l’inflationnisme monétaire stimule mais que la déflation monétaire ne contracte pas! Les causes ne provoquent d’effet que dans un sens.
Les autorités imaginent que l’on peut stimuler en multipliant les largesses monétaires mais que l’abandon de ces largesses ne joue pas en sens inverse. Quand on fait cela monte, mais quand on défait cela ne baisse pas  pour parler vulgairement. Ou encore présenté autrement:  les charlatans monétaires croient qu’il  y a une sorte de vitesse de croissance à partir de laquelle, on se libère de la pesanteur déflationniste et grâce à la lancée acquise, le mouvement continue tout seul; un peu comme lorsque l’on fait du vélo, à partir d’une certaine vitesse on avance tout en restent en équilibre.
D’ailleurs ils ont forgé une expression pour désigner ce mythe: escape velocity.
Image simpliste, qui traduit bien l’indigence intellectuelle de  nos zozos prisonniers de la pensée la mécanique positive. Nos illusionnistes croient dur comme fer à leurs constructions idéologiques. Ils n’ont rien compris à l’économie réelle, l’économie de la complexité, de la dialectique, bref l’économie qui est celle du mouvement et non pas comme ils le croit l’économie de l’équilibre.
Les erreurs théoriques condusient fatalement aux catastrophes pratiques. L’ennui c’est que nous sommes dans des systèmes de tiers payants, ce ne sont pas ceux qui commettent les erreurs qui paient, non ce sont les peuples.
Dire que c’est une capitulation équivaut à dire qu’il y a une rupture, un « avant » et un « après »: je soutiens qu’il n’ y a nulle rupture, pas d’avant et pas  d’après, nous sommes dans la continuité.
On dévale la pente qui a été initiée en 2009, celle qui descend, qui glisse, et sur laquelle il  y a de moins en moins de freins et surtout pas de marche arrière. Non seulement on ne peut pas freiner, mais il en faut toujours plus.  Il n’y a aucun dispositif pour rebrousser chemin.
Sur la voie choisie, sur cette pente on ne rencontre que des ogres qui en veulent toujours plus: les phases finales de l’inflationnisme de la monnaie et du crédit exigent toujours plus d’aliments c’est à dire de liquidités pour masquer l’insolvabilité. On ne peut jamais couper sérieusement la production de liquidités. 
Pour parler plus fondamentalement,  le mal du système qui est la sur-accumulation du capital progresse en profondeur au fur et à mesure que l’on crée du capital fictif, que l’on produit de la dette pour lutter contre l’insuffisance du profit. Pour lutter contre l’excès de capital, on crée toujours plus de capital c’est le système de Gribouille qui se jette à l’eau pour ne pas être mouillé.
Le rêve des illusionnistes et autres apprentis sorciers c’est  l’arrivée miraculeuse de l’inflation des prix, de l’inflation tombée du ciel laquelle en érodant la valeur de la monnaie, reduirait le poids des dettes donc le poids du capital fictif, donc le poids et l’excès de capital total.
Les élites, les PHD adorateurs de l’économie classique ne croit pas au sens de l’histoire, elles croient à l’éternel retour, à la reproduction et à la répétition.
Non, le mouvement du système vers l’impasse, vers les contradictions, vers son propre dépassement existe et nous sommes dedans. Contrairement à ce qu’a dit le débile Bernanke en s’auto congratulant, il n’ a pas sauvé le système capitaliste, il a accéléré sa perte, sa chute, sa destruction dans un système de socialisme monétaire pour les riches et de libéralisme autoritaire, tyrannique  pour les pauvres.
Nous sommes dans le non-reversible, dans l’inexorable accumulation de la dette, dans la boule de neige qui, repoussée par le chasse neige, grossit, grossit. La masse de dettes qui est le symptôme du mal qui asphyxie nos systèmes n’est pas biodégradable. La température ne se réchauffe jamais. L’inflation ne progresse jamais car, et c’est pour une raison simple, évidente. les dettes sont fondamentalement, viscéralement, ontologiquement déflationnistes.   Elles renforcent les forces de glaciation.
La dette mondiale est un boulet réfrigérant qui grossit, grossit…


Nous sommes dans l’accumulation inexorable de la pourriture, du fake, du extend and pretend. Dans l’envahissement  du mensonge, et il grandit, grandit comme chez Ionesco, Amédée ou comment d’en débarrasser

Cloîtré depuis quinze années dans l’appartement de leurs noces d’antan, le couple Buccionioni a laissé s’infiltrer, à son insu, un processus de décomposition délétère qui, sous le simulacre de la survie affective, a fait place sans cesse grandissante à un tiers non identifié livrant Amédée (Roger Planchon) et Madeleine (Colette Dompiétrini) aux émois d’une anxiété surréaliste.

Que faire en effet contre la force maléfique d’un cadavre bien décidé à vous pourrir la vie, en occupant, un peu plus chaque jour, votre espace vital, au point d’en enfoncer les portes et d’en défoncer les murs ?

L’écriture d’Eugène Ionesco distille un suspense oppressant que la mise en scène fantasmagorique de Roger Planchon reprend à son compte en apportant aux rouages ambivalents, le mécanisme d’une machinerie infernale dont les ressorts comiques fusent par tous les interstices de l’irrationnel.



Bref nos idiots inutiles luttent contre le froid glaciaire de la déflation par l’accumulation de plus en plus de glace  laquelle refroidit  l’atmosphère.
On a déjà essayé plusieurs fois de normaliser: on a essayé dès 2010 , qui fut l’année du No Exit et aurait pu être considéré comme effectivement, une capitulation, puis encore en 2013, puis en 2015 et 2016 … à chaque fois il a fallu abandonner discrètement, la queue entre les jambes, honteusement et reporter, faire la pause.
Donc le fait d’interrompre une normalisation qui en fait ne parvient pas  à se mettre en place n’a rien de nouveau, rien d’exceptionnel: ne pas normaliser est si on ose dire … la norme.
Nous sommes depuis 2009 dans un système neuf et ce système nous le découvrons à la fois dans sa logique initiale et dans ses pseudos rebondissements qui n’en sont pas.
La logique c’est qu’il faut que cela dure et que cela reste, les pseudos rebondissements, ce sont les virages, les contorsions qu’il faut accomplir pour que cela passe, pour que cela trompe et mystifie.
En fait tout est écrit, mais il faut l’habiller.
Non il n’y a nulle capitulation des autorités. L’histoire se déroule, froidement, glacialement, mortellement.
Là ou cela a été écrit depuis le début, cela doit advenir.

Une réflexion sur “Editorial. La glaciation. Là ou cela a été écrit depuis le début, cela doit advenir.

Laisser un commentaire