Essai. De la régulation monétaire au sauve qui peut! Caressez un cercle et il devient vicieux.

“Somehow we need to go to an economy that is using its resources, operating at full employment, but doing so in a way that isn’t reliant on bubbles.” –Janet Yellen

Traduction:

«D’une manière ou d’une autre, nous devons passer à une économie qui utilise ses ressources, qui fonctionne à plein emploi, mais de manière à ne pas dépendre de bulles.» –Janet Yellen

Cette citation est de Janet Yellen.

Elle a été prononcée avant sa désignation comme présidente de la Fed,

Elle mérite d’être relevée pour au moins deux raisons:

D’abord, parce qu’elle montre à quel point il est facile de voir les problèmes de loin et aussi qu’il devient difficile de les résoudre une fois que l’on est profondément impliqué.

Ensuite  parce que cela souligne les limites de la politique monétaire et le fait que les banquiers centraux, même s’ils sont conscients de ces limitations, continuent d’essayer de les franchir.

J’ai expliqué tout cela à longueur de colonnes dans la presse écrite mais aussi dans mes services Web: ceux qui sont aux affaires ne sont pas crédibles, ils ne voient pas les problèmes objectivement, ils sont intéressés et non pas désintéressés. Ils mentent car ils sont pris dans un engrenage:

Seuls ceux qui ont quitté les affaires sont crédibles, il faut lire les ex.

Il fut un temps ou on utilisait la politique monétaire pour lisser la conjoncture, pour rendre les cycles moins douloureux et destructeurs: on faisait des dettes, mais avec l’idée de les rembourser ou de secréter les ressources pour les rembourser  et les honorer.,

Puis vint le temps des stimulations plus structurelles, comme ce fut le cas à partir du milieu des années 60 sous la pression de Kennedy. La Fed a alors cédé.

On  a cherché les moyens de   dépasser les limites du crédit. Il fallu pour ce faire désancrer la monnaie, la libérer comme on dit, ce fut fait par Nixon.

Faute de limites le système s’est emballé et il fallu, après une purge innover. Face au ralentissement de la croissance et à l’érosion de la profitabilité on a décidé de dépasser les limites de l’épargne et de la solvabilité bancaire en accomplissant ce que l’on appelle la dérégulation. On a mis tout cela sur les marchés par la titrisation et la gigantisation du système bancaire. La financialisation.

C’est ainsi que l’on a mis en place un nouveau mode de fonctionnement, le fonctionnement cynique par les bulles.

Le fonctionnement par les bulles se schématise comme suit.

-on crée du crédit, il stimule, il inflate et finalement il produit l’euphorie et une bulle se forme sur ce qui semble plus porteur, l’argent suit toujours la ligne de plus grande pente du profit facile

-quand les excès deviennent trop dangereux et trop flagrants, la banque centrale monte les taux, l’argent est plus rare et plus cher et la bulle éclate

-pour éviter l’enchaînement catastrophique la banque centrale stoppe la hausse des taux, rend l’argent plus abondant et moins cher et ainsi  la baisse, la purge, la correction  s’arrêtent et on repart, après un relatif nettoyage.

-l’argent recommence à circuler il trouve un nouveau réservoir et il va se loger dans ce réservoir pour y faire une nouvelle bulle.

On passe d’une bulle à l’autre par des sortes de coups d’accordéon qui se succèdent mais, il faut aussi le noter, qui se multiplient et se rapprochent:  bulle des emprunts pourris et junks,  bulle des pays d’Amérique latine, bulle des tigres asiatiques, bulle de l’ingénierie LTCM, bulle de l’an 2000, bulle du Nasdaq et des Telcos, bulle du logement et du subprime , bulle des emprunts souverains.

Maintenant nous avons des myriades de bulles, tout est en bulle. Nous verrons plus bas pourquoi.

Nous sommes en plein dans la bulle des emprunts souverains car c’est dans cette bulle qu’il a fallu souffler pour sortir de celle du logement.

C’est le fameux risk-on/risk-off, quand on a peur on cherche les refuges et comme les refuges ce sont les emprunts d’état,  la demande pour ceux-ci devient forte et les gouvernements peuvent en émettre beaucoup. Le crédit de l’état et la dette souveraine produisent le crédit dont le système a besoin pour tourner. Aux USA pour que le système tourne il faut produire près de 2,5 trillions de crédit neuf par an.

Mais les limites du budget de l’état impliquent que cette dette soit en apparence supportable donc il faut en baisser le coût; ce que l’on fait  en faisant acheter cette dette par la Banque Centrale: ce sont les achats de titres à long terme, les Quantitative Easing, les assouplissements quantitatifs et pour finir   la  monétisation. Nous y sommes: la planche à billets est utilisée pour nettoyer la bulle précédente celle qui a éclaté en 2008.

Tout cela est simple mais bien entendu il faut que cela devienne/paraisse  complexe sinon les citoyens comprendraient.

On appelle cela pudiquement la politique monétaire extraordinaire ou encore politique non conventionnelle.

Sa conséquence la plus visible c’est la mise à zéro de tous les rendements sans risque afin de rendre le coût de financement à long terme pour l’état, pour ses ses agences, pour les banques  et les très grandes entreprises quasi nuls. En gros cela consiste à priver le public et  ses caisses de retraites de rendement pour les forcer à en chercher ailleurs, c’est a  dire en prenant des risques. On appelle cela les faire monter dans l’échelle des risques.

La politique monétaire extraordinaire remplit une fonction: elle consiste à amplifier la spéculation visant à obtenir un rendement lorsque les investisseurs en sont privés.

La banque centrale  renforce la  tendance à spéculer..

C’est ainsi que l’assouplissement quantitatif a eu un impact sur la Bourse  ces dernières années. Il a poussé à la spéculation par soif de rendement, l’idée étant que si la spéculation s’enrichissait il y aurait bien quelques retombées pour l’économie réelle, le fameux ruissellement

La Fed influence les marchés financiers en contrôlant les taux d’intérêt à court terme, via le taux des Fed Funds d’une part , et la quantité disponible  de titres sans risque, via l’assouplissement quantitatif d’autre part

En ramenant les premiers à zéro pendant une bonne partie de la décennie, elle a incité les investisseurs à chercher  un rendement qu’ils ne pouvaient plus obtenir ailleurs d’un compte d’épargne ou autre compte sur livret. 

Et lorsque la Fed a commencé à acheter les valeurs du Trésor elle les a raréfiées, elle a privé les investisseurs de rentabilité normale sur les titres sans risque ce qui les a obligés à se reporter sur des titres de plus en plus risqués pour obtenir un rendement.  Elle a créé une surenchère, une compétition pour obtenir du rendement, ce fut la « search for yield » .

Une sorte de grand entonnoir a canalisé l’argent disponible vers la Bourse, provoquant une hausse sans précédent. La bulle boursière de notre époque n’est pas une bulle d’euphorie, non c’est une  bulle de misère, une bulle par défaut de rendement ailleurs.

La conséquence de l’augmentation massive de l’appétit pour le risque a provoqué un report des achats sur les valeurs émises par les entreprises et en particulier leurs dettes car elles rapportaient plus que les emprunts d’état. Songez que plus de 11 trillions d’emprunts d’état offrent un rendement négatif, les détenteurs de capitaux doivent payer pour en avoir!

Le plus grand boom de l’endettement de l’histoire

Si vous ajoutez à cela une tendance à la déréglementation dans le monde du crédit aux entreprises et vous obtenez une recette pour le plus grand boom de l’endettement de l’histoire, caractérisé non seulement par le montant ou le degré de levier utilisé, mais aussi par les normes de prêt les plus laxistes  et les garanties les plus faibles de l’histoire; c’est ainsi que la plus grosse bulle de l’histoire, celle des emprunts des gouvernements, celles des souverains a débordé , elle s’est complétée par une bulle gigantesque des dettes des entreprise.

Une bulle ne chasse pas l’autre, non ici une bulle en produit une autre par contagion et par recherche de rentabilité de proche en proche. C’est ainsi que se crée une myriade de bulles. Contagion, tout en bulles. 

La couverture des intérêts médians aujourd’hui par les entreprises américaines est encore pire qu’au cœur de la crise financière. Cela montre à quel point le cycle de crédit actuel est devenu fou. 

Pour reprendre le terme de Hyman Minsky, « c’est peut-être le plus Ponzi de tous les épisodes  de la finance. »

L’ensemble de ce nouveau crédit a permis  aux sociétés de nouveaux emprunts non pour investir mais pour racheter leurs propres actions , distribuer des dividendes ou se racheter les unes les autres. Bref pour faire non pas des dépenses d’investissement et d’équipement mais de l’ingenierie, du mecano. 

Ce phénomène a été si important et omniprésent parmi les sociétés américaines cotées qu’il a représenté essentiellement toute la demande nette en actions au cours de la dernière décennie.

La  Fed a augmenté son bilan de 4 trillions de dollars au cours de la dernière décennie et ce montant a presque été traduit/absorbé par des rachats d’actions.

Tout cela fait boomer la bourse mécaniquement

C’est la principale raison pour laquelle, malgré la plus faible reprise économique jamais enregistrée, on assiste à  l’un des marchés haussiers les plus puissants  de l’histoire. Les rachats massifs des sociétés ont poussé les prix et les évaluations à des sommets, alors même que les fondamentaux, mesurés par la croissance des revenus ou des bénéfices, ont été proches des plus bas historiques.

La Fed est otage, piégée

La Fed comprend cette dynamique, mais elle est piégée, elle ne peut en sortir sans précipiter une dégringolade boursière qui mettra en danger la stabilité financière et dans un second temps précipitera dans la récession.

La relation entre la confiance des consommateurs et le prix des actions est maintenant  trop difficile à ignorer. C’est le mouvement de la Bouse qui produit soit la confiance, soit la frilosité

À bien des égards, le marché boursier est devenu l’économie ».

C’est  en grande partie grâce à une politique monétaire extraordinaire qui visait explicitement les marchés qu’on le doit.  Donald Trump lui aussi a compris. Sa politique et ses tweets visent à soutenir les cours des actions afin de préserver la confiance des consommateurs. C’est ,cependant, un jeu très dangereux.  Vouloir bâtir l’économie sur une autre « grosse bulle, grosse et laide » ne fait que répéter l’erreur même du dernier cycle ce qui conduira à la prochaine crise. 

President Donald Trump on a computer on the floor of the New York Stock Exchange in December.

  Trump’s Dangerous Obsession With the Markets

2 réflexions sur “Essai. De la régulation monétaire au sauve qui peut! Caressez un cercle et il devient vicieux.

  1. Magnifiquement explicité , merci M BERTEZ

    On ne se bat pas contre une BC ou contre le temps acheté à tel niveau de crédit, mais l histoire remets toujours les choses à sa place quand il y a par trop de poussière sous le tapis.

    Quitte à stériliser l’argent ou l’épargne à taux nul ou négatif, autant, pour ma part, aller faire reposer un tant soit peu d’argent issu du travail dans la relique barbare, physique et intemporelle.

    c’est contre productif économiquement , j’en conviens, comme il est tout autant contre productif de ne pas laisser mourir le capital moribond…

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