Libération publie un immodeste « L’appel des artistes ». Les mains sales.

Libération publie un immodeste « L’appel des artistes ». La chose pouvait être en effet plus modestement annoncée comme « un appel d’artistes », ça suffisait bien: l’universel n’est pas de rigueur quand un abrégé s’exprime.


Au mieux  ces gens sont des pompiers pyromanes, ils prétendent éteindre des feux que leur myopie a allumé.

Au pire ce sont des salauds qui se dédouanent pour se remettre en selle, dans le sens du vent.

Non il ne faut pas pratiquer l’indulgence car ceux qui ont le priviliège de l’expression publique -le droit d’ouvrir sa gueule-  ceux là ont également un devoir d’honneteté, une obligation de travail et d’effort. De travail et d ‘effort qui donnent le vrai poids à la parole; de travail et d ‘effort qui débouchent sur la lucidité socialement utile.

Pour gagner le droit à la parole, dans ce monde de compétition pour le cri qui sera entendu, il faut franchir un dur parcours et ce parcours passe par le sens des responsabilités. 

Ces salauds sont responsables ce ce qui arrive, voila ce qu’il fait commencer par dire et c’est à eux de le dire avant même de songer   à publier quoi que ce soit.



Ce mélange de gauche caviar et de gauche mondaine, de gauche urbaine et de gauche pétitionnaire, de gauche maastrichtienne et de gauche des beaux quartiers, de gauche Libé et de gauche France-Inter, de gauche dite intellectuelle et de gauche opportuniste, découvre six mois plus tard l’existence du mouvement des gilets-jaunes!

Mazette, quelle vitesse de la comprenette chez ces « créateur.trice.s » (sic) avec pour navire amiral Emmanuelle Béart, experte en gilets.jaunes, elle a bien connu Galinette qui était l’un d’entre eux chez Pagnol!

Ces précurseurs du passé pourront se réclamer de l’adage voulant qu’il n’est « jamais trop tard pour bien faire »!

Pour ma part, je ne souscris pas à cette sentence, car, oui, il peut être parfois trop tard pour bien faire: je songe, par exemple, aux communistes qui (hormis deux ou trois électrons libres en leur temps, et qui furent désavoués par le Parti…) ont bien résisté, mais seulement après le Pacte germano-soviétique qui les a fait collaborer pendant presque deux ans avant qu’Hitler ne prenne l’initiative de rompre seul ledit pacte ayant sévi du 23 août 1939 au 22 juin 1941.

Je songe aux résistants de la vingt-cinquième heure qui ont attendu la victoire de Stalingrad, début 1943, puis les bruits de préparation d’un débarquement allié,  avant de choisir leur camp, Mitterrand ou Marguerite Duras par exemple, quand ça n’est pas pour certains la vingt-sixième heure d’après le 6 juin 1944…

Je songe également à Sartre & Beauvoir et à un certain nombre de leurs copains « créateur.trice.s, auteur.trice.s, artiste.tiste.s » de Saint-Germain-des-Prés qui s’engageront, certes, mais après le dernier coup de fusil tiré lors de la libération de Paris et rarement jamais au-delà d’une cave de jazz…

Toujours modeste, cette engeance propose tout de go de s’emparer du mouvement: « Les gilets-jaunes, c’est nous » écrivent-ils comme l’ont fait avant eux, après avoir tergiversé eux-aussi, au moins trois semaines durant, ce fut plus court, les partis politiques et les centrales syndicales de gauche.

De la même manière que Zola fut l’auteur du fameux « J’accuse », les signataires de la pétition sont les auteurs d’un fumeux: « Nous ne sommes pas dupes » qui ne trompe personne.

Que la chose paraisse dans Libération six mois après que l’un de ses piliers emblématiques, comme il y a des piliers de bistrot, j’ai nommé Jean Quatremer, ait vomi tripes et boyaux contre les gilets-jaunes, renseigne sur l’art de monter dans le train en marche après qu’il eut déjà effectué plusieurs centaines de kilomètres et brûlé bien du charbon…

Le collectif s’insurge contre la répression et récupère les victimes – dans le sabir de l’écriture inclusive, ce qui, entre parenthèse,  signe le forfait, cela donne ceci : « 1 décès, 248 blessé.e.s à la tête, 23 éborgné.e.s, 5 mains arrachées chez les manifestant.e.s. » Chacun l’aura remarqué, c’est en effet à l’aide de ce volapuk mondain qu’on s’exprime sur les ronds points de la France périphérique depuis six mois!
Sur ce thème de la variation du parler-bébé, ils continuent: « Ce qu’ils demandent, ils le demandent pour tou.te.s. Les Gilets Jaunes, c’est nous. Nous artistes, technicien.ne.s, auteur.rice.s, de tous ces métiers de la culture, précaires ou non, sommes absolument concerné.e.s par cette mobilisation historique. » Comme ça? Soudainement? D’un seul coup d’un seul? Subitement? Vingt-cinq semaines plus tard? Mais que s’est-il passé dans ces cerveaux qu’ils aient eu besoin de la moitié d’une année pour fonctionner sur un tout petit problème intellectuel et que ça percute enfin ? Faut-il que l’intelligence soit lente et longue, patiente et paresseuse à Saint-Germain-des-Prés pour accoucher aussi difficilement du constat que le réel a bien eu lieu!

Ces belles âmes autoproclamées « les (sic) Gilets Jaunes » disent: « Nous ne sommes pas dupes. » Puis ceci: « La violence la plus menaçante est économique et sociale. C’est celle de ce gouvernement qui défend les intérêts de quelques-uns aux détriments de tous et toutes. C’est la violence qui marque les corps et les esprits de celles et ceux qui s’abîment au travail pour survivre. »

Bien, très bien. Pas dupes en effet, mais tout dépend de quoi.

Car, se souviennent-ils que, pour la plupart, tous ces tardifs du bulbe ont voté pour ce régime sous prétexte qu’en face ce serait le nazisme?

Qu’ils ont la plupart du temps, depuis des décennies, voté pour une Europe libérale qui a généré et continue de générer la misère et la souffrance des gilets-jaunes avec laquelle ils se trouvent aujourd’hui miraculeusement en phase?

Qu’ils ont fait semblant d’être de gauche en croyant que Mitterrand l’était après 1983?

Qu’ils ont continué à simuler l’appartenance à la gauche en votant pour François Hollande ensuite qui était encore moins de gauche que Mitterrand qui, lui, roi du bonneteau, était repassé à droite?

Qu’ils ont persisté dans la tartuferie en votant il y a deux ans pour un ministre de Hollande nommé Emmanuel Macron? Et ce toujours en croyant qu’ils étaient des antifascistes de gauche assimilables à Jean Moulin, puisque eux et leurs médias, tellement contents d’eux-mêmes et de leurs coups tordus,  avaient transformé Marine Le Pen en Klaus Barbie?

Qu’on se souvienne de cet alexandrin célèbre du Cid de Corneille: « A vaincre sans péril on triomphe sans gloire. » Depuis des décennies, ces héros de carton pâte triomphent sans gloire, mais non sans suffisance, de faux monstres en vrai papier.

Quiconque a voté « oui » à Maastricht en 1992 – dont Jean-Luc Mélenchon – et souscrit à toutes les oukases de l’Europe maastrichtienne depuis cette date; quiconque a traité de nationaux et de socialistes ceux qui avaient voté contre ce projet – de July ou Joffrin de Libé à Philippe Val de Charlie-Hebdo, en passant par les habituels supports médiatiques de l’Empire maastrichtien; quiconque a roulé des mécaniques, joué le costaud et le tatoué au premier tour de toutes les élections présidentielles depuis, avant de finir par aller voter pour le candidat maastrichtien du second tour en laissant croire que voter blanc, nul ou ne pas aller voter, c’était donner une voix aux Le Pen – de la CGT aux Républicains, du PCF au Parti socialiste, de l’épiscopat à la franc-maçonnerie, des véganes aux mangeurs de viande crue, des écologistes à Nicolas Hulot; quiconque a mis à la poubelle le référendum de 2005 qui refusait massivement la politique de Bruxelles et joué le vote du Congrès contre le vote du peuple en 2008 à Lisbonne – quiconque a contribué à ces exactions populicides n’est pas habilité, sauf autocritique conséquente, à confisquer la souffrance des gilets-jaunes générée par la violence libérale dont l’Europe maastrichtienne est le bras armé.

Lisons encore la prose des petits soldats de la révolte: « Nous écrivain.ne.s, musicien.ne.s, réalisateur.rice.s, éditeur.rice.s, sculpteur.rice.s, photographes, technicien.ne.s du son et de l’image, scénaristes, chorégraphes, dessinateur.rice.s, peintres, circassien.ne.s, comédien.ne.s, producteur.rice.s, danseur.se.s, créateur.rice.s en tous genres, sommes révoltées par la répression, la manipulation et l’irresponsabilité de ce gouvernement à un moment si charnière de notre histoire. » Bien, bien. Une solution?

Oui, demandez le programme: « Utilisons notre pouvoir, celui des mots, de la parole, de la musique, de l’image, de la pensée, de l’art, pour inventer un nouveau récit et soutenir celles et ceux qui luttent dans la rue et sur les ronds-points depuis des mois » – autrement dit: des chansons, des poèmes, des films, un tweet de philosophe, des installations, le tout largement subventionné… Conclusion des révolté.e.s: « Rien n’est écrit. » Tudieu, quelle sagacité! Post-scriptum probablement rédigé après relecture du Petit Prince: « Dessinons un monde meilleur. » Suit une citation, en anglais, bien sûr, de John Lennon, le grand poète des Châtiments, non? – à moins que je ne me trompe…

Gageons que bientôt dans les organes de presse bien-pensants, dont le faussement dit Libération, une pétition des mêmes appellera à ne pas oublier de bien voter Macron aux prochaines élections européennes afin d’éviter le retour d’Adolf Hitler au pouvoir.

Un grand merci à:

Michel Onfray

https://michelonfray.com/interventions-hebdomadaires/la-comprenette-germanopratine?mode=video

8 réflexions sur “Libération publie un immodeste « L’appel des artistes ». Les mains sales.

  1. je vois dans ce « revirement » une simple manoeuvre politique.
    le gilets jaunes n’ont ni leader ni porte parole alors on va leur en donner d’office.
    la clique des artistes , resistants de la 25 eme heure portera leurs voix haut et fort.
    Et en confisquant cette expression on va aussi la policer, la polirSeuls les thèmes autorisés seront abordés. on évitera bien sur les sujets qui fachent

    J’aime

  2. Et même une des oies les mieux nourries au système des subventions publiques (j’ai nommé Catherine Deneuve) avoue soudainement que oui peut-être que ce système de soutien à la production cinématographique a engendré quelques excès…
    https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/04/23/catherine-deneuve-on-tourne-trop-de-films-en-france-aujourd-hui_5453633_3246.html

    « On tourne trop de films en France aujourd’hui. […] Il y a, en parallèle, moins d’exigence dans l’écriture. Beaucoup des films qui sortent en salle n’y ont pas forcément leur place. »

    Bah tant qu’il y a la collectivité pour payer tout ça pourquoi se gêner?

    J’aime

  3. Mon Dieu que ces gens sont haïssables : acteurs et actrices vedettes de films que personne ne va jamais voir et qui ne se « montent » que grâce à la solidarité nationale (avance du CNC, aides des chaînes de télé publiques). Chorégraphes et metteurs en scène de théatre gavés/repus de subventions du ministère de la Laideur pardon de la culture.
    Et ne parlons pas de tous ces gens que l’on expédie se produire et faire « rayonner » la France aux quatre coins du monde grâce aux bienfaits du contribuable français par l’intermédiaire de l’Alliance Française.

    A l’heure où Notre Dame a brûlé parce qu’on a radiné sur le nombre de gardiens affectés à la surveillance de ce joyau il serait intéressant de voir l’évolution depuis 1959 de l’affectation du budget du ministère de la Culture et des arbitrages décidés entre création et patrimoine…

    En clair n’aurait-on pas, au fil des ans, réduit l »entretien de nos trésors à la portion congrue pendant qu’on affectait l’essentiel des fonds à la « création » contemporaine : rappeurs, slameurs, chorégraphes et plasticiens largement subventionnés pour des travaux (je n’emploierai pas le termes « oeuvres d’art ») à l’intérêt limité? Merci à Jack Lang qui aurait initié ce mouvement de préférence pour l’esbrouffe au détriment de la sauvegarde du patrimoine?

    Souvenons-nous que lorsque l’écuyer de luxe Bartabas apprit la diminution de sa subvention annuelle (175 000 euros) il alla tout casser au ministère de la Culture. Aucune poursuite ne fut lancée contre lui bien sûr… C’était en 2007.

    J’aime

    1. Oui,cela semble etre l’explication:les artistes désamorcent les futures actions Gilets jaunes qui pourraient s’attaquer au festival.Le directeur du festival a probablement reçu des infos des renseignements généraux .

      J’aime

  4. Macron lacherait il un peu de lest en sacrifiant les niches fiscales des artistes dans le futur? En sacrifiant le budget de la culture,voir en s’attaquant au regime chomage des intermittents? Ces gens ont ils eu vent de quelque chose et montrent ils les dents de manière préemtive?Il est vrai que si les artistes n’arrivent plus a faire diversion, il n’y a plus de raison de les payer…

    J’aime

  5. Je comprends votre agacement, mais les renforts sont quand même bon à prendre. Ces gens sont certes assez méprisables mais pour la plupart pas méchants ni cyniques, juste un peu con ou lâche, et le fait est qu’ils ont une influence sur le lectorat de Libération composé de gens de la même trempe, qui ont servi de char à canon du macronisme en 2017.

    Il est donc important que cette catégorie de la population, pas la plus estimable certes, commencent à ouvrir les yeux sur la vraie nature de ce pouvoir et commencent à comprendre que le vrai fascisme est de ce côté-là.

    Bien des bourgeois français se sont sentis un peu merdeux à la Libération, ils n’étaient pas collabos mais un peu pétainistes, pas très sérieusement antisémites, ils se sont réveillés un peu tardivement. Ne sous-estimons pas le poids de la lâcheté et de la paresse dans l’Histoire, ce sont les minorités actives qui font bouger les choses.

    Le drame c’est qu’il n’y a pas d’offres politiques crédibles pour leur faciliter psychologiquement le retournement de veste : ils vont pas voter RN, ni même LR, ni FI. A la limite si Hamon le neu-neu peut servir de sas de décompression à ces gogos du macronisme, il servira au moins à çà. Il pratique déjà l’écriture inclusive, c’est un bon début !

    J’aime

Laisser un commentaire